
Auteur : lucfouarge
Pas de soin sans joie
C’est de cet instant où nous découvrons que nous faisons mieux ce que nous faisions déjà bien que naît la joie.
Développer la joie dans l’accompagnement des jeunes « placés », hospitalisés… bref, en collectif, est un sacré challenge. Difficulté liée à la nécessité de travailler en équipe, en roulement, à des horaires souvent inconfortables. Mille obstacles organisationnels forcent des concessions aux désirs des uns et des autres, autant de risques de frustrations.
C’est donc dans une interdépendance qui impose à chacun de ses membres de partager des objectifs, des moyens, des procédures dans lesquelles chacun abandonne un peu de ses vues personnelles. Une construction de culture commune s’impose. Une gestion du commun qui confronte les références de chacun, dans une tentative d’établissement de références communes, sécurisantes, protectrices.
C’est grâce au regard d’un équipier qui nous montre à voir de nous ce que nous ne pouvions voir de nous que nous faisons ce saut qui augmente la qualité de notre intervention, qui nous met en joie.
Être envisagé par un adulte en joie permet aux jeunes que nous accompagnons de goûter, parfois pour une première fois, au fait d’en être la source. Une nouvelle construction de soi, de l’image que le jeune se fait de lui, un accès dans la dignité et le respect de l’autre, de sa puissance d’agir, malgré tout ce qu’il entendit dire de lui.
C’est un soin dont nous ne connaissons pas la mesure. Ces effets sur le jeune alimentent le processus d’expérience de la joie.
Découvrant cette expérience heureuse dans le regard de l’adulte, il découvre son pouvoir d’agir, il expérimente l’empathie. Il s’humanise dans cette découverte d’être le sujet de la joie de l’adulte. Cette découverte le soigne et pourrait bien le mettre à son tour en joie.
Je vous laisse deviner ce que produit sur lui l’humeur « hostile » d’un adulte en proie avec un climat d’une équipe chargée en ressentiments.
Souvent, très tôt ces enfants ont du se spécialiser dans l’observation, le diagnostic…pour anticiper, contrôler, éviter les coups.
Accueillir un éducateur, un intervenant qui vit un malaise, une révolte, un sentiment d’injustice, invite le jeune à faire usage de ce don. Hélas, il s’attribue souvent la cause du mal-être de l’adule et se suradapte à cette intention qu’il attribue à l‘intervenant. Monter le curseur d’un symptôme a toujours fonctionné.
Au minimum, le jeune s’assigne la tâche de distraire l’adulte
Cette humeur particulière ne sera probablement pas décodée par le jeune comme ne lui appartenant pas. Il y trouvera sans doute que le monde est pourri et qu’il est lui-même pourri, croyance qu’il « apprit » jadis à lire le monde qui l’entourait. Ses tentatives de « gérer » ce monde par ce que nous avons appelé résistances et symptômes le tienne à distance des intervenants. Il se protège.
C’est la puissance de ce soin évoqué plus haut qui permet l’ouverture d’une brèche.
A cet égard, la tâche prioritaire de l’équipe, soutenue par ses cadres et la direction sera de veiller aux conditions qui conduisent plus facilement chacun dans l’expérience de la joie. Le croisement de regards des différents métiers qui assurent cet accompagnement, en assure le succès.
Et maintenant, nous pouvons mettre en œuvre le projet thérapeutique qui s’est nourri de cette interdépendance. Ainsi débute la thérapie institutionnelle.
Les tentatives de mise en œuvre des projets personnels, des plans thérapeutiques les plus élaborés sont voués à l’échec si l’équipe s’épuise dans les « ressentimentalisations » des incidents organisationnels, relationnels… si normaux dans le travail d’équipe. Tout un processus, un système implicite à lire sous la lumière des concepts de résistance, de résonnance, d’homéostasie. Machinerie infernale que ces jeunes connaissent et qu’ils mettront en œuvre, « respectant » ainsi leur famille dont ils ont vu l’inconfort face à des regards « intrusifs »
C’est après le soin que s’offre le service que se construit son potentiel soignant. Le « travail clinique » suit.
