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IMP 140 Protection de l' Enfance

L’éffiloché…

Titre emprunté à http://www.lesbatisseursdepossibles.be

L’EFFILOCHÉ… HÉRITAGES, ATTACHEMENTS ET CONSTRUCTION PERSONNELLE

Comment se faire aimer, quand s’entremêlent les fils de l’histoire avec ceux que l’on tente de tisser aujourd’hui. Fidélités, prudences, vertiges…et résonances  

C’est au milieu des personnes en charge des soins que l’enfant se confronte à la première question existentielle.  

Comment s’y prendre pour être aimé. Question qui puise ses réponses dans  la permanence, la protection des soins quotidiens.  

Avec son équipement , il observe le monde qui l’entoure. De son fonctionnement il tire les premières leçons. Quelques-unes deviendront des “croyances”. Celles-ci filtreront, orienteront ses intérêts, ses rencontres, les idées qu’il se fait de lui-même et des autres.

Dans un milieu serein, stable il découvrira l’amour inconditionnel, “Tu es aimé tu n’as rien à faire de particulier pour cela, il te suffit d’être”

Dans un climat anxiogène, au hasard de ses observations, il s’installera dans des conduites qui le ménagent, qui lui procurent quelques retombées, positives ou négatives, des contacts froids et peut-être même violents. La discrétion dans la manifestation de ses besoins lui permettra peut-être d’éviter des coups, “moins je demande, moins je suis vivant plus j’ai de chances de recevoir des soins” ou, “le soin ne vient que si je crie, que je hurle” J’évoque ici un héritage qui ne se reçoit pas mais qui se construit par des tentatives plus ou moins heureuses aux effets plus ou moins structurants, aimants ou destructeurs.  

Sous cet angle il ne s’agit pas d’un acquis transmis mais d’une construction psychique précoce qui sera déterminante pour les pas suivants.

Les analystes transactionnels évoquent un ensemble de “décisions” prises par le petit en quête d’adaptation à l’entourage dans lequel il est projeté avec plus moins de chances. Ce regard sort du concept de l’héritage. Ces psychothérapeutes aideront la personne à retrouver le contexte et le contenu de ces décisions et soutiendront chez elle un travail de redécision. Une rencontre qui rend le pouvoir à la personne qui consulte. Dans sa rencontre avec le petit en soi, qui dans un contexte donné a pris ces décisions pour sa survie. Les ”erreurs de pensées” qu’il aurait pu commettre méritent la compassion à l’égard de cette personne qu’elle est devenue aujourd’hui et qui tente de mettre du confort dans sa vie.  La thérapie dans ce cas s’appuie sur l’ “intelligence” qu’eut en son temps l’enfant pour grandir dans son monde. Revisiter croyances et décisions, redécisions élargiront le champ des possibles de la personne, l’aideront à aller vers des personnes qui ne seront plus choisies pour leurs possibilités de confirmer le système de croyances limitant, construit précocement.  L’héritage familial est aussi cette façon de s’encostumer des attributs caractériels, philosophiques… d’un adulte en charge des soins, mère, père, accueillants familiaux, éducateurs… avec l’intention de rétablir un “équilibre”, hostile ou aimant, qui participe à l’unité du groupe habité. Un héritage qui se construira forcément sur une négation partielle de soi. Elle le rattrapera plus tard dans une forme qui n’est pas lui, qui lui collera à la peau Avec l’aide d’une rencontre psychothérapeutique, il essaiera de s’en défaire.  

C’est encore ce moment où l’enfant s’accommodera d’une absence, d’un manque. Un arrangement qui ne supprimera jamais l’attente de l’être “manquant” (au sens où l’utilisait Guy Corneau). Un manque banalisé qui déviera la personne du manque par une quête infructueuse, dans la répétition de souffrance connue et maîtrisée. Là s’insinue le ressentiment tel que développé par Cynthia Fleury dans “Ci git l’amer”. Il installe chez la personne un processus de carence qui devient  un bouclier contre le bonheur. Le ressentiment est alors utilisé comme un “fétiche indispensable pour supporter la réalité” (C. Fleury).

L’art de la relation d’aide  consistera, entre autres, à ne pas entrer dans ce système de croyances limitant, à éviter de répondre aux invitations symbiotique, scénariques auxquelles la personne attire l’intervenant soucieux de l’aider. Les attitudes contretransférentielles des éducateurs, des psy… deviendraient  des confirmations de ce que bien inconsciemment la personne tente de maintenir en l’état comme système de croyances.  (Homéostasie)

Là, intervient l’institution qui emploie le travailleur social ou le psychothérapeute. Parce qu’à cet instant il pourrait bien glisser dans les « résonances » (Elkaim)

La série psy télévisée à admirablement montré comment le psy risque de devenir partenaire de son client. Le rejetant, s’en approchant “trop” ou mal… la superviseuse, fait tiers. L’un et l’autre, même s’ils se combattent, savent que ce passage est tout à la fois humain et normal, et que l’exercice de cette tiercité est techniquement et éthiquement nécessaire à la relation soignante, aidante.

Les familles de la protection de l’enfance que j’accompagne dans le cadre de guidance familiale mérite que l’institution mandatée pour les “suivre” exerce cette indispensable tiercité. Parce qu’elle est ainsi garante  du soin apporté à la famille qu’un magistrat lui confie et parce que le personnel qu’elle emploie doit être protégé du risque de s’enfermer dans les résonances, dans les invitations symbiotiques des familles. Le risque est que le TS entretienne à son insu  l’homéostasie à laquelle l’invite la famille, auquel cas nous devons nous attendre à des placements de longues durées, soit, le travailleur social se prépare au burn out. Le turn over dans les équipes ASE et AEMO en témoignent.  

La quête d’innovation, vécue comme incessante par les équipes sociales, ressemble à de l’agitation pour juguler les angoisses des acteurs de la protection de l’enfance.  

Mettre dans les priorités de l’institution l’exercice de la tiercité en son sein rencontre les résistances tant des cadres que des intervenants. Il s’agit d’un changement de culture institutionnelle qui bouleverse les rapports sociaux habituels.

Une telle vue demande une formation des cadres capables de s’ouvrir à cette dimension de la relation d’aide et une reconnaissance des agents d’opérer mieux, grâce aux regards bientraitants des pairs.

