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IMP 140 Protection de l' Enfance

Diriger une équipe dans le psycho-médico-social

Diriger une équipe dans le psycho-médico-social

Dans ce secteur, la bonne adéquation d’un leadership  est le résultat d’un processus d’aller-retour entre un responsable et ses collaborateurs.  Il ne dépend donc pas des seules valeurs personnelles du responsable du service. Le leadership est au centre de la table et chacun y contribue selon ses expériences et ses besoins. La bonne occupation des places de chacun est nécessaire. Il est attendu du directeur qu’il exerce une vigilance toute particulière sur cette dynamique qui soutient le pouvoir d’agir de ses collaborateurs. Il est  dépositaire d’une autorité reconnue et soutenue parce que l’équipe contribue à sa construction.

Un chemin qui sort des voies descendantes, très à distance de l’autoritarisme.  

C’est le prix à payer pour entretenir l’énergie d’une équipe généralement outillée intellectuellement, pour analyser les méandres institutionnels. 

Dès que le directeur, désigné par un PO, sort de ce processus de construction du leadership, il entre dans une communication qui suscite incompréhensions, diminution de la motivation et ralentissement dans la poursuite des objectifs du service

Ces freins ressentis par chacun  pourraient inviter la direction à accentuer l’usage des attributs classiques de cette fonction.  Il est possible que, par mécanismes de défenses, des membres de l’équipe alimentent ce processus et le service alors se met à tanguer, les rames s’entrechoquent, l’embarcation quitte la route censée la mener à son cap. 

Le processus suggéré  se fixe pour but de soutenir l’intelligence de l’équipe.  Cette préoccupation sur l’adéquation du leadership n’est pas proposée parce que cela ferait plus joli, pas par séduction pour mettre l’équipe au travail, mais en raison d’une nécessité au regard de la « production » du service. Une bientraitance dont on est en droit d’attendre qu’elle rejaillisse sur le public. 

Le signe avant-coureur de difficultés apparait quand l’un ou l’autre des équipiers demande à voir les galons de son chef pour d’inutiles raisons, ou d’autres qui appartiendraient à l’histoire personnelle de cet équipier en l’invitant à escalader dans l’expression de l’autorité.               Ces  incidents appellent un processus d’Intervision. Processus où chacun est invité à partager sa lecture du dévoiement de l’exercice du leadership. Dans la bonneveillance,  les échanges  permettront à l’auteur de voir de lui ce qu’il ne peut voir de lui, dans cet épisode infructueux et vite désagréable s’il persistait. 

Le directeur est donc également membre de l’équipe.  Dans cet instant, il veillera, juste un peu plus que les autres, à ce que l’équipe ne faillisse pas à ce besoin de bonneveillance. 

Pour aller plus loin en avant : https://wp.me/p19zX5-kC  « Equiper » le travailleur psycho-médico-social.

Luc Fouarge

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IMP 140

Fabrique d’incasables

140 , « incasables », jeunes en situation complexe…

Ainsi les nomme -t-on ! 

En raison d’un arrêté qui définit les jeunes pris en compte pour bénéficier des SRJ (IMP140) en résidentiel ou en suivi ambulatoire à charge de l’ AVIQ, RW. Ils sont nombreux à être suivis par les SAJ, SPJ soit l’AAJ, de la CFWB. Une grande majorité sont inscrits en enseignement spécialisé de Type III.

« Caractériel » est le diagnostic retenu pour bénéficier d’un service résidentiel.

Ces troubles, voire cette pathologie n’ a rien de génétique, elle s’installe très tôt dans la vie relationnelle de ces jeunes, à la suite  d’accidents dans la vie familiale et scolaire.  Des troubles psychoaffectifs qui bien souvent s’installent pour longtemps, affectant la santé mentale de ces jeunes accompagnés dans le secteur du handicap. 