Ce que je mets sous l’image de la machinerie est un processus humain, normal, mais inefficace et qui fait courir à tous le risque de l’épuisement.
N’en rajoutons donc pas, ouvrons les yeux dans la bonneveillance et passons de la culpabilité à la responsabilité. Remettre 1000 X cet ouvrage sur le métier, au vu des difficultés à vivre que nous rencontrons, est normal, tout comme l’impression de s’y perdre, ou d’y perdre son temps. Ce principe de réalité du travail institutionnel, tout usant qu’il puisse apparaitre, est une des conditions nécessaires de la clinique, de la thérapie institutionnelle.
Luc Fouarge
Burnout et homéostasie
En apportant mon aide, qu’est-ce que, sans le savoir, je soigne chez moi ? Est-ce que le soin que j’apporte est libérateur pour l’autre ? et pour moi. Cette part d’ombre du travail psychosocial, faute d’être prise en compte par les services est génératrice des malaises des intervenants psychosociaux.
Là, l’institution enclenche le processus de « burnoutisation » des accompagnants.
Et là, se fige le cheminement vers plus d’autonomie et de liberté du public.
Enfin, là, se coconstruit l’homéostasie pour les uns et pour les autres de façon non consciente.
Le malaise du TS abandonné à lui-même est qualifié d’un manque de distance professionnelle, là où devrait intervenir la « contenance institutionnelle ». Bien malgré eux, les intervenants psychosociaux, privés du regard tiers de leur équipe, deviennent partenaires des dysfonctionnements perçus et ciblés par les projets institutionnels.
Protéger de la protection de l’enfance
Des rencontres de guidance familiale complexes
TS de l’ASE, Tribunal, AEMO, MECS, CMP sans le savoir, sans le vouloir, risquent d’amplifier des problématiques rencontrées au sein de la famille, et dans ses rencontres avec les services généraux…
« Rien à perdre »… long métrage de Delphine Doliget, avec Virginie Efira dans le rôle de la mère. Jetons-y un œil.
À la demande du parquet, le retrait de l’enfant est ici une réponse surdimensionnée. Elle cristallisera une situation qui nécessitait, certes, une réponse. Il ne fallait pas 3 jours pour faire un premier diagnostic et des propositions d’accompagnement, pour autant qu’elles fussent nécessaires.
Au décours du film, on découvrira que le démarrage de cet accompagnement est probablement impulsé par le réveil de vieilles douleurs de la TS.
Par la suite, il est permis de penser que le magistrat est en résonance avec cette émotion perceptible, mais non dite.
Tous s’y blessent. Le fils aggrave la blessure de l’absence de son père. La mère est empêchée d’exprimer ses compétences à protéger, à aimer et sécuriser son fils. La travailleuse sociale réactive sa propre blessure. L’épisode dérive dans un réel insupportable pour elle(s), pour tous les protagonistes de cet accident.
La persécution qui s’ensuit, abime chacune des personnes, y compris les professionnels. Une analyse du contre-transfert en action ne fait pas l’objet d’un travail. Il s’agit là pourtant d’un processus très humain et normal. Famille, Justice, TS de la protection de l’enfance, y compris les accueillants sont tous égratignés par cette forme de précipitation sur la solution. Action-réaction pour juguler des émotions « malvenues ». Tous ont tous la hantise de la demande de placement qui arrive le vendredi à 17:00 et qu’il faut traiter en s’accommodant de l’angoisse, soit en la banalisant, soit en la méconnaissant (processus actif et non-conscient de non-connaissance). Agirait-on pour dormir tranquillement ?
Tant à l’interne de l’institution que dans l’inter-institutionnalité, la tiercité circulante ne s’est pas exercée. Croisement de regards qui n’est pas dans le contrat d’engagement des uns et des autres. J’évoque l’impérieuse nécessité d’une culture de la relation de travail qui soutient chacun dans le don et le recevoir, d’un cadeau de « je t’offre à voir de toi ce que tu ne peux pas voir de toi ». Un cadeau qui demande un supplément de proximité entre intervenants que les hiérarchies, les modus vivendi institutionnels, interdiraient.
