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IMP 140 Protection de l' Enfance

Transversalités difficiles-Jeunes en difficultés


Jeunes à la croisée des secteurs

Il faut tout un village pour élever un enfant ( sagesse africaine) La capacité contenante de la société et de nos services baissent. La difficulté de penser « en village » en est à l’origine.

Ce vendredi 22/4, Cap Nord à Namur, sous l’impulsion des cabinets Affaires sociales, AViQ secteurs Handicap et Santé mentale et CFWBxl, AAJ, Marie Thonon et Virginie Belfroid , avec Sophie Vilain XIIII orchestrent la première présentation publique des travaux de 6 GT largement composés de services et d’acteurs concernés par la mise en œuvre de politiques en faveur de jeunes affectés par des problématiques sociales, familiales, de santé mentale, de handicap. Une relance de travaux déjà bien avancés par les « Jardins pour tous », freinés par des soucis politiciens.

Les jeunes dits en situation complexe sont particulièrement ciblés. Les réponses qu’ils nécessitent relèvent des champs du social et de la Justice, AAJ,  de la santé mentale et du handicap, AViQ et SPF Santé.

Les organisatrices ont réussi à créer une ambiance conviviale et de liberté d’expression.

Climat indispensable pour échapper à la langue de bois, à des bilans partiaux qui laissent les acteurs de terrains fatigués de n’être pas entendus. Cette même fatigue qui percole sur les jeunes dont nous parlons et qui fabriqueront les symptômes d’alerte d’une société qui trop souvent, met sous le tapis les problèmes de société. 

« Les jardins pour tous » issus d’accords de coopérations AAJ-AViQ-Santé Mentale, auxquels il faudrait ajouter Ecole-CPAS-Parents et représentants des jeunes-politique du logement-Hopitaux… et bien d’autres secteurs, …. ont manifestement donné le ton à la réflexion de ces 6 GT. Et pour cause, Virginie et Marie en ont été des chevilles ouvrières. 

Un dispositif juste « insuffisamment » piloté pour qu’il y règne un climat de liberté et d’audace qui permet un réel tricotage de pratiques de réseaux, ainsi qu’un processus d’intervision entre acteurs et services. C’est dans cet esprit qu’il convient de penser nos actions. Cela épargneraient les passages à l’acte dont sont trop souvent victimes ces jeunes dont nous parlons, méconnaissant trop souvent la part de responsabilité que nous avons, collectivement, dans l’émergence de ce que nous appellerons symptômes. Diagnostic qui nous permet de juguler notre sentiment d’impuissance, d’ « évacuer » notre responsabilité en « santémentalisant » des conduites « saines » dites symptômes, réponses à nos difficultés de construire ensemble. 

Il faut tout un village pour élever un enfant… tellement vrai. Ne nous laissons plus enfermer dans des politiques pensées secteur par secteur ! Pensons et agissons dans la transversalité des savoirs et des compétences. 

Il faut en passer par cette culture du soin, par cet humanisme si nous voulons éviter, par exemple, qu’une jeune femme passe la première nuit de sa majorité dans une chapelle juste en face du lieu de « vie » qui ne peut plus l’accueillir. 

Luc Fouarge

Président du CRéSaM

Administrateur de www.groupementimp140.be

Co-fondateur de www.metis-europe.eu

www.lucfouarge.com

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…de l’accueil d’un enfant 

… en milieur résidentiel pour jeunes

Je sors de la voiture de cette dame que j’ai déjà vue une fois auparavant, elle est la septième qui se déclare être mon assistante sociale. Elle est gentille. Elle semble mal avec cette idée de me déposer dans cette institution qui grouille de monde, en même temps elle parait pressée d’en repartir, elle a encore de la route, elle doit encore aller chercher ses enfants déjà sortis de l’école à cette heure.

J’ai 12 ans et demi, je ne pleure plus quand j’ai peur. Je suis triste de la voir partir. Pas parce qu’elle me laisse là. Je suis triste de l’ennui que je lui cause d’être en retard pour ces enfants. 

Elle non plus ne connait pas l’institution où elle me dépose et pourtant elle me dit que j’y serai bien. Sur le dernier km elle a dit que c’était une belle région… comme des vacances, ai-je cru entendre. Ma mère n’a pas pu venir, elle est sortie de la maternité avant-hier. 

Un homme bizarre me propose de déposer mon sac…j’hésite, ils vont l’ouvrir…ils vont voir que je n’ai rien…juste quelques vêtements trop petits que je ne mettais déjà plus dans l’institution que j’ai quittée. Il veut me faire visiter son service et me présenter au groupe, à mon groupe. Je n’ai ni larme ni appréhension, cette scène de la première rencontre je l’ai vécue…quelques fois.

Quel air faut-il prendre ? Triste, apeuré …. Qu’est-ce qui est le mieux pour eux, pour le groupe d’yeux qui me déshabille du regard quand l’éducateur ouvre la porte qui cache une ambiance faussement joyeuse … le groupe sait déjà mon nom et mon âge. Le groupe, excité…ne sait pas que j’ai l’habitude et que je ne sens rien, que je suis disposé à faire l’effrayé, le « j’en ai rien à faire », que ma seule peur monte en moi quand je suis sous les couvertures et que s’éteint la lumière juste avant que l’éducateur qui ne sera pas là à mon réveil ne ferme la porte. Demain, quelqu’un que je n’ai jamais vu me découvrira à ma descente de lit avant que je ne passe à la salle de douche. Je n’aime pas faire les présentations, les cheveux en bataille, en pyjama. On me précipite dans l’intimité, me faisant découvrir pour la millième fois que je n’ai pas de privé, que je suis du groupe. 