Handicap, troubles psychiques, troubles psychosociaux, retards scolaires, troubles du comportement… 

Jadis ces services pour beaucoup cumulaient sous une même direction l’ensemble des prises en compte spécialisées nécessaires dans la vie quotidienne, l’école, la distanciation « thérapeutique » de la famille dans une Belgique unitaire. Deux ministères, Santé publique et Education nationale subventionnaient ces services. S’y ajoutait le département Justice dans les situations de protections et de délinquances. 

Les inspecteurs du secteur du handicap et de l’Education se trouvaient devant un seul directeur pour l’ensemble des activités. En cas de bouleversement comme nous le connaissons aujourd’hui, les conduites à tenir étaient établies et partagées par une direction qui pouvait mettre très facilement autour de la table les personnes œuvrant en classe ou dans le lieu de vie. 

Aujourd’hui, directions, administration, niveaux de pouvoir différents saucissonnent ce public en souffrance des écartèlements, des écartements dont ils ont eu à souffrir. Les décideurs d’orientations différentes n’unifient pas la réflexion capable de penser la « contenance »[1] qu’il convient d’offrir à ces jeunes. Peu, voire pas de continuité de penser les réponses à ces jeunes par des métiers qui affichent de plus en plus leurs différences. L’enseignant enseigne, l’éducateur fait de l’éducation. Les regards portés sur le jeune s’opposent parfois. 

Dans cette période de pandémie, l’accès à l’école est en grande partie fermé à ces jeunes. Une bonne partie d’entre eux ont été confinés dans l’IMP. L’école ne considère pas qu’elle fait partie d’une approche globale d’un soin à apporter à ces enfants. Les adultes ne sont pas forcément formés à participer au curatif, au prendre soin. 

Voilà donc ces jeunes victimes de fractures institutionnelles. Double sanction, après celle de l’écartement familial !

Cette absence, ab-sens[2], de cohésion se manifeste par un « impossible éducatif soignant » co-construit, en symétrie avec l’incapacité de gérer ces secteurs dans la transversalité indispensable pour élaborer une clinique éducative et scolaire digne des besoins de ces jeunes.

Voilà que le système institutionnel, en rupture de concertation, soutient, voire renforce les mécanismes défentiels de ces jeunes et ainsi les spécialise dans une inadaptation au monde auquel nous les invitons. 

Le soin est politique d’abord ! … si l’organisation le pense dans les complémentarités nécessaires à son succès. Politiquement , aujourd’hui on peut, sans beaucoup se tromper, penser que la société renonce à investir dans les conditions de succès d’une bonne intégration de ces jeunes. Un rapport commandité par le comité de gestion de l’ AWIPH, publié en 2006, prônait déjà cette déclaration d’aborder ces questions dans la transversalité.

Plus tard, à la suite de ces conclusions des accord de coopérations AViQ – AAJ, créent les Jardins pour Tous, comme lieu d’activation de cette transversalité. Cela fait un an que sa structure faîtière ne s’est plus réunie à la suite de consignes des administrations dont question. 

On nous rétorquera que les réseaux de la nouvelle politique en pédopsy, sous tutelle du fédéral, s’en occupent. Mais nous avons montré que les missions sont différentes. 

La prise en considération des jeunes en situation complexe est donc reléguée, les moyens insuffisants et les quelques opérateurs des situations les plus difficiles méconnus dans la haute spécialisation que cet accompagnement exige, conduisant jeunes et professionnels à l’échec. 

Une relance de cet atelier de réflexions dans la transversalité sur cette clinique éducative spécifique, le Jardin Pour Tous Faîtier, doit pouvoir reprendre ces activités et produire des recommandations pour les politiques et administrations nombreuses qui regardent cette populations de leurs balcons en raison du fait qu’ils ont un pied dans le jardin du ministre voisin, ou d’un ministre d’un autre niveau de pouvoir. 