Cette attitude aurait apaisé les inquiétudes. Et si besoin, un séjour bref chez un membre de la famille, TDC, permettait d’évaluer, de « diagnostiquer ».
La brutalité de l’intervention augmente considérablement la méfiance à l’égard des organes de protection, les TS qui en sont en charge deviennent des menaces desquelles il faut se protéger. La construction d’une alliance autour d’un projet dans lequel la famille est active est devenue impossible.
Les autorités Justice, Enfance Famille, Santé mentale, Education, Lieu de vie, psychmédicosocial … doivent se retrouver pour exercer le tricotage de réseau qui permet de faire le pas de côté qui protège les familles et les enfants. (Ce qui se pratiquait dans le Nord sous l’appellation CTT, Commission Technique Territoriale, véritable lieu de tricotage, de pratiques de réseau, expérimenté durant près de 20 ans, efficacement dans l’Avesnois)
Il convient de prendre en compte comme un travail nécessaire ce croisement inter-institutionnel qui suscite beaucoup de frilosités. Quoi de plus normal quand il est question d’échanger sur les phénomènes normaux connus tels que transfert, contre-transfert, résonance, épi-scénario (AT), triangle dramatique… pour de vraies rencontres humaines dans la « bonneveillance » qui protège les intervenants et le public. Protéger, c’est donc, en priorité, protéger les intervenants.
Luc Fouarge
Face au symptôme, la culture institutionnelle
C’est à partir du changement qu’opère l’intervenant, le soignant sur lui-même que le jeune fait un pas de côté. Ainsi naît le changement. Bien plus que dans l’écoute qu’il ferait de la parole de son éducateur, du « contrat » qu’on lui assignerait pour amorcer le changement.
Ce n’est possible que si l’éducateur ne se laisse pas enfermer dans les projections. Celles du jeune qui se défend, qui détourne la bonne attention par des symptômes, adresse à l’éducateur. De lui, il craint les désirs, de le faire changer. Derrière tout cela, les phénomènes normaux de transferts, contre-transfert, résonances…
C’est d’abord là que se construit l’articulation entre les intervenants individuels, psychologues, psychomot, logopède… de l’institution de soin pour enfants qui utilisent la quotidienneté dans le collectif comme base de travail thérapeutique.
Le soin naîtrait de cette aisance à échanger dans l’équipe ces regards qui permettent de dire à l’un ce qu’il ne peut voir de lui, à la condition que l’énoncé lui soit offert dans une communication bienveillante.
Vous le comprenez, il est illusoire de prétendre au soin si l’institution n’entre pas dans cette culture de cadeau de « confrontations » saines comme le disent les analystes transactionnels.
Les éducateurs sont souvent les plus proches de ces phénomènes, ils calibrent, ajustent la construction d’une contenance soignante si chacun assume sa fonction de regarder, d’être regardé, dans la bonneveillance, dans le croisement de regards. Échanges des savoirs, des savoirs faire et, c’est là que généralement se constatent les dérapages, dans des savoir-être en perpétuelles adaptations. Les éducateurs en milieu thérapeutique collectif sont la cible privilégiée des mécanismes de défenses des jeunes qui « poussent » à la faute pour se protéger du changement.
Rappelons-nous que la dynamique défentielle, non-consciente, amène le jeune expérimenté à l’observation des adultes en vue de les « contrôler ». Il le fallait pour anticiper le risque de prendre des coups, jadis, ils ont appris comment faire entrer toute l’institution dans l’homéostasie.
C’est seulement au bout de ce cheminement entre intervenants qu’il sera possible de mettre en action des projets thérapeutiques pour chacun… et si besoin, pour les intervenants aussi.
Luc Fouarge
Rien à perdre
Film de Delphine Deloget
De la protection de l’enfance à la « machine »
« Rien à perdre » montre comment s’opère le glissement, comment chacune des parties perd le contrôle. Un film que l’on dirait conçu pour la formation des gens de Justice, JE et avocats, force de l’ordre, travailleurs sociaux, médecins, accueillants et familles.
Un déroulement à déconstruire pour y mettre en lumière comment aider et protéger une famille qui fait face à un accident de parcours.
