Catégories
Protection de l' Enfance

Protéger de la protection de l’enfance

Protéger de la protection de l’enfance 

Des rencontres de guidance familiale complexes

TS de l’ASE, Tribunal, AEMO, MECS, CMP sans le savoir, sans le vouloir, risquent d’amplifier des problématiques rencontrées au sein de la famille, et dans ses rencontres avec les services généraux… 

« Rien à perdre »… long métrage de Delphine Doliget, avec Virginie Efira dans le rôle de la mère. Jetons-y un œil.

À la demande du parquet, le retrait de l’enfant est ici une réponse surdimensionnée. Elle  cristallisera une situation qui nécessitait, certes, une réponse. Il ne fallait pas 3 jours pour faire un premier diagnostic et des propositions d’accompagnement, pour autant qu’elles fussent nécessaires.

Au décours du film, on découvrira que le démarrage de cet accompagnement est probablement impulsé  par le réveil de vieilles douleurs de la TS. 

Par la suite, il est permis de penser que le magistrat est en résonance avec cette émotion perceptible, mais non dite.

Tous s’y blessent.  Le fils aggrave la blessure de l’absence de son père.  La mère est empêchée d’exprimer ses compétences à protéger, à aimer et sécuriser son fils.  La travailleuse sociale réactive sa propre blessure. L’épisode dérive dans un réel insupportable pour elle(s), pour tous les protagonistes de cet accident.

La persécution qui s’ensuit, abime chacune des personnes, y compris les professionnels. Une analyse du contre-transfert en action ne fait pas l’objet d’un travail. Il s’agit là pourtant d’un processus très humain et normal. Famille, Justice, TS de la protection de l’enfance, y compris les accueillants sont tous égratignés par cette forme de précipitation sur la solution. Action-réaction pour juguler des émotions « malvenues ».  Tous ont tous la hantise de la demande de placement qui arrive le vendredi à 17:00 et qu’il faut traiter en s’accommodant de l’angoisse, soit en la banalisant, soit en la méconnaissant (processus actif et non-conscient de non-connaissance). Agirait-on pour dormir tranquillement ?

Tant à l’interne de l’institution que dans l’inter-institutionnalité, la tiercité circulante ne s’est pas exercée. Croisement de regards qui n’est pas dans le contrat d’engagement des uns et des autres. J’évoque l’impérieuse nécessité d’une culture de la relation de travail qui soutient chacun dans le don et le recevoir, d’un cadeau de « je t’offre à voir de toi ce que tu ne peux pas voir de toi ». Un cadeau qui demande un supplément de proximité entre intervenants que les hiérarchies, les modus vivendi institutionnels, interdiraient.

Cette attitude aurait apaisé les inquiétudes. Et si besoin, un séjour bref chez un membre de la famille, TDC, permettait d’évaluer, de « diagnostiquer ». 

La brutalité de l’intervention augmente considérablement la méfiance à l’égard des organes de protection, les TS qui en sont en charge deviennent des menaces desquelles il faut se protéger. La construction d’une alliance autour d’un projet dans lequel la famille est active est devenue impossible. 

Les autorités Justice, Enfance Famille, Santé mentale, Education, Lieu de vie, psychmédicosocial … doivent se retrouver pour exercer le tricotage de réseau qui permet de faire le pas de côté qui protège les familles et les enfants. (Ce qui se pratiquait dans le Nord sous l’appellation CTT, Commission Technique Territoriale, véritable lieu de tricotage, de pratiques de réseau, expérimenté durant près de 20 ans, efficacement dans l’Avesnois) 

Il convient de prendre en compte comme un travail nécessaire ce croisement inter-institutionnel qui suscite beaucoup de frilosités. Quoi de plus normal quand il est question d’échanger sur les phénomènes normaux connus tels que transfert, contre-transfert, résonance, épi-scénario (AT), triangle dramatique… pour de vraies rencontres humaines dans la « bonneveillance » qui protège les intervenants et le public. Protéger, c’est donc, en priorité, protéger les intervenants.