Les éducateurs spécialisés dans ces questions seront unanimes. Une approche qui se donne des chances répondra aux lectures systémiques des évènements, entre autre. Il convient que les regards soignants posés sur ces jeunes soient eux-mêmes nourris des regards des acteurs  de la santé mentale, de l’enseignement, de la protection de l’enfance et de la justice, du champ du handicap, de l’éducation spécialisée. A ce jour, ces points de vue sont morcelés. Cela me fit dire jadis qu’ils étaient victimes d’un saucissonnage schizophrènogène. Lisez, qu’il est question d’en faire des bombes humaines. Secouée par la covid 19, notre société ne demande à ce que nous rajoutions des causes à nos craintes. 

Je plaide pour ces jeunes, je leur souhaite de rencontrer des adultes cohérents et soutenus par leurs partenaires, de sorte que les uns et les autres puissent tenir face aux tentatives de rejets qu’initient les troubles qu’ils manifestent. J’aspire à ce qu’ils cessent d’être des patates chaudes et qu’ils puissent gonfler les rangs des acteurs de sociétés plutôt que les HP, 

les prisons, les CPAS… 

Il nous arrive de penser qu’en faire de bons utilisateurs des systèmes d’allocations est un succès.

Luc Fouarge


[1] Capacité d’accueillir et de contenir les émotions parfois suicidaires et homicidaires pour qu’elles ne se transforment pas en passage à l’acte. 

[2] Philippe Gaberan – Oser le verbe aimer en éducation spécialisée – Eres 2016

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IMP 140

Le mythe de la transversalité en faveur des jeunes en difficultés

On n’est pas obligé …

Les IMP 140 accueillent à temps complet, en collectif, durant l’épidémie également, de nombreux jeunes pour lesquels des mesures protectionnelles des services de l’AAJ découragent ou interdisent les séjours en famille. Beaucoup sont scoalrisés dans une école d’enseignement spécialisé voisine, proche. Une coopération Ecole/IMP  qui tente de répondre à l’ensemble des besoins de ces jeunes.

« On n’est pas obligé »… entendu de la bouche d’enseignants, dans une rencontre entre un IMP140 et une école d’enseignement spécialisé, pour évoquer le déconfinement, interroge les propos des autorités de tutelle en l’amont.

J’y lis une rupture de coopération autour de la prise en compte des besoins spécifiques de ces jeunes. Un repli stratégique des uns et des autres, au final un saucissonnage des besoins de ces jeunes dont l’évolution est particulière.

J’y lis également l’incapacité des autorités politiques de penser de concert les questions relatives aux besoins particuliers de ces jeunes tellement «en  déliaison ». J’y lis donc une cause supplémentaire pour ceux-ci de se défendre contre les tiraillements, les déchirures, les ruptures accompagnés souvent de violences. J’y lis aussi que le système est symétrique à cet éclatement qui spécialise ces jeunes dans les mécanismes de défenses contre une société incohérente quant à son discours sur une « société inclusive ».

A cette incohérence AViQ/Enseignement, s’ajoutent les difficultés récurrentes avec le secteur de l’AAJ. Un comble quand on se réfère à la dimension protectionnelle de ce secteur. Les tentatives de mettre ces trois secteurs au travail, dans la collégialité, la mise en commun des moyens, dans une unicité qui compenserait les ruptures vécues dans l’environnement de ces jeunes. 

Je ne serais pas complet si je n’évoquais les carences de coopérations avec le secteur de la santé mentale qu’introduisaient jadis les dispositions sur l’évaluation et la ré-évaluation, positionnant ainsi l’ambulatoire comme tiers dans la construction psychique déjà si fragile de ces jeunes. 

Je persiste, ces carences de coopérations sur le terrain sont induites par l’incapacité de ces secteurs de penser et d’agir d’une seule voix dans les rencontres avec ces jeunes et leurs familles. Un saucissonnage qui a des conséquences schyzophrènogènes.