Ils sont souvent gentils, mais prennent des airs fâchés quand le groupe est mal levé. 

Je suis aussi le groupe et je subi l’air grognon de l’éducateur qui ne m’a pas encore dit bonjour, il est préoccupé. Il est occupé par toute l’attention qu’il porte à la tension matinale du groupe dont je découvrirai que c’est chaque fois avec cet adulte là…mais ça je ne le savais pas. Quand je ne serai plus le nouveau du groupe, cela ne me touchera plus, déjà maintenant, avec toutes mes expériences passées je sais ce qu’il en coûte d’être du groupe, de m’y confondre, de me diluer, de disparaitre derrière un nom de groupe. Le noir au couché m’a fait moins peur qu’à la fois précédente. J’apprends, j’ai douze ans et j’apprends à ne plus être moi-même, j’apprends à être du groupe parce que c’est ainsi, je l’ai éprouvé qu’il est plus facile de ne plus sentir…je ne sais d’ailleurs presque plus ce que je ne sais plus sentir. C’est plus facile ainsi. Puis j’ai souvent entendu que la vie est dure et j’en ai conclu que ne pas le sentir me rendait plus calme.  Parce que quand je ne suis pas calme, il me change d’institution et ça m’énerve.

Prendre soin de l’accueil

Les réflexions de cet enfant interrogent. 

Ce scénario banal nous dit que peut-être l’enfant n’est pas autant au centre du projet de service que ne le prétendent les écrits des services « envoyeurs » et d’ « accueil ». 

Le service social mandaté y a consacré peu d’énergie. Les accueillants également très probablement en raison des charges de travail augmentées par la crise que nous vivons. Elle impacte le temps consacré à une présence physique et émotionnelle auprès de ce jeune enfant.

Pas de tuilage entre l’institution (sans doute limité à un échange d’éléments de dossier) qu’il quitte et celle qui le reçoit pour donner à ce passage l’importance de l’évènement. Il est perceptible que l’enfant s’y adapte bien. Ce « transfert » démontre bien le manque de messages existentielles que la société lui adresse à la suite des messages, sans doute carencés de la famille, dont on a accepté l’absence. Lui-même et les professionnels, avec toute la gentillesse qui convient, sont passé à côté de la richesse d’un tel moment qui renseigne sur l’importance accordée aux émotions, ressenties ou pas, de cet enfant mais aussi des adultes en « charge » de lui. Ainsi se signe un accord secret au nom de la paix : les émotions n’ont pas trop de place dans cette rencontre. Une banalisation qui renforcera la carapace de ce jeune et des adultes. Cet agrément agréable installe la retenue comme gage d’une bonne entente. Le prix est ainsi annoncé d’entrée de jeux. Nous cheminerons en taisant cette part de nous même qui pourrait nous gêner. 

Il sera désormais difficile à l’éducateur, qui est au plus près de l’enfant, d’accomplir une mission, de porter le message soignant de l’institution. Le jeune vient de réussir son examen d’entrée dans ce monde qui ressemble déjà à celui qu’il à quitté hier. Expérience qui contribue à le blinder et confirme l’idée qu’il convient de s’armer pour entrer dans le monde des grands.

Vous verrez, cet enfant sera défini lors d’une réunion dite de synthèse comme un enfant blindé de résistances, mécanismes de défense et à distance de ces émotions…tout un vocabulaire « étiquette » pourtant si peu éthique puisqu’il est le résultat d’un dysfonctionnement institutionnel et culturel qui préférera remettre en question le jeune plutôt que cette discontinuité entre services, mandants et familles qui soutiennent voire induisent cette « confortable » mise à distance des émotions.

Luc Fouarge

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IMP 140, SRG, ITEP,MECS… #covid…et après ?

« …soigner le malade sans soigner l’institution relève relève purement et simplement de l’imposture… » Jean Oury cité par Cynthia Fleury

La crise sanitaire révèle des fragilités déjà existantes. 

La pandémie porterait au jour les méconnaissances (processus actif et non conscient de non-connaissance) des fatigues déjà décrites mais enfouies. 

Alain Ehrenberg décrivait ce processus il a plus de 10 ans, dans « La fatigue d’être soi »

« Nous savions tout cela. Et pourtant paresseusement, lâchement, nous avons laissé faire.  Nous avons craint le heurt avec la foule, les sarcasmes de nos amis, l’incompréhensif mépris de nos maîtres. …Nous avons préféré nous confiner dans la craintive quiétude de nos ateliers. » Marc BLOCH, L’étrange défaite, écrit en 1940 Publié en 1990 chez Gallimard

« Si nous ne changeons pas de modèle économique, social et politique, si nous continuons à traiter le virus comme un évènement biologique dont il faudrait se borner à « bloquer la circulation », les accidents sanitaires ne vont pas cesser de se multiplier » revue Lancet, repris par Barbara STIEGLER[1]  

Ces méconnaissances sourdent dans notre existence… nous le « savons ». Comme un arrière-fond culturel suicidaire que nous traversons en détournant le regard, ce qui ne l’empêche pas d’être actif. De la passivité qui plombe notre société, jaillissent les fragilités que nous taisions, les jeunes ne sont pas dupes.

La crise désembue notre vision mais nous continuons la marche.

C’est avec cette insécurité que nous escaladons l’imprévisibilité, sans assurance.

Et nous le savons, les enfants pas encore « pervertis » se branchent inconsciemment sur nos inquiétudes tues, leurs symptômes nous en distraient. 

Aujourd’hui la crise sanitaire nous autorise à montrer nos fragilités. La mise à l’épreuve soignants hospitaliers est devenue un indicateur, l’instrument de mesure d’un mal-être que nous serions autorisé désormais à regarder dans les yeux.