Luc Fouarge

Catégories
IMP 140 Protection de l' Enfance

Thérapie du milieu en collectif pour jeunes

Face au symptôme, la culture institutionnelle 

C’est à partir du changement qu’opère l’intervenant, le soignant sur lui-même que le jeune fait un pas de côté. Ainsi naît le changement. Bien plus que dans l’écoute qu’il ferait de la parole de son éducateur, du « contrat » qu’on lui assignerait pour amorcer le changement. 

Ce n’est possible que si l’éducateur ne se laisse pas enfermer dans les projections. Celles du jeune qui se défend, qui détourne la bonne attention par des symptômes, adresse à l’éducateur. De lui, il craint les désirs, de le faire changer. Derrière tout cela, les phénomènes normaux de transferts, contre-transfert, résonances…

C’est d’abord là que se construit l’articulation entre les intervenants individuels, psychologues, psychomot, logopède… de l’institution de soin pour enfants qui utilisent la quotidienneté dans le collectif comme base de travail thérapeutique. 

Le soin naîtrait de cette aisance à échanger dans l’équipe ces regards qui permettent de dire à l’un ce qu’il ne peut voir de lui, à la condition que l’énoncé lui soit offert dans une communication bienveillante.

Vous le comprenez, il est illusoire de prétendre au soin si l’institution n’entre pas dans cette culture de cadeau de « confrontations » saines comme le disent les analystes transactionnels.

Les éducateurs sont souvent les plus proches de ces phénomènes, ils calibrent, ajustent la construction d’une contenance soignante si chacun assume sa fonction de regarder, d’être regardé, dans la bonneveillance, dans le croisement de regards. Échanges des savoirs, des savoirs faire et, c’est là que généralement se constatent les dérapages, dans des savoir-être en perpétuelles adaptations. Les éducateurs en milieu thérapeutique collectif sont la cible privilégiée des mécanismes de défenses des jeunes qui « poussent » à la faute pour se protéger du changement.

Rappelons-nous que la dynamique défentielle, non-consciente, amène le jeune expérimenté à l’observation des adultes en vue de les « contrôler ». Il le fallait pour anticiper le risque de prendre des coups, jadis, ils ont appris comment faire entrer toute l’institution dans l’homéostasie.

C’est seulement au bout de ce cheminement entre intervenants qu’il sera possible de mettre en action des projets thérapeutiques pour chacun… et si besoin, pour les intervenants aussi.

Luc Fouarge

Catégories
Protection de l' Enfance

Rien à perdre

Film de Delphine Deloget

De la protection de l’enfance à la « machine »

« Rien à perdre » montre comment s’opère le glissement, comment chacune des parties perd le contrôle. Un film que l’on dirait conçu pour la formation des gens de Justice, JE et avocats, force de l’ordre, travailleurs sociaux, médecins, accueillants et familles.

Un déroulement à déconstruire pour y mettre en lumière comment aider et protéger une famille qui fait face à un accident de parcours.

Une protection de l’enfance qui marche dans la dignité, le respect et l’humanité à l’égard de toutes les parties, ça existe. L’enclenchement de la machine à laquelle échappe le sens de sa mission, ça existe trop souvent… enfants, parents et professionnels en ressortent broyés.

Le renoncement à l’interdépendance des institutions intervenantes, l’absence d’exercice de la fonction « tiercité » à l’intérieur des services sont à l’origine de l’abandon du pouvoir à la « machine ». Les institutions s’y perdent et s’en protègent.

Le film nous montre une situation qui ne devait pas mettre en œuvre des mesures protectionnelles. Même si à tout le moins des propositions d’aides et d’accompagnements pouvaient se justifier. Une mère solo au boulot la nuit, confie son jeune ado à son ainé, presque majeur, jeune homme avec la tête bien sûr les épaules, … accident, hospi, elle tarde à décrocher… les monstres de l’abandon sortent des placards… son erreur : ne pas garantir qu’elle peut répondre à toutes sollicitations, n’importe quand.

La peur, la difficulté d’objectiver le risque de danger enclenche la « machine ». Rien ne l’arrêtera. Plus la mère se défend, plus elle donne des justifications à cette mise en marche de la « machine ». D’entrée de jeu, les interventions se font à charge contre elle. 

