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Protection de l' Enfance

Prendre soin de la protection de l’enfance

Prendre soin de la protection de l’enfance

La supervision d’un service consiste d’abord à cultiver la joie de contribuer à une culture d’institution qui donne envie d’y aller, d’y être, d’y vivre. Les personnes, les enfants accueillis puisent dans cette joie ce dont elles ont besoin comme baume pour se permettre des mots sur les maux qu’elles mettent en acte, en somatisations, en symptômes.

Avec la contribution de tous les échelons du service, des partenaires… la réflexion sur le « care » peut débuter. La dimension politique qui soutient cette démarche élargit considérablement le possible des services.
C’est la première tâche des politiques en charge de la protection_de_l_enfance, s’il veulent vraiment en diminuer le coût.

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Revisiter la hiérarchie des valeurs

Revisiter la hiérarchie des valeurs qui nous animent.

Samedi. Juste un peu avant 07 :00 le bruit d’un avion me réveille. A peine le bruit s’est il éloigné que j’en entends un autre se pointer à l’horizon sonore. Une minute, c’est la durée de ce bruit qui vole au-dessus de nos têtes. Il est 07 :06, le troisième s’éloigne. La veille, un peu au-delà des 23 :00 j’en entendais encore un. 

Il nous est demandé de nous habituer. Et nous nous habituons à nous « habituer ».

Oui, me répond le Messenger de la ville de Thuin, renseignements pris auprès d’un aiguilleur du ciel : 

Nous pouvons donc constater qu’il y a une augmentation de 14% de l’activité de l’aéroport de Charleroi. En 2024, l’aéroport de Charleroi Bruxelles-Sud a enregistré 9,57 millions de passagers, répond mon interlocuteur.trice. Après m’avoir répondu une première fois que la ville n’est pas compétente en cette matière, ce que bien sûr, je sais.

Je suis averti qu’en période estivale le trafic augmente.

Le questionnement que je désire partager avec mes concitoyens thudiniens est la protection que nos autorités locales nous assurent, alors que bon nombre d’entre elles, sont gérées par d’autres niveaux de la lasagne belge.

Nous habituer à ce qui nous fait mal, à petit feu. Nous habituer pour que nous ne le sachions plus. Pour que l’économie tourne, nous habituer au bruit, à l‘air que nous respirons, à l’eau que nous buvons, aux légumes et à la viande… nous habituer aux désastres du changement climatique que cette même économie induit, nous habituer aux pluies dévastatrices, et au soleil qui tue. 

Nous habituer à l’impuissance des élus qui sont proches de nous. Ne sommes-nous pas en droit d’attendre qu’ils saisissent leurs pairs nichés dans les autres sphères politiques.

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Protection de l' Enfance

Besoin de contact

Réflexion sur l’ « économie des caresses »

Nous avons besoin de contacts pour nourrir la réserve d’énergie dont nous avons besoin afin de nous mettre en œuvre dans la vie.

Ces contacts peuvent être positifs, nourriciers, mais également négatifs, persécuteurs.

Si nous manquons des premiers, nous pourrions bien nous mettre en quête des seconds.

C’est le paradoxe de ces jeunes dits caractériels que nous accompagnons. Ils sont en refus de ce dont ils ont besoin pour bien se développer. Ils semblent régurgiter les « caresses » positives, ces unités de contact qui les alimentent.

Avec eux et leurs proches, avec leurs éducateurs, lorsque j’explore l’économie de caresse qui est la leur, j’utilise la métaphore de la batterie. 

Une borne positive, l’autre négative. L’être humain ne peut fonctionner qu’à la seule condition qu’elle contienne au moins 10 unités de charge. Pas de démarrage en dessous. Unité de charge qui selon leur nature entre par la borne + ou la borne -.

Notre public s’est fort probablement accommodé de remplir sa batterie davantage de négatives que positives. Carences de soins, absence de réponse quand ils sont en contact précocement avec des manques dans les besoins vitaux, violences, cris, humiliations… ainsi ont-ils grandi avec un apport de 1 unité de charge positive et de 9 négatives pour atteindre le minimum de 10 unités.

Processus qui répété durant des années s’installe en système, la borne positive, trop peu utilisée, fait de la corrosion, le passage s’étrangle. La recherche d’unités négatives s’imposant, alors, comme une condition d’existence. 

