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Protection de l' Enfance

Guidance familiale[1] en Protection de l’Enfance.

Guidance familiale[1] en Protection de l’Enfance.

Accompagnement des familles et du référent/TS – Apporter de l’écoute soignante à la rencontre.

En tant que directeur du COGA (B), service résidentiel équivalant ITEP, et conventionné avec le CG du Nord, dans le cadre de mes activités cliniques avec les familles, j’ai débuté des consultations avec des familles accompagnées par les services de l’ASE et d’AEMO, en la présence de l’agent de suivi de placement ou d’IEAD. Travail que je poursuis aujourd’hui en libéral.

 

Le processus de cette intervention est à géométrie variable. L’aidant doit pouvoir s’adapter et aménager le cadre aux besoins de la famille. Cette souplesse participe à autoriser l’expression d’une famille qui, jusque là, s’est sentie désignée comme incompétente. Dans presque tous les cas, elle associe le référent de l’Equipe Enfance ou de l’AEMO. Au cours de ces séances, nous accueillerons tantôt le jeune et sa famille, le jeune et son AF, le jeune et l’équipe éducative de son milieu de vie, le jeune en présence de sa famille et de l’AF, l’équipe éducative et la famille, les parents et/ou l’AF seuls. Ces rencontres ont pour objectif d’introduire de la tiercité dans des rencontres qui peinent à se construire ou qui s’essoufflent.

Les demandes des Equipes Enfance :

  • aider la reconstruction du lien parents/enfants dans des projets de retour en famille
  • accompagner des familles ayant fait l’objet de signalement
  • accompagner les AF dans les épisodes critiques de l’entrée dans l’adolescence afin de prévenir une rupture du lien qui aurait engendré un placement en MECS ou en milieu spécialisé
  • accompagner le procesus de deuil que vit l’enfant qui quitte un lieu d’accueil, ce qui parfois nécessite la présence de l’accueillant(e)[2]
  • soutenir
  • aider enfants et parents à communiquer sur les motifs de la décision de placement. ( La difficulté de raconter l’origine du placement est souvent persistante. Beaucoup trop centrée sur les dysfonctionnements de la famille qu’elle souhaiterait oublier au plus vite. Or, le travail sur la sécurité dans la rencontre parents/enfants rend ce récit nécessaire pour mesurer le changement et rassurer les enfants et les professinnels. Sur cette question, je repère beaucoup d’évitements)

 

Ce travail démystifie l’approche d’une relation d’aide qui souvent, par la mesure protectionnelle qui en est à l’origine, a rendu difficile voire impossible l’alliance entre le référent perçu comme bras armé de la Justice et la famille. Souvent en révolte, ces parents s’exposent plus facilement auprès d’une personne qui n’est pas en lien avec l’Autorité perçue comme menaçante. Il n’est pas rare que le référent entende pour la première fois une famille énoncer et prendre à son compte les difficultés historiques qui l’ont conduite à l’ASE. 
La démarche tient de l’éducation, de la relation d’aide, de la médiation et de la psychothérapie.
Ce travail ne peut faire l’objet d’un rapport à l’autorité. Par contre, à la demande de la famille, nous pourrons transmettre ce qu’elle souhaite, faire connaître des nouvelles compétences qu’elle met en œuvre.

Cette disposition participe à la construction d’un espace thérapeutique sécure. Cela dit quelque chose de fort de la place que la guidance familiale accorde à la famille dans un processus où elle est centrale dans la prise de décision.

Fréquemment, le Magistrat du TE marque son soutien, inscrivant la préconisation de cette démarche dans le Jugement.

Il est donc question d’offrir un accompagnement à une rencontre de personnes, plus que d’apporter une offre de thérapie familiale. Ainsi conçu et installé, cet espace soignant se met au service des participants, écoute les résonnances[3]. Pour ma part, les cordes que font vibrer des sonorités émotionnelles chez moi sont une bonne source d’information sur une partie des enjeux des crispations, inquiétudes, intuitions de chacune des parties, présentes et parfois même des absences, si elles sont utilisées plutôt que dénoncées .

