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L’eau se rebiffe

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Protection de l' Enfance

La Protection de l’enfance est en danger

« La Protection de l’enfance est en danger »

                                                                                    3 réponses  

1 – Le « care »

2 – Le « care »

3 – Le « care »

« La Protection de l’enfance est en danger » titre le rapport du CESE

Des préconisations justes, nécessaires, redites ! 

On y évoque les TS, plus loin… rien de nouveau. 

Le courage serait : « Les TS, d’abord ! » Le B.A. BA

Il est illusoire de réussir le pari de l’« impossible éducatif » si cet adage n’est pas posé au frontispice de la protection de l’enfance, que nous soyons acteurs de la Justice, du département, de la santé mentale, de l’école…

Ce postulat que je pose n’est ni plus ni moins celui qui sou tend la relation d’aide.

N’est-ce pas la règle éthique première de nos métiers. Le « care » en direction de l’équipe.

La question de « prendre soin », le « care » est d’abord celle du service ou de l’institution prestatrice, elle est aussi celle de chacun d’entre nous, JE, TS, Psy, Médecin, Enseignant…

Hélas, cette priorité ne trouve pas sa place dans les textes. Les quelques fois où elle est abordée dans un projet de service, c’est dans les derniers paragraphes, alors qu’elle devrait être posée au-dessus de l’édifice.

Une culture du soin qui demande à être déclinée, soutenue, exercée. Les connaissances techniques sont insuffisantes pour créer la « contenance » indispensable dont ont besoin le TS, le jeune et sa famille. Cette capacité contenante passe par le soin que l’équipe s’accorde à elle-même, soutenue en cela par ses cadres, eux-mêmes membres de l’équipe.

Nous parlons d’enfants en danger qui ont déjà un pied dans le trauma, déjà meurtri psychologiquement. On n’est pas allé à leurs rencontres avant que la situation familiale se dégrade, les inquiétudes et angoisses sont déjà là, parfois même déjà inscrites durablement en symptômes. Ce qui place en première intention la réponse ad hoc à la souffrance, « dite » ou pas, mesurable ou pas… les mécanismes de résistances, souvent dommageables même s’il nous faut accepter qu’ils furent nécessaires pour la survie.

Nous sommes tous acteurs de soin dans une transversalité qui adopte :  mieux le partenaire réussit, mieux, je réussis. 

Dès lors que le regard du jeune se porte sur moi, il tente de savoir jusqu’où il devra se sur adapter, ou, s’il va pouvoir déposer. Êtes-vous « contenants » ? Puis-je vous dire toutes mes émotions, les plus horribles aussi, serez-vous capable de les entendre, vous défilerez-vous, repasserez-vous la patate chaude à quelqu’un d’autres ? Êtes-vous psychologiquement prêts à supporter mes douleurs, les banaliserez-vous pour vous apaiser et rendre votre action plus supportable, dois-je avec vous méconnaitre mon état pour ne pas perdre le brin d’espoir que vous m’annoncer ? Mais n’est-ce pas dangereux pour moi et pour les miens ?

Ces instants où l’on se jauge, jeunes, familles, partenaires nous remuent. Nous le savons et si notre équipe nous accompagne dans la « métabolisation » de ces remous, nous en sortirons, nous serons en position d’agir dans le prendre soin. Si nous l’« ignorons », et que notre équipe regarde ailleurs et nous mettons un pied en direction du burnout, y entrainant l’enfant.

Cette règle de l’éthique du TS, doit être portée par l’institution qui donne des temps de travail d’équipe suffisants, « contenus », respectueux est la condition nécessaire de l’élaboration du « care ». Sans cela, chacun y va avec ses gros sabots, ses propres mécanismes de défense, ses résonances comme nous l’avons vu dans le film « Rien à perdre » de Delphine Doliget et entre dans un combat qui pourrait bien durer des années (durée moyenne de placement de plus de 7 ans) ou se terminer après de longs processus d’escalades qui parfois se terminent par des catastrophes. (Somatisations, suicides et meurtres)

Je passe un peu rapidement sur cette analyse de la pratique du TS dans laquelle œuvrent aujourd’hui des personnes qui en trop grand nombre partiront demain pour un autre boulot ou pour un burnout. Confirmant au passage les troubles de l’attachement que connaissent la plupart de ces enfants. C’est la perte de sens, l’inadéquation entre l’accompagnement et le travail de « reporting » qui conduit à ce désastre de la protection de l’enfance. Les constats de difficultés de recrutement en sont la conséquence et comme le chat se mord la queue, l’état de santé des TS en sont, avec le manque de reconnaissance, le salaire,… la cause.