L’accompagnant, en raison de « vomissements » des « caresses positives » qu’il offre, c’est son métier, c’est aussi son plaisir, cela répond à la question existentielle de sa profession qui le voudrait généreux, y perd son latin, mais voilà qu’il y perd également une source de reconnaissance. Bien malgré lui, il se découragerait et finirait peut-être par détester ces invitations sempiternelles de ce jeune qui vient chercher chez lui des gestes, des paroles, des actes qu’il n’aime pas offrir. Pire, il se découvre dans des attitudes qu’il n’aime pas de lui, et dont il questionne l’origine. Il ne peut quand même pas être si mauvais que cela… et si ce processus auquel il est invité n’est pas identifié par lui, et si les collègues, frileux émotionnellement, le privent de renvoyer ce qu’ils voient, alors c’est tout le service qui devient partenaire du fonctionnement toxique de ce jeune. 

Là, une fois encore, je vous dis que le premier soin est celui de l’équipe à l’égard de son collègue qui répond bien malgré lui à l’ « invitation symbiotique » de ce jeune. Sans ce croisement de regard indispensable, il s’établit un accord non-conscient sur l’échange négatif. Le niveau d’homéostasie est atteint. Éducateur et jeune en ressortent en chargeant leur batterie par la borne négative.  

Il ne sera pas possible d’inverser cette économie de caresses rapidement, paradoxalement cela pourrait être déprimant. D’une économie de 1-9 allons progressivement vers 2-8… et veillons en équipe à ne pas perdre un collaborateur dans cet épisode, ne nous laissons pas enfermer non plus dans cette force particulière qu’a le jeune de venir nous « voler » des caresses négatives inqualifiables qui reproduisent ce qu’il a toujours connu.

Luc Fouarge

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IMP 140 Protection de l' Enfance

Accueillir les parents

Procédure d’admission en service d’hébergement et de soin pour jeunes

Maintenir une relation de travail avec les parents d’enfants confiés à un collectif d’accueil et/ou de soin est souvent difficile. Dans ces situations, j’interroge la procédure d’admission. Une rencontre à vivre avec cette conscience qu’elle est le premier soin que le service, l’hôpital procure à la famille et par conséquent à l’enfant. 

C’est donc un temps de soin. Et, fréquemment, c’est le franchissement d’une étape administrative. Les membres de l’institution accueillante semblent préoccupés, en priorité, par la récolte des infos qui leur permettent de construire un dossier en bon élève. En arrière-fond, la légitime pression des gestionnaires et administrations… Alors que le temps des parents est celui d’une douleur, d’une peur d’être méjugés, disqualifiés et peut-être même humiliés par un manque d’empathie. Et peut-être que les difficultés qu’ils rencontrent les mettent, eux aussi, sous pression, et sans doute que le regard porté par leur enfant sur eux leur parait interroger aussi leurs parentalités… Mais plus encore leur attachement, leur amour… des leurres dans tout ça. Les expériences de ces questions vécues dans l’enfance des parents rejaillissent, troublent l’instant présent. Une compréhension qui demande que l’on y apporte toute la sollicitude, la compassion qu’ils méritent. Ici se crée déjà de l’alliance. 

Le ton de ce temps de soin est donné. Ressortent-ils d’un premier entretien avec la conviction qu’ils sont écoutés comme les experts du vécu de la relation difficile qu’ils vivent avec leur enfant. Comment sont-ils envisagés ? La question ne trouve pas réponse dans l’intention du professionnel, mais dans le vécu des parents qu’il convient d’aller chercher avec respect, humanité, compassion et empathie.

Oui, c’est bien sûr, mais le temps est compté ! S’ajoute que la reconnaissance du travail du service ne comptera qu’à la réception des accords de prise en charge des frais de séjours par l’administration.

Sans avoir encore évoqué ce qui est en jeu et comment installer cet espace thérapeutique qu’est déjà le processus d’admission. A cet instant, tous savent probablement ce de quoi on ne parlera pas, comme pour se ménager, comme pour se garantir que l’enfant rentrera dans les délais qu’exige une bonne comptabilité institutionnelle. 

Le taux d’occupation n’inclut pas la démarche d’admission, les règles de subvention ne comptent pas cette étape comme un temps d’aide et de soin. Le « principe de réalité » nous rattrape et nous prive d’accorder toutes les rencontres qui permettent de poser les bases de la rencontre et du travail avec les familles. 