A la recherche du sens

Nous viserons le repérage des compétences[4] des familles plutôt que de s’attarder sur les manques, les carences. La lecture des décisions provisoires, des jugements les soulignent suffisamment. Prendre le temps de relire l’histoire, de la contextualiser, effort que l’enfant ne peut faire seul, donnera un autre sens à son vécu. Il cessera de prendre toute la responsabilité de ce qui lui est arrivé et renoncera à, nous l’escomptons, à tenter désespérément à réparer. Plus tard, la relecture et la « traduction » des ordonnances deviendront un outil au service du changement. La protection pourra prendre la place de ce qui fut sans doute vécu comme une sanction.

L’évocation du tissu social dans lequel ces jours horribles, ruptures, séparations, discontinuités, insécurité permet de découvrir les ressources sur lesquelles s’appuyer pour combler les besoins d’être regardé dans la bonneveillance et le lien, absent de la famille.

Ainsi, nous rejoignons, nous soutenons la légitimité[5] de la famille dans le chemin qu’elle entreprend. Une posture comme celle-ci : « A ce moment de votre vie, compte tenu des circonstances, de votre environnement familial et social, de vos réalités socio-économiques, des états émotionnels par lesquelles vous passiez… si j’avais été à votre place, aurais-je fait différemment ? »

La présence active du référent, des TS permettra d’expérimenter que nous sommes tous membres d’un système de vie autour de l’enfant, que c’est la citoyenneté et notre humanité, dans l’égalité, qui nous réunissent, que nous sommes convoqués par l’enfant. Il est en capacité de mesurer notre engagement. Il y prendra plus dans ce processus sécurisant pour les siens que dans le contenu de nos paroles. C’est donc un temps à vivre, ou dons et contre-dons sont les élixirs.

Siégi Hirsch et mon ami, Etienne Dessoy, diraient à peu près ceci : L’espace thérapeutique se constitue de liens. Donner à autrui le sentiment d’exister en est la mesure. La guidance familiale invite le TS à s’y montrer actif sans perdre son identité.

Erry De Lucca, romancier : « Tu t’assieds, tu me parles, tu es une personne et tu fais de moi une personne ». Le travail peut alors commencer.

Rôle du référent, du TS

Après quelques moments, quelques rencontres parfois, le référent s’invite progressivement à participer. Il est prêt et découvrira rapidement la place qu’il peut occuper. Elle se définit comme co-animation. Une posture délicate au début et qui au cours du processus le positionne davantage dans la relation d’aide que dans le contrôle, place à laquelle il s’est parfois, à son insu, laissé enfermer. Une posture verrouillée par une représentation liée à la mission d’informateur du TE. S’il restait prisonnier de telles représentations, il ne peut qu’alimenter les mécaniques défentielles de la famille. Figée dans des mécanismes de défense, la famille ne retient des interventions du référent qu’une quête d’éléments à charge qui alimenteront les « attendus » du jugement qui justifie la sanction du Magistrat.                                                                                                                 Il me parait ici utile de préciser que les référents ne sont pas systématiquement sous emprise des représentations négatives, mais de quelques familles qui mettent longtemps à accepter la relation d’aide, prisonnières de cette idée qu’il faut cacher les carences pour un jour retrouver dignité et droits d’hébergements ou de retour des enfants à domicile.

On peut raisonnablement espérer que les commissions enfance, si elles se vivaient dans une culture d’intervision[6], où se cultive une tiercité circulante[7] dans la bienveillance, une partie des rencontres de guidance familiale ne serait pas nécessaire. Cela nécessite une formation des chefs de services enfance à cette approche et un accompagnement de l’équipe pour construire une culture d’équipe qui rende efficiente cette première offre de tiercité indispensable à la fonction même de référent.

Au cours de ces rencontres, le changement de la rencontre référent/famille est très visible, passant de combat, résistance à coalition, coopération. Le processus est passé par un temps où la capacité contenante[8] de l’acteur de guidance familiale permet que se déroule une rencontre qui petit à petit installe de l’alliance entre référent et famille. Une sortie lente de la coalition TE/Référent dans laquelle s’étaient enlisés les protagonistes.

Une capacité contenante qui permet à cette rencontre l’accueil des émotions. Cette apparition d’émotions plus authentiques, souvent touchantes, permet au référent de s’approprier l’accueil contenant de l’émotion car il se sent lui-même contenu. Se faisant il apparait comme celui capable d’assurer aux participants qu’il sont « quelqu’un ».