Soigner la protection de l’enfance doit donc commencer par le début, former les cadres pour qu’ils soient en mesure d’élargir la capacité contenante de leurs collaborateurs. Il est constaté que cette catégorie d’employés des services et des institutions est aussi en difficultés que les TS.

Je vous invite à cet effort d’empathie particulier. Que pense-t-il de comment il est pensé cet enfant qui se voit envisager par une personne pressée qui semble porter toute la misère du monde, est-il coupable de ce regard ? Il ne s’est rien dit et le renversement s’opère de la même façon que ce qu’ils connurent dans le milieu d’origine. Ces enfants ne sont-ils pas souvent empêtrés dans des problématiques de parentification. Et voilà qu’il leur faudrait prendre le TS en charge.

CESE : Conseil économique, social et environnemental

Contenance : tu es le bienvenu avec toutes tes émotions, fussent-elles suicidaires et/ou homicidaires, et je ne partirai pas.

Luc Fouarge

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Pour aller mieux, les jeunes ont besoin

Les acteurs de santé mentale doivent porter leur regard sur le contexte. Et désigner le contexte politique… une façon de rendre à César… c’est déjà un soulagement.

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Les fossoyeurs – les ogres

En Belgique les services en ASBL, agréés et subventionnés sont soumis à des évaluations externes par l’administration AVIQ. Le renouvellement d’agrément périodique se fait en partie suite à ces inspections. Les services agréés, mais non subventionnés, sont « contrôlés » trop légèrement. Les autorités de France et de Belgique semblent se faire des politesses malgré les nombreuses rencontres entre elles. De part et d’autre, il convient de réfléchir à une obligation de structure juridique des opérateurs en ASBL et en association LOI 1901. Forme juridique qui impose des règles précises sur les dépenses admissibles. En arrière-fond, une philosophie de ce type d’organismes s’impose. Elle doit être lisible et entrer dans les clous fixés par la loi. Les SA et autres formes de sociétés commerciales ne devraient pas être autorisées à « offrir » ce type de prestations.

https://www.lavenir.net/actu/belgique/politique/2024/09/18/maltraitance-de-personnes-handicapees-francaises-en-wallonie-le-ministre-coppieters-va-rencontrer-son-homologue-francais-DWAVCRHHRZF6VHX3GNAFMPHCLA/

https://www.lefigaro.fr/actualite-france/handicapes-francais-accueillis-en-belgique-un-rapport-de-la-cour-des-comptes-pointe-des-maltraitances-20240917

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Pourquoi mes éducateurs crient… !

Pourquoi mes éducateurs crient… !

Ils crient plutôt qu’ils ne parlent, ils humilient, parfois frappent…. « Elle se pisse dessus pour me faire chier » … le métier d’éducateur, régulièrement exercé sans formation, tombe parfois bien bas.

Des observations d’intervenants dans des services destinés à l’accompagnement de personnes porteuses d’un handicap mental et/ou psychique. 

Cela n’est évidemment pas soutenu par l’institution… mais voilà, les yeux et les oreilles se détournent de ces horreurs que subissent les personnes au quotidien. Parfois, les humiliations prennent des détours par une décision d’équipe. 

Ex : la question venue sur la table est la fréquence des wc bouchés par un mésusage du papier toilette. Il est décidé que les éducateurs distribueront quelques feuilles de PQ quand la personne le demande.  Le nombre de feuilles devient objet de pouvoir et de tyrannie. Bien davantage encore quand on sait que les distributeurs de savon pour les mains ne sont pas remplacés. 

Cette quotidienneté de bains d’humiliations dont je m’empresse de signaler qu’elle n’est pas généralisée,s’exerce sous le regard des collègues qui n’ont rien vu, rien entendu. Ou plutôt, un climat général, d’hostilité à l’égard de l’institution dans laquelle on se parle peu, on s’écoute encore moins et surtout où on évite de se frotter.