Ces rencontres, en présence d’un clinicien averti, éducateur et/ou psy, sont le temps d’une adhésion, d’un engagement sur un projet commun, un moment de répartition des charges… escamoter cette étape du soin alourdit le poids que le jeune porte, ou, ne permet pas de déconstruire cette idée ancrée dans la famille que le jeune est un empêcheur de tourner en rond, et pour lui, l’admission pourrait devenir un dévouement et/ou une punition de ce qu’il fait endurer à ses parents depuis si longtemps. Escamoter cette étape le fixe dans cette vision erronée qu’il a entendue, interprétée dans les échanges entre professionnels et sa famille et ne permet pas aux parents de reconnaitre l’acte d’amour posé – maladroitement, par les symptômes – par leur enfant depuis si longtemps. Il pourrait bien s’enfermer à notre insu dans cette image construite en famille, qu’il est né puni, et qu’il s’agit là de la voie d’accès à l’amour. Ces hypothèses, je vous les livre à titre d’exemple. Beaucoup d’autres sont possibles. Il est heureux qu’elles se comprennent rapidement dans l’invitation au soin que nous lui faisons. Une confirmation qu’il est entendu, reconnu dans le sens « caché » de ses symptômes. 

Escamoter cette étape, c’est laisser repartir la famille avec cette encombrante idée qu’ils sont envisagés comme ils l’ont toujours été, qu’ils sont mauvais et que leur enfant en est la preuve.

On comprend bien pourquoi ils freinent notre désir de collaboration, pourquoi nous avons l’impression qu’ils la sabotent.

Dans ces rencontres, il arrive que les parents se « réparent » et parfois le déroulement de la procédure d’admission suffira. Bien sûr,  une aide ambulatoire pourrait être nécessaire.

L’économie, dans ces quelques heureux cas est considérable.

Quand au jeune, même s’il rentre dans le service, il a vu se dérouler sous ses yeux la transformation. Il ne sera plus nécessaire de le convaincre que nous ne participons pas à un processus dont lui, avec eux, pense qu’il leur est dommageable… à cause de lui. 

Luc Fouarge

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Protection de l' Enfance

Pour une prévention générale -1-

ASE, République en souffrance 

Interception – France inter – 

https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/interception/interception-du-dimanche-21-avril-2024-5098977

Les constats faits dans cette émission me le confirment.

L’urgence est le « soin » que devrait apporter la Protection de l’Enfance à ses collaborateurs.

Pour offrir une « contenance » suffisante, il est impératif de trianguler, soutenir, fidéliser, stabiliser les équipes. C’est dans ce travail que s’élabore la « contenance institutionnelle » de la protection de l’ enfance.

« Moi, d’abord » est la priorité que les acteurs, cadres et TS, se doivent d’appliquer à eux-mêmes pour atteindre l’excellence dans les accompagnements que méritent ces jeunes « blessés » ainsi que leurs accueillants.

Une référente interviewée nous dit sa culpabilité d’être trop peu dans la réussite… elle ira s’investir sous des cieux plus cléments. 

La priorité, c’est la qualité de l’accompagnement que l’on conçoit pour ces enfants qui méritent toute notre attention, tous les moyens dont les services publics sont capables. 

Être « contenant », condition première du succès, c’est recevoir et se donner les moyens d’accueillir la souffrance de l’autre sans prendre la fuite, sans se réfugier dans l’autoréférencement ou les protocoles, conscient de comment ses mots et ses maux résonnent en nous, éclairés sur les risques normaux des phénomènes de transferts auxquels nous ne pouvons échapper.

Cela exige, un regard tiers, celui de notre équipe qui dans la bonneveillance nous permet de voir de nous ce que nous ne pouvons pas voir de nous. 

Sans ce travail, lui-même, grâce à la contenance de notre équipe, notre service, notre institution, l’épuisement professionnel, les méconnaissances, la distance renforceront  les prudences de notre public. Il se fermera et la rencontre ne dépassera pas l’action educative. Elle ne fera pas place à la place à la clinique éducative.  Le TS esseulé s’engluera dans des approches futiles ou autoritaires, et sans le vouloir deviendra acteur de l’homéostasie.

« …. tu t’assieds, tu parles, tu poses des questions. Tu es quelqu’un et tu me fais aussi devenir quelqu’un. » Erri De Luca, « La nature exposée » repris par Gallimard en 2017 »

Regardé dans la bonneveillance par son équipe, le TS, ne se perdra pas dans la question de la « bonne distance » que viennent titiller les enfants atteints de troubles de l’attachement.

