En Belgique les services en ASBL, agréés et subventionnés sont soumis à des évaluations externes par l’administration AVIQ. Le renouvellement d’agrément périodique se fait en partie suite à ces inspections. Les services agréés, mais non subventionnés, sont « contrôlés » trop légèrement. Les autorités de France et de Belgique semblent se faire des politesses malgré les nombreuses rencontres entre elles. De part et d’autre, il convient de réfléchir à une obligation de structure juridique des opérateurs en ASBL et en association LOI 1901. Forme juridique qui impose des règles précises sur les dépenses admissibles. En arrière-fond, une philosophie de ce type d’organismes s’impose. Elle doit être lisible et entrer dans les clous fixés par la loi. Les SA et autres formes de sociétés commerciales ne devraient pas être autorisées à « offrir » ce type de prestations.
Catégorie : Société
Pourquoi mes éducateurs crient… !
Pourquoi mes éducateurs crient… !
Ils crient plutôt qu’ils ne parlent, ils humilient, parfois frappent…. « Elle se pisse dessus pour me faire chier » … le métier d’éducateur, régulièrement exercé sans formation, tombe parfois bien bas.
Des observations d’intervenants dans des services destinés à l’accompagnement de personnes porteuses d’un handicap mental et/ou psychique.
Cela n’est évidemment pas soutenu par l’institution… mais voilà, les yeux et les oreilles se détournent de ces horreurs que subissent les personnes au quotidien. Parfois, les humiliations prennent des détours par une décision d’équipe.
Ex : la question venue sur la table est la fréquence des wc bouchés par un mésusage du papier toilette. Il est décidé que les éducateurs distribueront quelques feuilles de PQ quand la personne le demande. Le nombre de feuilles devient objet de pouvoir et de tyrannie. Bien davantage encore quand on sait que les distributeurs de savon pour les mains ne sont pas remplacés.
Cette quotidienneté de bains d’humiliations dont je m’empresse de signaler qu’elle n’est pas généralisée,s’exerce sous le regard des collègues qui n’ont rien vu, rien entendu. Ou plutôt, un climat général, d’hostilité à l’égard de l’institution dans laquelle on se parle peu, on s’écoute encore moins et surtout où on évite de se frotter.
- Quel besoin de l’éducateur est impensé pour qu’il opère comme par vengeance, sans trop le savoir sans doute ?
- Quelle dynamique silencieuse, de méconnaissance, de déni opère dans cette institution devenue, peut-être, trop grande ?
- Comment une telle quotidienneté confirme-t-elle la personne dans le non-savoir, dans la soumission, se réjouissant presque de réussir à maintenir toute une institution dans l’homéostasie ?
- Les moyens disponibles pour les organismes d’évaluation internes et externe ne semblent pas atteindre ces strates d’(in)humanité sont-ils à la mesure des soins que méritent les personnes niées dans leurs besoins essentiels ?
L’impensé conduit à l’impensable. La place de l’éducateur, accompagnateur… chatouille chez celui-ci des émotions d’une large palette qui va de l’amour à la haine. Il entre en relation avec les émotions cachées, celles qui le conduisaient au silence, celles aussi qui furent survalorisées. Il y arrive par choix, avec amour. Il y arrive par dépit avec cette dose de haine qu’il n’a pas fini de métaboliser.
Il rencontre des équipiers, il y rencontre des personnes. Et voilà que des scènes actuelles en rejouent de plus anciennes, oubliées, tirent sur l’élastique relié à des émotions tues qu’il prend en pleine figure. Et cette figure, il se doit de la garder « honorable ». Là se ferme le piège de l’entrée dans les indignités qu’il fait subir.
Ce qu’il ne peut voir de lui, l’équipe le peut. Mais, parfois, elle n’équipe pas son coéquipier de la fonction tiersindispensable à l’exercice de ce métier. Ce moment particulier où le team détourne le regard, par frilosité, par « respect », par bienséance.
Dans un team où la culture valorise une certaine proximité comme condition première d’élaboration du soin, il est autorisé, suggéré même, que ce rôle de l’équipe est, sincèrement, la première de ses tâches. Une culture du « Moi, d’abord » comme sujet de l’attention portée par les autres et qui devient le passage obligé de la métabolisation des émotions les plus difficiles, envahies de celle d’un autre temps. Il faut un pilote formé, du regard sur une éthique professionnelle qui pose l’éducateur comme sujet bienvenu avec toutes ses émotions. Cette approche « intervisionnelle » devra peut-être se poursuivre avec une aide externe à l’institution.