  • Quel besoin de l’éducateur est impensé pour qu’il opère comme par vengeance, sans trop le savoir sans doute ? 
  • Quelle dynamique silencieuse, de méconnaissance, de déni opère dans cette institution devenue, peut-être, trop grande ? 
  • Comment une telle quotidienneté confirme-t-elle la personne dans le non-savoir, dans la soumission, se réjouissant presque de réussir à maintenir toute une institution dans l’homéostasie ?
  • Les moyens disponibles pour les organismes d’évaluation internes et externe ne semblent pas atteindre ces strates d’(in)humanité sont-ils à la mesure des soins que méritent les personnes niées dans leurs besoins essentiels ?

L’impensé conduit à l’impensable. La place de l’éducateur, accompagnateur… chatouille chez celui-ci des émotions d’une large palette qui va de l’amour à la haine. Il entre en relation avec les émotions cachées, celles qui le conduisaient au silence, celles aussi qui furent survalorisées. Il y arrive par choix, avec amour. Il y arrive par dépit avec cette dose de haine qu’il n’a pas fini de métaboliser. 

Il rencontre des équipiers, il y rencontre des personnes. Et voilà que des scènes actuelles en rejouent de plus anciennes, oubliées, tirent sur l’élastique relié à des émotions tues qu’il prend en pleine figure. Et cette figure, il se doit de la garder « honorable ». Là se ferme le piège de l’entrée dans les indignités qu’il fait subir. 

Ce qu’il ne peut voir de lui, l’équipe le peut. Mais, parfois, elle n’équipe pas son coéquipier de la fonction tiersindispensable à l’exercice de ce métier. Ce moment particulier où le team détourne le regard, par frilosité, par « respect », par bienséance.

Dans un team où la culture valorise une certaine proximité comme condition première d’élaboration du soin, il est autorisé, suggéré même, que ce rôle de l’équipe est, sincèrement, la première de ses tâches. Une culture du « Moi, d’abord » comme sujet de l’attention portée par les autres et qui devient le passage obligé de la métabolisation des émotions les plus difficiles, envahies de celle d’un autre temps. Il faut un pilote formé, du regard sur une éthique professionnelle qui pose l’éducateur comme sujet bienvenu avec toutes ses émotions. Cette approche « intervisionnelle » devra peut-être se poursuivre avec une aide externe à l’institution. 

L’éducateur, comme tout intervenant en institution de soin et d’accompagnement, est porteur d’une histoire qui lui est propre, lieu de résonance avec les freins, les arrêts de développement des personnes. Cette forme de quête non consciente d’accordage sur le non-changement, ce qu’on nomme homéostasie.  Une recherche dans laquelle intervenant et personnes sont acteurs de quelque chose qui leur échappe. Là où chacun finit par rejouer ces vieilles scènes qui confirment la pertinence de vieilles « décisions », nées de « croyances » familiales et de tentatives de répondre à la question de comment se faire aimer. C’est en partie cela qui nous conduit à exercer ces métiers. Là, n’est pas le problème. Que du contraire, trouver le lieu où peuvent se dire, sans se faire démonter, les pires horreurs que l’on souhaiterait aux personnes permet à l’équipe de grandir et à l’éducateur de se libérer d’entraves à sa propre évolution. Il nait de la méconnaissance de cette mécanique psychologique, peut-être même du refus d’en faire un objet de travail premier et indispensable pour contenir la personne en proie à des peurs limitantes.

Tel éducateur répond plus facilement que d’autres aux « invitations » de porter sur ses épaules la tête d’une figure du passé de la personne… elle put être maltraitante. 

L’équipe s’en aperçoit et dans l’éthique que je suggère, comme déjà dit, elle place ce sujet de travail en haut des ordres du jour des réunions d’équipe. Penser l’émotion, trouver la réponse au besoin sous-jacent et protéger les personnes et l’éducateur.

Lorsque cet accrochage, aussi néfaste pour la personne que pour l’éducateur, devient caisse de résonance d’anciennes torpeurs, c’est l’institution qui doit se mettre à penser les silences dominants en son sein. Elle est, à travers ces cadres, porteuse des règles éthiques qui garantissent l’élaboration du soin. 

Beaucoup de ces services ont une parole confisquée par des états d’humeurs belliqueux. Une forme de résistance à laquelle, chacun, toutes les instances contribuent pour la paix… mais laquelle ? et avec quel impact sur les personnes ? 