Rencontrant les familles d’enfants placés dans un contexte de co-formation parents/pro, je sais combien les relations ont tendance à s’inverser. Les familles restent dans la méfiance et développent de l’expertise à ressentir, deviner, diagnostiquer les besoins de l’intervenant désigné pour les suivre, grâce à quoi elles se donnent l’impression de donner les réponses attendues. Elles s’illusionnent ainsi sur un raccourcissement de la peine qu’elles endurent tandis que l’intervenant s’illusionne sur la qualité de confiance qu’il établit avec la famille.  Ces questions seront prioritaires dans la culture d’intervision qu’il convient d’installer dans les institutions, services et intervenants qui opèrent en protection de l’enfance.

La culture prend place dans cette construction. Sa forme traditionnelle subit les ravages de 

“l’évolution frénétique” (Jean François Simonin), via les technosciences, la modernité, les GAFAM… qui s’imposent très tôt dans la vie des enfants et particulièrement des ados qui doivent se construire dans un monde qui se détruit. La construction de valeurs ne suit pas le rythme de la modernité qui s’en trouve peu  contenue. Les résultats de la fuite en avant de cette modernité sont devenus visibles, ils sont dominés par l’exploitation des ressources et la production de biens. Depuis longtemps le GIEC déclare que nous allons droit dans le mur. Ce que nous méconnaissons dans une forme de suicidarité mondiale faute de penser et de réguler les modernités. 250 % d’augmentation est le chiffre d’augmentation des consultations (Dr V.Delvenne 2020-2021, pédopsychiâtre, chef d’hôpital à Bruxelles et Professeur). Nous devons aussi penser cette question d’héritage,  en la situant dans ce contexte de mondialisation. 4/10 des ados interrogés mettent en question l’idée d’avoir des enfants !  

Comme accompagnants, TS, thérapeutes nous devons penser les symptômes dans ce nouveau contexte et  penser les réponses dans un cercle élargi aux familles et aux écoles.

Luc Fouarge

Une image contenant table

Description générée automatiquement

https://www.calameo.com/accounts/1089972 pour le Power Point

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Mère toxicomane

Mère et toxicomane… témoignage

Lecture utile pour les soignants, les accompagnants de personnes malades d’addictions aux drogues.

Merci à Madame Borzi pour ce témoignage d’une force extraordinaire. 

Le lien, élément premier du soin baigne dans un doute permanent et prend vite des allures paranos. La personne malade agit comme si elle se détestait, elle suscite cette détestation qu’elle perçoit et qui la confirme dans une position existentielle détestable.

Le refus de lui mettre le bébé sur la poitrine à la naissance, choix étayé par un protocole, questionne bon nombre de pratiques soignantes. S’attarder sur ce qui se passe à ce moment précis interroge la posture de corps médical, les personnes qui sont témoins de cette scène et la maman qui ressent à pleine puissance cette détestation qui l’enferme encore un peu plus dans ses croyances toxiques. 

Épisode qui chamboule une sage-femme. Elle deviendra ce lien. Elle a pu parler avec elle. Comme l’écrit E De Luca, « tu t’assieds, tu me parles, tu es une personne et tu me fais devenir une personnes » ce qui est bien loin des rencontres très calibrées, contrôlées de soignants privés d’une lecture de leurs « résonnances ».

La lutte entre l’amour de son enfant et la « nécessité » de l’usage du produit est si insupportable qu’un arsenal de précautions à la véritable rencontre, marquée de suspicions, comme on se protège du covid, effiloche le lien ingrédient du soin. 

L’héritage, l’intergénérationnel est en filigrane et nous comprendrons que la mère de Samanta, enfant placée violemment pèse dans ce qui la conduit 20 ans durant dans les pires horreurs …et plein de découvertes qu’il serait utile de partager en équipe.

Privé d’exploration sur nos résonnances, en équipe et en supervision, nous pourrions être sidérés par les mille faux pas de Samanta malade et ainsi nous priver de nous centrer sur les besoins de l’enfant qui devra grandir en terrain miné d’abandons, de ruptures, d’angoisses, d’idées fausses sur sa valeur… c’est dans la mesure de notre empathie à l’égard de sa mère que l’enfant puisera des réassurances sur sa propre estime de soi. 

La protection de l’enfance accueille de nombreux enfants confrontés à un sevrage dès la naissance. Il développe des troubles neuropsychomoteurs, comme les TDHA, on les gavera de Ritaline ou Rilatine selon… Cette inscription dans un vécu commun à l’égard de leurs parents, de la mère en l’occurrence crée un poids commun à porter à deux. Bien avant cela, celle-ci vivait des sentiments de culpabilité. S. Borzi décrit très bien ces épisodes qui avec cette expérience commune les lient de façon particulière. Les absences qui résultent de soins, parfois fait à l’abri de la mère comme nous le raconte Samanta, font caisse de résonnance de cette forme d’attachement insécure, désorienté. S’ajoute le besoin de l’un et de l’autre, plus tard, de tenter de réussir à sauver l’autre. Un profond sillon dans lequel les deux s’enfoncent. Les protocoles trop sévères, qui perdent par la nature des blessures qu’ils activent, amplifient ce lien ravageur. Si chacun d’eux a besoin de cheminer, ajouter à leurs blessures de séparation, d’abandon, les ancre dans cette fusion toxique de la responsabilité de la guérison de l’autre. L’échec de l’enfant est fatal. Il sent qu’il n’est pas bon, assez. Il devra en remettre quelques couches de symptômes pour illusoirement être reconnu, entendu. 

Ce qui s’est imposé à la relation de Samanta et de son fils est illisible pendant qu’ils vivent cette « punition » dont nous souhaiterions qu’elle soit vécue comme une protection. Mais je vous l’accorde, il n’est pas facile de manifester de l’amour à quelqu’un qui s’autodétruit sous vos yeux impuissants.

Luc Fouarge

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Jeune en situation complexe

Une recherche sur la fonction contenante* de l’institution au service du personnel serait la bienvenue.

*fonction contenante : « Tu es le bienvenu avec toutes tes émotions ».
Une étude qui déboucherait sur « Equiper » le travailleur psychosocial et médical. Cette étude pourrait s’intituler « Moi, d’abord »… et puis nous parlerons de l’enfant, de sa famille.

