Comment s’y prendre pour être aimé ?

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C’est la première question existentielle que se pose l’enfant. Cette réponse s’inscrit sous forme de décisions qui le guideront au cours de son existence. Il découvre des solutions au travers des réponses qu’il reçoit à ces appels, à ses demandes, en observant le monde autour de lui en, en écoutant en interprétant…. Je suis aimé à condition que….

Et plus le milieu dans lequel il évolue est insecure et plus il exercera ses facultés d’observation. Cela devient une question de survie lorsqu’il est question d’éviter la désorganisation et les coups quand les adultes autour de lui sont sous influences de produits, sont terrassés par la dépression…

Dans cette dialectique, il élabore petit à petit les mécanismes de défense qui lui permettront de minimiser les inquiétudes, les frayeurs et les angoisses. Il développera les méconnaissances précieuses et utiles pour se maintenir dans un pseudo confort.

Dans ce contexte, le prix et la nécessité d’amour diminuent tandis que les symptômes augmentent. Ces symptômes qui diminuent le sentiment d’insécurité et celle qui le    rapprochent de ses parents, sources vitales pour diminuer les inconforts, au prix des coups, si besoin.

L’AF accueille cet enfant là. On lui confie sans grand avertissement sur les accomodements qu’il a du faire pour rester vivant. Son mode d’emploi est complètement différent des siens, de ceux que l’on décrit dans les réunions à l’école. Si elle l’accueille à 5 ans, l’expérience de cet enfant dans l’exercice de son mode d’emploi très particulier est déjà très ancré et puissant. Il semble qu’on lui dépose un enfant ordinaire avec juste un peu de tristesse, de colère, de peur. Celà devrait se normaliser après quelques semaines d’un accompagnement stable, lui dit-on.

C’est faire peu de cas de la profondeur du sillon sur son disque dur d’aménagements particuliers qu’il du prendre pour être là, plus ou moins en bonne santé, aujourd hui.

Je comprends aisément que les AF en arrivent très vite à conclure qu’il ne prend rien. Ce qui signera la fermeture à une empathie ciblée sur la spécificité de la construction psychique de cet enfant. Ils pouraient bien s’engager dans un aménagement d’une distance émotionelle qui les protège tous les deux du risque de la proximité. D’autant plus que dans la représentation de l’accueil familial l’idée qu’il vaudrait mieux ne pas s’attacher persiste toujours. Un arrangement qui pourrait bien satisfaire l’enfant qui se défend et l’assistante familiale qui ne découvre pas comment lui donner ainsi que les services ASE relativement éloignés de la question des troubles de l’attachement. Un accomodement   « a-attachement » à un âge où l’enfant est encore en période de tentative d’accordage. Mais voilà que la porte vient de se refermer.

Il est possible de grandir sans un authentique attachement, mais au prix de mettre en couveuse de réelles pathologies de l’art de la relation humaine. Je vous peine peut-être en vous affirmant qu’ainsi nous participons à fabriquer les troubles du comportement qu’il nous sera compliqué d’atténuer.

C’est donc dans l’accompagnement des professionnels de l’ASE, des AF en priorité, par des éducs « contenants » qui ne s’effondrent pas, qui ne se défendent pas, qui en savent long sur leurs propres expériences d’attachement que nous devons investir. Ici s’infiltrent les questions de résonnances, de transferts, de projections…. qui demandent que les personnels participent à des rencontres qui misent sur le processus d’intervision. Sans cette tiercité, l’expérience de l’enfant pourrait bien supplanter le désir de l’AF et du TS d’offrir à l’enfant des réponses à ces besoins.   Pire, lui donner sans ménagement l’amour contre lequel il lutte pourrait bien le faire vomir et en faire un spécialiste du désamour.

La résilience repose sur le concept de tuteur de résilience. N’accèdent à ce statut que les intervenants qui bénéficient d’un regard tiers. Une tiercité qui les éclaire sur ce qu’ils ne peuvent voir d’eux même (résonnances et méconnaissances). Tiercité, si elle s’exprime dans la bonneveillance indispensable.

C’est en pensant aux réponses à ces questions que nous avons construit cette journée qui augmentera notre capacité à panser ces blessures du désamour

Luc Fouarge – Introduction à la conférence

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