Toutes les corporations se sont ainsi exprimées à la suite des soignants qui sont le dernier mur rempart contre nos angoisses de mort. A 20 :00 nous descendions dans la rue pour leur dire qu’ils doivent tenir. Ils sont essentiels quand nous sommes… et nous ?

Dans les services résidentiels pour jeunes le personnel se serre les coudes, les directions le soutient comme jamais particulièrement dans ces services qui doivent accueillir 24/24 et 365 jours/an.

Mais la fatigue était déjà là. Celle dont parle Ehrenberg, celle d’un manque de prise en compte de la force d’impact sur le psychisme du personnel des détresses, des souffrances, des pathologies des jeunes accueillis. Le temps de métabolisation en équipe se réduit, l’organisation de réunions en présence s’espacent pour préserver les prestations en « présentiel » auprès des jeunes.

Les directions évoquent des défections ainsi que des difficultés de recrutement. Les mêmes propos se tiennent dans les services ambulatoires d’aide à l’enfance, à la jeunesse, aux familles. Des études universitaires le confirment.

Et portant il faut tenir. 

TENIR, est justement la réponse qu’il convient de donner aux jeunes que nous accueillons atteints pour une grande partie de troubles de l’attachement. Ces troubles particuliers qui conduisent au rejet, aux réorientations, aux abandons…aux qualifications pathologiques que nous leurs faisons endosser. Ainsi chargés ceux-ci augmentent la puissance d’emprise, mécanismes de défenses souvent repérés chez les jeunes qui évitent la proximité psychologique authentique dans laquelle ils se sentent très vulnérables.

Mais comment organiser le « tenir » quand les fragilités révélées nous fragilisent.

« Plongés dans ce continent mental de la pandémie…nos esprits sont comme occupés » B.Stiegler.  Comme ils l’ont appris avec des parents qui dysfonctionnent, ils s’« occuperont » de nous », prendront soins de nous, par les symptômes.

Cela n’a pas privé toutes les équipes de leurs créativités, lors de cette journée de partage d’expériences à Turin, avec MèTIS Europe nous les évoquerons en présence de personnalités politiques européennes qui pourraient relayer nos projets, nos objectifs. Postés comme observateurs privilégiés de la société grâce à l’enseignement de ces jeunes et de leurs familles, si nous optons pour l’humilité qui nous permet de les écouter, nous pouvons contribuer aux modifications culturelles qui nous libèrent. 

Luc Fouarge


[1] IN TRACTS N° 23, GALLIMARD, DE LA DÉMOCRATIE EN PANDÉMIE. SANTÉ, RECHERCHE, ÉDUCATION

Cy,nthia Fleury Tracts N°6, Le soin est humanisme…. elle y parle du patient expert

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Projet JAVA – Transition chez les jeunes (16-23) en situation complexe

Soutenus par la Coopérative CERA, la Fédération Wallonie-Bruxelles, la Fondation Roi Baudoin, la Chaire de Psychiatrie en Transition et le Délégué Général aux Droits de l’Enfant, le projet cherche à co-construire des relais plus efficaces en matière d’accompagnement pour favoriser la transition et l’autonomie des JAVA en « situation complexe » en fonction de leurs besoins spécifiques. 
Pour ce faire, un appel à projets sera réalisé par le CRéSaM, qui sélectionnera pour les soutenir et les accompagner des initiatives inspirantes qui tentent d’apporter des réponses aux difficultés rencontrées par ces jeunes à cette période cruciale de leur vie et de palier la rupture qui caractérise le passage des services dédiés à la jeunesse aux services pour adultes.
Les jeunes seront par ailleurs directement mobilisés et eux-mêmes acteurs du projet. Ils seront d’une part invités à participer aux différentes dimensions de celui-ci et, d’autre part, pour les jeunes impliqués dans les institutions lauréates, à réaliser des créations artistiques qui témoigneront de leurs parcours et de leur expérience du projet mené pour et avec eux.

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Troubles de l’attachement et « contenance »

Si elle se rigidifie la « contenance », au lieu de libérer, étouffe.

Les services résidentiels (IMP 140-ITEP-SRG) doivent s’élargir à la capacité contenante d’autres institutions, services. Ainsi ils participent à une offre dans différentes modalités d’accompagnement. Vu par le jeune, des horizons multiples s’offrent à lui, il y entrera plus facilement, libéré de l’inquiétude d’être enfermé. Ces modalités ne le désignent pas comme le « coupable » de ce qui lui arrive quand il nous voit à l’ouvrage dans les autres dimensions de sa vie, de sa famille, de son quartier.

L’objectif est d’accueillir l’enfant, le jeune, pour qu’il puisse exprimer l’indicible sans courir le risque de se faire rejeter.

C’est à cette fin que nous avons à organiser le « tenir » avec les partenaires qui lui permettront de « s’échapper » sans en passer par une xème rupture.

Si nous ne respectons pas cette « dialectique », ces mécanismes de défense, les symptômes se cristalliseront, nous nous raidirons, nous nous éloignerons de lui. Cela pourra même avoir les allures d’une lune de miel entre lui et le service mais gare au ressac. Il pourrait s’y détruire et nous conduire à la fatigue professionnelle. C’est en conséquence de ces passages à l’acte que symétriquement nous mettons fin à l’accueil. 

Et, de part et d’autre, les troubles de l’attachement se spécialisent.

Luc Fouarge

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Institutionite, affections iatrogènes

Quand l’« institutionnalisation » devient symptômes.

Quand le corset se resserre pour protéger la machine institutionnelle. 