Ouvrir pour lire l’article ==> clic sur le lien ci-dessous

Une fois à table, le café servi….les partenaires se jettent sur une description d’une problématique. Tous se précipitent sur une analyse, une évaluation des risques et des besoins. Ces acteurs attablés n’ont rien dit des ressentiments que nourrissent les difficultés, les obstacles inter-institutionnelles, inter-disciplinaires. Ils émergeront dans la (non) mise en oeuvre des propositions élaborées, laborieusement, dans ces conditions

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Protection de l’Enfance… un soin

Protection de l’Enfance…un soin 

En protection de l’enfance… le soin.

Son terreau est une culture de l’inter:  interdisciplinarités, inter-institutionnalités et transversalités de la réflexion des autorités en responsabilité. 

Martine a 12 ans, accueillie dès l’âge de 6 ans dans les services de la protection de l’enfance. 3 eme d’une fratrie de 4, dont deux demi-frères sont les aînés. La mère a connu de nombreuses unions, le père est  déchu, la recherche en paternité montre qu’elle n’est pas de lui, depuis elle ne sait pas qui est son père. Un grand-père a fini sa vie en prison, le compagnon de la grand-mère a abusé d’une soeur de la mère. 

Après de nombreux placements en accueil familial, Martine est admise en ITEP, du lundi au vendredi et quelques jours durant les vacances, elle est en attente d’un autre lieu de vie, dans la dernière MECS ses actes de violences sont insupportables. Depuis quelques années, elle fait des séjours en hôpital consécutivement à des « crises ». 

Martine rencontre une psychologue en CMP. Durant les WE elle est encadrée individuellement et en présence d’un agent de sécurité dans l’attente, impatiente, de son transfert qui tarde à venir. 

A une première équipe mobile, s’est ajoutée une deuxième. Dans ce genre de situation on entend dire que si les psychiatres acceptaient de lui « coller » un diagnostic plus sévère on pourrait l’envoyer dans un établissement belge. Ceux-ci organisent un accueil 365 jours. 

Avec d’autres je définis le concept « jeune en situation complexe » disant que les réponses dont il a besoin relèvent des trois des champs suivants : la santé mentale, le secteur psycho-médicosociale et la protection de l’enfance. Ces jeunes cumulent souvent avec des retards scolaires, des signes de déficit de soins somatiques, de troubles graves de l’attachement, des troubles du comportement et une aptitude particulière à titiller les résonances du personnel encadrant ainsi que les difficultés de communication entre institutions. Il n’est pas rare que s’ajoutent des comportements limites, justiciarisables. En raison de leur situation.s familiale.s la plupart ont un dossier chez le juge des enfants, au moins pour des raisons protectionnelles. Ils ont en commun de refuser ce dont ils ont besoin pour grandir, obtiennent régulièrement des rejets, des évictions, collectionnent et confirment les rejets qu’ils initient, gérant ainsi des conflits de loyauté. Ils manifestent des séquelles graves de déliaisons. 

En face d’eux ils rencontrent des acteurs du soin, de l’éducatif et du pédagogique attachés à des services résidentiels et ambulatoires, des lieux de vie qui bien malgré eux confirment les échecs de tentatives d’attachement, gravant ainsi les croyances, les mécanismes défentiels. Ces institutions pratiquent du « saucissonnage schyzophrènogène » sans en prendre conscience. En réponse, les jeunes, par de vaines tentatives pour les faire dialoguer, font batailler entre elles les institutions. Ils démontrent ainsi qu’elles ne réussissent pas mieux que leur.s famille.s. 

Sur le terrain les agents se plaignent de solitude, d’impossibilité de se parler vrai entre professions et institutions différentes. Comme si chacun s’empressait de relancer la « patate chaude ». Ce vocable les « désigne ». Comme le concept d’ « incasable » d’ailleurs. Je rappelle que ce concept ne parle pas du jeune, ce n’est pas un diagnostic. Il dit ce qu’il en est de l’incapacité de réussir à co-construire « une case » accueillante, protectrice et soignante entre institutions de champs différents. Parfois elles agissent sous couvert d’une même tutelle administrative et financière. Une culture au service de la Protection de l’ Enfance – Luc Fouarge – Mai 2021 2 

Cette réflexion est loin d’être neuve, elle est régulièrement évoquée. Qu’est-ce qui fait obstacle ? Qu’est-ce qui nous empêche de construire à plusieurs ce « TENIR » contenant qui semble être la réponse urgente et vitale dont a besoin Martine en lieu et place des expériences de rejets qu’elle semble collectionner, se moquant presque des services et personnes sur lesquelles elle semble exercer une grande puissance ? 

La plupart des services sollicités activent la défense de leurs frontières, se retranchent derrière leurs limites, utilisent les restrictions budgétaires pour argumenter ces mêmes limites. De même, les professions s’attardent à définir, redéfinir des fiches de postes dans lesquelles elles cherchent l’argument qui permettra de sortir « honorablement » du protocole s’épargnant d’être désignées démissionnaires. Ce climat ambiant installe cette croyance qu’il est vain de « tricoter » une pratique de réseau. 

Interroger cet impossible met en évidence des difficultés dans l’exercice du pouvoir ces champs différents, entre les professions auxquelles quelques-unes se donneraient un surcroît d’autorité. Chacun se met à redéfinir les observations rassemblées à propos de Martine pour leur faire dire qu’elle relève de la responsabilité de l’autre. Et pendant ce temps-là, Martine compte les points et engrange les « primes » qui la confortent dans l’exercice de ce que nous définirons comme étant sa pathologie. Ainsi redéfinie, on la pousse dans le jardin du voisin. Ayant à discourir sur « sa pathologie » nous sommes épargnés d’avancer dans la compréhension des distances que nous cultivons entre services de champs différents. 

Je situe donc la priorité des débats sur les Martine au niveau de la culture régnante dans l’inter des champs liés à la protection de l’enfance. Les tentatives s’effilochent faute de pilotage. 

