Je ne suis pas qu’un ventre

Un tiers pour la rencontre parents/agents de suivi de placement.

« Je ne suis pas qu’un ventre [1]»…. Cette mère, sans provocation, exprime son vécu face au « traitement » de son dossier par les services qui intervenaient jadis, dont certains sont encore en fonction aujourd’hui.

Ce vécu lui revient comme un boomerang quand sa grande fille, adolescente, placée depuis l’age de quelques mois, lui dit en présence de de la référente, agent de suivi de placement et de son AF, sa nounou, que secrètement elle appelle maman, lui renvoie : « je suis attachée à mon assistante familiale [2]».

La mère s ‘était émancipée, entendez s’étaient échappée de sa famille sous emprise de différentes addictions et de son cortège de violences quand elle allait avoir 17 ans, l’âge de sa fille aujourdhui. Dans ces tourments, elle se « retrouve » enceinte, son bébé lui est « enlevé » par les services sociaux. Elle est rebelle et sa révolte contient toutes les horreurs subies dans son enfance. A ce stade, elle ne se laisse plus aidée…elle est décourrageante, les professionnels se replient sur leur mission de Protection de l’Enfance[3]. L’énergie est mise sur l’épanouissement de la petite en accueil familial. Il faudra longtemps pour que la maman qui de dépressions en grossesses revit les mêmes douleurs, les mêmes « agressions », puisse un jours prendre distance vis à vis de ses propres troubles du comportement, boucliers contre la société qui ne cesse de l’humilier. Cet instant, tardif, ou elle pourra répondre à la question du sens des dérives qui justifient le placement de ses enfants.

Durant ces années, la petite a accepté les offres d’affection de sa nounou qu’elle appelle secrèrement maman. Les soins du quotidien le commandent. Cette heureuse rencontre tisse l’indispensable attachement nécessaire à la construction psychique de la petite.      Il y a fort heureusement de l’amour de part et d’autre… plus ou moins en se cachant. [4]         Tata, dans les relations qu’elle entretient avec le service gardien, autorité très forte, sait qu’ elle doit se faire discrète sur cet amour en raison de cette mission de l’ ASE qui veut réaliser, plus que jamais, le regroupement familial. La petite comprend qu’elle a une maman, qui l’aime, dans une intermittance fixée par le programme des visites qu’il arrive à la maman de  «schunter»…. elle comprend, cette petite, qu’elle a quelque chose à voir dans cette souffrance… et cette demande d’attachement de la mère ne parvient pas à porter les signes de cette sécurité que tous voudraient pour que se profile une éventuelle recomposition familiale.

Et le temps passe…. Il conduit cette maman dans les bras de SOS Petits Princes. Des parents qui ont vécu cette histoire la recoivent, écoutent patiemment les sentiments de colère, le vécu d’incompréhension, et les blessures ravivées par les attitudes des référents successifs[5] qui laissent entendre qu’il serait probablement illusoire de faire changer cette personne.

Mais il est tard pour cette maman. Sa grande fille, avec mille précautions, s’est bien laissée approchée par sa mère…mais du bout des doigts…sans vraiment se laisser prendre parce qu’elle sent cette fragilité dans la construction de sa mère, qui « voudrait » faire d’elle sa mère. Il s’ajoute à celà qu’elle a encore besoin de Tata, cette tutrice de résilience, seule personne « sécure » dans l’accompagnement de la petite qui aujourd’hui pourrait bien être aussi grande que sa mère.

En arrière fond des textes légaux qui assurent la Protection de l’Enfance. Les dernieres retouches apprortées à mettent à l’avant plan les « besoins de l’enfant » là ou les précedents mettaient en avant le « droits des parents ». Ces textes enjoignent le JE à protéger l’enfant. Des protections contre les violences, les carences et ….. une définition qui enjoint au juge de s’engager sur le terrain glissant du danger.

Ils désignent le service gardien pour assurer, garantir et soutenir un accueil journalier qui comble autant que se peut les besoins de l’enfant. Certains de ces enfants en ont bénéficié tardivement et présentent déjà de solides carapaces qui ne permettent pas d’inscrire l’enfant dans la sécurité dont il a besoin. Un accompagnement spécfique de tous sera indispensable pour construire cette sécurité nécessaire à son bon développement.

Cette maman dont nous parlions évoque la difficulté qu’elle mesure dans un éventuel regroupement familial. Les acquis qu’elle a pu faire en empathie[6] lui permettent d’entendre le dilemme de sa grande fille. Et cette rencontre se fait quand elle devient majeure. Si elles sont aidées à en parler, il se peut qu’elles deviennent de grandes amies, respectueuses des épreuves et des succès vécus l’une sans l’autre.

Les écoutant je suis persuadé qu’accompagnée plus tôt elle pouvait réussir cette rencontre et recomposition avant l’adolescence de la petite.

