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IMP 140 Protection de l' Enfance

Projet JAVA – Transition chez les jeunes (16-23) en situation complexe

Soutenus par la Coopérative CERA, la Fédération Wallonie-Bruxelles, la Fondation Roi Baudoin, la Chaire de Psychiatrie en Transition et le Délégué Général aux Droits de l’Enfant, le projet cherche à co-construire des relais plus efficaces en matière d’accompagnement pour favoriser la transition et l’autonomie des JAVA en « situation complexe » en fonction de leurs besoins spécifiques. 
Pour ce faire, un appel à projets sera réalisé par le CRéSaM, qui sélectionnera pour les soutenir et les accompagner des initiatives inspirantes qui tentent d’apporter des réponses aux difficultés rencontrées par ces jeunes à cette période cruciale de leur vie et de palier la rupture qui caractérise le passage des services dédiés à la jeunesse aux services pour adultes.
Les jeunes seront par ailleurs directement mobilisés et eux-mêmes acteurs du projet. Ils seront d’une part invités à participer aux différentes dimensions de celui-ci et, d’autre part, pour les jeunes impliqués dans les institutions lauréates, à réaliser des créations artistiques qui témoigneront de leurs parcours et de leur expérience du projet mené pour et avec eux.

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IMP 140 Protection de l' Enfance

Troubles de l’attachement et « contenance »

Si elle se rigidifie la « contenance », au lieu de libérer, étouffe.

Les services résidentiels (IMP 140-ITEP-SRG) doivent s’élargir à la capacité contenante d’autres institutions, services. Ainsi ils participent à une offre dans différentes modalités d’accompagnement. Vu par le jeune, des horizons multiples s’offrent à lui, il y entrera plus facilement, libéré de l’inquiétude d’être enfermé. Ces modalités ne le désignent pas comme le « coupable » de ce qui lui arrive quand il nous voit à l’ouvrage dans les autres dimensions de sa vie, de sa famille, de son quartier.

L’objectif est d’accueillir l’enfant, le jeune, pour qu’il puisse exprimer l’indicible sans courir le risque de se faire rejeter.

C’est à cette fin que nous avons à organiser le « tenir » avec les partenaires qui lui permettront de « s’échapper » sans en passer par une xème rupture.

Si nous ne respectons pas cette « dialectique », ces mécanismes de défense, les symptômes se cristalliseront, nous nous raidirons, nous nous éloignerons de lui. Cela pourra même avoir les allures d’une lune de miel entre lui et le service mais gare au ressac. Il pourrait s’y détruire et nous conduire à la fatigue professionnelle. C’est en conséquence de ses passages à l’acte que symétriquement nous mettons fin à l’accueil. 

Et, de part et d’autre, les troubles de l’attachement se spécialisent.

Luc Fouarge

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IMP 140 Non classé Protection de l' Enfance

Institutionite, affections iatrogènes

Quand l’« institutionnalisation » devient symptômes.

Quand le corset se resserre pour protéger la machine institutionnelle. 

Si cette question fait l’objet d’un travail permanent dans le service d’accueil et d’hébergement d’adultes porteurs de handicap mental, d’enfants placés, dans les secteurs du psychomédicosocial et/où de la protection de l’enfance ou vous travaillez, alors inutile de lire cet article.

Ici, nous évoquons les dégâts que causent ce phénomène de dérives institutionnelles non-évaluées comme telles. La personne « institutionnalisée » s’adapte, se sur-adapte à une culture institutionnelle abandonnant ainsi une partie de son potentiel de croissance. Nous verrons que symétriquement il en va de même pour le personnel. Écoutons déjà le vocabulaire « admis » dans le service pour adultes qui, par exemple, évoquera les filles, les garçons, les gars et les gamins… voilà déjà les personnes minimisées, même si vous y trouvez des accents gentils. Les voilà confirmées d’entrée de jeu dans une réduction de ce qu’elles sont et le personnel situé dans une posture d’autorité. Les filles et les gars perdent le statut de personne, elles sont d’une autre catégorie, elles perdent ce qu’elles ont de commun avec les intervenants, d’être des personnes. Les uns et les autres se figeront dans cette posture. La rencontre sera inégalitaire, dans une recherche de maintenir le connu, dans l’évitement de la recherche d’un soi nouveau. Ainsi se cristallise l’institution dans une homéostasie « tranquillisante ». 