Ces secteurs dépendent des gouvernements fédéraux, CFWBxl, RW et des administrations SPFS, Enseignement, AAJ, AViQ.  Conclure sur un échec de l’indispensable transversalité dans la gestion de ce public à besoins spécifiques est redondant. Le Jardin Pour Tous faîtier s’est donné cette ambition d’être le caillou dans la chaussure des autorités qui semblent vouloir s’en débarrasser  pour taire la douleur plutôt que de se mettre à son écoute.

Aujourd’hui, tout se passe comme si ce public était condamné d’avance. Comme si l’entrée dans ces secteurs spécialisé destinait ce public à devenir bénéficiaire des CPAS ultérieurement. Cette immobilité politique dans cette dimension transversale, cette passivité signerait-elle une croyance « morbide » sur les compétences des services et des agents désignés, subventionnés pour  conduire ces jeunes vers une réelle intégration dans la participation à l’action sociale.

Luc Fouarge

PS :

Les urgences de cette crise ne se traitent pas dans la transversalité plus nécessaire que jamais.
En temps qu’acteur de santé mentale, de protection de la jeunesse, du handicap
je prends la mesure de la nécessité de traiter les questions que posent l’accompagnement des jeunes qui prennent appui sur ces secteurs appartenant à au moins trois niveaux de pouvoirs. 

La question de fond est celle de la place que la société souhaite donner à ces jeunes à besoins particuliers
qui prennent la porte de l’ES, de l’AAJ et TJ, des IMP 140, des SSM et hôpitaux pédo-psy… et régulièrement
il les franchissent toutes… sont-ils destinés à emprunter plus tard celle des CPAS, HP, Prisons,… 
Il ne peut y avoir de réponses efficaces hors de cette transversalité tant attendue…

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LE NÉCESSAIRE BAVARDAGE DANS NOS EQUIPES

Durant cette période de confinement-déconfinement, plus d’un mois maintenant, J’entendais des directeurs signaler l’inquiétude croissante dans les équipes. 

Inquiétudes pour les jeunes qu’elles accompagnent, crainte de les infecter, crainte d’être infectées à leur tour et d’infecter leurs familles. Une charge émotionnelle cachée derrière l’urgence du don de sa personne dans cette caisse de résonnance de l’abandon qu’engendre le confinement.

L’organisation du temps de travail shunte les temps de réunion d’équipe, les circulaires affichées, venant des autorités, ne permettent pas d’être opérationnalisées dans un temps de travail d’équipe dans lequel un effet de réassurance pourrait être distillé.

Dans un climat de peur et de méfiance, s’immisce un sentiment d’être piloté dans l’opérationnalisation des directives par les cadres. Un processus qui met à mal l’exercice de la démocratie du service que nous connaissons habituellement et que nous savons correspondre à une réorganisation qui répond à la crise. Nous y entrons bien volontiers comme toute la population est entrée dans le confinement sous bonne garde des autorités.

La peur atténue l’esprit critique, les devoirs de préserver l’autre, de nous préserver, nous poussent à entrer dans un nouveau système. La rapidité de la dispersion du virus fait le reste.

Tout cela pour mettre en évidence la perte de ce travail « en chambre » auquel participent nos équipes de façon hebdomadaire quand elles vont bien. Des lieux, des temps de bavardages qui permettent souvent informellement de se départir des craintes, inquiétudes et questions liées à l’accompagnement des jeunes. 

On le sait, cette urgence que l’on espérait brève, quelques semaines tout au plus, nous conduira à septembre et même plus sans doute. Seuls, traitements et vaccins pourraient modifier le cours des évènements.

Notre créativité doit se mettre au service de ce nécessaire bavardage dans l’interdisciplinarité et dans la hiérarchie des rôles et fonctions pour que cette fonction de métabolisation des émotions, souvent non dites, puisse à nouveau répondre à cette nécessaire recherche de réassurance des bruits de couloirs et des temps de réunions institutionnelles et de synthèses.