La priorité est la formation des cadres dans cette culture institutionnelle mettra l’équipe  au service de ses collaborateurs à l’écoute des résonances, normales et bienvenues dans une équipe qui « marche » l’intervision au cours des commissions enfances.

Interception, relève cet a priori ; « ce sont les enfants des autres »  Cela dit la difficulté de mettre les moyens dans les politiques en faveur de la famille et de l’enfance. Une façon de détourner le regard, de la détresse des enfants, qui peut se lire, entre les lignes, dans les milieux de socialisation. École, crèche…

La question de la décentralisation pourrait bien être entendue, à mi-voix, comme un évitement. Les initiatives publiques, de l’État et des départements, doivent être pensées ensemble, avec les autorités mandantes, l’École, les acteurs de santé mentale.

Interception met en lumière la légèreté de l’accompagnement des assistantes familiales. Il s’agit là d’une urgence. Une organisation d’un métier qui gagnerait à s’inspirer de l’organisation des PFS. 

Luc Fouarge

Lucfouarge.com/formations/equiper le « travailleur » psycho-socail

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Cent jours avant les élections 2024

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IMP 140 Protection de l' Enfance

La joie nourrit le soin

Pas de soin sans joie

C’est de cet instant où nous découvrons que nous faisons mieux ce que nous faisions déjà bien que naît la joie.

Développer la joie dans l’accompagnement des jeunes « placés », hospitalisés… bref, en collectif, est un sacré challenge. Difficulté liée à la nécessité de travailler en équipe, en roulement, à des horaires souvent inconfortables. Mille obstacles organisationnels forcent des concessions aux désirs des uns et des autres, autant de risques de frustrations.

C’est donc dans une interdépendance qui impose à chacun de ses membres de partager des objectifs, des moyens, des procédures dans lesquelles chacun abandonne un peu de ses vues personnelles. Une construction de culture commune s’impose. Une gestion du commun qui confronte les références de chacun, dans une tentative d’établissement de références communes, sécurisantes, protectrices.

C’est grâce au regard d’un équipier qui nous montre à voir de nous ce que nous ne pouvions voir de nous que nous faisons ce saut qui augmente la qualité de notre intervention, qui nous met en joie.

Être envisagé par un adulte en joie permet aux jeunes que nous accompagnons de goûter, parfois pour une première fois, au fait d’en être la source. Une nouvelle construction de soi, de l’image que le jeune se fait de lui, un accès dans la dignité et le respect de l’autre, de sa puissance d’agir, malgré tout ce qu’il entendit dire de lui.

C’est un soin dont nous ne connaissons pas la mesure. Ces effets sur le jeune alimentent le processus d’expérience de la joie. 

Découvrant cette expérience heureuse dans le regard de l’adulte, il découvre son pouvoir d’agir, il expérimente l’empathie. Il s’humanise dans cette découverte d’être le sujet de la joie de l’adulte. Cette découverte le soigne et pourrait bien le mettre à son tour en joie. 

Je vous laisse deviner ce que produit sur lui l’humeur « hostile » d’un adulte en proie avec un climat d’une équipe chargée en ressentiments.

Souvent, très tôt ces enfants ont du se spécialiser dans l’observation, le diagnostic…pour anticiper, contrôler, éviter les coups.

Accueillir un éducateur, un intervenant qui vit un malaise, une révolte, un sentiment d’injustice, invite le jeune à faire usage de ce don. Hélas, il s’attribue souvent la cause du mal-être de l’adule et se suradapte à cette intention qu’il attribue à l‘intervenant. Monter le curseur d’un symptôme a toujours fonctionné. 

Au minimum, le jeune s’assigne la tâche de distraire l’adulte

Cette humeur particulière ne sera probablement pas décodée par le jeune comme ne lui appartenant pas. Il y trouvera sans doute que le monde est pourri et qu’il est lui-même pourri, croyance qu’il « apprit » jadis à lire le monde qui l’entourait. Ses tentatives de « gérer » ce monde par ce que nous avons appelé résistances et symptômes le tienne à distance des intervenants. Il se protège. 

C’est la puissance de ce soin évoqué plus haut qui permet l’ouverture d’une brèche. 

A cet égard, la tâche prioritaire de l’équipe, soutenue par ses cadres et  la direction sera de veiller aux conditions qui conduisent plus facilement chacun dans l’expérience de la joie.  Le croisement de regards des différents métiers qui assurent cet accompagnement, en assure le succès. 