L’éducatrice référente baigne encore dans des peurs non soldées. Peut-être, est-elle mère elle-même. Compte tenu de son histoire, elle a sans doute besoin de sécurités plus importantes que cette maman, très indépendante, sûre d’elle et confiante dans l’amour de ses enfants, dans la maturité de son ainé.

L’élan empathique de cette travailleuse sociale est justifié. Mais on peut craindre que l’identification projective qu’elle fait sur le jeune fils, le contre-transfert qui s’opère à l’égard de la mère et surtout le silence (respectueux) de ses paires sur sa précipitation, sur le « diagnostic » qu’elle semble faire seule… son émotion, compréhensible, la frilosité de son service… la machine est en route.

Soyons de bon compte, cela est humain, normal… et sans doute bienvenu, si cela s’exprime dans une équipe consciente de l’attention qu’elle doit à chacun de ses coéquipiers. C’est la carence de « contenance » de son service que nous devons questionner. Ces phénomènes normaux, bien qu’indésirables, doivent faire l’objet d’un travail prioritaire d’une institution de service social qui fonctionne sainement, avec la plus grande bienveillance pour que s’exerce l’humanité qui doit être aux commandes pour éviter le glissement.

Résister, innover, prendre soin nécessite cette qualité relationnelle, l’exercice d’une tiercéité circulante dans l’interinstitutionnalité également. Ce que nous avons à exercer dans les rencontres entre médecine et travail social, justice et travail social… l’entrée dans une culture de recherche et soutien des complémentarités.

Proposer la vision ce film suivi d’une déconstruction de toutes les places, penser l’indispensable exercice, difficile, d’une tiercéité interpersonnelle et interinstitutionnelle, est un cadeau à faire à la protection de l’enfance. Je mélangerais les métiers dans cet effort. Une démarche à proposer aux jeunes arrivants Médecine, Justice, Education spécialisée, Accueillants… bref ces merveilleux jobs de la relation d’aide.

Ainsi, la « machine » avalerait moins de familles, moins de professionnels en CM en route vers le burnout.

Luc Fouarge

Catégories
Protection de l' Enfance

Quel accompagnement pour l’AF

ASE. Quel accompagnement pour l’AF

B. 15 ans, confiée à l’ASE dès l’age de 2 ans, chez une AF. 

Le père après incarcération n’est plus « visible », la mère, inculpée, mais pas incarcérée, devient menaçante pour la relation dont la petite a bénéficié chez Tata, par les déclarations d’amour que la mère manifeste à sa fille, avec sans doute un désir de la récupérer. 

Elle a d’autres enfants depuis le placement. Ils vivent chez elle sans nécessité d’un suivi de professionnels. 

Les comportements que manifestent B. à l’adolescence font vaciller les certitudes de l’AF. Une réorientation est en vue. La scolarité est correcte. A l’internat scolaire, qu’on lui imposa pour préserver la relation avec l’AF, elle ne présente pas de troubles du comportement. Mais, sait-on jamais, elle est invitée à une consultation chez un psychiatre… pour peut-être l’orienter vers un ITEP.

Les rencontres de l’AF avec les services, avant les troubles du comportement, ont été, à la grande satisfaction de chacun, très rares. Jusqu’à ce que les répliques adolescentaires, les conflits de loyauté, les angoisses d’abandon placent tout le monde, un peu tardivement vous en conviendrez, face à la perte de contrôle, à la peur du risque, à la crainte du passage à l’acte, aux risques d’avoir à répondre à des questions de responsabilité.  On fait alors intervenir une équipe mobile missionnée pour « accompagner » cette crise, éteindre l’incendie.

Le manque d’anticipation, l’absence d’exercice de tiercéité sur cette rencontre délicate entre une AF, devenue mère N° 2, la légèreté des rencontres AF et professionnels des services sont pointés, il est trop tard. 

Sans que nous puissions leur en attribuer la « faute », la « sauvagerie maternelle » de l’AF, seule dans l’exercice de son accueil aimant, ne se découvre que grâce aux symptômes.

Elles en feront les frais toutes les deux.