Si cette question fait l’objet d’un travail permanent dans le service d’accueil et d’hébergement d’adultes porteurs de handicap mental, d’enfants placés, dans les secteurs du psychomédicosocial et/où de la protection de l’enfance ou vous travaillez, alors inutile de lire cet article.

Ici, nous évoquons les dégâts que causent ce phénomène de dérives institutionnelles non-évaluées comme telles. La personne « institutionnalisée » s’adapte, se sur-adapte à une culture institutionnelle abandonnant ainsi une partie de son potentiel de croissance. Nous verrons que symétriquement il en va de même pour le personnel. Écoutons déjà le vocabulaire « admis » dans le service pour adultes qui, par exemple, évoquera les filles, les garçons, les gars et les gamins… voilà déjà les personnes minimisées, même si vous y trouvez des accents gentils. Les voilà confirmées d’entrée de jeu dans une réduction de ce qu’elles sont et le personnel situé dans une posture d’autorité. Les filles et les gars perdent le statut de personne, elles sont d’une autre catégorie, elles perdent ce qu’elles ont de commun avec les intervenants, d’être des personnes. Les uns et les autres se figeront dans cette posture. La rencontre sera inégalitaire, dans une recherche de maintenir le connu, dans l’évitement de la recherche d’un soi nouveau. Ainsi se cristallise l’institution dans une homéostasie « tranquillisante ». 

Tranquillisante parce qu’elle prolonge le vécu antérieur de la personne, le passé reprend forme avec les nouvelles personnes qu’elle rencontre, comme dans un tango qui les harmonise sur le non-changement. Et voilà que les soumissions, les humiliations et si besoin en est les violences perdurent et maintiennent dans le connu, dans le contrôlable.

Ce qui s’est inscrit précédemment comme symptôme, ce qui freine le développement harmonieux, ce qui fait partie de l’économie relationnelle, le prix de « j’existe à tes yeux » se réinscrit insidieusement dans les relations à l’intérieur de l’institution. Si ce processus sans doute inconscient s’installe c’est sans doute parce que cette dimension systémique est tue parce qu’elle force de tranquillisant. 

C’est dans l’exercice d’une responsabilité partagée avec la personne, sa famille, l’institution avec son évaluation interne et externe (les auditeurs de l’administration) que ce risque, très humain, pourra être minimisé et que pourra se libérer le pouvoir d’agir des uns et des autres, assurant ainsi la croissance des personnes accueillies et des personnes à qui on les confie. En arrière-fond, la quête de sens, celle-là même qui, absente, conduira aux omertas, aux burnout, aux violences… et dans une douleur, exprimée ou non, dans une quête dérisoire d’être reconnu. C’est sans doute dans cet espace qu’il sera utile de comprendre l’absentéisme et les défections.

Dans cette optique, nous observons comment s’installe cette forme de symétrie entre les accueillants et les personnes, entre les familles et l’institution, avec le regard sans doute discret d’une administration assaillie par les doléances sur les moyens qu’elle peut mettre à disposition des services. Une symétrie qui résulte d’un accord secret sur le maintien en l’état des potentialités de ceux qui travaillent ou séjournent dans le service.

S’y joue, de façon inconsciente, le maintien de la personne dans le service. Pour des raisons économiques parfois, et pour assurer un accueil « paisible » le plus souvent. Cela pourrait priver la personne d’accéder à une unité de vie qui pourrait l’amener à développer davantage de compétences.

Ces services, en ce y compris les familles, font peu appel aux groupes d’autoreprésentation qui existent hors des services dans le secteur associatif. Les échanges, les prises de paroles, les prises de conscience dans ces groupes pourraient y faire naître des désirs de se développer, de s’augmenter et ainsi entrainer des questionnements, des bouleversements dans le service et dans la dynamique familiale. 

A la symétrie évoquée s’ajoutent les difficultés dans la mise en œuvre de l’inter-disciplinarité dans le service. Comme dans les conflits dans la famille, dans le couple, il n’est pas rare que les éducateurs fassent obstruction aux regards des autres disciplines dans leur service et…vice et versa, dans des conflictualités « sourdes » dont les uns sont responsables au regard des autres. L’exercice de la tiercité, le regard croisé sont freinés, chacun cultivant dans son coin ses certitudes. Ainsi, l’éducateur, le psychologue se trouvent privés du regard tiers que son équipe, son institution, les services partenaires pourraient exercer sur eux. 

Dans un tel climat, il sera bien difficile d’élaborer un projet personnalisé du service au profit d’une personne. Chacun justifiant, bien inconsciemment sans doute le renoncement à grandir, à sortir de sa zone de confort.

C’est alors que le corset enveloppant la personne se resserre. La disqualification des potentialités de créer du nouveau par la personne, soutenue par une équipe s’éteindra, elle s’installera pour le confort de tous dans une forme de « chronicisation », « institutionnalisation » pour le confort du personnel, de la personne et de sa famille, les « choses restant en l’état ».

Nous évoquions le vocabulaire utilisé pour s’adresser aux personnes. Insidieusement, d’autres attitudes confirmeront celles-ci dans une forme d’intérêt à retenir l’expression de leurs ressources, dit plus simplement, elles y entendront que la mise en sourdine de leurs désirs et besoins est de bon aloi.

Aux toilettes des pensionnaires, les rouleaux de papier toilettes ont été supprimés, peut-être parce que l’une ou l’autre personne en faisait mauvais usage, gaspillage, bouchage des WC… les voilà donc contraintes, toutes adultes qu’elles soient, d’aller solliciter une ration de papier auprès d’un autre adulte identifié membre de l’équipe ! oui, c’est dans le détail que se cache l’humiliation qui « asservira » la personne. 