Et maintenant, nous pouvons mettre en œuvre le projet thérapeutique qui s’est nourri de cette interdépendance. Ainsi débute la thérapie institutionnelle. 

Les tentatives de mise en œuvre des projets personnels, des plans thérapeutiques les plus élaborés sont voués à l’échec si l’équipe s’épuise dans les « ressentimentalisations » des incidents organisationnels, relationnels… si normaux dans le travail d’équipe. Tout un processus, un système implicite à lire sous la lumière des concepts de résistance, de résonnance, d’homéostasie. Machinerie infernale que ces jeunes connaissent et qu’ils mettront en œuvre, « respectant » ainsi leur famille dont ils ont vu l’inconfort face à des regards « intrusifs »

C’est après le soin que s’offre le service que se construit son potentiel soignant. Le « travail clinique » suit.

Ce que je mets sous l’image de la machinerie est un processus humain, normal, mais inefficace et qui fait courir à tous le risque de l’épuisement.

N’en rajoutons donc pas, ouvrons les yeux dans la bonneveillance et passons de la culpabilité à la responsabilité. Remettre 1000 X cet ouvrage sur le métier, au vu des difficultés à vivre que nous rencontrons, est normal, tout comme l’impression de s’y perdre, ou d’y perdre son temps. Ce principe de réalité du travail institutionnel, tout usant qu’il puisse apparaitre, est une des conditions nécessaires de la clinique, de la thérapie institutionnelle.

Luc Fouarge

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Burnout et homéostasie

En apportant mon aide, qu’est-ce que, sans le savoir, je soigne chez moi ?  Est-ce que le soin que j’apporte est libérateur pour l’autre ? et pour moi.  Cette part d’ombre du travail psychosocial, faute d’être prise en compte par les services est génératrice des malaises des intervenants psychosociaux. 

Là, l’institution enclenche le processus de « burnoutisation » des accompagnants. 

Et là, se fige le cheminement vers plus d’autonomie et de liberté du public. 

Enfin, là, se coconstruit l’homéostasie pour les uns et pour les autres de façon non consciente.

Le malaise du TS abandonné à lui-même est qualifié d’un manque de distance professionnelle, là où devrait intervenir la « contenance institutionnelle ».  Bien malgré eux, les intervenants psychosociaux, privés du regard tiers de leur équipe, deviennent partenaires des dysfonctionnements perçus et ciblés par les projets institutionnels.

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Protéger de la protection de l’enfance

Protéger de la protection de l’enfance 

Des rencontres de guidance familiale complexes

TS de l’ASE, Tribunal, AEMO, MECS, CMP sans le savoir, sans le vouloir, risquent d’amplifier des problématiques rencontrées au sein de la famille, et dans ses rencontres avec les services généraux… 

« Rien à perdre »… long métrage de Delphine Doliget, avec Virginie Efira dans le rôle de la mère. Jetons-y un œil.

À la demande du parquet, le retrait de l’enfant est ici une réponse surdimensionnée. Elle  cristallisera une situation qui nécessitait, certes, une réponse. Il ne fallait pas 3 jours pour faire un premier diagnostic et des propositions d’accompagnement, pour autant qu’elles fussent nécessaires.

Au décours du film, on découvrira que le démarrage de cet accompagnement est probablement impulsé  par le réveil de vieilles douleurs de la TS. 

Par la suite, il est permis de penser que le magistrat est en résonance avec cette émotion perceptible, mais non dite.

Tous s’y blessent.  Le fils aggrave la blessure de l’absence de son père.  La mère est empêchée d’exprimer ses compétences à protéger, à aimer et sécuriser son fils.  La travailleuse sociale réactive sa propre blessure. L’épisode dérive dans un réel insupportable pour elle(s), pour tous les protagonistes de cet accident.

La persécution qui s’ensuit, abime chacune des personnes, y compris les professionnels. Une analyse du contre-transfert en action ne fait pas l’objet d’un travail. Il s’agit là pourtant d’un processus très humain et normal. Famille, Justice, TS de la protection de l’enfance, y compris les accueillants sont tous égratignés par cette forme de précipitation sur la solution. Action-réaction pour juguler des émotions « malvenues ».  Tous ont tous la hantise de la demande de placement qui arrive le vendredi à 17:00 et qu’il faut traiter en s’accommodant de l’angoisse, soit en la banalisant, soit en la méconnaissant (processus actif et non-conscient de non-connaissance). Agirait-on pour dormir tranquillement ?