Je sais que deux psychiatres se sont parlé au téléphone concernant Martine, et j’ai aussi entendu qu’elle est passée de l’ITEP à la MECS avec un changement de médication sans que cela ne redescende auprès des accueillants du quotidien. J’ai aussi entendu qu’aux invitations de rencontres cliniques, tous ne sont pas invités, et parmi les invités, d’expérience, sachant ce genre de rencontres peu efficaces, elles sont régulièrement, en partie, boudées. Si elle était présente Martine nous dirait qu’on parle « drôle d’elle ». Des discours interminables et surdétaillés, des propos de « synthèses » voilent les impuissances. Une position basse  permettrait qu’un partenaire se reconnaisse impuissant, trop effrayé, enfermé dans une colère larvée, bref dans un contre-transfert négatif… Cette rencontre ne servira pas à aider chacun à accueillir et à métaboliser ces émotions que suscitent Martine, sa famille, les lieux de vie qui se sentent disqualifiés. Dans ces rencontres hostiles et compétitives, ils s’effacent ou s’effondrent. En lieu et place d’actions concertées et soutenues on constatera des passages à l’acte. 

Il faut donc une approche culturelle, des rencontres de travail qui engagent. Un engagement sur le soutien que chaque partenaire peut apporter à l’autre quand Martine les conduit à la rupture du lien. 

« S’entendre » avec des dits-incasables, ce qu’ils ne sont pas vous disais-je, exige un engagement sur une culture du TENIR ensemble. Évoquant le partenariat ; mieux tu réussis, mieux je m’en sors, j’ai bien envie de faire tout ce qu’il faut pour que tu réussisses… voilà à quelle culture nous avons à travailler. 

Joli me direz-vous, mais qui fait le premier pas. ARS et MDPH, CG et ASE , TE, AEMO, AF, TISF, CMP, HP, … 

N’ajoutons pas de nouveaux partenaires, ces situations sont complexes à souhait. Nous risquerions de « gadgetiser » la protection et le soin que requièrent ces jeunes. 

Ma proposition n’est pas un choix pour faire joli. Je le disais, c’est un engagement. Une culture au service de la Protection de l’ Enfance – Luc Fouarge – Mai 2021 3 

Les situations dites complexes sont critérisables (pour faire plaisir aux amateurs d’évaluations, de statistiques et de fromage). Lors de la découverte de ces situations particulières, sans grand risque de catégoriser, il est possible d’anticiper le déroulement probable du devenir des Martine. Dans ces cas, il convient de faire des plans sur le scénario catastrophique possible. Nous savons sans doute que la puissance développée par Martine à se faire jeter s’appuie, par exemple, sur sa capacité de mettre le lieu de vie à plat. Un lieu de vie alternatif épargnera les accueillants de cette douloureuse expérience du rejet s’il est signataire du protocole avant sa mise en route. Ainsi anticipé le risque d’épuisement est réduit, Martine peut-être provisoirement déplacée sans que la « machine » ne lui donne des « récompenses » pour avoir conduit son, ses accueillant.s à l’épuisement et au rejet. L’objectif de cette construction du TENIR est de priver Martine de la poursuite de cette collection macabre dont elle nous aurait fait partenaire, si efficacement qu’on ne l’aurait pas vu venir. 

Ainsi, pour Martine anticipons en « protocolisant » le recours à l’hospitalisation qui était devenu le moyen de mettre à mal le lieu d’accueil. Lors une table ronde, ASE, MECS, CMP, ITEP, hôpital… gérons ensemble le calendrier de fermeture de l’ITEP et construisons avec lui et d’autres acteurs ces épisodes de sorte que ceux-ci ne viennent pas augmenter les expériences de déliaisons. Offrons-lui ce démenti que le monde lui est hostile et qu’elle fait bien de se mettre à l’abri, qu’elle ne renie pas sa mère qu’elle vomit encore en acceptant nos offres. 

Profitons de cette table ronde pour savoir qui mettra au travail cette question du père qui se désavoue et abandonne. Mais aussi de l’autre, le géniteur dont on ne peut rien dire ! Qui entre dans cette réalité, sujet évité, de peur de réveiller les dragons qui sommeillent en Martine. Le psy de l’ITEP, celui du CMP ? qui aborde ces questions. L’équipe mobile récemment désignée se retiendra d’interroger le travail des psy. Devoir de réserve ou politesse… On pourrait ainsi se regarder…longtemps, pendant que sommeille , provisoirement, le volcan. 

C’est donc bien la culture professionnelle, faite d’humanité, de bonneveillance (D.Marcelli) dans l’approche des situations dites complexes que nous aborderons la complexité des réalités que doit digérer Martine pour laquelle nous ne pouvons nous contenter de formuler des souhaits. Tant nous qu’elle, avons besoin de rencontrer le succès qui devient possible par le succès du partenaire, si je le favorise. Commençons par former les chefs de services à cette dimension du travail social, de la relation d’aide, de la contenance institutionnelle, de la mutualisation, de l’exercice de la tiercité au sein des équipes… à leur apprendre à cultiver l’interdisciplinarité, l’inter institutionnalité… à cultiver un état d’esprit qui priorise sur la bonne santé de son équipe, des partenariats authentiques avec la conviction que cette qualité relationnelle deviennent soignante pour tous et pour les familles accompagnées. La participation de familles en besoin de soutien à ces réflexions augmente tant la qualité des accompagnements. Interrogeons les freins d’une telle démarche. 

Est-il besoin d’ajouter qu’à défaut de réussir ce « prendre soin » des institutions, services et équipes, la « machine » génère de la maltraitance institutionnelle. Responsabilité que les partenaires externalisent comme le font les ados pris en défaut. L’autre institution devient ainsi « coupable » de mes limites. C’est là que se débat aujourd’hui Martine. 

Nous mettant au travail dans cette culture nous construirons une clinique éducative contenante. 

                                        La référente de Martine se rend à la MECS. Elle en ressort désabusée, triste et révoltée. 