En raison des troubles de l’attachement fréquents dans l’accueil familial de l’ASE, plus que tout autres de nos métiers, celui d’AF nécessite de bénéficier de regards bienveillants. Sans regards croisés sur l’enfant, sur les liens qu’il construit avec son AF, ceux qui s’éffilochent, sur cette façon d’y faire des noeuds, à la sortie de l’enfance ces nœuds deviennent Gordien. Trop souvent, ce sont les symptômes qui dès lors trouvent des regards effrayés qui deviennent vite persécuteurs

Luc Fouarge

Catégories
Protection de l' Enfance

Avant de se mettre au travail dans l’aide et le soin

Avant de se mettre au travail dans l’aide et le soin

La qualité des interventions psychosociales ne s’accommode pas facilement de l’addition de compétences. Il s’en faut de peu pour que le collectif fasse obstruction pendant que la direction glisse sur les pentes gestionnaires et managériales.

L’urgence se situe du côté de la reconnaissance des besoins spécifiques du « faire équipe » pour que s’installe la nécessité d’élaborer les approches, les plans de soins dans l’interdisciplinarité, la transversalité et l’interinstitutionnalité. 

Du communautaire, il convient de faire le premier objet de soin de l’institution, une équipe qui prend soin d’elle-même. Faute de quoi, les intervenants, risquent de se précipiter sur la tâche sans que ne se croisent les regards sur l’exercice de la mission. Comme pour se ménager du regard de l’équipe. La mission risque fort de se mettre en œuvre dans l’autoréférencement. 

Les besoins spécifiques du travail en équipe, laissés pour compte, conduiront au burnout.

Je déplore régulièrement le départ de professionnels de grandes qualités que le service a laissé s’épuiser faute de mettre l’exercice de la tiercéité au travail.

Les autorités qui subventionnent ne peuvent déconsidérer cette dimension de la vie institutionnelle plus longtemps. La qualité de l’aide et de soin du public en dépend. Cette culture d’entreprise spécifique au travail d’aide et de santé public est indispensable pour que s’exerce la métabolisation des résonances, du transfert… phénomènes normaux et bienvenus de la relation d’aide. 

Après cette étape, les mesures données par l’évaluation prendront du sens. La mesure viendra en soutien aux services désignés pour offrir au public les aides dont il a besoin. L.F.

Catégories
Protection de l' Enfance

Prendre soin en protection de l’enfance

Prendre soin en protection de l’enfance


Un frère, une sœur de moins de 3 ans, sont confiés à l’ASE sur décision du TE. Ils séjournent chez 2 AF différentes. Les motifs de cette mesure de protection sont les violences conjugales en lien avec des consommations de drogues, des carences de soins qui en résultent, les errances de la mère que l’on retrouve dans des squats avec les petits… Une mesure d’ « interdiction de territoire » aurait été prise à l’encontre du père des deux enfants, qu’il n’a pas reconnus. Il est le géniteur d’un enfant que porte la mère.

Des grands-parents ont été écartés en raison du refus de la mère. Pas de recours au TDC, solution à propos de laquelle on ne trouve pas de trace d’exploration. 

Il n’y a pas de visite chez les grands-parents à ce jour. 

Ces deux enfants établiront un lien d’attachement avec les personnes qui assurent les soins quotidiens, les AF, pour la bonne santé de ceux-ci, nous l’espérons.

On peut craindre que l’état actuel de la famille n’évolue que sur du long terme. Pendant ce temps, l’attachement avec les AF s’inscrira profondément, ce qui est souhaitable pour l’édification psychique de ces petits.

Peut-être que l’évolution entre mère et grand-mère évoluera ? Auquel cas, les visites des grands-parents seront accordées ?

Peut-être que la santé de la mère se rétablira ? Auquel cas une tentative de regroupement familiale sera tentée avec une mère qui, aux yeux des enfants, entrera en compétition avec l’attachement des enfants aux AF, deux enfants qui se connaitront à peine et qui seront aussi en compétition entre eux pour obtenir les attentions de la mère. Des bouleversements qui assènent des deuils sur des fondations fragilisées. 

La disponibilité et les turn over des référents.es ne pourront compenser les conséquences des ruptures que l’on inflige aux enfants. Voilà maintenant quelques années qu’ils se « défendent » contre ces traumas. Ils entrent dans les constructions de la protection de l’enfance avec ces « comportements d’attachements » qui exigent une quotidienneté exercée par des personnes formées, supervisées. 