L’absence de prise en compte des deuils[7], celui de la mère, celui de la fille, celui de l’ AF comme celui de la référente…et bien sur celui du JE, mais aussi le deuil des familles associées, soeurs et frères, grands parents….et peut être les TDC méconnus.

On ne se détache bien que si on a été autorisé à bien s’attacher. Permettre à la petite de s’attacher à la Tata, l’inverse également ce qui aurait permis à celle-ci le temps venu à anticiper cette rencontre mère/fille, le deuil de la mère pour qu’elle arrive au plus vite à sortir de la position de combat contre l’ ASE qui commit ce « rapt », le deuil de la référente formée à la protection de l’enfant mais peu encline à entrer dans une relation d’aide avec une personne qui la vomit, et aussi, le deuil du Magistrat qui ainsi questionnerait les carences constatées dans l’aide spécifique qu’il convenait de développer à l’intention de la mère. Mais toute ces professionnalités me semblent manquer de « contenance » dans l’accompagnement qu’on leur assure. Entrer en relation d’aide avec une personne qui semble vous hurler dessus tout ce qu’elle n’a pu gueuler à l’intention des ses parents maltraitants, rend la relation d’aide bien lourde si l’institution n’assume pas la capacité contenante qu’elle doit à son employé.

Les parents relais qui ont accueilli Mme A sont experts de ce vécu de révolte, d’incompréhension de l’ Institution, …. La hargne, la rage, le désepoir qu’ils entendent ne s’adressent pas à eu, mieux, ils peuvent de leurs expériences en ajouter cette louche qui aura pour effet d’encourrager le déversement, encore et encore de ses ranceurs et ressentiments qui immobilisent. Après viennent le mouvement, la conscience et l’accepatation de la personne qu’on est. Ensuite, on pourra travailler sur le « pouvoir d’agir » parcequ’on pourra aider Mme A à entrer en contact avec la formation dont elle a besoin pour reprendre pied dans une réalité sur laquelle elle semble tanguer dans la plus grande insécurité. Cet enveloppement reconstruit de la conscience d’un soi respectable quand elle s’est crue méprisable toute sa vie. Elle est accompagné et entrainée à s’affirmer comme personne, citoyenne, digne de la même humanité que celle qui est en face d’elle.

Mme A entre à son tour dans les réunions parents/pro[8] d’ SOS PP. Dans ce cercle de co-formation, elle prend conscience que son témoignage touche l’assemblée mais plus encore, qu’il participe à transformer les postures des professionnels qui y participent. Elle y soigne les blessures qu’elle a encore et qui la convainquent que sa dignité retrouvée, elle peut s’exprimer devant un professionnel, devant le Juge et demain, de facon plus sécurisante devant son enfant.

Clin d’oeil :

Les choses se passent comme s’il était question de protéger l’enfant de la « sauvagerie maternelle » , l’ASE censée prendre la place de la bonne mère[9]. Il faut un père, disons un tiers, pour protéger cette relation. Et sachant que parfois « ça chahute entre TE, AEMO, ASE  avec AF et MECS quand ne s’ajoutent pas en fonction de besoins spécifiques de l’enfant DITEP, IME, CMPP et CMP… », c’est là que SOS Petits Princes intervient sans faire à la place de… en sauvegardant le pouvoir d’agir des familles, en les guidant si besoin vers des services et assos qui avec l’aide appropriée dans les services de droits communs permettent qu’elles gravissent les échelons de la dignité, de l’autonomie.

 

Cette réflexion soustend que le travail social soit empreint de « care[10] ». Une attitude soignante, humaniste qui sorte le travailleur socail de la posture de guichetier.

[1] Elle accède à cet énoncé quand elle se met au travail

[2] Elle doit l’énoncer car cela lui est présenté comme un interdit

[3] Je suis là pour l’enfant.

[4] Un fantôme convoqué par l’éventuel retour en famille

 

[5] Nous observons un grand turn over chez les professionnels « attachés » aux familes de SOS PP

[6] Elle puise dans l’empathie qui lui est adressée

[7] Les référents sont « livrés » à l’auto-référencement dès que les questions entrent en eaux troubles. Il leur est difficile de faire le deuil des attitudes qui les sécurise.

[8] Site SOS PP Journal 6 de Juillet 2011

[9] Sachant qu’une bonne mère est insuffisamment bonne, il y a espoir

[10] «Soigner. Donner des soins, c’est aussi une politique. Cela peut être fait avec une rigueur dont la douceur est l’enveloppe essentielle. Une attention exquise à la vie que l’on veille et surveille. Une précision confiante. Une sorte d’élégance dans les actes, une présence et une légèreté, une prévision et une sorte de perception très éveillée qui observe les moindres signes. C’est une sorte d’œuvre, de poème (et qui n’a jamais été écrit), que la sollicitude intelligente compose.»

Paul Valéry, Œuvres – Mélange, Bibliothèque de la pléiade, Éditions Gallimard, 1957, p.322.

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