Au cours de la rencontre elle glisse vers une position de “sauveur dramatique”. Phénomène normal, humain dont on n’échappe que grâce à un regard méta exercé et exprimé dans la bonneveillance, ou grâce à une expérience solide qui permet de repérer et renoncer à l’invitation à entrer dans les bermudes émotionnelles. L’approche Transactionnelle met en évidence qu’à l’entrée dans le triangle dramatique les positions de persécuteur et de victime seront occupées, tour à tour, par les protagonistes de la rencontre, et qu’on occupera mes trois positions du triangle. C’est peut être à ce moment que la référente couve le projet d’une réorientation hors département, en Belgique, ce qui  accuse les partenaires de ne pas être à la hauteur. Un passage par la persécution qui dénigre les partenaires et la co-construction, et qui blessera sans doute Martine. Une réorientation construite sur l’émotion qui découragerait des partenaires à une co -construction. Cette absence de médiatisation, sans doute aussi de participation à un travail en intervision au sein de son équipe, pousse le référent en direction du passage à l’acte. 

Une position éthique, tant de l’agent que de son institution qui probablement ne lui a pas offert cet indispensable regard tiers de ses équipiers. Un épisode commun, connu qui décourage la pratique de l’inter-institutionnalité. Le soin à prodiguer à Martine ne peut se construire que par plusieurs institutions prenant en compte la question de l’engagement, de la reconnaissance. Dans une transversalité des niveaux d’expertises et de relais administratifs. Le futur s’inscrit dans une logique de parcours plus que dans une logique de place….défi qui demande aux autorités de tutelle, ARS, Département de s’entendre sur les questions budgétaires et de responsabilités… et de donner le la de cette indispensable inter-institutionnalité.

L’accompagnement d’ Equipes Mobiles dites ASE et ARS me conduit à penser qu’un changement culturel est indispensable. Bien plus que  de tenter de prendre des mesures de performances chiffrées, l’innovation viendra de la capacité des secteurs concernés à se parler, se reconnaître et à s’engager, ensemble. Cette volonté d’aborder la jeunesse en situation complexe se justifie d’autant plus que leurs besoins demandent des réponses des champs de la clinique éducative, du médical, du psycho médico médical, de la Protection de l’Enfance et de la justice, de l’école, de la formation professionnelle, de la santé mentale ambulatoire et du résidentiel…

Il n’est donc pas question dans l’urgence de création de nouveaux dispositifs, mais de changements culturels qui définissent d’autres façons d’habiter, d’exercer sa profession en plaçant le professionnel, dans sa propre humanité, dans ses limites, au centre des préoccupations de l’institution qui l’emploie.

Luc Fouarge          Poursuivre avec : « Équiper » le travailleur du psycho-social – sur http://www.lucfouarge.com/formations 

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Catastrophes, les conditions de la résilience

« Réinvestir les lieux sinistrés peut être un acte de résilience »

Comment appréhender le « jour d’après » d’une catastrophe « naturelle » comme celle que vient de subir la Wallonie ? Le Vif + du 22/7/21

Les premières conditions de résilience sont la vérité et la transparence. Il ne s’agit pas d’une catastrophe naturelle, mais  d’un dérèglement induit par l’activité humaine. Si les analystes, les politiques, les communicants… partent de cette réalité, le sentiment d’une prise en compte réaliste par les autorités commencera à être pris au sérieux. La résilience à besoin de tuteurs pour s’exercer. Ce sont les efforts de régulations que doivent assumer les États dans une assemblée mondiale, GIEC…. Au regard de ce que nous venons de subir en Wallonie, en Allemagne, en Chine…, à l’analyse des causes de l’émergence de virus foudroyants, les tuteurs de résiliences sont la certitude que les nations ne permettront pas aux “profits” de démolir la planète que nous habitons. Pendant ce temps-là, ceux-là même qui tirent profit des dernières crises “s’envoient en l’air” pour le fun. Ils produisent activement, s’enrichissent sur les crises. Ils  répondent aux besoins qu’ils nous ont inventés. Ils comptent parmi ceux qui bousculent les équilibres naturels de notre univers, nos tuteurs. On nous enverra des psy mandatés pour adoucir l’impact de ces désordres. Ils anesthésieront nos peurs. Elles sont pourtant nécessaires pour qu’urgemment nous réclamions les régulations indispensables pour que survivent les enfants de nos enfants. 

Ce climat de tricheries avec la réalité irrigue des mécanismes de défenses, de méconnaissances qui nous feront consommer les tranquillisants nécessaires au “bon fonctionnement” de la suicidarité ambiante, lucrative. Empathie et compassion des acteurs  politiques, bien qu’indispensables, si elles ne s’appuient pas sur des mesures radicales ne seront pas crédibles. Luc Fouarge

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Parents d’enfants placés et travailleurs sociaux en co-formation

Parents d’enfants placés et travailleurs sociaux en recherche

Bon nombre de familles sont en rébellion contre les acteurs et institutions de la protection de l’enfance. Elles ont vécu des disqualifications, des abandons, de la violence, de la honte…. Elles se sont protégées, par des mécanismes de défense et de défiances à l’égard des autorités, des institutions et des intervenants. Ceux-ci, maladroitement en ajoutent à une image de soi lourde à porter. D’autres familles, malgré une ascension culturelle, sociale enviable, mais à la  suite de dérapages accidentels, sont venues elles aussi frapper à la porte de SOS PP.   Elles se sentent disqualifiées. De plus, elles subissent  le cheminement d’une IP, la rencontre avec le tribunal et les acteurs des services mandatés.

Les rencontres avec les professionnels en amont des décisions protectionnelles,  et les acteurs de suivis restent coincées dans un vécu qui cristallise les méfiances de part et d’autre. L’émotion est le plus souvent avalée, noyée par le professionnel. Il se réfugie dans “la bonne distance”. Plus insidieusement, “invisiblement”,  par les mécanismes de défense qu’enclenche une rencontre sur le terrain miné des « résonances ». (M.Elkaim), les perceptions des uns et des autres sont désormais tordues.

L’action sociale est vécue alors comme intrusive, agressive. Les mesures de protection et de soutien deviennent des condamnations incompréhensibles. Soumission, et donc illusion de coopération ou hostilité et violences paralysent ce qui pourrait être une rencontre. 

Les temps de déconstruction de ces “ratés” ne sont pas reconnus comme un temps de travail nécessaire et inhérent à cette noble tâche.

