Le covid nourrit le « machinement » des institutions

« Le machinement est un néologisme qui vient signifier la façon dont un ensemble d’éléments constitutifs de l’environnement d’une personne ou d’une institution viennent déposséder celles-ci du sens à être ; il désigne une fabrique des orientations dont le mode d’emploi est pensé par d’autres que les acteurs concernés. Cette forme de modelage de la présence de l’être au monde conduit au renoncement de soi et à une capitulation face au devenir du sujet » Ph. Gaberan 

Renoncement et capitulation sont constitutifs de « méconnaissance », processus actif et non-conscient de non-connaissance. Symétriquement, complémentairement « clients » et soignants, intervenants, infirmiers, éducateurs… la relation de soin s’installe alors, insidieusement dans une tache aveugle commune. On évoquera les résistances chez l’un, les projections chez l’autre, on tournera dans le rond-point sans possibilité d’en sortir comme dans le sketch de Raymond Devos. 

Les recommandations consécutives à la pandémie appuient de toutes leurs forces sur cette mise en machine, ce machinement dans les institutions. La diminution des temps de travail commun, de réunion en présentiel diminue et/ou fait disparaître le processus « intervisonnel » qui n’exerce plus, ou moins, la vigilance sur la machine qui réduit le potentiel de pensée. On finirait par glisser vers le passage à l’acte.

Dans les services résidentiels, hospitaliers… cet épisode pourrait être dévastateur, la nécessité de communiquer sur la pente où nous entraine le machinement, s’affaiblissant. Les logiciels de type Osiris … , gestion des fiches patients, pourraient bien mordre du terrain sur l’émotion et la pensée dans le soin et ainsi disqualifier la fonction essentielle, nécessaire du lien ou se façonne le prendre soin. 

Oui il y a des managements qui étêtent les compétences des collaborateurs alignés sagement sur des référentiels numérisables. Cela ne diminue pas que la réflexion, cela prend en partie le contrôle des émotions de l’intervenant. Et voilà que l’émotion dans le travail social perd sa valeur d’indicateur, voilà qu’elle n’est plus de mise dans le « diagnostic » d’une situation vécue, voilà encore que les instruments du lien s’éteignent, les « résonances » ne sont pas de mises. Et, …qui facilite le contrôle par des concepts d’évaluations, du mesurable, du quantifiable… et nous entrons dans la quantophrénie, cancer des approches soignantes, d’accompagnement dans les approches psycho-sociales… et demain, comme cela existe déjà, l’éducateur, l’infirmier, le soignant devront encoder les actes commis en cours de journées….qui seront analysés, mis en fromages, et qui définiront les bonnes pratiques avec une « justesse » froide qui déniera les individualités chez le soignant, l’accompagnateur. Entrer dans ce métier nécessite que nous entrions en résistance.

Luc Fouarge

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