Un pensionnaire, dans une bousculade à l’entrée du réfectoire, se fait reprendre comme un petit turbulent par un de ces adultes pro qui expriment durement, en haussant le ton comme pour se garantir l’autorité nécessaire pour « accueillir » la centaine de personnes qui s’y précipite. Et voilà un des rares moments de plaisirs de la vie institutionnelle devenu éprouvant. Mais cette dernière personne compte bien se faire entendre, un début d’escalade dans le ton et le choix des mots débute. Le chef educteur dont les consignes au personnel sont rigides s’approche et fait taire la personne par un coup placé au plexus qui fait taire la personne. Le calme revient illico, et les jeunes éducateurs du service se tairont sur cet exercice d’autorité lors de la prochaine réunion. Peut-être même y verront-ils l’exemple de ce qu’il convient de pratiquer à l’égard de certaines de ces personnes pour que le troupeau s’avance calmement vers son assiette. Pour quelques personnes, c’est la gorge serrée qu’elles déglutiront.

Ainsi le service, ici dominé par une culture éducative transmise par un ancien, fort d’années d’expérience crée un climat aux allures paisible dans un climat de frayeur.

Ces exemples de quotidienneté, camouflée derrière des mots et des gestes infantilisant se retrouvent autant dans des collectifs d’adultes que dans des services destinés aux enfants. Les gros bras régissent l’ambiance sans avoir à hausser le ton… et tout le monde sera bien gardé.

Familles, auditeurs externes n’ont pas accès à ces modes opératoires qui opèrent dans la culture institutionnelle. Il est évident que dans la structure les choses ont été nommées tout autrement, « le bénéficiaire étant bien sûr au cœur des préoccupations de l’institution ».

Dans ces services dont nous espérons qu’ils se fassent rares il n’existe pas de lieu d’échanges, d’évaluation interne, de liberté de paroles qui permettraient que la mesure en soit prise et que les cadres soient en mesure d’apporter les aides dont les équipes ont besoin pour que soient épargnées les personnes. Cette privation d’expression existe autant du côté des personnes que du côté des adultes « encadrants ». Il manque de regards extérieurs, il manque de cette qualité d’échanges que pourraient s’offrir les professionnels, signalant dans la bienveillance que tel ou tel est en difficulté pour aborder telle problématique. Privées de ses regards dans la bonneveillance le personnel retourne chez lui bien des fois en apprenant petit à petit à taire ce qu’il observe pour lui et/ou pour son collègue. Des dérapages malsains s’installent insidieusement, et chacun s’y adapte. 

Cette adaptation limitante devient symptôme, tant côté personnel que chez les personnes accueillies. Une « alliance » secrète entre famille, personne, personnel, institution… risque de nous maintenir dans le non-changement.

Luc Fouarge

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IMP 140 Protection de l' Enfance

L’ « institutionite » quand l’« institutionnalisation » devient symptômes.

Quand le corset se resserre pour protéger la machine institutionnelle. 

Si cette question fait l’objet d’un travail permanent dans le service d’accueil et d’hébergement d’adultes porteurs de handicap mental, d’enfants placés, dans les secteurs du psychomédicosocial et/où de la protection de l’enfance ou vous travaillez, alors inutile de lire cet article.

Ici, nous évoquons les dégâts que causent ce phénomène de dérives institutionnelles non-évaluées comme telles. La personne « institutionnalisée » s’adapte, se sur-adapte à une culture institutionnelle abandonnant ainsi une partie de son potentiel de croissance. Nous verrons que symétriquement il en va de même pour le personnel. Écoutons déjà le vocabulaire « admis » dans le service pour adultes qui, par exemple, évoquera les filles, les garçons, les gars et les gamins… voilà déjà les personnes minimisées, même si vous y trouvez des accents gentils. Les voilà confirmées d’entrée de jeu dans une réduction de ce qu’elles sont et le personnel situé dans une posture d’autorité. Les filles et les gars perdent le statut de personne, elles sont d’une autre catégorie, elles perdent ce qu’elles ont de commun avec les intervenants, d’être des personnes. Les uns et les autres se figeront dans cette posture. La rencontre sera inégalitaire, dans une recherche de maintenir le connu, dans l’évitement de la recherche d’un soi nouveau. Ainsi se cristallise l’institution dans une homéostasie « tranquillisante ». 

Tranquillisante parce qu’elle prolonge le vécu antérieur de la personne, le passé reprend forme avec les nouvelles personnes qu’elle rencontre, comme dans un tango qui les harmonise sur le non-changement. Et voilà que les soumissions, les humiliations et si besoin en est les violences perdurent et maintiennent dans le connu, dans le contrôlable.

Ce qui s’est inscrit précédemment comme symptôme, ce qui freine le développement harmonieux, ce qui fait partie de l’économie relationnelle, le prix de « j’existe à tes yeux » se réinscrit insidieusement dans les relations à l’intérieur de l’institution. Si ce processus sans doute inconscient s’installe c’est sans doute parce que cette dimension systémique est tue parce qu’elle force de tranquillisant. 

C’est dans l’exercice d’une responsabilité partagée avec la personne, sa famille, l’institution avec son évaluation interne et externe (les auditeurs de l’administration) que ce risque, très humain, pourra être minimisé et que pourra se libérer le pouvoir d’agir des uns et des autres, assurant ainsi la croissance des personnes accueillies et des personnes à qui on les confie. En arrière-fond, la quête de sens, celle-là même qui, absente, conduira aux omertas, aux burnout, aux violences… et dans une douleur, exprimée ou non, dans une quête dérisoire d’être reconnu. C’est sans doute dans cet espace qu’il sera utile de comprendre l’absentéisme et les défections.