Sur ces constats, des parents éclairés sur cette “machine” d’échec et un professionnel de l’éducation spécialisée ont créé l’association SOS PP il y a 20 ans dans le Nord avec une aide du CG59, de la CAF, de la Fondation de France…

L’objectif est le soutien à ces familles pour entrer dans une rencontre qui les sortira au plus vite de cette infernale machine.  Cela permettra de passer du combat à la protection et à l’exercice d’une parentalité saine. L’équipe de l’asso est donc en permanence en recherche d’équilibre dans l’application de ce principe, “quand je suis avec toi je ne suis pas contre eux, si je suis à côté d’eux, je ne suis pas contre toi”. Soutenir le pouvoir d’agir des familles, les accompagner dans le meilleur “usage” des services généraux est donc l’horizon de cette association de parents d’enfants placés.

Le succès vient de cette volonté que l’asso soit, visiblement, numériquement une association de parents.  Le fonctionnement associatif doit en être la démonstration. Les quelques rares membres “techniciens de la protection de l’enfance” doivent s’y montrer discrets et en nombre inférieur par rapport aux parents qui y deviennent militants. C’est sur ce point que l’association se distingue des services d’accueil des familles missionnés sur la parentalité. Y travaillent des professionnels, travailleurs sociaux et psychologues.

Dans ses activités ( groupes de paroles…), SOS PP anime des rencontres de co-formation entre les parents et les professionnels invités lors de rencontres mensuelles. Ces rencontres entre experts du vécu et les professionnels contribuent largement à permettre tant aux parents qu’aux travailleurs sociaux d’augmenter leurs capacités d’écoute empathique, de reconstruction de l’image de soi… bénéfices dont témoignent parents et professionnels à la sortie de ces rencontres. 

Luc Fouarge, parrain de l’association et animateur des rencontres parents/Pro.

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Protection de l' Enfance

Guidance familiale…une rencontre

Conçue pour l’accompagnement de familles dont les enfants sont pris en compte par la protection de l’enfance, la guidance familiale prend l’option de porter son attention sur la famille et les acteurs mandatés ou non, pour « les suivre ». 

Le plus souvent ces rencontres se font en présence du référent du service gardien et peuvent être élargie aux acteurs de l’accueil familial et ou institutionnel.

La particularité est que la demande est formulée par l’équipe enfance et avalisée par la DT.

S’ils donnent leur accord, les parents ne sont pas les demandeurs. Les § qui suivent portent exclusivement sur ce public.  Nous devons donc assumer cette posture de soumission de la famille au désir du TS, ce qui nous rend attentif à ne pas nous laisser enfermer dans une perception par la famille d’une coalition du service/guidance familiale. L’appellation guidance familiale nous distingue de la thérapie familiale. Quelle représentation de nos rencontres garderait les parents si nous acceptions de mettre en œuvre une thérapie qu’ils n’ont pas demandée ? Eux aussi pensent-ils que nous avons des troubles d’une nature qui nécessite des soins ? Nous acceptons d’accompagner ces familles lors de rencontres où nous tenterons de repérer et partager sur l’expérience de vécu de la famille, des vécus dont nous ne faisons qu’effleurer les émotions que peuvent traverser les membres d’une famille repérée et qualifiée dans un jugement détaillé par un tribunal. 

Nous n’évoquons donc pas une démarche thérapeutique, nous rencontrons des personnes, nous leur parlons, nous sommes des personnes, espérant que dans la rencontre les membres de la famille se sentent à leur tour des personnes. C’est à partir de cette rencontre que nous pourrons proposer de les aider à penser leur modèle familial, face à des attendus gravés dans le jugement. Nous ne dictons pas, nous tentons de comprendre les inquiétudes du magistrat, des TS concernant le danger que courent les enfants et qui justifient une mesure de restriction de l’exercice quotidien de la garde des enfants. Une démarche qui invite les uns et les autres à une compréhension empathique du regard de l’autre. Nous ne « contractualisons » pas sur le changement attendu par les autorités, mais sur l’accompagnement des besoins que la famille révèlera au cours de nos rencontres. Nous rejoignons en cela la mise en œuvre du pouvoir d’agir de la famille. 

Il se dégagera (peut-être) des prises de conscience de la nécessité pour l’un ou l’autre de faire un bout de chemin avec un psychothérapeute… ce que nous soutiendrons. 

 Un moment de bascule du concept de guidance familiale vers des modalités de thérapie familiale… et si possible par une orientation auprès de psychothérapeutes proches de la famille, soutenant ainsi une plus grande autonomie et prise de distance vis-à-vis des TS. 

L’intervention systémique nous apprend à exercer dans la position basse. Bien évidemment nous aussi, sachant que cela ne réussira que si nous sommes authentiquement des apprenants de leur fonctionnement et donc si nos rencontres deviennent des temps de co-formations au cours desquelles il nous sera donné l’occasion de les remercier d‘être pour nous de bons professeurs. 

Cette démarche de co-formation et de co-construction nous fera entrer dans une rencontre soignante dans laquelle nous veillerons à ce qu’elle prenne soin de nous et offrira ainsi à la famille de grandir de nous apprendre. La dimension de l’émerveillement soutient les uns et les autres.

Luc Fouarge

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La santé mentale du futur

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1/5 Travailleur du psycho-social envisage une réorientation

Le virus n’est pas la cause d’une fuite des travailleurs psycho-sociaux, il est peut-être la goutte…

Des départs se constatent depuis bien avant la crise. Interrogé sur cette question, une personne qualifiée dans des fonctions éducatives et de chef de service plus tard m’en dit ceci ; “ Le modèle managérial, en lien avec la taille de l’institution, s’efforce à adopter des conduites, concepts liés à l’entreprise à finalité commerciale”.

Le management  descendant estropie le temps consacré à l’élaboration des pratiques. Privé de ce temps de co-construction, Cfr Michel Foudriat, le croisement des regards dans l’institution diminue lui aussi. Or, c’est dans ces instants que se métabolisent les ressentis, les émotions à l’égard des situations des personnes accompagnées  et c’est aussi celui de la construction du SENS. Les sociologues, psychologues… qui se sont penchés sur l’étiologie du burnout nous enseignent que la perte de sens est le facteur majeur en cause dans l’épuisement professionnel. 