Tranquillisante parce qu’elle prolonge le vécu antérieur de la personne, le passé reprend forme avec les nouvelles personnes qu’elle rencontre, comme dans un tango qui les harmonise sur le non-changement. Et voilà que les soumissions, les humiliations et si besoin en est les violences perdurent et maintiennent dans le connu, dans le contrôlable.

Ce qui s’est inscrit précédemment comme symptôme, ce qui freine le développement harmonieux, ce qui fait partie de l’économie relationnelle, le prix de « j’existe à tes yeux » se réinscrit insidieusement dans les relations à l’intérieur de l’institution. Si ce processus sans doute inconscient s’installe c’est sans doute parce que cette dimension systémique est tue parce qu’elle force de tranquillisant. 

C’est dans l’exercice d’une responsabilité partagée avec la personne, sa famille, l’institution avec son évaluation interne et externe (les auditeurs de l’administration) que ce risque, très humain, pourra être minimisé et que pourra se libérer le pouvoir d’agir des uns et des autres, assurant ainsi la croissance des personnes accueillies et des personnes à qui on les confie. En arrière-fond, la quête de sens, celle-là même qui, absente, conduira aux omertas, aux burnout, aux violences… et dans une douleur, exprimée ou non, dans une quête dérisoire d’être reconnu. C’est sans doute dans cet espace qu’il sera utile de comprendre l’absentéisme et les défections.

Dans cette optique, nous observons comment s’installe cette forme de symétrie entre les accueillants et les personnes, entre les familles et l’institution, avec le regard sans doute discret d’une administration assaillie par les doléances sur les moyens qu’elle peut mettre à disposition des services. Une symétrie qui résulte d’un accord secret sur le maintien en l’état des potentialités de ceux qui travaillent ou séjournent dans le service.

S’y joue, de façon inconsciente, le maintien de la personne dans le service. Pour des raisons économiques parfois, et pour assurer un accueil « paisible » le plus souvent. Cela pourrait priver la personne d’accéder à une unité de vie qui pourrait l’amener à développer davantage de compétences.

Ces services, en ce y compris les familles, font peu appel aux groupes d’autoreprésentation qui existent hors des services dans le secteur associatif. Les échanges, les prises de paroles, les prises de conscience dans ces groupes pourraient y faire naître des désirs de se développer, de s’augmenter et ainsi entrainer des questionnements, des bouleversements dans le service et dans la dynamique familiale. 

A la symétrie évoquée s’ajoutent les difficultés dans la mise en œuvre de l’inter-disciplinarité dans le service. Comme dans les conflits dans la famille, dans le couple, il n’est pas rare que les éducateurs fassent obstruction aux regards des autres disciplines dans leur service et…vice et versa, dans des conflictualités « sourdes » dont les uns sont responsables au regard des autres. L’exercice de la tiercité, le regard croisé sont freinés, chacun cultivant dans son coin ses certitudes. Ainsi, l’éducateur, le psychologue se trouvent privés du regard tiers que son équipe, son institution, les services partenaires pourraient exercer sur eux. 

Dans un tel climat, il sera bien difficile d’élaborer un projet personnalisé du service au profit d’une personne. Chacun justifiant, bien inconsciemment sans doute le renoncement à grandir, à sortir de sa zone de confort.

C’est alors que le corset enveloppant la personne se resserre. La disqualification des potentialités de créer du nouveau par la personne, soutenue par une équipe s’éteindra, elle s’installera pour le confort de tous dans une forme de « chronicisation », « institutionnalisation » pour le confort du personnel, de la personne et de sa famille, les « choses restant en l’état ».

Nous évoquions le vocabulaire utilisé pour s’adresser aux personnes. Insidieusement, d’autres attitudes confirmeront celles-ci dans une forme d’intérêt à retenir l’expression de leurs ressources, dit plus simplement, elles y entendront que la mise en sourdine de leurs désirs et besoins est de bon aloi.

Aux toilettes des pensionnaires, les rouleaux de papier toilettes ont été supprimés, peut-être parce que l’une ou l’autre personne en faisait mauvais usage, gaspillage, bouchage des WC… les voilà donc contraintes, toutes adultes qu’elles soient, d’aller solliciter une ration de papier auprès d’un autre adulte identifié membre de l’équipe ! oui, c’est dans le détail que se cache l’humiliation qui « asservira » la personne. 