Dans cette optique, nous observons comment s’installe cette forme de symétrie entre les accueillants et les personnes, entre les familles et l’institution, avec le regard sans doute discret d’une administration assaillie par les doléances sur les moyens qu’elle peut mettre à disposition des services. Une symétrie qui résulte d’un accord secret sur le maintien en l’état des potentialités de ceux qui travaillent ou séjournent dans le service.

S’y joue, de façon inconsciente, le maintien de la personne dans le service. Pour des raisons économiques parfois, et pour assurer un accueil « paisible » le plus souvent. Cela pourrait priver la personne d’accéder à une unité de vie qui pourrait l’amener à développer davantage de compétences.

Ces services, en ce y compris les familles, font peu appel aux groupes d’autoreprésentation qui existent hors des services dans le secteur associatif. Les échanges, les prises de paroles, les prises de conscience dans ces groupes pourraient y faire naître des désirs de se développer, de s’augmenter et ainsi entrainer des questionnements, des bouleversements dans le service et dans la dynamique familiale. 

A la symétrie évoquée s’ajoutent les difficultés dans la mise en œuvre de l’inter-disciplinarité dans le service. Comme dans les conflits dans la famille, dans le couple, il n’est pas rare que les éducateurs fassent obstruction aux regards des autres disciplines dans leur service et…vice et versa, dans des conflictualités « sourdes » dont les uns sont responsables au regard des autres. L’exercice de la tiercité, le regard croisé sont freinés, chacun cultivant dans son coin ses certitudes. Ainsi, l’éducateur, le psychologue se trouvent privés du regard tiers que son équipe, son institution, les services partenaires pourraient exercer sur eux. 

Dans un tel climat, il sera bien difficile d’élaborer un projet personnalisé du service au profit d’une personne. Chacun justifiant, bien inconsciemment sans doute le renoncement à grandir, à sortir de sa zone de confort.

C’est alors que le corset enveloppant la personne se resserre. La disqualification des potentialités de créer du nouveau par la personne, soutenue par une équipe s’éteindra, elle s’installera pour le confort de tous dans une forme de « chronicisation », « institutionnalisation » pour le confort du personnel, de la personne et de sa famille, les « choses restant en l’état ».

Nous évoquions le vocabulaire utilisé pour s’adresser aux personnes. Insidieusement, d’autres attitudes confirmeront celles-ci dans une forme d’intérêt à retenir l’expression de leurs ressources, dit plus simplement, elles y entendront que la mise en sourdine de leurs désirs et besoins est de bon aloi.

Aux toilettes des pensionnaires, les rouleaux de papier toilettes ont été supprimés, peut-être parce que l’une ou l’autre personne en faisait mauvais usage, gaspillage, bouchage des WC… les voilà donc contraintes, toutes adultes qu’elles soient, d’aller solliciter une ration de papier auprès d’un autre adulte identifié membre de l’équipe ! oui, c’est dans le détail que se cache l’humiliation qui « asservira » la personne. 

Un pensionnaire, dans une bousculade à l’entrée du réfectoire, se fait reprendre comme un petit turbulent par un de ces adultes pro qui expriment durement, en haussant le ton comme pour se garantir l’autorité nécessaire pour « accueillir » la centaine de personnes qui s’y précipite. Et voilà un des rares moments de plaisirs de la vie institutionnelle devenu éprouvant. Mais cette dernière personne compte bien se faire entendre, un début d’escalade dans le ton et le choix des mots débute. Le chef educteur dont les consignes au personnel sont rigides s’approche et fait taire la personne par un coup placé au plexus qui fait taire la personne. Le calme revient illico, et les jeunes éducateurs du service se tairont sur cet exercice d’autorité lors de la prochaine réunion. Peut-être même y verront-ils l’exemple de ce qu’il convient de pratiquer à l’égard de certaines de ces personnes pour que le troupeau s’avance calmement vers son assiette. Pour quelques personnes, c’est la gorge serrée qu’elles déglutiront.

Ainsi le service, ici dominé par une culture éducative transmise par un ancien, fort d’années d’expérience crée un climat aux allures paisible dans un climat de frayeur.

Ces exemples de quotidienneté, camouflée derrière des mots et des gestes infantilisant se retrouvent autant dans des collectifs d’adultes que dans des services destinés aux enfants. Les gros bras régissent l’ambiance sans avoir à hausser le ton… et tout le monde sera bien gardé.

Familles, auditeurs externes n’ont pas accès à ces modes opératoires qui opèrent dans la culture institutionnelle. Il est évident que dans la structure les choses ont été nommées tout autrement, « le bénéficiaire étant bien sûr au cœur des préoccupations de l’institution ».

Dans ces services dont nous espérons qu’ils se fassent rares il n’existe pas de lieu d’échanges, d’évaluation interne, de liberté de paroles qui permettraient que la mesure en soit prise et que les cadres soient en mesure d’apporter les aides dont les équipes ont besoin pour que soient épargnées les personnes. Cette privation d’expression existe autant du côté des personnes que du côté des adultes « encadrants ». Il manque de regards extérieurs, il manque de cette qualité d’échanges que pourraient s’offrir les professionnels, signalant dans la bienveillance que tel ou tel est en difficulté pour aborder telle problématique. Privées de ses regards dans la bonneveillance le personnel retourne chez lui bien des fois en apprenant petit à petit à taire ce qu’il observe pour lui et/ou pour son collègue. Des dérapages malsains s’installent insidieusement, et chacun s’y adapte. 

Cette adaptation limitante devient symptôme, tant côté personnel que chez les personnes accueillies. Une « alliance » secrète entre famille, personne, personnel, institution… risque de nous maintenir dans le non-changement.