L’éducateur, comme tout intervenant en institution de soin et d’accompagnement, est porteur d’une histoire qui lui est propre, lieu de résonance avec les freins, les arrêts de développement des personnes. Cette forme de quête non consciente d’accordage sur le non-changement, ce qu’on nomme homéostasie. Une recherche dans laquelle intervenant et personnes sont acteurs de quelque chose qui leur échappe. Là où chacun finit par rejouer ces vieilles scènes qui confirment la pertinence de vieilles « décisions », nées de « croyances » familiales et de tentatives de répondre à la question de comment se faire aimer. C’est en partie cela qui nous conduit à exercer ces métiers. Là, n’est pas le problème. Que du contraire, trouver le lieu où peuvent se dire, sans se faire démonter, les pires horreurs que l’on souhaiterait aux personnes permet à l’équipe de grandir et à l’éducateur de se libérer d’entraves à sa propre évolution. Il nait de la méconnaissance de cette mécanique psychologique, peut-être même du refus d’en faire un objet de travail premier et indispensable pour contenir la personne en proie à des peurs limitantes.
Tel éducateur répond plus facilement que d’autres aux « invitations » de porter sur ses épaules la tête d’une figure du passé de la personne… elle put être maltraitante.
L’équipe s’en aperçoit et dans l’éthique que je suggère, comme déjà dit, elle place ce sujet de travail en haut des ordres du jour des réunions d’équipe. Penser l’émotion, trouver la réponse au besoin sous-jacent et protéger les personnes et l’éducateur.
Lorsque cet accrochage, aussi néfaste pour la personne que pour l’éducateur, devient caisse de résonance d’anciennes torpeurs, c’est l’institution qui doit se mettre à penser les silences dominants en son sein. Elle est, à travers ces cadres, porteuse des règles éthiques qui garantissent l’élaboration du soin.
Beaucoup de ces services ont une parole confisquée par des états d’humeurs belliqueux. Une forme de résistance à laquelle, chacun, toutes les instances contribuent pour la paix… mais laquelle ? et avec quel impact sur les personnes ?
Le quotidien devient éprouvant pour chacun et le conflit s’est érigé en rempart contre cette interpellation à peine dite par les personnes dont on ne sait pas assez le pourquoi du comment de leur choix « scénarique ».
Cette force de méconnaissance (processus non conscient de non-connaissance) se repère bien au-delà de nos services, n’est-ce pas ce « cancer-là » qui conduit notre monde des humains vers des catastrophes prévisibles et bien documentées.
Questionner ce qui est moteur de Joies dans le service, pour les intervenants et pour les personnes est la question globale à déplier. Culturellement, est-elle bienvenue ?
L’évaluation d’un service est faiblement activée par les démarches qualités. Une norme ISO ne titille pas cette question sur lesquelles toutes les instances devraient voir, comprendre les violences qui s’exercent dans un silence presque complice des personnes. Complicité qui échappe aux évaluateurs des services de subvention. Chiffres, taux, statistiques, procédures… si on y reste figé, font de ces évaluateurs des complices, bien malgré eux.
Il convient donc de définir quels sont les signes, joies ou silences, vie ou apparence de tranquillité… le débat devrait s’ouvrir entre évaluateurs, personnes et personnel.
Luc Fouarge
Jusqu’où suivrons-nous ?
Nous habituer
Juste un peu avant 07:00 le bruit d’un avion me réveille. A peine le bruit s’est-il éloigné que j’en entends un autre se pointer à l’horizon sonore. Une minute, c’est la durée de ce bruit qui vole au-dessus de nos têtes. Il est 07:09, le huitième s’éloigne. La veille, un peu au-delà des 01:00 j’en entendais encore un.
Nous habituer à ce qui nous fait mal, à petit feu. Nous habituer pour que nous ne le sachions plus. Pour que l’économie tourne, nous habituer au bruit, à l‘air que nous respirons, à l’eau que nous buvons, aux légumes et à la viande… nous habituer aux désastres du changement climatique que cette même économie induit, nous habituer aux pluies dévastatrices, et au soleil qui tue.
Nous habituer à l’impuissance des élus qui sont proches de nous.
L’habitude prise, notre corps souffre et nous ne le savons plus. Réveiller nos perceptions, ôter la sourdine de nos douleurs, les porter dans les lieux de décisions devraient être la première préoccupation des politiques locaux attentifs à la santé de la population, même et surtout si le pouvoir de décider appartient à d’autres sphères politiques.
