La nuit, le jour, l’inceste Mathilde Brasilier L’Harmatan

Comme un écrit fait pour soi, comme des confidences que l’on se fait à soi-même, intimiste, comme s’il avait été écrit secrètement pour ne jamais être lu, comme des phrases abandonnées sur un divan… on y avance lentement, pas à pas, pour en chemin respirer toutes les senteurs, pour en ressentir les vibrations, sans ce sentiment de regarder par le trou de la serrure….mais d’écouter, sûr que ça fait du bien à celui qui raconte.

Maud, la narratrice, au long de la première moitié de ce récit autobiographique romancé, ne décrit pas l’inceste, mais à la façon des pointillistes, elle nous fait découvrir comment ces viols par le P____ sur Fabien, son petit frère et elle, confisque l’enfance. Lignes par lignes nous entrons dans une démarche empathique sur le suicide comme issue d’une vie volée.
Ils ne doivent leurs survies qu’à l’amour que se vouent les deux enfants, dès cinq et quatre ans.
L’inceste est le pire acte d’humiliation. Il incruste cette idée que l’enfant serait mieux aimé s’il était mort, il installe le téléchargement constant d’un processus de suicidarité auquel Maud échappera. Il lui faudra longtemps pour vivre sans sourdine et sans bâillon.
« J’ai l’idée que l’on me met la main dessus, comme une main mise insupportable »
« L’inceste, c’est peut-être la perte de tous les droits alors qu’on les avait tous. C’est le ressentiment à la place de l’amour »

Ce témoignage est précieux pour les professionnels de l’enfance qui souhaitent accompagner ces enfants victimes d’agressions, de viols, de climat incestuel au sein de la famille. Comment se déroule cette prise de pouvoir sur la pensée de l’enfant, le réduit au silence et à vivre une vie faussement vivante ?
Comment ce drame qui ici ne concerne que les deux derniers des cinq enfants, réclame-t-il le silence de la famille, ici en particulier de la mère ?
Cette lecture aidera à regarder l’invisible, à écouter l’indicible, à regarder là où il semble que rien ne se dit, à écouter ce qui ne se voit pas ?
Hormis la mère, peu maman, qui aurait pu dévoiler un tel drame ? Un médecin « pique » régulièrement Maud au Valium, anesthésiant ainsi toutes émergences de plaintes ? Le symptôme de l’insomnie est endormi.
Comment le petit frère devient tuteur de résilience de Maud dans une famille où les places sont vacantes, inter changées ?
Un récit écrit, sur une trame poétique, sur un fond philosophique qui alimentera puissamment les séminaires de formation des professionnels de la relation d’aide. A offrir avec « Bord de mer » de V. Olmi aux futurs travailleurs sociaux, psychothérapeutes, psychiatres mais aussi à toute la première ligne d’accompagnement de l’enfance, enseignants, médecins.
Luc Fouarge 

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