Une protection de l’enfance qui marche dans la dignité, le respect et l’humanité à l’égard de toutes les parties, ça existe. L’enclenchement de la machine à laquelle échappe le sens de sa mission, ça existe trop souvent… enfants, parents et professionnels en ressortent broyés.
Le renoncement à l’interdépendance des institutions intervenantes, l’absence d’exercice de la fonction « tiercité » à l’intérieur des services sont à l’origine de l’abandon du pouvoir à la « machine ». Les institutions s’y perdent et s’en protègent.
Le film nous montre une situation qui ne devait pas mettre en œuvre des mesures protectionnelles. Même si à tout le moins des propositions d’aides et d’accompagnements pouvaient se justifier. Une mère solo au boulot la nuit, confie son jeune ado à son ainé, presque majeur, jeune homme avec la tête bien sûr les épaules, … accident, hospi, elle tarde à décrocher… les monstres de l’abandon sortent des placards… son erreur : ne pas garantir qu’elle peut répondre à toutes sollicitations, n’importe quand.
La peur, la difficulté d’objectiver le risque de danger enclenche la « machine ». Rien ne l’arrêtera. Plus la mère se défend, plus elle donne des justifications à cette mise en marche de la « machine ». D’entrée de jeu, les interventions se font à charge contre elle.
L’éducatrice référente baigne encore dans des peurs non soldées. Peut-être, est-elle mère elle-même. Compte tenu de son histoire, elle a sans doute besoin de sécurités plus importantes que cette maman, très indépendante, sûre d’elle et confiante dans l’amour de ses enfants, dans la maturité de son ainé.
L’élan empathique de cette travailleuse sociale est justifié. Mais on peut craindre que l’identification projective qu’elle fait sur le jeune fils, le contre-transfert qui s’opère à l’égard de la mère et surtout le silence (respectueux) de ses paires sur sa précipitation, sur le « diagnostic » qu’elle semble faire seule… son émotion, compréhensible, la frilosité de son service… la machine est en route.
Soyons de bon compte, cela est humain, normal… et sans doute bienvenu, si cela s’exprime dans une équipe consciente de l’attention qu’elle doit à chacun de ses coéquipiers. C’est la carence de « contenance » de son service que nous devons questionner. Ces phénomènes normaux, bien qu’indésirables, doivent faire l’objet d’un travail prioritaire d’une institution de service social qui fonctionne sainement, avec la plus grande bienveillance pour que s’exerce l’humanité qui doit être aux commandes pour éviter le glissement.
Résister, innover, prendre soin nécessite cette qualité relationnelle, l’exercice d’une tiercéité circulante dans l’interinstitutionnalité également. Ce que nous avons à exercer dans les rencontres entre médecine et travail social, justice et travail social… l’entrée dans une culture de recherche et soutien des complémentarités.
Proposer la vision ce film suivi d’une déconstruction de toutes les places, penser l’indispensable exercice, difficile, d’une tiercéité interpersonnelle et interinstitutionnelle, est un cadeau à faire à la protection de l’enfance. Je mélangerais les métiers dans cet effort. Une démarche à proposer aux jeunes arrivants Médecine, Justice, Education spécialisée, Accueillants… bref ces merveilleux jobs de la relation d’aide.
Ainsi, la « machine » avalerait moins de familles, moins de professionnels en CM en route vers le burnout.
Luc Fouarge
ASE. Quel accompagnement pour l’AF
B. 15 ans, confiée à l’ASE dès l’age de 2 ans, chez une AF.
Le père après incarcération n’est plus « visible », la mère, inculpée, mais pas incarcérée, devient menaçante pour la relation dont la petite a bénéficié chez Tata, par les déclarations d’amour que la mère manifeste à sa fille, avec sans doute un désir de la récupérer.
Elle a d’autres enfants depuis le placement. Ils vivent chez elle sans nécessité d’un suivi de professionnels.
Les comportements que manifestent B. à l’adolescence font vaciller les certitudes de l’AF. Une réorientation est en vue. La scolarité est correcte. A l’internat scolaire, qu’on lui imposa pour préserver la relation avec l’AF, elle ne présente pas de troubles du comportement. Mais, sait-on jamais, elle est invitée à une consultation chez un psychiatre… pour peut-être l’orienter vers un ITEP.