Luc Fouarge

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Éthique de l’accompagnement, de l’aide et du soin

Éthique de l’accompagnement, de l’aide et du soin

L’éthique est ce regard que l’Homme porte sur lui-même dans son rapport à l’autre, au vivant et à la terre qu’il habite au profit d’un mieux-être de tous. 

Ce que nous créons ne peut porter ce regard. L’usage de ce créé sera ou ne sera pas éthique.

La relation d’aide et de soin est éthique si elle veille à épargner l’accompagné de notre volonté de le rendre conforme.  (à nous, auto référencement). 

Est éthique l’institution qui met en priorité les besoins de ses accompagnants à en faire l’examen dans la bonneveillance de son équipe.

Ainsi elle donne le temps, la « contenance » à ses agents pour qu’ils s’équipent du regard tiers de son partenaire de travail, son équipier, dans une culture relationnelle qui exerce une tiercité circulante.

Cette position éthique autorise le geste soignant. Elle permet l’exercice d’une humanité respectueuse du pouvoir d’agir de la personne rencontrée.

Ceci posé, nous pouvons nous autoriser à penser la mission, ses objectifs, ses moyens, ses limites, son évaluation avec les personnes concernées. Le financeur doit veiller à ce que l’opérateur n’inverse pas les priorités et le soutenir dans cette première étape. L.F.

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L’éffiloché…

Titre emprunté à http://www.lesbatisseursdepossibles.be

L’EFFILOCHÉ… HÉRITAGES, ATTACHEMENTS ET CONSTRUCTION PERSONNELLE

Comment se faire aimer, quand s’entremêlent les fils de l’histoire avec ceux que l’on tente de tisser aujourd’hui. Fidélités, prudences, vertiges…et résonances  

C’est au milieu des personnes en charge des soins que l’enfant se confronte à la première question existentielle.  

Comment s’y prendre pour être aimé. Question qui puise ses réponses dans  la permanence, la protection des soins quotidiens.  

Avec son équipement , il observe le monde qui l’entoure. De son fonctionnement il tire les premières leçons. Quelques-unes deviendront des “croyances”. Celles-ci filtreront, orienteront ses intérêts, ses rencontres, les idées qu’il se fait de lui-même et des autres.

Dans un milieu serein, stable il découvrira l’amour inconditionnel, “Tu es aimé tu n’as rien à faire de particulier pour cela, il te suffit d’être”

Dans un climat anxiogène, au hasard de ses observations, il s’installera dans des conduites qui le ménagent, qui lui procurent quelques retombées, positives ou négatives, des contacts froids et peut-être même violents. La discrétion dans la manifestation de ses besoins lui permettra peut-être d’éviter des coups, “moins je demande, moins je suis vivant plus j’ai de chances de recevoir des soins” ou, “le soin ne vient que si je crie, que je hurle” J’évoque ici un héritage qui ne se reçoit pas mais qui se construit par des tentatives plus ou moins heureuses aux effets plus ou moins structurants, aimants ou destructeurs.  

Sous cet angle il ne s’agit pas d’un acquis transmis mais d’une construction psychique précoce qui sera déterminante pour les pas suivants.

Les analystes transactionnels évoquent un ensemble de “décisions” prises par le petit en quête d’adaptation à l’entourage dans lequel il est projeté avec plus moins de chances. Ce regard sort du concept de l’héritage. Ces psychothérapeutes aideront la personne à retrouver le contexte et le contenu de ces décisions et soutiendront chez elle un travail de redécision. Une rencontre qui rend le pouvoir à la personne qui consulte. Dans sa rencontre avec le petit en soi, qui dans un contexte donné a pris ces décisions pour sa survie. Les ”erreurs de pensées” qu’il aurait pu commettre méritent la compassion à l’égard de cette personne qu’elle est devenue aujourd’hui et qui tente de mettre du confort dans sa vie.  La thérapie dans ce cas s’appuie sur l’ “intelligence” qu’eut en son temps l’enfant pour grandir dans son monde. Revisiter croyances et décisions, redécisions élargiront le champ des possibles de la personne, l’aideront à aller vers des personnes qui ne seront plus choisies pour leurs possibilités de confirmer le système de croyances limitant, construit précocement.  L’héritage familial est aussi cette façon de s’encostumer des attributs caractériels, philosophiques… d’un adulte en charge des soins, mère, père, accueillants familiaux, éducateurs… avec l’intention de rétablir un “équilibre”, hostile ou aimant, qui participe à l’unité du groupe habité. Un héritage qui se construira forcément sur une négation partielle de soi. Elle le rattrapera plus tard dans une forme qui n’est pas lui, qui lui collera à la peau Avec l’aide d’une rencontre psychothérapeutique, il essaiera de s’en défaire.  

C’est encore ce moment où l’enfant s’accommodera d’une absence, d’un manque. Un arrangement qui ne supprimera jamais l’attente de l’être “manquant” (au sens où l’utilisait Guy Corneau). Un manque banalisé qui déviera la personne du manque par une quête infructueuse, dans la répétition de souffrance connue et maîtrisée. Là s’insinue le ressentiment tel que développé par Cynthia Fleury dans “Ci git l’amer”. Il installe chez la personne un processus de carence qui devient  un bouclier contre le bonheur. Le ressentiment est alors utilisé comme un “fétiche indispensable pour supporter la réalité” (C. Fleury).

