COVID 19… éthique(s)

Les circulaires en disent peu. Elles opérationnalisent. Elles sont attendues. Qu’attend-t-on d’elles ?

Dans les espaces vides, une liberté d’apprécier les bonnes mesures qu’un service doit prendre. Deux niveaux de pensées, l’un répondant aux besoins supposés des résidents, l’autre en direction des équipes professionnelles, avec des interactions. 

Venant au travail sans savoir ce qu’il en est de ma charge virale, est-ce que je risque d’infecter un résident, rentrant chez moi est ce que je mets en danger ma famille ?

Des jeunes qui ont abordé le confinement en famille, ou leur famille, sollicitent le retour au service en raison du climat familiale insupportable. Faut-il les faire passer par le testing ? Dans les situations douteuses quant à l’observation des mesures barrières en famille, faut-il organiser un isolement sur le lieu de confinement…

Nos services ne sont-ils pas en train de se transformer en lieux de réclusion si au nom du « collectifs » on empêche visites, promenade, usage des lieux de loisirs de la ville comme les autres enfants ? Le testing est-il traumatisant pour les enfants ? Peut-on y renoncer ? Si oui sur quels arguments ? Au nom de quelle délégation de pouvoir ? 

Le masque « fortement recommandé » est-il obligatoire chez nous ? Pour qui ?

Quand le testing-screening donnera les premiers résultats, qu’en fera-t-on ?

Une partie des questions qui font le quotidien des équipes, au mieux avec les cadres, ou rien qu’entre cadres ? deux façons diamétralement opposées ? Quelles transversalités et quelles cohérences entre les tutelles, Affaires Sociales et Santé d’une part, Emploi et Travail de l’autre, organisations représentatives des travailleurs, protection du travail et médecine du travail. Un carrefour ou se font des politesses politique et éthique. 

Est-il possible de tenir un discours éthique partagé, dicté ?

Tout cela sur fond de peur. Des émotions que l’action, la créativité, la suractivité mettent en sourdine et qui risquent de se réveiller dans des formes dramatiques. Préoccupations qui ne tiennent pas devant l’urgence et le devoir. Diminution, voire disparition des temps de travail d’équipe. 

Les circulaires ne donnent que ce qu’elles peuvent donner d’autant qu’elles sont pensées sans la participation des personnes concernées. C’est donc là que le service est en devoir de produire des décisions et de s’inspirer de principes éthiques qui devraient faire l’objet de débats dans l’institution…oui, mais avec qui, quand ? C’est la que s’entrechoqueront les statuts…et que se cultivent les différences, les inquiétudes, le stress et ses conséquences.

C’est dans la caisse de résonnances des attentes des jeunes et des familles, de la peur des conjoints et des enfants du personnel que s’installe ou pas ce difficile dialogue. 

C’est une question de tout temps, mais nous nous étions peut-être accommodés, dispensés d’y songer et d’y travailler…et le COVID nous précipite dans ces zones que nous découvrons à tâtons. Aller au-delà du déclaratif : « Au nom de mon éthique je décide que… ». Il est question maintenant de décliner, d’argumenter… de sorte que notre décision, pensée ensemble, soit portée par l’équipe. C’est à ce prix qu’elle peut trouver de l’apaisement dans le collectif. 

Dans le soin, dans la clinique éducative nous savons que le lien est essentiel. La question des affects en jeu, confère à nos interventions des questions de grandes valeurs éthiques.          Ne serait-ce que pour nous éclairer sur la question de l’amour attendu par le jeune, de l’amour éprouvé par le professionnel, et bien évidement celle de l’absence d’affects, mais est-ce possible ? Une rencontre que nous devons gérer dans la bonneveillance dans notre équipe interdisciplinaire. Le confinement, les infos terrifiantes sur la maladie et la mort intensifient les questionnements, les évitements. C’est donc là que le service, l’équipe doit s’engager vis-à-vis de chacun de ses collaborateurs. Une réflexion qui associe éthique, clinique et politique. « Je t’aime, je te protège, je me masque »

Luc Fouarge

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