Les rencontres de l’AF avec les services, avant les troubles du comportement, ont été, à la grande satisfaction de chacun, très rares. Jusqu’à ce que les répliques adolescentaires, les conflits de loyauté, les angoisses d’abandon placent tout le monde, un peu tardivement vous en conviendrez, face à la perte de contrôle, à la peur du risque, à la crainte du passage à l’acte, aux risques d’avoir à répondre à des questions de responsabilité. On fait alors intervenir une équipe mobile missionnée pour « accompagner » cette crise, éteindre l’incendie.
Le manque d’anticipation, l’absence d’exercice de tiercéité sur cette rencontre délicate entre une AF, devenue mère N° 2, la légèreté des rencontres AF et professionnels des services sont pointés, il est trop tard.
Sans que nous puissions leur en attribuer la « faute », la « sauvagerie maternelle » de l’AF, seule dans l’exercice de son accueil aimant, ne se découvre que grâce aux symptômes.
Elles en feront les frais toutes les deux.
En raison des troubles de l’attachement fréquents dans l’accueil familial de l’ASE, plus que tout autres de nos métiers, celui d’AF nécessite de bénéficier de regards bienveillants. Sans regards croisés sur l’enfant, sur les liens qu’il construit avec son AF, ceux qui s’éffilochent, sur cette façon d’y faire des noeuds, à la sortie de l’enfance ces nœuds deviennent Gordien. Trop souvent, ce sont les symptômes qui dès lors trouvent des regards effrayés qui deviennent vite persécuteurs
Luc Fouarge
Avant de se mettre au travail dans l’aide et le soin
La qualité des interventions psychosociales ne s’accommode pas facilement de l’addition de compétences. Il s’en faut de peu pour que le collectif fasse obstruction pendant que la direction glisse sur les pentes gestionnaires et managériales.
L’urgence se situe du côté de la reconnaissance des besoins spécifiques du « faire équipe » pour que s’installe la nécessité d’élaborer les approches, les plans de soins dans l’interdisciplinarité, la transversalité et l’interinstitutionnalité.
Du communautaire, il convient de faire le premier objet de soin de l’institution, une équipe qui prend soin d’elle-même. Faute de quoi, les intervenants, risquent de se précipiter sur la tâche sans que ne se croisent les regards sur l’exercice de la mission. Comme pour se ménager du regard de l’équipe. La mission risque fort de se mettre en œuvre dans l’autoréférencement.
Les besoins spécifiques du travail en équipe, laissés pour compte, conduiront au burnout.
Je déplore régulièrement le départ de professionnels de grandes qualités que le service a laissé s’épuiser faute de mettre l’exercice de la tiercéité au travail.
Les autorités qui subventionnent ne peuvent déconsidérer cette dimension de la vie institutionnelle plus longtemps. La qualité de l’aide et de soin du public en dépend. Cette culture d’entreprise spécifique au travail d’aide et de santé public est indispensable pour que s’exerce la métabolisation des résonances, du transfert… phénomènes normaux et bienvenus de la relation d’aide.
Après cette étape, les mesures données par l’évaluation prendront du sens. La mesure viendra en soutien aux services désignés pour offrir au public les aides dont il a besoin. L.F.
Prendre soin en protection de l’enfance
Un frère, une sœur de moins de 3 ans, sont confiés à l’ASE sur décision du TE. Ils séjournent chez 2 AF différentes. Les motifs de cette mesure de protection sont les violences conjugales en lien avec des consommations de drogues, des carences de soins qui en résultent, les errances de la mère que l’on retrouve dans des squats avec les petits… Une mesure d’ « interdiction de territoire » aurait été prise à l’encontre du père des deux enfants, qu’il n’a pas reconnus. Il est le géniteur d’un enfant que porte la mère.
Des grands-parents ont été écartés en raison du refus de la mère. Pas de recours au TDC, solution à propos de laquelle on ne trouve pas de trace d’exploration.
Il n’y a pas de visite chez les grands-parents à ce jour.
Ces deux enfants établiront un lien d’attachement avec les personnes qui assurent les soins quotidiens, les AF, pour la bonne santé de ceux-ci, nous l’espérons.