Ni la mère qu’ils ont à découvrir, pour laquelle ils doivent développer des « astuces » pour qu’elle ne replonge pas, ni l’AF qui doit les regarder partir, ni la référente ne sont devenus durant ces années des spécialistes des TA, tandis que ces enfants se sont sans doute spécialisés dans les « stratégies de compensations » de type TA.

Dans l’hypothèse où les grands-parents eurent accueilli les enfants au départ de la mesure, cette question d’un déplacement vers de nouvelles figures d’attachement se serait fait en douceur, accompagnés par des intervenants à domicile, disponibles.

OUI, MAIS… dans nos métiers, tout le monde court… tout le monde change… tout le monde est déplacé… tout le monde a trop de « dossiers »… peu deviennent d’authentiques tuteurs de résilience.

Luc Fouarge

Catégories
Protection de l' Enfance

AF – Enjeux d’un métier en pleine mutation

https://www.calameo.com/irtsca/read/006164073c04c9fa896ef

Catégories
IMP 140 Protection de l' Enfance

Prendre soin des vulnérabilités du jeune sera possible si nous avons pris soin de nos institutions

Prendre soin des vulnérabilités du jeune sera possible si nous avons pris soin de nos institutions

Collectifs pour jeunes en difficultés sociales, psychologiques, psychiatriques, troubles du comportements (IMP 140, SRG, ITEP, MECS, UEHC, Equipes mobiles, Hospi enfants-ados…)

Il faut offrir aux intervenants, dans la transversalité et l’interdisciplinarité, le temps, le lieu et la contenance qui favorise l’indispensable travail de métabolisation des phénomènes transférentiels, des résonances, des émotions…sans cela la pathologie dirige la rencontre et le soin cède, conduit à l’épuisement, aux défections….ce qui va à l’encontre de la permanence, de la contenance

Évoquer les vulnérabilités, c’est parler de ce qui est exposé à recevoir des blessures.

Dans des services en accueil collectif et ambulatoire, ces services accompagnent des jeunes particulièrement vulnérables. 

Par échos, ces vulnérabilités touchent non seulement son public et les familles qui nous les confient, mais aussi nos organisations, nos intervenants. Cynthia Fleury, dans une conférence proposée à la faculté de médecine de Sorbonne Université invite à porter notre regard dans les dimensions ontologiques (épreuve, naissance, accident …) dynamiques et dialectiques (sociale, culturelle, politique, économique, juridique) mais aussi des fragilités planétaire, anthropocène, systémique.

La clinique que développent nos services s’inscrit et inter-réagit dans ces dimensions. Sans accepter cette complexité, ces transversalités nous pourrions mettre le focus sur le symptôme. Et dès lors augmenter la charge qui pèsent sur le public et les familles. Dans ces cas, nos services deviennent des caisses de résonnances, des amplificateurs des troubles qui nous conduisent ces jeunes. Si nos approches cliniques sont institutionnelles, éthiques et politiques, elles épargneront ces jeunes du devoir de se défendre, de se défaire d’une charge émotionnelle qui pèsent injustement sur leurs épaules endurcies. Ils sont souvent pris dans une spirale de vulnérabilités auxquelles ils sont davantage exposés que d’autres. 

Cela nous invite à considérer que le prendre soin de l’institution, de ces intervenants précède celui du « care » qu’elle voudrait offrir à ces jeunes. 

Et si le prendre soin émergeait d’un dialogue entre les vulnérabilités des intervenants et celles des jeunes et de leurs familles. Comme s’il résultait de l’écoute solidaire de nos manques, carences, obstacles, nos ressentiments. Un processus ou l’un montre à l’autre le chemin de l’empathie, l’ouverture à l’altérité. Une position basse qui laisse l’autre expérimenter que le regard sur soi-même ouvre l’espace du possible, la jubilation d’être révélateur pour l’autre. Une voie qui ne sera possible que si le service qui nous engagé dans cette danse est organisateur du « care » qui résiste aux forces limitantes des logiques gestionnaires. Une vulnérabilité dans laquelle nous pousse la course à la performance, à la mesure, aux chiffres et qui nous entrave par un travail de « reporting » si encombrant qu’il grappille le temps de la rencontre.