Revisiter la hiérarchie des valeurs
Revisiter la hiérarchie des valeurs qui nous animent.
Samedi. Juste un peu avant 07 :00 le bruit d’un avion me réveille. A peine le bruit s’est il éloigné que j’en entends un autre se pointer à l’horizon sonore. Une minute, c’est la durée de ce bruit qui vole au-dessus de nos têtes. Il est 07 :06, le troisième s’éloigne. La veille, un peu au-delà des 23 :00 j’en entendais encore un.
Il nous est demandé de nous habituer. Et nous nous habituons à nous « habituer ».
Oui, me répond le Messenger de la ville de Thuin, renseignements pris auprès d’un aiguilleur du ciel :
Nous pouvons donc constater qu’il y a une augmentation de 14% de l’activité de l’aéroport de Charleroi. En 2024, l’aéroport de Charleroi Bruxelles-Sud a enregistré 9,57 millions de passagers, répond mon interlocuteur.trice. Après m’avoir répondu une première fois que la ville n’est pas compétente en cette matière, ce que bien sûr, je sais.
Je suis averti qu’en période estivale le trafic augmente.
Le questionnement que je désire partager avec mes concitoyens thudiniens est la protection que nos autorités locales nous assurent, alors que bon nombre d’entre elles, sont gérées par d’autres niveaux de la lasagne belge.
Nous habituer à ce qui nous fait mal, à petit feu. Nous habituer pour que nous ne le sachions plus. Pour que l’économie tourne, nous habituer au bruit, à l‘air que nous respirons, à l’eau que nous buvons, aux légumes et à la viande… nous habituer aux désastres du changement climatique que cette même économie induit, nous habituer aux pluies dévastatrices, et au soleil qui tue.
Nous habituer à l’impuissance des élus qui sont proches de nous. Ne sommes-nous pas en droit d’attendre qu’ils saisissent leurs pairs nichés dans les autres sphères politiques.
Cent jours avant les élections 2024
Burnout et homéostasie
En apportant mon aide, qu’est-ce que, sans le savoir, je soigne chez moi ? Est-ce que le soin que j’apporte est libérateur pour l’autre ? et pour moi. Cette part d’ombre du travail psychosocial, faute d’être prise en compte par les services est génératrice des malaises des intervenants psychosociaux.
Là, l’institution enclenche le processus de « burnoutisation » des accompagnants.
Et là, se fige le cheminement vers plus d’autonomie et de liberté du public.
Enfin, là, se coconstruit l’homéostasie pour les uns et pour les autres de façon non consciente.
Le malaise du TS abandonné à lui-même est qualifié d’un manque de distance professionnelle, là où devrait intervenir la « contenance institutionnelle ». Bien malgré eux, les intervenants psychosociaux, privés du regard tiers de leur équipe, deviennent partenaires des dysfonctionnements perçus et ciblés par les projets institutionnels.
« Il n’y a pas eu autant de guerres, partout dans le monde, depuis la seconde guerre mondiale ». Est-ce parce qu’elles créent de l’économie, qu’elles enrichissent, parce qu’elles conduisent l’humanité vers « son destin », la #suicidarité évoquée par Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, parce qu’elles nous distraient des horreurs environnementales et climatiques que nous créons, …. ?
L’escalade dans l’horreur, les images « sensationnelles » qui tournent en boucle, les justifications « pseudos rationnelles » clivantes, les riches plus riches, les pauvres plus pauvres, le sud qui envie le nord, le nord qui exploite le sud, les effets collatéraux maquillés jusqu’à les banaliser…
Les #enfants premières victimes, la #pédopsy qui ne désemplit pas, les soignants qui s’en vont…
Les politiques qui se cachent derrière les scientifiques, les élus qui ne représentent plus, qui se décrédibilisent, les extrêmes qui font le plein de voix, des propos aux allures idéologiques qui occupent l’avant-scène, les nouvelles participations qui s’essoufflent…
Accélération, fuite en avant de la modernité, dit Hartmut Rosa, comme si l’histoire ne contrôlait plus rien, un autre versant de l’anthropocène, la machine s’affole… géopolitique et climat génèrent une atmosphère anxiogène, peu respirable.
Ce fond anxieux s’incruste, insidieusement, signe que nous nous défendons si nous l’écoutons… mais on nous oriente vers des soins qui étouffent, éteignent l’angoisse à coup de psy… et nous gérons en coupant les fils des témoins de notre tableau de bord.