Le quotidien devient éprouvant pour chacun et le conflit s’est érigé en rempart contre cette interpellation à peine dite par les personnes dont on ne sait pas assez le pourquoi du comment de leur choix « scénarique ».

Cette force de méconnaissance (processus non conscient de non-connaissance) se repère bien au-delà de nos services, n’est-ce pas ce « cancer-là » qui conduit notre monde des humains vers des catastrophes prévisibles et bien documentées. 

Questionner ce qui est moteur de Joies dans le service, pour les intervenants et pour les personnes est la question globale à déplier. Culturellement, est-elle bienvenue ? 

L’évaluation d’un service est faiblement activée par les démarches qualités. Une norme ISO ne titille pas cette question sur lesquelles toutes les instances devraient voir, comprendre les violences qui s’exercent dans un silence presque complice des personnes. Complicité qui échappe aux évaluateurs des services de subvention. Chiffres, taux, statistiques, procédures… si on y reste figé, font de ces évaluateurs des complices, bien malgré eux. 

Il convient donc de définir quels sont les signes, joies ou silences, vie ou apparence de tranquillité… le débat devrait s’ouvrir entre évaluateurs, personnes et personnel. 

Luc Fouarge

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Jusqu’où suivrons-nous ?

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Accueil et hébergement de la personne dite handicapée mentale

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ASE …vers plus de placement en collectif

ASE – Défections chez les AF et TS

L’accueil chez une assistante familiale n’est plus la modalité de prise en charge la plus fréquente


Fin 2022, 38 % des enfants confiés à l’ASE sont accueillis

 chez des assistantes familiales, contre 56 % à son maximum en 2006. Les établissements habilités constituent, pour la première fois, la modalité d’accueil la plus fréquente (41 % fin 2022). Francetvinfo.fr

Dans le Dpt du Nord, une première expérience ( 2006) d’un nouveau pilotage de l’accueil familial prometteur s’installe sous l’appellation STAF. Une équipe pilote prend forme avec un comité d’accompagnement. 

Objectifs : 

1 – assurer un recrutement des AF dont on mesure déjà qu’il décline, 

– assurer l’accompagnement de celles-ci. Accompagnement que les référents assuraient avec plus ou moins de bonheurs de créativité en raison de la disponibilité de ces derniers qui commencent déjà à plier sous le poids d’un nombre de dossiers qui dépasse les 35 accompagnements d’enfants. C’est le troisième objectif, 

– répondre aux conséquences d’une fatigue professionnelle qui s’exprime déjà à haute voix.  

– Limiter, éviter les mesures de protection dans les collectifs d’enfants de type MECS et de + en +, dans des services du secteur psychomédicosocial type ITEP 

– Limiter les placements en Belgique (pas loin de 3000 dans les secteurs de l’AAJ et du Handicap, SRG et SRJ.

Les 4 et 5 ne sont pas les objectifs évoqués officiellement, considérons-les comme des bruits de couloirs.

Les observations qui suivent ne sont ni scientifiques ni exhaustives. Elles sont le fruit de personnes toujours sur le « terrain » et dont le droit à la parole est libéré. L’ambition de ces réflexions se limite volontairement à commenter le titre de l’article cité.

Aucun de ces objectifs ne fut atteint. Et ces réflexions sont à lire dans un contexte dramatiquement délétère de la protection de l’enfance. Les défections chez les  travailleurs sociaux concernés sont légion. Beaucoup sont en burnout, nombreux sont  en cours de réorientions… si possible, loin des institutions mandatées pour offrir une réponse « soignante » à ces enfants fragilisés et leurs familles. Parmi ceux qui restent, pour beaucoup, le cœur n’y est plus. Les cadres s’épuisent, exportent leurs ressentiments, chargent leurs jeunes collègues de leur propre fatigue et angoisse de ne pas y arriver. Le temps consacré en commission enfance à l’installation d’un processus d’intervision salutaire, nécessaire est galvaudé, inexistant. Solitude et fatigue sont devenues le cancer de l’institution qui devient maltraitante tant à l’égard du public qu’à celui des professionnels et des TS en contrat de formation qui occupent des postes d’absents.