Les cadres s’en sortent par des réunions zoom, teams… mais d’autres moyens doivent s’instituer pour permettre l’exercice du bavardage. 

Dans débriefer pour soigner https://lucfouarge.com/2020/03/25/debriefer-pour-soigner/

J’abordais cette urgence à compenser cette diminution des rencontres dont la fonction « soignante », tant pour les professionnels que pour les jeunes, est indispensable.

Cette préoccupation étayera nos équipes en leurs apportant la reconnaissance à la sur-sollicitation émotionnelle qu’elles endurent aujourd’hui.  Luc Fouarge

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COVID 19… éthique(s)

Les circulaires en disent peu. Elles opérationnalisent. Elles sont attendues. Qu’attend-t-on d’elles ?

Dans les espaces vides, une liberté d’apprécier les bonnes mesures qu’un service doit prendre. Deux niveaux de pensées, l’un répondant aux besoins supposés des résidents, l’autre en direction des équipes professionnelles, avec des interactions. 

Venant au travail sans savoir ce qu’il en est de ma charge virale, est-ce que je risque d’infecter un résident, rentrant chez moi est ce que je mets en danger ma famille ?

Des jeunes qui ont abordé le confinement en famille, ou leur famille, sollicitent le retour au service en raison du climat familiale insupportable. Faut-il les faire passer par le testing ? Dans les situations douteuses quant à l’observation des mesures barrières en famille, faut-il organiser un isolement sur le lieu de confinement…

Nos services ne sont-ils pas en train de se transformer en lieux de réclusion si au nom du « collectifs » on empêche visites, promenade, usage des lieux de loisirs de la ville comme les autres enfants ? Le testing est-il traumatisant pour les enfants ? Peut-on y renoncer ? Si oui sur quels arguments ? Au nom de quelle délégation de pouvoir ? 

Le masque « fortement recommandé » est-il obligatoire chez nous ? Pour qui ?

Quand le testing-screening donnera les premiers résultats, qu’en fera-t-on ?

Une partie des questions qui font le quotidien des équipes, au mieux avec les cadres, ou rien qu’entre cadres ? deux façons diamétralement opposées ? Quelles transversalités et quelles cohérences entre les tutelles, Affaires Sociales et Santé d’une part, Emploi et Travail de l’autre, organisations représentatives des travailleurs, protection du travail et médecine du travail. Un carrefour ou se font des politesses politique et éthique. 

Est-il possible de tenir un discours éthique partagé, dicté ?

Tout cela sur fond de peur. Des émotions que l’action, la créativité, la suractivité mettent en sourdine et qui risquent de se réveiller dans des formes dramatiques. Préoccupations qui ne tiennent pas devant l’urgence et le devoir. Diminution, voire disparition des temps de travail d’équipe. 

Les circulaires ne donnent que ce qu’elles peuvent donner d’autant qu’elles sont pensées sans la participation des personnes concernées. C’est donc là que le service est en devoir de produire des décisions et de s’inspirer de principes éthiques qui devraient faire l’objet de débats dans l’institution…oui, mais avec qui, quand ? C’est la que s’entrechoqueront les statuts…et que se cultivent les différences, les inquiétudes, le stress et ses conséquences.

C’est dans la caisse de résonnances des attentes des jeunes et des familles, de la peur des conjoints et des enfants du personnel que s’installe ou pas ce difficile dialogue. 

C’est une question de tout temps, mais nous nous étions peut-être accommodés, dispensés d’y songer et d’y travailler…et le COVID nous précipite dans ces zones que nous découvrons à tâtons. Aller au-delà du déclaratif : « Au nom de mon éthique je décide que… ». Il est question maintenant de décliner, d’argumenter… de sorte que notre décision, pensée ensemble, soit portée par l’équipe. C’est à ce prix qu’elle peut trouver de l’apaisement dans le collectif. 