Il y aurait une symétrie entre les précarités, les carences originelles des jeunes et ce temps qui se réduit sous ces tâches. Il manquerait au prendre soin le temps de se vivre. Là, les vulnérabilités s’expriment à l’unisson. 

Le temps de rencontre des équipes, dans l’interdisciplinarité, au sein de l’institution est souvent raboté. C’est un point de vulnérabilité majeur de nos services.

Une homéostasie, qui sous des allures « apaisantes », laissent un goût amer dans le vécu de chacun, qui dans la reproduction prépare l’épuisement professionnel et fixe le jeune  dans l’ « usage »  de son symptôme.

La vulnérabilité la plus difficile serait donc celle de nos complémentarités inconscientes entre failles dans la contenance, le (non)exercice de la tiercéité dans l’équipe d’une part, de la reproduction du « connu » et maitrisé chez le jeune, d’autre part.

Le prendre soin serait ainsi de se mettre à l’écoute des évènements en commençant par l’équipe. Le faire à l’envers nous fait courir le risque d’utiliser la problématique du jeune pour à travers elle, tenter illusoirement de gérer la dynamique de l’équipe, sa communication, sa capacité contenante. Cela me fait dire que le « care » applique le « Moi, d’abord » pour s' »autoriser » à parler diagnostic et plan de traitement.

Les conflictualités non acceptées au sein d’un service deviennent sa plus grande vulnérabilité. En sortir nécessite que cette exploration se déroule dans l’interdisciplinarité et dans la « bonneveillance ». Ayant trop souvent connu vécu dans un climat d’hostilités, de violences entre adultes… notre public a expérimenter un sens de l’observation aiguisé…parfois, c’est une question de sulrvie…ils sont devenus experts dans le repérage des failles.

L’explosion d’un symptôme d’un jeune nécessite l’analyse, en priorité, de notre fonctionnement avant de tenter de décoder l’expression d’une surréaction de ce jeune dans ses troubles du comportement.

Je crains que cette étape, surtout s’il a été question de comportements agressifs peut-être même violents à l’égard d’un membre de l’équipe, soit shuntée.

Etape qui sera souvent shuntée. Une grande partie de l’équipe, dans une attitude que l’on qualifierait de contre-transférentielle, pourrait bien demander la ré-orientation du jeune.

Ce processus pourrait bien être la vulnérabilité la plus grande de nos services.

Celle du jeune consiste souvent à de reproduire dans le service les mécanismes qu’il a longtemps expérimentés dans sa famille.

Si nous entamons la réunion clinique par l’analyse des failles que très normalement une institution vivante présente, le décodage du comportement du jeune deviendra plus aisé. 

C’est de cette circularité, cette symbiose que nous offre à voir la nature, in la « Troisième voie du vivant » d’Olivier Hamont que nous nous inspirons, sans le savoir. Il y est question de nous modifier pour permettre le changement du jeune. L’arbre que l’on déplace, permet à ceux qui l’entoure de modifier leur développement. Une observation de la circularité et de la coopération qui nous équipe mieux pour faire face aux instabilités, aux incertitudes…et qui sort le jeune de la position enfermante du « patient désigné », qu’il faudrait guérir de ses blessures, aguerrir de sa vulnérabilité.

. Le public des jeunes en difficultés psychologiques, avec troubles du comportement, a bien souvent développé des compétences particulières, un sens aigu de l’observation des failles, qui anticipe les risques de « coups ». Ils nous « sculpent » comme partenaires de l’homéostasie. Voir venir ces «invitations symbiotiques » -AT- nécessite qu’à l’interne du service, avec les partenaires, on entre dans une culture d’échanges de « confrontations » saines. Le « care » de ces jeunes passe par un travail sur la culture d’équipe et interinstitutionnelle. Un préalable tout aussi important que la désinfection des personnes qui œuvre en salle d’op. Un travail « en réunion » raboté par les urgences qu’ils nous présentent et nous « précipite » sur les symptômes ». Éviter les « proximités » que requiert cette culture du « prendre soin » est devenu une vulnérabilité commune de notre public et de nos services. L’épuisement professionnel en est le prix !