Un pensionnaire, dans une bousculade à l’entrée du réfectoire, se fait reprendre comme un petit turbulent par un de ces adultes pro qui expriment durement, en haussant le ton comme pour se garantir l’autorité nécessaire pour « accueillir » la centaine de personnes qui s’y précipite. Et voilà un des rares moments de plaisirs de la vie institutionnelle devenu éprouvant. Mais cette dernière personne compte bien se faire entendre, un début d’escalade dans le ton et le choix des mots débute. Le chef educteur dont les consignes au personnel sont rigides s’approche et fait taire la personne par un coup placé au plexus qui fait taire la personne. Le calme revient illico, et les jeunes éducateurs du service se tairont sur cet exercice d’autorité lors de la prochaine réunion. Peut-être même y verront-ils l’exemple de ce qu’il convient de pratiquer à l’égard de certaines de ces personnes pour que le troupeau s’avance calmement vers son assiette. Pour quelques personnes, c’est la gorge serrée qu’elles déglutiront.

Ainsi le service, ici dominé par une culture éducative transmise par un ancien, fort d’années d’expérience crée un climat aux allures paisible dans un climat de frayeur.

Ces exemples de quotidienneté, camouflée derrière des mots et des gestes infantilisant se retrouvent autant dans des collectifs d’adultes que dans des services destinés aux enfants. Les gros bras régissent l’ambiance sans avoir à hausser le ton… et tout le monde sera bien gardé.

Familles, auditeurs externes n’ont pas accès à ces modes opératoires qui opèrent dans la culture institutionnelle. Il est évident que dans la structure les choses ont été nommées tout autrement, « le bénéficiaire étant bien sûr au cœur des préoccupations de l’institution ».

Dans ces services dont nous espérons qu’ils se fassent rares il n’existe pas de lieu d’échanges, d’évaluation interne, de liberté de paroles qui permettraient que la mesure en soit prise et que les cadres soient en mesure d’apporter les aides dont les équipes ont besoin pour que soient épargnées les personnes. Cette privation d’expression existe autant du côté des personnes que du côté des adultes « encadrants ». Il manque de regards extérieurs, il manque de cette qualité d’échanges que pourraient s’offrir les professionnels, signalant dans la bienveillance que tel ou tel est en difficulté pour aborder telle problématique. Privées de ses regards dans la bonneveillance le personnel retourne chez lui bien des fois en apprenant petit à petit à taire ce qu’il observe pour lui et/ou pour son collègue. Des dérapages malsains s’installent insidieusement, et chacun s’y adapte. 

Cette adaptation limitante devient symptôme, tant côté personnel que chez les personnes accueillies. Une « alliance » secrète entre famille, personne, personnel, institution… risque de nous maintenir dans le non-changement.

Luc Fouarge

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IMP 140 Protection de l' Enfance

L’ « institutionite » quand l’« institutionnalisation » devient symptômes.

Quand le corset se resserre pour protéger la machine institutionnelle. 

Si cette question fait l’objet d’un travail permanent dans le service d’accueil et d’hébergement d’adultes porteurs de handicap mental, d’enfants placés, dans les secteurs du psychomédicosocial et/où de la protection de l’enfance ou vous travaillez, alors inutile de lire cet article.

Ici, nous évoquons les dégâts que causent ce phénomène de dérives institutionnelles non-évaluées comme telles. La personne « institutionnalisée » s’adapte, se sur-adapte à une culture institutionnelle abandonnant ainsi une partie de son potentiel de croissance. Nous verrons que symétriquement il en va de même pour le personnel. Écoutons déjà le vocabulaire « admis » dans le service pour adultes qui, par exemple, évoquera les filles, les garçons, les gars et les gamins… voilà déjà les personnes minimisées, même si vous y trouvez des accents gentils. Les voilà confirmées d’entrée de jeu dans une réduction de ce qu’elles sont et le personnel situé dans une posture d’autorité. Les filles et les gars perdent le statut de personne, elles sont d’une autre catégorie, elles perdent ce qu’elles ont de commun avec les intervenants, d’être des personnes. Les uns et les autres se figeront dans cette posture. La rencontre sera inégalitaire, dans une recherche de maintenir le connu, dans l’évitement de la recherche d’un soi nouveau. Ainsi se cristallise l’institution dans une homéostasie « tranquillisante ». 

Tranquillisante parce qu’elle prolonge le vécu antérieur de la personne, le passé reprend forme avec les nouvelles personnes qu’elle rencontre, comme dans un tango qui les harmonise sur le non-changement. Et voilà que les soumissions, les humiliations et si besoin en est les violences perdurent et maintiennent dans le connu, dans le contrôlable.