Difficile de témoigner sur l’état des « STAF », on ne les rencontre pas sur le terrain. Quand ils y sont invités en vue d’une activation d’un accompagnement d’un, d’une AF ils déclinent assez souvent. En arrière-fond une compétition malsaine entre STAF et ASE se fait sentir. Difficultés énoncées par les AF auxquelles on prête l’oreille. Et depuis cette installation d’équipes concurrentes les référents regardent ailleurs quand une AF est en dérapage. Contrairement aux objectifs de la formation diplômante des AF celles-ci ne sont pas devenues des « collègues ». Elles ne trouvent pas l’espace d’accompagnement qui leur permettraient de se « décharger » des émotions épouvantables qu’elles ont amené à ressentir face à ces enfants dont la plupart manifestent des troubles de l’attachement, ce qui est « normal » et difficile à supporter. Pas de lieux de dépôt, trop peu de rencontres authentiques dans lesquelles il serait possible de métaboliser ces ressentis destructeurs auxquelles il est difficile d’échapper dans une telle confrontation à des symptômes puissants de loyautés de « comportements d’attachement » qui visent à obtenir le rejet, jusqu’à s’en rendre dégoutant.

L’accompagnement sain des AF nécessite des rencontres dont la culture du « care » est la préoccupation première, tant pour les professionnels, les AF que le public, mais à cette adresse, il n’y a personne. La débrouille est la « règle ». Le silence nécessaire. Tout cela aboutit à un mortel repli sur soi de la part de chacun. Les aspects vocationnels des accueillants, des agents de suivis de placement devenus risibles… de nouveaux symptômes rejaillissent, ceux que la machine institution protection de l’enfance en mode « par défaut » fait naitre.

Ce n’est pas l’objet de nos commentaires, il y a surement des problèmes de reconnaissance, de statut, c’est l’objet d’organisme professionnel et de représentation, ils ne se taisent d’ailleurs pas.  Mais ce métier qui devait être le plus beau du monde ne tient pas ses promesses, les institutions ont cédé.

Les mesure de rendements, les tâches d’évaluations, mal perçues parce que mal implantées n’évaluent pas le rapport mystique, humain, sincère de l’AF, du TS à « la machine » comme le décrirait si bien le psychiatre Christophe Dejours. Il nous dirait le déni de l’institution à l’égard des besoins de soins des personnels que l’on embauche pour prendre soin d’un public blessé.

Luc Fouarge

Guidance familiale, Directeur d’un équivalant ITEP, subventionné en MECS, en Belgique durant 35 ans

 

 

La diminution des placements en famille d’accueil 

Histoire et contingence politique !!

Par Muriel Daniaux, AS durant 20 ans en ASE et TS dans un STAF Pilote

daniaux.muriel@gmail.com

Quasi 20 ans plus tard, à l’aune du constat qui enregistre une baisse considérable des accueils d’enfants admis à l’ASE dans des familles d’accueil, resituons les cadres et dispositifs qui bordurent le dispositif.

Le 27 juin 2005 une loi relative aux assistants maternels et familiaux est votée.

Voici 2 articles importants de cette loi 

Article L421-2

Modifié par Loi n°2005-706 du 27 juin 2005 – art. 5 () JORF 28 juin 2005
Modifié par Loi n°2005-706 du 27 juin 2005 – art. 7 () JORF 28 juin 2005

L’assistant familial est la personne qui, moyennant rémunération, accueille habituellement et de façon permanente des mineurs et des jeunes majeurs de moins de vingt et un ans à son domicile. Son activité s’insère dans un dispositif de protection de l’enfance, un dispositif médico-social ou un service d’accueil familial thérapeutique. Il exerce sa profession comme salarié de personnes morales de droit public ou de personnes morales de droit privé dans les conditions prévues par les dispositions du présent titre ainsi que par celles du chapitre III du titre VII du livre VII du code du travail, après avoir été agréé à cet effet.

L’assistant familial constitue, avec l’ensemble des personnes résidant à son domicile, une famille d’accueil.

 Article L421-16

Version en vigueur du 28 juin 2005 au 01 janvier 2009

Création Loi n°2005-706 du 27 juin 2005 – art. 10 () JORF 28 juin 2005
Création Loi n°2005-706 du 27 juin 2005 – art. 5 () JORF 28 juin 2005

Il est conclu entre l’assistant familial et son employeur, pour chaque mineur accueilli, un contrat d’accueil annexé au contrat de travail.