Tant à l’interne de l’institution que dans l’inter-institutionnalité, la tiercité circulante ne s’est pas exercée. Croisement de regards qui n’est pas dans le contrat d’engagement des uns et des autres. J’évoque l’impérieuse nécessité d’une culture de la relation de travail qui soutient chacun dans le don et le recevoir, d’un cadeau de « je t’offre à voir de toi ce que tu ne peux pas voir de toi ». Un cadeau qui demande un supplément de proximité entre intervenants que les hiérarchies, les modus vivendi institutionnels, interdiraient.

Cette attitude aurait apaisé les inquiétudes. Et si besoin, un séjour bref chez un membre de la famille, TDC, permettait d’évaluer, de « diagnostiquer ». 

La brutalité de l’intervention augmente considérablement la méfiance à l’égard des organes de protection, les TS qui en sont en charge deviennent des menaces desquelles il faut se protéger. La construction d’une alliance autour d’un projet dans lequel la famille est active est devenue impossible. 

Les autorités Justice, Enfance Famille, Santé mentale, Education, Lieu de vie, psychmédicosocial … doivent se retrouver pour exercer le tricotage de réseau qui permet de faire le pas de côté qui protège les familles et les enfants. (Ce qui se pratiquait dans le Nord sous l’appellation CTT, Commission Technique Territoriale, véritable lieu de tricotage, de pratiques de réseau, expérimenté durant près de 20 ans, efficacement dans l’Avesnois) 

Il convient de prendre en compte comme un travail nécessaire ce croisement inter-institutionnel qui suscite beaucoup de frilosités. Quoi de plus normal quand il est question d’échanger sur les phénomènes normaux connus tels que transfert, contre-transfert, résonance, épi-scénario (AT), triangle dramatique… pour de vraies rencontres humaines dans la « bonneveillance » qui protège les intervenants et le public. Protéger, c’est donc, en priorité, protéger les intervenants.

Luc Fouarge

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IMP 140 Protection de l' Enfance

Thérapie du milieu en collectif pour jeunes

Face au symptôme, la culture institutionnelle 

C’est à partir du changement qu’opère l’intervenant, le soignant sur lui-même que le jeune fait un pas de côté. Ainsi naît le changement. Bien plus que dans l’écoute qu’il ferait de la parole de son éducateur, du « contrat » qu’on lui assignerait pour amorcer le changement. 

Ce n’est possible que si l’éducateur ne se laisse pas enfermer dans les projections. Celles du jeune qui se défend, qui détourne la bonne attention par des symptômes, adresse à l’éducateur. De lui, il craint les désirs, de le faire changer. Derrière tout cela, les phénomènes normaux de transferts, contre-transfert, résonances…

C’est d’abord là que se construit l’articulation entre les intervenants individuels, psychologues, psychomot, logopède… de l’institution de soin pour enfants qui utilisent la quotidienneté dans le collectif comme base de travail thérapeutique. 

Le soin naîtrait de cette aisance à échanger dans l’équipe ces regards qui permettent de dire à l’un ce qu’il ne peut voir de lui, à la condition que l’énoncé lui soit offert dans une communication bienveillante.

Vous le comprenez, il est illusoire de prétendre au soin si l’institution n’entre pas dans cette culture de cadeau de « confrontations » saines comme le disent les analystes transactionnels.

Les éducateurs sont souvent les plus proches de ces phénomènes, ils calibrent, ajustent la construction d’une contenance soignante si chacun assume sa fonction de regarder, d’être regardé, dans la bonneveillance, dans le croisement de regards. Échanges des savoirs, des savoirs faire et, c’est là que généralement se constatent les dérapages, dans des savoir-être en perpétuelles adaptations. Les éducateurs en milieu thérapeutique collectif sont la cible privilégiée des mécanismes de défenses des jeunes qui « poussent » à la faute pour se protéger du changement.

Rappelons-nous que la dynamique défentielle, non-consciente, amène le jeune expérimenté à l’observation des adultes en vue de les « contrôler ». Il le fallait pour anticiper le risque de prendre des coups, jadis, ils ont appris comment faire entrer toute l’institution dans l’homéostasie.

C’est seulement au bout de ce cheminement entre intervenants qu’il sera possible de mettre en action des projets thérapeutiques pour chacun… et si besoin, pour les intervenants aussi.

Luc Fouarge