Ce qui s’est inscrit précédemment comme symptôme, ce qui freine le développement harmonieux, ce qui fait partie de l’économie relationnelle, le prix de « j’existe à tes yeux » se réinscrit insidieusement dans les relations à l’intérieur de l’institution. Si ce processus sans doute inconscient s’installe c’est sans doute parce que cette dimension systémique est tue parce qu’elle force de tranquillisant. 

C’est dans l’exercice d’une responsabilité partagée avec la personne, sa famille, l’institution avec son évaluation interne et externe (les auditeurs de l’administration) que ce risque, très humain, pourra être minimisé et que pourra se libérer le pouvoir d’agir des uns et des autres, assurant ainsi la croissance des personnes accueillies et des personnes à qui on les confie. En arrière-fond, la quête de sens, celle-là même qui, absente, conduira aux omertas, aux burnout, aux violences… et dans une douleur, exprimée ou non, dans une quête dérisoire d’être reconnu. C’est sans doute dans cet espace qu’il sera utile de comprendre l’absentéisme et les défections.

Dans cette optique, nous observons comment s’installe cette forme de symétrie entre les accueillants et les personnes, entre les familles et l’institution, avec le regard sans doute discret d’une administration assaillie par les doléances sur les moyens qu’elle peut mettre à disposition des services. Une symétrie qui résulte d’un accord secret sur le maintien en l’état des potentialités de ceux qui travaillent ou séjournent dans le service.

S’y joue, de façon inconsciente, le maintien de la personne dans le service. Pour des raisons économiques parfois, et pour assurer un accueil « paisible » le plus souvent. Cela pourrait priver la personne d’accéder à une unité de vie qui pourrait l’amener à développer davantage de compétences.

Ces services, en ce y compris les familles, font peu appel aux groupes d’autoreprésentation qui existent hors des services dans le secteur associatif. Les échanges, les prises de paroles, les prises de conscience dans ces groupes pourraient y faire naître des désirs de se développer, de s’augmenter et ainsi entrainer des questionnements, des bouleversements dans le service et dans la dynamique familiale. 

A la symétrie évoquée s’ajoutent les difficultés dans la mise en œuvre de l’inter-disciplinarité dans le service. Comme dans les conflits dans la famille, dans le couple, il n’est pas rare que les éducateurs fassent obstruction aux regards des autres disciplines dans leur service et…vice et versa, dans des conflictualités « sourdes » dont les uns sont responsables au regard des autres. L’exercice de la tiercité, le regard croisé sont freinés, chacun cultivant dans son coin ses certitudes. Ainsi, l’éducateur, le psychologue se trouvent privés du regard tiers que son équipe, son institution, les services partenaires pourraient exercer sur eux. 

Dans un tel climat, il sera bien difficile d’élaborer un projet personnalisé du service au profit d’une personne. Chacun justifiant, bien inconsciemment sans doute le renoncement à grandir, à sortir de sa zone de confort.

C’est alors que le corset enveloppant la personne se resserre. La disqualification des potentialités de créer du nouveau par la personne, soutenue par une équipe s’éteindra, elle s’installera pour le confort de tous dans une forme de « chronicisation », « institutionnalisation » pour le confort du personnel, de la personne et de sa famille, les « choses restant en l’état ».

Nous évoquions le vocabulaire utilisé pour s’adresser aux personnes. Insidieusement, d’autres attitudes confirmeront celles-ci dans une forme d’intérêt à retenir l’expression de leurs ressources, dit plus simplement, elles y entendront que la mise en sourdine de leurs désirs et besoins est de bon aloi.

Aux toilettes des pensionnaires, les rouleaux de papier toilettes ont été supprimés, peut-être parce que l’une ou l’autre personne en faisait mauvais usage, gaspillage, bouchage des WC… les voilà donc contraintes, toutes adultes qu’elles soient, d’aller solliciter une ration de papier auprès d’un autre adulte identifié membre de l’équipe ! oui, c’est dans le détail que se cache l’humiliation qui « asservira » la personne. 

Un pensionnaire, dans une bousculade à l’entrée du réfectoire, se fait reprendre comme un petit turbulent par un de ces adultes pro qui expriment durement, en haussant le ton comme pour se garantir l’autorité nécessaire pour « accueillir » la centaine de personnes qui s’y précipite. Et voilà un des rares moments de plaisirs de la vie institutionnelle devenu éprouvant. Mais cette dernière personne compte bien se faire entendre, un début d’escalade dans le ton et le choix des mots débute. Le chef educteur dont les consignes au personnel sont rigides s’approche et fait taire la personne par un coup placé au plexus qui fait taire la personne. Le calme revient illico, et les jeunes éducateurs du service se tairont sur cet exercice d’autorité lors de la prochaine réunion. Peut-être même y verront-ils l’exemple de ce qu’il convient de pratiquer à l’égard de certaines de ces personnes pour que le troupeau s’avance calmement vers son assiette. Pour quelques personnes, c’est la gorge serrée qu’elles déglutiront.