Les « nécessités » de contenir, comprimer les dépenses réduisent ces temps de “travail en chambre”. Des compétitions malsaines apparaissent dans ces services privés de ces temps d’échanges. Il me semble qu’il s’accroît avec la taille des institutions sociales ou de santé.  Les équipes ressentent le stress des cadres, elles les subissent et sont en délicatesse pour l’évoquer. Un sentiment d’omerta s’installe et grignotte…

Dans nos secteurs de la santé, de l’éducation spécialisée, de l’accompagnement social les processus d ‘évaluation sous tendants des objectifs  de rendement amenuisent ces temps de “perlaboration” en équipe des agressions émotionnelles que vivent les TS desquelles les approches en relation d’aide nous enseignent que nous sommes partie du problème, que nos émotions sont des indicateurs utiles pour exercer dans ces métiers.

Est-ce cela que voulait dire Joseph Rouzel lorsqu’il évoque “l’impossible éducatif” ? Une autre personne concernée par ce choix de départ me confiait: “De la place où je suis je ressens fort bien l’insensé de ce que doit être un impossible labeur”

Le covid n’a fait qu’augmenter un mal être déjà existant en  espaçant les temps de réunion dans les équipes.

Luc Fouarge

https://plus.lesoir.be/371489/article/2021-05-11/un-travailleur-du-secteur-psychosocial-sur-cinq-hesite-changer-de-metier

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Protection de l’Enfance…une culture du « prendre soin »

Martine … au pays de la complexité

En protection de l’enfance…

Le soin, son terreau est une culture de l’inter ; Interdisciplinarités, interinstitutionnalités et transversalités de la réflexion des autorités en responsabilité.

Martine a 12 ans, accueillie dès l’âge de 6 ans dans les services de la protection de l’enfance. 3 eme d’une fratrie de 4, dont deux demi-frères sont les aînés. La mère a connu de nombreuses unions, le père a obtenu une déchéance, la recherche en paternité montre qu’elle n’est pas de lui, depuis elle ne sait pas qui est son père. Un grand-père a fini sa vie en prison, le compagnon de la grand-mère a abusé d’une sœur de la mère.

Après de nombreux placements en accueil familial, Martine est admise en ITEP, du lundi au vendredi et quelques jours durant les vacances, elle est en attente d’un autre lieu de vie, dans la dernière MECS ses actes de violences sont insupportables. Depuis quelques années elle fait des séjours en hôpital consécutivement à des « crises ». 

Martine rencontre une psychologue en CMP. Durant les WE elle est encadrée individuellement et en présence d’un agent de sécurité dans l’attente, impatiente, de son transfert qui tarde à venir.

A une première équipe mobile, s’est ajoutée une deuxième. Dans ce genre de situation on entend dire que si les psychiatres acceptaient de lui « coller » un diagnostic plus sévère on pourrait l’envoyer dans un établissement belge. Ceux-ci organisent un accueil 365 jours.

Avec d’autres je définis le concept « jeune en situation complexe » disant que les réponses dont il a besoin relèvent des trois des champs suivants : la santé mentale, le secteur psycho-médico-social et la protection de l’enfance.  Ces jeunes cumulent souvent avec des retards scolaires, des signes de déficit de soins somatiques, de troubles graves de l’attachement, des troubles du comportement et une aptitude particulière à titiller les résonances du personnel encadrant ainsi que les difficultés de communication entre institutions. Il n’est pas rare que s’ajoutent des comportements limites, justiciarisables. En raison de leur situation.s familiale.s la plupart ont un dossier chez le juge des enfants, au moins pour des raisons protectionnelles. Ils ont en commun de refuser ce dont ils ont besoin pour grandir, obtiennent régulièrement des rejets, des évictions, collectionnent et confirment les rejets qu’ils initient, gérant ainsi des conflits de loyauté. Ils manifestent des séquelles graves de déliaisons. 

En face d’eux ils rencontrent des acteurs du soin, de l’éducatif et du pédagogique attachés à des services résidentiels et ambulatoires, des lieux de vie qui bien malgré eux confirment   les échecs de tentatives d’attachement, gravant ainsi les croyances, les mécanismes défentiels. Ces institutions pratiquent du « saucissonnage schyzophrènogène » sans en prendre conscience. En réponse, les jeunes, par de vaines tentatives pour les faire dialoguer, font batailler entre elles les institutions. Ils démontrent ainsi qu’elles ne réussissent pas mieux que leur.s famille.s.

Sur le terrain les agents se plaignent de solitude, d’impossibilité de se parler vrai entre professions et institutions différentes. Comme si chacun s’empressait de relancer la « patate chaude ». Ce vocable  les « désigne ». Comme le concept d’ « incasable » d’ailleurs. Je rappelle que ce concept ne parle pas du jeune, ce n’est pas un diagnostic. Il dit ce qu’il en est de l’incapacité de réussir à co-construire « une case » accueillante, protectrice et soignante entre institutions de champs différents. Parfois elles agissent  sous couvert d’une même tutelle administrative et financière.

Cette réflexion est loin d’être neuve, elle est régulièrement évoquée. Qu’est-ce qui fait obstacle ? Qu’est-ce qui nous empêche de construire à plusieurs ce « TENIR » contenant qui semble être la réponse urgente et vitale  dont a besoin Martine en lieu et place des expériences de rejets qu’elle semble collectionner, se moquant presque des services et personnes sur lesquelles elle semble exercer une grande puissance ? 

La plupart part des services sollicités activent la défense de leurs frontières, se retranchent  derrière leurs limites, celles par lesquelles les moyens financiers insuffisants jen ustifient le recul de ses limites. De même, les professions s’attardent à définir, redéfinir des fiches de postes dans lesquelles elles cherchent l’argument qui permettra de sortir « honorablement » du protocole s’épargnant d’être désignées démissionnaires. Cette climat ambiant installe cette   croyance qu’il est vain  de « tricoter » une pratique de réseau.  

Interroger cet impossible met en évidence des difficultés dans l’exercice du pouvoir ces champs différents, entre les professions auxquelles quelques-unes se donneraient un surcroît  d’autorité. Chacun se met à redéfinir les observations rassemblées à propos de Martine pour leur faire dire qu’elle relève de la responsabilité de l’autre. Et pendant ce temps-là, Martine compte les points et engrange les « primes » qui la confortent dans l’exercice de ce que nous définirons comme étant sa pathologie. Ainsi redéfinie, on la pousse dans le jardin du voisin. Ayant à discourir sur « sa pathologie » nous sommes épargnés d’avancer dans la compréhension des distances que nous cultivons entre services de champs différents. 