Dans le soin, dans la clinique éducative nous savons que le lien est essentiel. La question des affects en jeu, confère à nos interventions des questions de grandes valeurs éthiques.          Ne serait-ce que pour nous éclairer sur la question de l’amour attendu par le jeune, de l’amour éprouvé par le professionnel, et bien évidement celle de l’absence d’affects, mais est-ce possible ? Une rencontre que nous devons gérer dans la bonneveillance dans notre équipe interdisciplinaire. Le confinement, les infos terrifiantes sur la maladie et la mort intensifient les questionnements, les évitements. C’est donc là que le service, l’équipe doit s’engager vis-à-vis de chacun de ses collaborateurs. Une réflexion qui associe éthique, clinique et politique. « Je t’aime, je te protège, je me masque »

Luc Fouarge

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IMP 140

Jeunesse et transversalités à l’heure du COVID

Ecoles d’enseignement spécialisé et IMP140 vivent régulièrement sur un même site et encadrent pour une grande majorité les mêmes jeunes. D’autres sont à distance de plusieurs écoles avec lesquelles ils établissent des collaborations. Historiquement bon nombre de ces services furent créés simultanément, par la même asbl et sous la même direction. A cette époque un seul gouvernement gérait le secteur de l’Education Nationale et celui de la Santé publique et de la Famille tutelle du Fds 81, aïeul de l’AViQ et de PHARE. 

Avec les années les PO et directions se sont autonomisés et les tutelles se sont trouvées dans différents niveaux de gouvernement. Ce bref rappel historique pour mettre en lumière mon étonnement et mon regret de voir qu’au cours de l’actuelle crise les questions de luttes contre l’épidémie, de confinement-déconfinement se traitent sectoriellement, avec peu de transversalité.

Cette absence se retrouve dans les circulaires adressées aux secteurs. Il convient d’élargir cette réflexion aux jeunes accueillis en SRG, sous tutelle de l’AAJ. Les solutions apportées aux questions de retours après confinement en famille et nouvelles admissions sont traitées par secteur. Actuellement 70 jeunes sont accueillis provisoirement, avec l’aide de l’ONE dans des services créés pour la circonstance. Des sas, qui prennent en compte le besoin d’observation avant l’intégration dans un groupe de vie. 

On le sent, dans ces approches, des questions éthiques et peut être idéologiques trouvent des réponses différentes. Il nous manque une étape de travail. Elle doit être transversale, éthique et ensuite politique. il y a urgence à inverser le processus… idéalement. Tentons d’y répondre aujourd’hui et gageons que cela puisse servir pour le futur.

S’il y a bien un concept qui rassemble à propos des troubles du comportement, de l’attachement… c’est la nécessité de leurs offrir de la contenance. Je la définis comme une capacité d’accueillir la personne avec toutes émotions, surtout si elles sont suicidaires ou homicidaires. La recevoir pour soutenir l’émergence de la pensée là où il y a de l’acte. La contenance se construit en équipe dans l’interdisciplinarité. 

Mais dans l’amont elle se construit dans la transversalité des pouvoirs de subventions, administrations et politiques. Il appartient à ces derniers à penser avec les acteurs les besoins d’une population. Les IMP140, si par le passé ont parfois fauté en tentant l’ambition d’être totale, doivent penser les besoins de leurs publics dans la coopération avec d’autres acteurs…scolaires, culturels, AMO, SSM…

Il convient pour cela, que la transversalité souhaitée débute dans les cabinets et les administrations. C’est en tous cas l’ambition des Jardins Pour Tous, des nouvelles politiques en matière de santé mentale. Leurs efficacités seront augmentées par un travail interministériel, intergouvernemental. 