L’école, assignée à produire du même, par ces mêmes qui coupent les fils, n’est pas encore ce lieu de construction du monde nouveau qu’on nous faisait miroiter durant la crise covid.
Par phénomène d’homéostasie, ce glissement non-conscient de renoncer au changement, nous n’écoutons pas les rebelles, qui se discréditent, hélas, tout seuls. Nous savons tous qu’il faudrait faire de la politique autrement, les ornières sont profondes.
Renoncer est notre cancer, réagir, notre espérance, est sans doute notre salut, à porter et partager dans les secteurs associatifs… ce qui peut transformer le politique. L.F.
Famille et école… changer de route
Il est établi que la perte de sens est précurseur des phénomènes de burnout.
On en rencontre des signes chez les adolescents… bientôt chez les enfants.
Les réponses à cette alerte ne semblent pas avoir grand effet sur les signes avant-coureurs que constatent les acteurs sociaux, éducatifs et de la santé mentale.
On ne cible pas l’origine de ces constats en élargissant l’accès aux soins des ados et des enfants, même s’il est utile de le faire, j’en conviens avec vous.
Cap, route, point. Les clés de la navigation. Le cap que collectivement, nous souhaitons atteindre est probablement le bon. Le point nous dit que nous n’en prenons pas la direction. Il nous appartient de changer de route. Cela demande une (re)mobilisation des jeunes, de leurs parents, de leurs éducateurs et enseignants. La génération active, aujourd’hui, résiste à changer de route.
Si on accepte que l’école n’est pas l’affaire des seuls enseignants, que la formation humaine et humaniste n’est pas du seul ressort des parents, que le court-termisme des politiques ne nous guide pas sur de nouvelles routes… je propose que la mobilisation des jeunes entame cette recherche, soutenus par les familles et par l’école.
Qu’à l’école, familles, jeunes, enseignants se mettent à table pour répondre ensemble, pas à pas, à la description de la société que nous voulons pour demain, le cap. Qu’ensemble, ils pensent les routes à emprunter et celles qu’il faut écarter des programmes. Une mobilisation qui s’engage à soutenir les jeunes sur les chemins que nous avons refusés parce que nous avons « acheté » les délires de sociétés qui s’en enrichissent, nous précipitent dans les dérèglements et crises, nous conduisent dans le mur.
Un processus qui met fin aux inutiles rivalités parent/enseignant, convaincus que mieux les uns réussissent, mieux les autres progresseront. Une interdépendance indispensable que les signes écologiques, climatiques, économiques, sociaux, de justice et de santé rendent urgente. Le changement de route est conditionné par cette réussite.
Des chantiers qui nous sortent d’un exercice de la démocratie limitée à l’élection. Une responsabilité, une intelligence collective. C’est le prix à payer pour sortir de l’ornière qui conduit nos ados dans les consultations. Un changement de route sur lequel il faudra faire le point fréquemment pour réussir l’urgent changement de route que nous imposent les signes cliniques de la terre, ce navire, que nous empruntons.
Nous trouverons le ressort de la sortie de l’éco anxiété dans des rencontres, des croisements de regards, dans les appartenances, dans la transmission générationnelle… dans une prise en mains de nos compétences, du pouvoirs que nous avons sur nous-mêmes, les rapports que nous entretenons… une dynamique démocratique qui inquiètent les partis, éveillent la curiosité des financiers… je crains l’abus de soins prodigués par des dispositions politiques, contrôle social qui rabote les symptômes pour que perdure le gout du jour qui nous endort.
Court-termisme du politique, lobbying de grandes entreprises, financiarisation de l’économie… les questions climatiques et environnementalistes progresseront à l’initiative des populations. Les Associations et ONG sont de réels supports.
L’éco anxiété, celle que la jeunesse éponge* chez leurs ainés qui poursuivent leurs routes vers des crises et catastrophes, prend différentes formes dont certaines s’apparenteront à des troubles de santé mentale. Ils seront soignés comme tel. On ne leur dira sans doute pas que les réactions adaptatives aux inquiétudes qui plânent chez eux en est à l’origine, et qu’il s’agit donc d’orienter justement les désarrois ombrent leur jeunesse.
En débattre en famille, avec l’école, jettera les bases de nouvelles réflexions sur l’état de notre monde. Coup double, si le processus d’élaboration de la pensée sort des lieux qui confisquent les solutions que l’on ostracise dans les sphères qui veulent pérenniser enrichissement et confort.
*Par des symptômes qui mobilisent loin de cette maison qui brule et que nous regardons ailleurs