On peut craindre que l’état actuel de la famille n’évolue que sur du long terme. Pendant ce temps, l’attachement avec les AF s’inscrira profondément, ce qui est souhaitable pour l’édification psychique de ces petits.
Peut-être que l’évolution entre mère et grand-mère évoluera ? Auquel cas, les visites des grands-parents seront accordées ?
Peut-être que la santé de la mère se rétablira ? Auquel cas une tentative de regroupement familiale sera tentée avec une mère qui, aux yeux des enfants, entrera en compétition avec l’attachement des enfants aux AF, deux enfants qui se connaitront à peine et qui seront aussi en compétition entre eux pour obtenir les attentions de la mère. Des bouleversements qui assènent des deuils sur des fondations fragilisées.
La disponibilité et les turn over des référents.es ne pourront compenser les conséquences des ruptures que l’on inflige aux enfants. Voilà maintenant quelques années qu’ils se « défendent » contre ces traumas. Ils entrent dans les constructions de la protection de l’enfance avec ces « comportements d’attachements » qui exigent une quotidienneté exercée par des personnes formées, supervisées.
Ni la mère qu’ils ont à découvrir, pour laquelle ils doivent développer des « astuces » pour qu’elle ne replonge pas, ni l’AF qui doit les regarder partir, ni la référente ne sont devenus durant ces années des spécialistes des TA, tandis que ces enfants se sont sans doute spécialisés dans les « stratégies de compensations » de type TA.
Dans l’hypothèse où les grands-parents eurent accueilli les enfants au départ de la mesure, cette question d’un déplacement vers de nouvelles figures d’attachement se serait fait en douceur, accompagnés par des intervenants à domicile, disponibles.
OUI, MAIS… dans nos métiers, tout le monde court… tout le monde change… tout le monde est déplacé… tout le monde a trop de « dossiers »… peu deviennent d’authentiques tuteurs de résilience.
Luc Fouarge
« Il n’y a pas eu autant de guerres, partout dans le monde, depuis la seconde guerre mondiale ». Est-ce parce qu’elles créent de l’économie, qu’elles enrichissent, parce qu’elles conduisent l’humanité vers « son destin », la #suicidarité évoquée par Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, parce qu’elles nous distraient des horreurs environnementales et climatiques que nous créons, …. ?
L’escalade dans l’horreur, les images « sensationnelles » qui tournent en boucle, les justifications « pseudos rationnelles » clivantes, les riches plus riches, les pauvres plus pauvres, le sud qui envie le nord, le nord qui exploite le sud, les effets collatéraux maquillés jusqu’à les banaliser…
Les #enfants premières victimes, la #pédopsy qui ne désemplit pas, les soignants qui s’en vont…
Les politiques qui se cachent derrière les scientifiques, les élus qui ne représentent plus, qui se décrédibilisent, les extrêmes qui font le plein de voix, des propos aux allures idéologiques qui occupent l’avant-scène, les nouvelles participations qui s’essoufflent…
Accélération, fuite en avant de la modernité, dit Hartmut Rosa, comme si l’histoire ne contrôlait plus rien, un autre versant de l’anthropocène, la machine s’affole… géopolitique et climat génèrent une atmosphère anxiogène, peu respirable.
Ce fond anxieux s’incruste, insidieusement, signe que nous nous défendons si nous l’écoutons… mais on nous oriente vers des soins qui étouffent, éteignent l’angoisse à coup de psy… et nous gérons en coupant les fils des témoins de notre tableau de bord.
L’école, assignée à produire du même, par ces mêmes qui coupent les fils, n’est pas encore ce lieu de construction du monde nouveau qu’on nous faisait miroiter durant la crise covid.
Par phénomène d’homéostasie, ce glissement non-conscient de renoncer au changement, nous n’écoutons pas les rebelles, qui se discréditent, hélas, tout seuls. Nous savons tous qu’il faudrait faire de la politique autrement, les ornières sont profondes.
Renoncer est notre cancer, réagir, notre espérance, est sans doute notre salut, à porter et partager dans les secteurs associatifs… ce qui peut transformer le politique. L.F.