Luc F

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IMP 140 Protection de l' Enfance

Covid ….miroir de la société

Avec Vinent Cespedes et Luc Fouarge

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IMP 140

COVID, miroir de la société…

COVID, miroir de la société… et des institutions pour jeunes en difficultés

Bill Gates  « Nous ne sommes pas prêts pour la prochaine épidémie. Le plus grand risque de catastrophe à l’échelle de la planète ressemble [à un virus]. [Le plus grand risque] ce ne sont pas les missiles, mais les microbes« , avait-t-il déclaré en 2015

D’autres, … des scientifiques, avaient déjà lancé de telles alertes. 

Il n’est donc pas possible de se cacher derrière la surprise. La seule qui tient est celle du calendrier. Et donc la médecine comme les politiques savent depuis longtemps qu’il faudra aborder, tôt ou tard, cette crise que nous vivons aujourd’hui. Tout comme d’ailleurs la nécessité d’anticiper la réponse. Ainsi des équipements de protection, des lits en réanimation devaient être prévus dans une concertation mondiale. 

Les détendeurs de la finance, les états ne l’ont pas entendu…et pour cause, faire des stocks, créer des lits de réa en prévision d’une  crise…   immobilisent des fonds sans return. Pas beaucoup d’amateurs…

Nous-mêmes, sans doute aveuglés par le courant d’air de la consommation, courant derrière nos revenus, sous la pression de nos endettements, de l’illusion de la nécessité d’investir plus dans la modernité, sommes pris dans cette tornade dont tirent parti les financeurs qui se déchargent des questions éthiques.

Nous, avec eux, participons à un vaste mouvement de méconnaissances (processus actif et non conscient de non-connaissance) que nos appétits entretenus par le marché accentuent.

Psychologiquement, j’y vois une forme de suicidarité collective qui en arrière fond entretient cette dose d’angoisse sourde qui participe à cet aveuglement. Les taux de suicides, les dépressions, les états limites, les violences intrafamiliales sont autant de signaux d’alertes dont nous avons coupé les fils qui alimentent les témoins d’alertes.

Dans le secteur de l’accompagnement spécialisé d’enfants en difficultés psychologiques, des enfants sont placés pour les protéger . Les états d’humeur, d’inquiétudes, d’angoisses font souvent l’objet de  méconnaissances symétriques, conjointes côté jeunes, côté personnel. 

Il arrive que ce constat soit très aigu dans quelques-uns de ces services qui ont en partage avec les jeunes ce fort taux de méconnaissance. Les passages à l’acte y sont nombreux. Tant du côté des personnes qui y travaillent que du côté de celles qui y vivent. Les lieux et les temps d’élaboration sur ces manifestations de symptômes sont rares et pauvres. Un vécu de maltraitance rejaillit par phénomènes de cascade sur chacun.

Les tentatives d’y porter un regard sont dénigrées, disqualifiées, écartées. L’expression des craintes est qualifiée de parano. Ceci n’est possible que si tous participent à ce système malsain et dangereux. Les fonctions internes, direction, CA, cadres, syndicats, chacune des personnes dans son rôle et sa fonction partage  les mêmes « taches aveugles » qui ne permettent pas de voir le danger.

De l’extérieur, les inspections dites audits ne sont pas équipées pour faire une telle lecture de cette dynamique suicidaire. Il en est de même des autorités en charge des règles d’organisations du travail. Il y a donc peu d’extérieurs, peu d’exercice sde regards tiers, peu de tiércité. En effet, cette forme d’adhésion au système pourrait même être décrit positivement. 

Le propos que je vous tiens est refusé par les services de la catégorie. Ils sont sur la défensive, comme pour se protéger d’être éventuellement vus sous l’angle de cette analyse.

Ce type de service ne connait pas d’association de parents et/ou d’usagers susceptibles d’éclairer ce processus pathologisant. 

Une homéostasie, une forme d’équilibre qui s’inscrit dans un climat sociétal suicidaire. Elle va privilégier une lecture des troubles sous l’angle de la pathologie des jeunes accueillis. « Qui soigne qui ? »  pourrait être la conclusion de cette réflexion. La sortie est dans le miroir si on veut bien s’y regarder. Ce qui n’est possible que dans un climat de sécurité. Climat qui ne fait pas l’objet de soin ni de l’externe, ni de l’interne de ces institutions.