Ainsi le service, ici dominé par une culture éducative transmise par un ancien, fort d’années d’expérience crée un climat aux allures paisible dans un climat de frayeur.

Ces exemples de quotidienneté, camouflée derrière des mots et des gestes infantilisant se retrouvent autant dans des collectifs d’adultes que dans des services destinés aux enfants. Les gros bras régissent l’ambiance sans avoir à hausser le ton… et tout le monde sera bien gardé.

Familles, auditeurs externes n’ont pas accès à ces modes opératoires qui opèrent dans la culture institutionnelle. Il est évident que dans la structure les choses ont été nommées tout autrement, « le bénéficiaire étant bien sûr au cœur des préoccupations de l’institution ».

Dans ces services dont nous espérons qu’ils se fassent rares il n’existe pas de lieu d’échanges, d’évaluation interne, de liberté de paroles qui permettraient que la mesure en soit prise et que les cadres soient en mesure d’apporter les aides dont les équipes ont besoin pour que soient épargnées les personnes. Cette privation d’expression existe autant du côté des personnes que du côté des adultes « encadrants ». Il manque de regards extérieurs, il manque de cette qualité d’échanges que pourraient s’offrir les professionnels, signalant dans la bienveillance que tel ou tel est en difficulté pour aborder telle problématique. Privées de ses regards dans la bonneveillance le personnel retourne chez lui bien des fois en apprenant petit à petit à taire ce qu’il observe pour lui et/ou pour son collègue. Des dérapages malsains s’installent insidieusement, et chacun s’y adapte. 

Cette adaptation limitante devient symptôme, tant côté personnel que chez les personnes accueillies. Une « alliance » secrète entre famille, personne, personnel, institution… risque de nous maintenir dans le non-changement.

Luc Fouarge

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IMP 140 Protection de l' Enfance

Éthique de l’accompagnement, de l’aide et du soin

Éthique de l’accompagnement, de l’aide et du soin

L’éthique est ce regard que l’Homme porte sur lui-même dans son rapport à l’autre, au vivant et à la terre qu’il habite au profit d’un mieux-être de tous. 

Ce que nous créons ne peut porter ce regard. L’usage de ce créé sera ou ne sera pas éthique.

La relation d’aide et de soin est éthique si elle veille à épargner l’accompagné de notre volonté de le rendre conforme.  (à nous, auto référencement). 

Est éthique l’institution qui met en priorité les besoins de ses accompagnants à en faire l’examen dans la bonneveillance de son équipe.

Ainsi elle donne le temps, la « contenance » à ses agents pour qu’ils s’équipent du regard tiers de son partenaire de travail, son équipier, dans une culture relationnelle qui exerce une tiercité circulante.

Cette position éthique autorise le geste soignant. Elle permet l’exercice d’une humanité respectueuse du pouvoir d’agir de la personne rencontrée.

Ceci posé, nous pouvons nous autoriser à penser la mission, ses objectifs, ses moyens, ses limites, son évaluation avec les personnes concernées. Le financeur doit veiller à ce que l’opérateur n’inverse pas les priorités et le soutenir dans cette première étape. L.F.

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L’éffiloché…

Titre emprunté à http://www.lesbatisseursdepossibles.be

L’EFFILOCHÉ… HÉRITAGES, ATTACHEMENTS ET CONSTRUCTION PERSONNELLE

Comment se faire aimer, quand s’entremêlent les fils de l’histoire avec ceux que l’on tente de tisser aujourd’hui. Fidélités, prudences, vertiges…et résonances  

C’est au milieu des personnes en charge des soins que l’enfant se confronte à la première question existentielle.  

Comment s’y prendre pour être aimé. Question qui puise ses réponses dans  la permanence, la protection des soins quotidiens.  

Avec son équipement , il observe le monde qui l’entoure. De son fonctionnement il tire les premières leçons. Quelques-unes deviendront des “croyances”. Celles-ci filtreront, orienteront ses intérêts, ses rencontres, les idées qu’il se fait de lui-même et des autres.