Luc Fouarge

Catégories
Protection de l' Enfance

Malaise en protection de l’enfance

L’ASE est mise à mal. 

Les TS y souffrent, les défections se multiplient. Le public concerné « exporte » sa souffrance… 

Justice, éducation spécialisée, santé mentale la société semble mettre la poussière sous le tapis, quand s’impose de la transversalité.

Le DRHwashing ne traite rien, les revendications n’apaisent pas, le public diversifie et amplifie les « symptômes », ce qui le conduit au TE  et à l’UT…

Édouard Durand, JE, dans Enfance et jeunesse infos titre : « Le plus grand aléa dans la protection de l’enfance est la subjectivité des professionnels »

Mes activités en guidance familiale m’amènent à accompagner des familles avec leurs TS.

Comme formateur, superviseur je chemine avec des services les plus variés de la Protection de l’Enfance, j’y pense et  je panse les carences institutionnelles qui expriment des difficultés liées à l’équation personnelle des personnes missionnées par ces institutions. Elles échappent à l’une de leurs missions essentielles. Offrir à leurscollaborateurs.trices une « équipe ».

Équiper le TS est la tâche première de l’institution. Celle d’apporter à ses  collaborateurs la « contenance » minimum et indispensable dont ils ont besoin par essence même de la relation d’aide. Elle nécessite qu’elle soit soumise à un regard « tiers ». Les TS, esseulés dans leurs activités, y agissent sous l’égide de leur subjectivité, ils courent le risque de l’auto-référencement. Et c’est donc bien à un « arbitraire » qu’est confronté le public. 

Ce constat est « normal » et il est d’ailleurs le bienvenu si et seulement si l’équipe qu’on lui offre pratique une culture d’équipe où s’exerce de façon circulante cette nécessaire « tiercité ».

Je peux voir de toi ce que tu ne peux voir de toi (et inversement) et je t’en fais « cadeau ». 

Je m’interdis de te regarder t’abîmer dans ta fonction et je t’offre cette « confrontation » qui peut t’aider à te protéger et qui préserve le public d’être conduit, dirigé, accompagné dans des attitudes chargées de tes projections bien inconscientes. On te les pardonne d’autant plus que c’est inévitable. C’est de ces silences, de ces rétentions de « cadeaux » que s’abîme le personnel. Créer cette culture d’équipe courageuse et bienveillante est la première tâche de l’ASE. Il s’agit là d’une tâche essentielle du chef de service qu’il convient de former et de soutenir à son tour dans cette expertise qui fait passer son équipe de l’action éducative à la clinique éducative. Le CG, son employeur le formera donc, au-delà des compétences techniques, à créer et entretenir cette culture d’équipe qui fait du prendre soin d’elle-même sa tache première. Seule approche qui permet d’aller au-devant d’une famille, d’un jeune… sans lui faire courir le risque que les aléas évoqués n’envahissent la relation d’aide. Sans cette précaution, le risque est trop grand que l’aide nécessaire génère de la rébellion et/ou de la soumission. Dans les deux cas, le pouvoir d’agir du public est disqualifié. Et voici que l’institution, parce qu’elle n’a pas géré sa mission première « d’équiper son personnel », répond aux invitations homéostasiques du public… qui se défend.

J’invite donc à penser que panser se fera par phénomène de cascade. 

Là, j’invite à professionnaliser le travail d’équipe. Il ne suffit pas de créer une ambiance sympa… c’est mieux, mais insuffisant. Cela fait courir au public le risque d’être soumis à l’auto-référencement du TS.

L’ASE, si elle veut changer de route, doit  former ses cadres. Elle doit soutenir un changement de culture d’entreprise qui reconnaît, soutient ces priorités. J’observe une mobilisation sur les conditions contractuelles, sur les référentiels, les procédures que l’on tente d’implémenter avec le soutien de chercheurs. Cela ne sera utile que si le « care » des équipes se développe à l’égard des collaborateurs pour que percole sur le public le prendre soin qu’il est en droit d’attendre…mais qu’il repousse aujourd’hui parce qu’il ne perçoit pas suffisamment combien le TS est prêt à « mouiller sa chemise », réfugié derrière des concepts rationnels telle  la « bonne distance »…. qui n’est en fait qu’une armure. 