Je situe donc la priorité des débats sur les Martine au niveau de la culture régnante dans l’inter des champs liés à la protection de l’enfance. Les tentatives s’effilochent faute de pilotage. 

Je sais que deux psychiatres se sont parlé au téléphone concernant Martine, et j’ai aussi entendu qu’elle est passée de l’ITEP à la MECS avec un changement de médication sans que cela ne redescende auprès des accueillants du quotidien. J’ai aussi entendu qu’aux invitations de rencontres cliniques, tous ne sont pas invités, et parmi les invités, d’expérience, sachant ce genre de rencontres peu efficaces, elles sont régulièrement, en partie, boudées. Si elle était présente Martine nous dirait qu’on parle « drôle d’elle ». Des discours interminables et surdétaillés,  des propos de « synthèses » voilent les impuissances. Une position basse qui permettrait qu’un partenaire se reconnaisse impuissant, trop effrayé, enfermé dans une colère larvée, bref dans un contre-transfert négatif…. Cette rencontre ne servira pas à aider chacun à accueillir et à métaboliser ces émotions que suscitent Martine, sa famille, les lieux de vie qui se sentent disqualifiés. Dans ces rencontres hostiles et compétitives, ils s’effacent ou s’effondrent. En lieu et place d’actions concertées et soutenues on constatera des passages à l’acte. 

Il faut donc une approche culturelle, des rencontres de  travail qui engagent. Un engagement sur le soutien que chaque partenaire peut apporter à l’autre quand Martine les conduit à la rupture du lien. 

« S’entendre » avec des dits-incasables, ce qu’ils ne sont pas vous disais-je, exige un engagement sur une culture du TENIR ensemble. Évoquant le partenariat ; mieux tu réussis, mieux je m’en sors, j’ai bien envie de faire tout ce qu’il faut pour que tu réussisses…voilà à quelle culture nous avons à travailler.

Joli me direz-vous, mais qui fait le premier pas. ARS et MDPH, CG et ASE , TE, AEMO, AF, TISF, CMP, HP, …

N’ajoutons pas de nouveaux partenaires, ces situations sont complexes à souhait.                    Nous risquerions de « gadgetiser » la protection et le soin que requièrent ces jeunes. 

Ma proposition n’est pas un choix pour faire joli. Je le disais, c’est un engagement. 

Les situations dites complexes sont critérisables (pour faire plaisir aux amateurs d’évaluations, de statistiques et de fromage). Lors de la découverte de ces situations particulières, sans grand risque de catégoriser, il est possible d’anticiper le déroulement probable du devenir des Martine. Dans ces cas, il convient de faire des plans sur le scénario catastrophique possible. Nous savons sans doute que la puissance développée par Martine à se faire jeter s’appuie, par exemple, sur sa capacité de mettre le lieu de vie à plat.  Un lieu de vie alternatif  épargnera les accueillants de cette douloureuse expérience du rejet diminuera s’il est signataire du protocole avant sa mise en route. Ainsi anticipé le risque d’épuisement est réduit, Martine peut-être provisoirement déplacée sans que la « machine » ne lui donne des « récompenses » pour avoir conduit son, ses accueillant.s à l’épuisement et  au rejet. L’objectif de cette construction du TENIR est de priver Martine de la poursuite de cette collection macabre dont elle nous aurait fait partenaire, si efficacement qu’on ne l’aurait pas vu venir.

Ainsi, pour Martine anticipons en « protocolisant » le recours à l’hospitalisation qui était devenu le moyen de mettre à mal le lieu d’accueil. Lors une table ronde, ASE, MECS, CMP,ITEP, hôpital… gérons ensemble le calendrier de fermeture de l’ITEP et construisons avec lui et d’autres acteurs ces épisodes de sorte que ceux-ci ne viennent pas augmenter les expériences de déliaisons. Offrons-lui  ce démenti que le monde lui est hostile et qu’elle fait bien de se mettre à l’abri, qu’elle ne renie pas sa mère qu’elle vomit encore en acceptant nos offres. 

Profitons de cette table ronde pour savoir qui mettra au travail cette  question du père qui se désavoue et abandonne. Mais aussi de l’autre, le géniteur dont on ne peut rien dire ! Qui entre dans cette réalité, sujet évité,  de peur de réveiller les dragons qui sommeillent en Martine. Le psy de l’ITEP, celui du CMP ?  qui aborde ces questions. L’équipe mobile récemment désignée se retiendra d’interroger le travail des psy. Devoir de réserve ou politesse… On pourrait ainsi se regarder…longtemps, pendant que sommeille , provisoirement, le volcan. 

C’est donc bien la culture professionnelle, faite d’humanité, de bonneveillance (D.Marcelli) dans l’approche des situations dites complexes que nous aborderons la complexité des réalités que doit digérer Martine pour laquelle nous ne pouvons  nous contenter de formuler des souhaits. Tant nous qu’elle, avons besoin de rencontrer le succès qui devient possible par le succès du partenaire, si je le favorise. Commençons par former les chefs de services à cette dimension du travail social, de la relation d’aide, de la contenance institutionnelle, de la mutualisation, de l’exercice de la tiercité au sein des équipes… à leur apprendre à cultiver l’interdisciplinarité, l’interinstitutionnalité… à cultiver un état d’esprit qui priorise sur la bonne santé de son équipe, des partenariats authentiques avec la conviction que cette qualité relationnelle deviennent soignante pour tous et pour les familles accompagnées. La participation de familles en besoin de soutiens à ces réflexions augmente tant la qualité des accompagnements. Interrogeons les freins d’une telle démarche. 

Est-il besoin d’ajouter qu’à défaut de réussir ce « prendre soin » des institutions, services et équipes, la « machine » génère de la maltraitance institutionnelle. Responsabilité que les partenaires externalisent comme le font les ados pris en défaut. L’autre institution devient ainsi  « coupable » de mes limites. C’est là que se débat aujourd’hui Martine.

Nous mettant au travail dans cette culture nous construirons une clinique éducative contenante.

Luc Fouarge    Poursuivre : « Équiper » le travailleur du psycho-social – sur http://www.lucfouarge.com/formations