Dans un milieu serein, stable il découvrira l’amour inconditionnel, “Tu es aimé tu n’as rien à faire de particulier pour cela, il te suffit d’être”

Dans un climat anxiogène, au hasard de ses observations, il s’installera dans des conduites qui le ménagent, qui lui procurent quelques retombées, positives ou négatives, des contacts froids et peut-être même violents. La discrétion dans la manifestation de ses besoins lui permettra peut-être d’éviter des coups, “moins je demande, moins je suis vivant plus j’ai de chances de recevoir des soins” ou, “le soin ne vient que si je crie, que je hurle” J’évoque ici un héritage qui ne se reçoit pas mais qui se construit par des tentatives plus ou moins heureuses aux effets plus ou moins structurants, aimants ou destructeurs.  

Sous cet angle il ne s’agit pas d’un acquis transmis mais d’une construction psychique précoce qui sera déterminante pour les pas suivants.

Les analystes transactionnels évoquent un ensemble de “décisions” prises par le petit en quête d’adaptation à l’entourage dans lequel il est projeté avec plus moins de chances. Ce regard sort du concept de l’héritage. Ces psychothérapeutes aideront la personne à retrouver le contexte et le contenu de ces décisions et soutiendront chez elle un travail de redécision. Une rencontre qui rend le pouvoir à la personne qui consulte. Dans sa rencontre avec le petit en soi, qui dans un contexte donné a pris ces décisions pour sa survie. Les ”erreurs de pensées” qu’il aurait pu commettre méritent la compassion à l’égard de cette personne qu’elle est devenue aujourd’hui et qui tente de mettre du confort dans sa vie.  La thérapie dans ce cas s’appuie sur l’ “intelligence” qu’eut en son temps l’enfant pour grandir dans son monde. Revisiter croyances et décisions, redécisions élargiront le champ des possibles de la personne, l’aideront à aller vers des personnes qui ne seront plus choisies pour leurs possibilités de confirmer le système de croyances limitant, construit précocement.  L’héritage familial est aussi cette façon de s’encostumer des attributs caractériels, philosophiques… d’un adulte en charge des soins, mère, père, accueillants familiaux, éducateurs… avec l’intention de rétablir un “équilibre”, hostile ou aimant, qui participe à l’unité du groupe habité. Un héritage qui se construira forcément sur une négation partielle de soi. Elle le rattrapera plus tard dans une forme qui n’est pas lui, qui lui collera à la peau Avec l’aide d’une rencontre psychothérapeutique, il essaiera de s’en défaire.  

C’est encore ce moment où l’enfant s’accommodera d’une absence, d’un manque. Un arrangement qui ne supprimera jamais l’attente de l’être “manquant” (au sens où l’utilisait Guy Corneau). Un manque banalisé qui déviera la personne du manque par une quête infructueuse, dans la répétition de souffrance connue et maîtrisée. Là s’insinue le ressentiment tel que développé par Cynthia Fleury dans “Ci git l’amer”. Il installe chez la personne un processus de carence qui devient  un bouclier contre le bonheur. Le ressentiment est alors utilisé comme un “fétiche indispensable pour supporter la réalité” (C. Fleury).

L’art de la relation d’aide  consistera, entre autres, à ne pas entrer dans ce système de croyances limitant, à éviter de répondre aux invitations symbiotique, scénariques auxquelles la personne attire l’intervenant soucieux de l’aider. Les attitudes contretransférentielles des éducateurs, des psy… deviendraient  des confirmations de ce que bien inconsciemment la personne tente de maintenir en l’état comme système de croyances.  (Homéostasie)

Là, intervient l’institution qui emploie le travailleur social ou le psychothérapeute. Parce qu’à cet instant il pourrait bien glisser dans les « résonances » (Elkaim)

La série psy télévisée à admirablement montré comment le psy risque de devenir partenaire de son client. Le rejetant, s’en approchant “trop” ou mal… la superviseuse, fait tiers. L’un et l’autre, même s’ils se combattent, savent que ce passage est tout à la fois humain et normal, et que l’exercice de cette tiercité est techniquement et éthiquement nécessaire à la relation soignante, aidante.

Les familles de la protection de l’enfance que j’accompagne dans le cadre de guidance familiale mérite que l’institution mandatée pour les “suivre” exerce cette indispensable tiercité. Parce qu’elle est ainsi garante  du soin apporté à la famille qu’un magistrat lui confie et parce que le personnel qu’elle emploie doit être protégé du risque de s’enfermer dans les résonances, dans les invitations symbiotiques des familles. Le risque est que le TS entretienne à son insu  l’homéostasie à laquelle l’invite la famille, auquel cas nous devons nous attendre à des placements de longues durées, soit, le travailleur social se prépare au burn out. Le turn over dans les équipes ASE et AEMO en témoignent.  