Ce contrat précise notamment le rôle de la famille d’accueil et celui du service ou organisme employeur à l’égard du mineur et de sa famille. Il fixe les conditions de l’arrivée de l’enfant dans la famille d’accueil et de son départ, ainsi que du soutien éducatif dont il bénéficiera. Il précise les modalités d’information de l’assistant familial sur la situation de l’enfant, notamment sur le plan de sa santé et de son état psychologique et sur les conséquences de sa situation sur la prise en charge au quotidien ; il indique les modalités selon lesquelles l’assistant familial participe à la mise en oeuvre et au suivi du projet individualisé pour l’enfant. Il fixe en outre les modalités de remplacement temporaire à domicile de l’assistant familial, le cas échéant par un membre de la famille d’accueil.

Le contrat précise également si l’accueil permanent du mineur est continu ou intermittent. L’accueil est continu s’il est prévu pour une durée supérieure à quinze jours consécutifs, y compris les jours d’accueil en internat scolaire ou dans un établissement ou service mentionné au 2 du I de l’article L. 312-1 ou à caractère médical, psychologique et social ou de formation professionnelle (1), ou s’il est prévu pour une durée supérieure à un mois lorsque l’enfant n’est pas confié les samedis et dimanches ; l’accueil qui n’est pas continu ou à la charge principale de l’assistant familial est intermittent.

Le contrat d’accueil est porté à la connaissance des autres membres de la famille d’accueil.

Sauf situation d’urgence mettant en cause la sécurité de l’enfant, l’assistant familial est consulté préalablement sur toute décision prise par la personne morale qui l’emploie concernant le mineur qu’elle accueille à titre permanent ; elle participe à l’évaluation de la situation de ce mineur.


(1) la loi 2005-102 2005-02-11 a remplacé au 4e alinéa du présent article les mots  » en établissement d’éducation spéciale  » par  » dans un établissement ou service mentionné au 2 du I de l’article L. 312-1 « .

La présente version de cet article est en vigueur jusqu’au 1er janvier 2009.

L’Aide sociale à l’enfance relevant depuis 1984 et les lois de décentralisation de la compétence des départements, ce sont eux qui eurent la charge de mettre en œuvre ce nouveau dispositif législatif.

Les Assemblées Départementales composées de conseillers généraux élaborèrent pour leur département respectif un plan de travail précisant la mise en œuvre d’outils adaptés et conformes au nouveau cadre légal.

A ce stade, l’on pouvait penser que les bases de travail pour charpenter la professionnalisation de cette activité très particulière de l’accueil familial allaient dans le sens d’une amélioration d’un dispositif impliquant, en premier lieu, des enfants précarisés.

L’assemblée départementale du Conseil General du Nord (le niveau politique auj Conseil Departemental) dans sa feuille de route destinée à son administration, avec au premier chef les DG de l’Action Sociale, de la Famille, de l’Enfance, a préconisé l’expérimentation de la création d’un STAF, service territorial auprès des assistants familiaux.

En janvier 2006, 2 services sont mis sur pied, l’un en métropole lilloise, l’autre dans l’Avesnois.

Précisons l’extrême rapidité de mise en œuvre, 6 mois entre la promulgation de la loi et sa mise en œuvre !

A l’évidence les différents enjeux du dispositif global ont été sous- évalués.

Voici l’analyse que je faisais en 2007,

J’ai été recrutée pour l’expérimentation STAF dans l’Avesnois, territoire vaste et relégué en bout de département, éloigné du centre névralgique décisionnel de la ville de Lille mais disposant du nombre de familles d’accueil le plus important du département (400).

Ma fiche de poste était particulièrement cohérente avec les objectifs affichés de l’expérimentation, à savoir concourir à une professionnalisation accrue de ce corps de métier.

  • Recrutement et évaluation des nouvelles candidatures en lien avec le nouveau cadre légal
  • Suivi des nouveaux professionnels.
  • Suivi ou intervention auprès des AF qui en font la demande

L’objectif avoué de ce service était, à terme de connaitre tous (tes) les AF du territoire, de cerner leurs compétences et éventuelles limites afin d’établir un profil d’accueil que l’on pourrait faire correspondre à la problématique d’1 enfant.