L’art de la relation d’aide  consistera, entre autres, à ne pas entrer dans ce système de croyances limitant, à éviter de répondre aux invitations symbiotique, scénariques auxquelles la personne attire l’intervenant soucieux de l’aider. Les attitudes contretransférentielles des éducateurs, des psy… deviendraient  des confirmations de ce que bien inconsciemment la personne tente de maintenir en l’état comme système de croyances.  (Homéostasie)

Là, intervient l’institution qui emploie le travailleur social ou le psychothérapeute. Parce qu’à cet instant il pourrait bien glisser dans les « résonances » (Elkaim)

La série psy télévisée à admirablement montré comment le psy risque de devenir partenaire de son client. Le rejetant, s’en approchant “trop” ou mal… la superviseuse, fait tiers. L’un et l’autre, même s’ils se combattent, savent que ce passage est tout à la fois humain et normal, et que l’exercice de cette tiercité est techniquement et éthiquement nécessaire à la relation soignante, aidante.

Les familles de la protection de l’enfance que j’accompagne dans le cadre de guidance familiale mérite que l’institution mandatée pour les “suivre” exerce cette indispensable tiercité. Parce qu’elle est ainsi garante  du soin apporté à la famille qu’un magistrat lui confie et parce que le personnel qu’elle emploie doit être protégé du risque de s’enfermer dans les résonances, dans les invitations symbiotiques des familles. Le risque est que le TS entretienne à son insu  l’homéostasie à laquelle l’invite la famille, auquel cas nous devons nous attendre à des placements de longues durées, soit, le travailleur social se prépare au burn out. Le turn over dans les équipes ASE et AEMO en témoignent.  

La quête d’innovation, vécue comme incessante par les équipes sociales, ressemble à de l’agitation pour juguler les angoisses des acteurs de la protection de l’enfance.  

Mettre dans les priorités de l’institution l’exercice de la tiercité en son sein rencontre les résistances tant des cadres que des intervenants. Il s’agit d’un changement de culture institutionnelle qui bouleverse les rapports sociaux habituels.

Une telle vue demande une formation des cadres capables de s’ouvrir à cette dimension de la relation d’aide et une reconnaissance des agents d’opérer mieux, grâce aux regards bientraitants des pairs.

Rencontrant les familles d’enfants placés dans un contexte de co-formation parents/pro, je sais combien les relations ont tendance à s’inverser. Les familles restent dans la méfiance et développent de l’expertise à ressentir, deviner, diagnostiquer les besoins de l’intervenant désigné pour les suivre, grâce à quoi elles se donnent l’impression de donner les réponses attendues. Elles s’illusionnent ainsi sur un raccourcissement de la peine qu’elles endurent tandis que l’intervenant s’illusionne sur la qualité de confiance qu’il établit avec la famille.  Ces questions seront prioritaires dans la culture d’intervision qu’il convient d’installer dans les institutions, services et intervenants qui opèrent en protection de l’enfance.

La culture prend place dans cette construction. Sa forme traditionnelle subit les ravages de 

“l’évolution frénétique” (Jean François Simonin), via les technosciences, la modernité, les GAFAM… qui s’imposent très tôt dans la vie des enfants et particulièrement des ados qui doivent se construire dans un monde qui se détruit. La construction de valeurs ne suit pas le rythme de la modernité qui s’en trouve peu  contenue. Les résultats de la fuite en avant de cette modernité sont devenus visibles, ils sont dominés par l’exploitation des ressources et la production de biens. Depuis longtemps le GIEC déclare que nous allons droit dans le mur. Ce que nous méconnaissons dans une forme de suicidarité mondiale faute de penser et de réguler les modernités. 250 % d’augmentation est le chiffre d’augmentation des consultations (Dr V.Delvenne 2020-2021, pédopsychiâtre, chef d’hôpital à Bruxelles et Professeur). Nous devons aussi penser cette question d’héritage,  en la situant dans ce contexte de mondialisation. 4/10 des ados interrogés mettent en question l’idée d’avoir des enfants !  

Comme accompagnants, TS, thérapeutes nous devons penser les symptômes dans ce nouveau contexte et  penser les réponses dans un cercle élargi aux familles et aux écoles.

Luc Fouarge

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Le soin, un tricot institutionnel

C’est dans l’articulation des discours [1] qu’émerge le potentiel thérapeutique de l’IMP 140.

Plus qu’une rencontre, en réunion clinique ou de synthèse… c’est la culture institutionnelle qui y règne qui autorise son élaboration dans une interdisciplinarité qui soutient l’expression de chacun quelle que soit sa qualification. Comme si de la qualité de cette rencontre, la bonne attention aux émois et aux réflexions de chacun était constitutive de ce qui fait soin en institution. 

Si dans la bonneveillance[2] les confrontations saines s’échangent, la tiercité indispensable s’exerce. C’est de cette qualité que naît l’action, la parole soignante à laquelle chacun participe dans son rôle. A l’instant où s’exerce ce processus d’Intervision ni le grade, ni la profession, ni la fonction prévalent. Ceci ne dénie en aucun cas l’équipement intellectuel, l’expérience dans la contribution de ce moment d’échange sur les résonances. Un instant où chacun augmente son potentiel soignant. 

La clinique institutionnelle naît là où se cultive cette attention à l’autre, cette qualité de donner et recevoir, ou l’équipe met en priorité sur la table les soucis qui la concerne avant de se mettre au travail sur l’observation et l’élaboration d’un projet pour le jeune et sa famille. 

L’éducateur reste éducateur, le psychologue reste psychologue… chacun participant au soin institutionnel avec un savoir être augmenté par le regard de l’autre. 

Alors, se tisse la clinique institutionnelle.

Luc Fouarge


[1] Luc Laurent – Quel avenir pour les pratiques de soin en institution ? – Champ social, 2017

[2] Daniel Marcelli