La quête d’innovation, vécue comme incessante par les équipes sociales, ressemble à de l’agitation pour juguler les angoisses des acteurs de la protection de l’enfance.  

Mettre dans les priorités de l’institution l’exercice de la tiercité en son sein rencontre les résistances tant des cadres que des intervenants. Il s’agit d’un changement de culture institutionnelle qui bouleverse les rapports sociaux habituels.

Une telle vue demande une formation des cadres capables de s’ouvrir à cette dimension de la relation d’aide et une reconnaissance des agents d’opérer mieux, grâce aux regards bientraitants des pairs.

Rencontrant les familles d’enfants placés dans un contexte de co-formation parents/pro, je sais combien les relations ont tendance à s’inverser. Les familles restent dans la méfiance et développent de l’expertise à ressentir, deviner, diagnostiquer les besoins de l’intervenant désigné pour les suivre, grâce à quoi elles se donnent l’impression de donner les réponses attendues. Elles s’illusionnent ainsi sur un raccourcissement de la peine qu’elles endurent tandis que l’intervenant s’illusionne sur la qualité de confiance qu’il établit avec la famille.  Ces questions seront prioritaires dans la culture d’intervision qu’il convient d’installer dans les institutions, services et intervenants qui opèrent en protection de l’enfance.

La culture prend place dans cette construction. Sa forme traditionnelle subit les ravages de 

“l’évolution frénétique” (Jean François Simonin), via les technosciences, la modernité, les GAFAM… qui s’imposent très tôt dans la vie des enfants et particulièrement des ados qui doivent se construire dans un monde qui se détruit. La construction de valeurs ne suit pas le rythme de la modernité qui s’en trouve peu  contenue. Les résultats de la fuite en avant de cette modernité sont devenus visibles, ils sont dominés par l’exploitation des ressources et la production de biens. Depuis longtemps le GIEC déclare que nous allons droit dans le mur. Ce que nous méconnaissons dans une forme de suicidarité mondiale faute de penser et de réguler les modernités. 250 % d’augmentation est le chiffre d’augmentation des consultations (Dr V.Delvenne 2020-2021, pédopsychiâtre, chef d’hôpital à Bruxelles et Professeur). Nous devons aussi penser cette question d’héritage,  en la situant dans ce contexte de mondialisation. 4/10 des ados interrogés mettent en question l’idée d’avoir des enfants !  

Comme accompagnants, TS, thérapeutes nous devons penser les symptômes dans ce nouveau contexte et  penser les réponses dans un cercle élargi aux familles et aux écoles.

Luc Fouarge

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IMP 140

Le soin, un tricot institutionnel

C’est dans l’articulation des discours [1] qu’émerge le potentiel thérapeutique de l’IMP 140.

Plus qu’une rencontre, en réunion clinique ou de synthèse… c’est la culture institutionnelle qui y règne qui autorise son élaboration dans une interdisciplinarité qui soutient l’expression de chacun quelle que soit sa qualification. Comme si de la qualité de cette rencontre, la bonne attention aux émois et aux réflexions de chacun était constitutive de ce qui fait soin en institution. 

Si dans la bonneveillance[2] les confrontations saines s’échangent, la tiercité indispensable s’exerce. C’est de cette qualité que naît l’action, la parole soignante à laquelle chacun participe dans son rôle. A l’instant où s’exerce ce processus d’Intervision ni le grade, ni la profession, ni la fonction prévalent. Ceci ne dénie en aucun cas l’équipement intellectuel, l’expérience dans la contribution de ce moment d’échange sur les résonances. Un instant où chacun augmente son potentiel soignant. 

La clinique institutionnelle naît là où se cultive cette attention à l’autre, cette qualité de donner et recevoir, ou l’équipe met en priorité sur la table les soucis qui la concerne avant de se mettre au travail sur l’observation et l’élaboration d’un projet pour le jeune et sa famille. 

L’éducateur reste éducateur, le psychologue reste psychologue… chacun participant au soin institutionnel avec un savoir être augmenté par le regard de l’autre. 

Alors, se tisse la clinique institutionnelle.

Luc Fouarge


[1] Luc Laurent – Quel avenir pour les pratiques de soin en institution ? – Champ social, 2017

[2] Daniel Marcelli

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IMP 140 Protection de l' Enfance

« #Capacité_contenante » à plusieurs

Prendre en compte les jeunes en « situation complexe » passe par le soin des acteurs et de leurs institutions, en priorité… pour qu’ils, elles, sortent de leur confinement.