Sur le papier, c’était un peu comme tendre vers l’idéal !

Très rapidement, il m’a fallu déchanter. 

Pas du fait des AF, très dynamiques et très en demande.

Essentiellement  du fait de tous les autres protagonistes du dispositif, référents ASE, chefs de services, direction générale.

Ce fut pour moi une expérience douloureuse et violente.

Sur la base de cette expérimentation qui n’a pas réalisé ses objectifs et qui a échoué dans sa mission,  il a néanmoins été décidé de créer des succédanés de STAF qui n’avaient ni le goût ni l’apparence  du produit initial.

Depuis le début les référents ASE regimbent à considérer l’AF comme un(e)partenaire de travail en appréciant justement et adéquatement l’offre de service qu’il ou elle propose.

Et ce pour des raisons qui tiennent à l’histoire, à l’évolution des pratiques, des métiers, des droits de l’enfant…..mais aussi, particulièrement ces quinze dernières années, pour des raisons pragmatiques de moyens.

Lors de la décentralisation les départements ont récupéré des compétences qui incombaient à l’État sans que la question du financement de ces nouvelles compétences soit gravé dans le marbre.

La charge des départements en matière de protection sociale s’est alourdie, les besoins ont augmenté de manière exponentielle et la solution la plus simple a été celle de réduction de la voilure.

Résultats des courses, bilan des opérations : 

la loi de juin 2005 qui définit un cadre pour la profession d’assistant familial parachève une politique de Protection de l’Enfance qui se voulait qualitative.

Tout n’était pas parfait mais des moyens étaient disponibles pour tendre vers ce que l’on nommait la bientraitance.

Le virage des années 2000 a démantelé cet édifice.

Il en a été fini de ces notions de bienveillance et de bientraitance qu’il convenait de mettre au cœur de nos pratiques.

La bienveillance et  la bientraitance sont des dispositions d’esprit qu’il est impossible d’apprécier d’un point de vue managérial.

Ces compétences essentielles des métiers de « care » n’entrent pas dans les tableaux excell devenus les seuls outils et instruments d’évaluation d’une activité professionnelle.

C’est une dérive sociétale produite par la déviance ultra libérale de notre monde qui produit  des dégâts humains considérables.

Et selon moi, tous les questionnements qui régulièrement font la une à propos de tel ou tel dysfonctionnement de l’ASE relèvent de l’épiphénomène.

La question fondamentale qui permet d’envisager toutes les autres est uniquement politique.

Quelle Protection de l’Enfance voulons nous ? 

Quelle est la situation réelle, objectivée de la Protection de l’Enfance actuelle ?

Les conditions d’une Protection de l’Enfance efficiente sont-elles réunies.

S’agit-il d’assumer clairement que des enfants, des familles vont être laissés sur le bord du chemin avec un solde de tout compte ?

Toutes ces questions sont éminemment politiques et relèvent d’un choix de société.

cfr article ASH du 2/11/2007 N°2529

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Abbaye d’Aulne

Photos de Fabien Malacord sur FB

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Nous habituer

Juste un peu avant 07:00 le bruit d’un avion me réveille. A peine le bruit s’est-il éloigné que j’en entends un autre se pointer à l’horizon sonore. Une minute, c’est la durée de ce bruit qui vole au-dessus de nos têtes. Il est 07:09, le huitième s’éloigne. La veille, un peu au-delà des 01:00 j’en entendais encore un. 

Nous habituer à ce qui nous fait mal, à petit feu. Nous habituer pour que nous ne le sachions plus. Pour que l’économie tourne, nous habituer au bruit, à l‘air que nous respirons, à l’eau que nous buvons, aux légumes et à la viande… nous habituer aux désastres du changement climatique que cette même économie induit, nous habituer aux pluies dévastatrices, et au soleil qui tue. 

Nous habituer à l’impuissance des élus qui sont proches de nous. 

L’habitude prise, notre corps souffre et nous ne le savons plus. Réveiller nos perceptions, ôter la sourdine de nos douleurs, les porter dans les lieux de décisions devraient être la première préoccupation des politiques locaux attentifs à la santé de la population, même et surtout si le pouvoir de décider appartient à d’autres sphères politiques.