La porte visée est sans nul doute l’épanouissement des professionnels. L’ambition est une fidélisation des référents, elle-même condition d’une souhaitable permanence dans les interventions. Nombreuses sont les situations qui dénoncent l’intervention d’un trop grand nombre d’intervenants.

La porte piégée est l’excès d’enquête, d’évaluations, de recherches et d’options limitées à des dispositions DRH. L’expression des doléances du personnel est trop souvent asphyxiée par les enquêtes pilotées par des labos de recherche et des bureaux de consultance qui n’apaisent pas.

La porte d’entrée est, ici, du registre des émotions, des sentiments. Celui de participer au « prendre soin » de l’équipe. Cela nécessite de travailler à une culture institutionnelle qui cultive le « Moi, d’abord ».

Il s’agit là du premier pas dans une éthique du soin. C’est, comme dit plus haut, la condition nécessaire pour protéger les interventions auprès du public avec le moins possible d’auto-référencement, de « résonances » qui priveraient les familles, les jeunes de l’exercice de leur « pouvoir d’agir », les confirmant ainsi dans la soumission ou la méfiance à l’égard du TS.

Une qualité de croisement de regards, d’exercice d’une tiercité circulante dans l’équipe qui prévient des risques de pollution des familles du public et de celles des TS, par les « croyances ».  Cela fonctionne pour autant que l’équipe s’approprie la mission d’accompagnement, soucieuse de ne pas laisser son équipier, isolé, dans un face à face perdant/perdants où couve le burnout et le repli stratégique de la famille qui solidifie ses remparts.

Je parle ici des devoirs de l’institution à l’égard de ses collaborateurs, et de l’engagement de ceux-ci dans une culture d’entreprise qui fait de la commission enfance un lieu de métabolisation des craintes et inquiétudes, des transferts et contre-transferts,   des résonances l’accompagnement de familles dites « dysfonctionnelles ».

Luc Fouarge

La tâche prioritaire de l’institution de protection de l’enfance

Si l’intervenant psychosocial n’est pas triangulé par son équipe, son institution, une supervision…, l’aide pourrait bien représenter un risque contre lequel les familles se battent avec toutes les maladresses que l’on devine. Et voilà qu’ainsi, la famille elle-même, conforte la représentation que s’en était faite le TS. Ainsi, en ASE, la durée de placement devient abusive, démobilisante sur le plan familial et génère des passages à l’acte ravageurs d’ados. Et ce même TS finira épuisé faute d’avoir été « confronté » sainement par son équipe, par son institution… C’est ici que démarre le « care ».

…il y a tant à faire, que ce travail de soins des équipiers de la commission enfance, passe bien loin après les taches quantifiables…la quantophrénie bouffe le temps réservé aux intervenants. Ils iront voir ailleurs… car le travail cesse d’être un job de l’humain… 

je me répète… je rencontre tant de placements qui ne sont plus justifiés… et il manque tant de places

En arrière-fond, la responsabilité de l’institution vis-à-vis de phénomènes bien documentés ; résonance, contre-transfert, invitation symbiotique… rien de plus normal et dont les forces limitantes s’amenuisent lorsqu’ils s’offrent à être vus, à être commentés dans la bonneveillance dans l’équipe. Ainsi le champ de vision de chacun s’élargit, le jeune et sa famille sont protégés de ce qui pourrait devenir « la sauvagerie » du travail psychosocial

Luc Fouarge

Catégories
IMP 140 Protection de l' Enfance

…né puni

Cet accompagnement résonne dans les zones émotionnelles les plus sensibles des intervenants, éducateurs, psy… les zones les plus « défendues » donc.

C’est là que la culture de l’équipe se doit d’autoriser et soutenir le regard bienveillant de l’équipe. C’est là que, hors des frilosités sociales normales, l’engagement d’offrir à voir ce que le collègue ne peut voir de lui-même, de lui, est essentiel. Une protection du collègue et de la relation soignante qu’il vit dans cet accompagnement. Ainsi se déroule la thérapie institutionnelle.