Bien sûr cette question de la transversalité est présente dans la pensée des acteurs, des politiques, des administrations, des TE et de la PJJ, le psycho-médico-social et la psychiatrie, de l’école et des familles…tous savent que pour limiter les exclusions, les souffrances, l’ « incasabilité »,  il faut en passer par elle. Cette transversalité que l’on proclame, que l’on appelle dans les cercles  qui accompagnent ces jeunes et ces familles…et, les acteurs qui finissent par perdre l’écoute de leurs émotions, pressés par le temps, les statiques, le rendement social, et le manque d’intervision, de tiercité.

Pourquoi est-il si difficile de penser les politiques entre les niveaux nationaux, départementaux, entre les secteurs santé ARS, protection de l’enfance, Justice, éducation, culture et sport… Le premier soin consiste donc à soigner l’inter-institutionnalité dans ces champs. Généralement les enfants « désignés » se mettent au service  du maintien du lien entre les siens par le symptôme. L.F.

Merci PAVO d’avoir stimulé cette réflexion

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IMP 140

Merci Monsieur Mony Elkaim

j’aime beaucoup cette métaphore des instruments à cordes que vous utilisez dans la rencontre entre deux personnes, entre le client et l’intervenant lorsque vous enseignez votre concept de résonance.

Face à face ils sont comme deux instruments à cordes dont le son entre dans la caisse de l’autre. 

Des deux côtés le son en ressort différent, transformé par la caisse de l’autre. 

Se crée ainsi une mélodie nouvelle qui nous fait nous découvrir, qui nous augmente si nous écoutons ensemble ce que nous produisons à deux.

Je vis avec ces sons nouveaux.

Mony Elkaim pousse la métaphore plus loin. 

La vibration de mes cordes fait aussi vibrer celles de mon client dont le son se modifie et cette nouvelle vibration, en retour, me fait produire également un son que je découvre. Et je me découvre…si je m’exprime et si je suis à l’écoute de moi tout en écoutant la personne devenue ainsi partenaire.

Cette alchimie nécessite l’exercice, l’expérience mais aussi l’écoute et le regard aimant et bienveillant que mes pairs, mes collaborateurs et collègues, veulent bien m’offrir à l’écoute de ces sons qui se sont échangés et transformés. 

En passer par les cordes évoque le lien, le son, les émotions. 

Le concept de résonance conceptualisé par M.Elkaim en contient d’autres tels le transfert, l’identification, la projection identificatoire, l’engagement le respect, l’humanité, la foi dans l’humanité de l’autre…l’amour et tout un travail de métabolisation qui fait soin.

Luc Fouarge

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IMP 140 Société

Il faut prendre soin des soignants

Depuis la pandémie cette évidence est répétée fréquemment.

Dans les services d’accueil résidentiel, plus qu’ailleurs, ce qui apparait comme une vérité basique, reste bien souvent en rade. 

Si le service est accolé à une grosse structure cette carence s’amplifie.

Plus la structure est grosse, hôpitaux, séniories, résidentiels pour personnes, jeunes ou adultes, handicapées, plus les outils de mesure de la rentabilité, les procédures de gestion prennent de la place, plus les écarts entre décideurs et acteurs de soins souffrent de distanciations…plus le « care » est en souffrance. 

Il me semble que le care s’alimente, comme par phénomènes de cascade, des retombées du soin que le gestionnaire, le dirigeant, le directeur donnera (prendra) à ses équipiers. 

Le « machinement » conduit à un renoncement de soi et de l’altérité, ça va de pair, qui affecte d’abord le « prendre soin », le care,  dans  le soin. La mise au service de la machine, logiciel de contrôle, d’évaluation quantitative des soins, ne comptabilise pas l’indispensable entourage du soin par cette humanité dans le geste qui le rend digeste. 

J’observe que la machine n’est pas un sujet de soin dans les équipes qui se mettent à penser la clinique, happées, sidérées par le symptôme, ses variations d’amplitudes. Je fais ici l’hypothèse, que les personnes accompagnées en prennent inconsciemment la mesure, qu’elles jaugent l’insécurité, l’insatisfaction du soignant et réagissent, comme peut-être ils le firent jadis, en distrayant le soignant de cette  préoccupation devenue charge mentale faute d’être lui-même objet de la bonne attention de son institution, sujet d’un « prendre soin » qui rejaillira…ou pas.

Alors oui, amplifions cette découverte qui situe le soignant comme premier sujet de soin de l’institution. 

Luc Fouarge