Ouf, fort heureusement, je vous précise que ce constat ne peut en aucun cas être généralisé…mais les questions qu’il pose pourront être revisitées. Et, j’en connais, qui ne tireront aucun bénéfice de la lecture de cette réflexion.

Luc Fouarge

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débriefer pour soigner

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Le soin à l’épreuve de l’organisation ….

Le soin à l’épreuve de l’organisation ….  dans les services résidentiels

Mondialement nous sommes appelés à faire montre de civisme et de citoyenneté.Nations, continents, le monde sont en devoir de construire des réponses dans la solidarité. Au niveau individuel nous sommes invités à cultiver l’altérité qui nous conduit à modifier nos projets en fonction des besoins de l’autre. 

Mais nous sommes de mauvais élèves dès que ces autres viennent sur notre territoire tenter de partager nos acquis, nos avoirs, nous refermons nos portes. On meurt plus en méditerranée et au-delà que de l’épidémie.

Les services (services résidentiels pour adultes et pour jeunes) dans lesquels nous travaillons dans cette entrée de crise sanitaire, sociale et économique nous conduisent à mettre en œuvre de l’engagement, de l’écoute, du don, du respect, de la solidarité, de l’humilité et de l’humanité. Une démarche dans laquelle il convient de restaurer et d’adapter le concept de « devoir ».

Hélas, dans quelques institutions, les rapports de « classes » prennent trop de place dans la vie institutionnelle pour entretenir, exercer toutes ces qualités. L’organisation prend le dessus.  Des replis « égoïstes » font obstacles aux nécessités d’exercer dans ces valeurs en raison de combats sectoriels auxquels on a donné trop de place.

Exercer ces valeurs se heurte aux pyramides hiérarchiques, aux mouvements ascendants descendants de l’exercice du pouvoir dans ces services faute d’exercer en tout temps les réflexions horizontales qui seules peuvent entretenir cette culture institutionnelle de service.

Ce déploiement d’humanité est nécessaire pour faire reculer ces virus. Une obéissance à des instructions qui demandent à changer nos comportements individuels, nos volontés de déplacements et de consommations.

Au-delà des mesures prises par nos scientifiques et politiques nos services doivent modifier le rapport au travail. Bon nombre de nos collaborateurs peuvent exercer à distance. Les résistances des directions sont d’autant moins compréhensibles que ces solutions se justifient en termes de bon fonctionnement, d’écologie et d’économie. Mais cela demande de revisiter le rapport de l’institution aux personnes qu’elle emploie.

Ce qui est questionné ce sont les modèles d’organisation de nos services. 

Copiés sur le management de l’entreprise, en raison de leur taille bien souvent, ils génèrent des préoccupations centrées sur ce management pas toujours compatibles avec ces valeurs constitutives du soin et de l’accompagnement.

Il se peut que s’inverse le sens de la mission. L’organisation se met à vivre pour elle-même. 

Les priorités se modifient, « usagers » et personnels sont au service de l’organisation dans cette recherche d’autojustification et de performance. Un état d’esprit, caché derrière des slogans accueillants, qui par phénomène de cascade pourrait bien priver les « bénéficiaires » et les membres du personnel de déployer leur pouvoir d’agir, leur autonomie.

La crise que nous abordons est une opportunité de prendre du recul vis-à-vis des objectifs et moyens que nous mettons en œuvre en faveur des plus démunis, pour autant que nous les associons à ces réflexions chaque fois que c’est possible. 

Lorsque les logiques gestionnaires prennent le pas dans ces organismes elles utilisent ce que l’entreprise a expérimenté en termes managérial et économiques. L’évaluation de la productivité n’a pas sa place dans notre secteur. 

Luc Fouarge