Absence du référent

Dans ce contexte ASE, ces rencontres répondent d’abord à un besoin du référent, il en est le demandeur et le porteur. Il espère que la famille, à terme, s’approprie la démarche. C’est souvent le cas. Comme tout ce qui vient de l’agent de suivi de placement est redéfini comme de la prescription, soumise, la famille se plie volontiers à ce désir, d’autant plus facilement si la possibilité en a été évoquée dans le bureau du JE.

J’offre aux parents la possibilité de débuter nos rencontres hors de la présence du TS. Le plus souvent la famille accepte de débuter nos rencontres en présence du référent. Dans le cas contraire, nous convenons qu’épisodiquement il sera associé à cette démarche en présence des parents. Assez rapidement, l’absence est vécue comme un ralentissement dans les projets que portent les parents. En l’absence du référent, je garantis à la famille la discrétion de nos échanges. Je signifie que je ne rédige de rapport qu’à la demande des parents et que je ne le fais suivre aux services ASE et/ou au TE qu’après que nous en ayons fait une lecture ensemble. Je me situe ainsi au service de la famille. Elle découvrira en avançant qu’il peut être question d’alliance et non de coalition, que si je suis avec eux, je ne suis pas contre le service et vice et versa. Ces dialogues autour du processus sont une occasion de dire quelque chose du contenu qui pourrait bien être passif-agressif à l’égard des institutions et de ses acteurs.[9]

L’accompagnement de familles d’enfants placés m’a confronté à la méfiance tenace qu’entretiennent les familles à l’encontre des agents de suivis de placement, et des personnels en charge d’AEMO et/ou de MIJE.

Place et rôle de l’AF

Souvent confiés à une AF, les enfants se trouvent très souvent le cul entre deux chaises[10]. Si le placement est long, ce qui n’est pas rare, la perspective de retour en famille menace l’exercice d’équilibre auquel l’enfant est contraint en permanence. Si périlleux que cet exercice pourrait bien devenir schyzophrènogène.                                                       Prenons le cas de l’annonce de la préparation d’un retour en famille où les enfants sont placés depuis plus de 5 ans. Le plus jeune y est arrivé avant de savoir marcher, l’ainé, alors qu’il fréquentait la grande section en maternelle. Deux histoires d’attachements dont les besoins se manifestent de façons différentes. Un droit de visite, en lieu neutre, encadré, ambitionne le maintien du lien.

Le petit est déposé dans les bras de l’AF, dans les premières étapes du maternage. Les soins qu’il reçoit gratifient l’AF. En période d’« accordage »[11], les découvertes sont joyeuses, sur la table à langer. Fort heureusement, les soins sont accompagnés de jeux, de papouilles, de massages qui disent bien qu’elle accepte de donner ce que la mère biologique ne peut donner. Et par bonheur pour l’enfant, sa gestualité maternante fait fi des instructions qui lui commanderaient d’épargner le petit d’un attachement[12] « trop fort ». Il découvre les soins, les jeux, les mamours qui lui permettent de construire cette sécurité de base qui le structure petit à petit psychiquement dans l’apaisement. Ouf, cette désobéissance le sauve et le construit. L’indispensable prix est l’expérience d’un attachement sécure[13] grâce à la permanence de la personne en charge des soins. Le plus grand respect à se lien est indispensable pour permettre à l’enfant d’accéder à l’altérité.

Le grand, d’abord confronté dès la naissance aux difficultés de ses parents, s’est construit un attachement désorganisé. Il présente des troubles du comportement à l’école et d’entrée de jeu chez l’AF qui demandera son déssaisissement. Une seconde, forte de l’expérience précédente, sait d’emblée qu’elle doit tenir et contenir. Il a bien connu ses parents, il s’est suradapté[14] à leurs besoins, il a tenté par amour ou par nécessité de les distraire de ces difficultés, il est partie à la cause de ceux-ci, ce qui lui complique l’entrée dans les bras d’une mère alternative. Il aime ses parents, même si la loi les a privés de l’exercice de la garde. Le compromis, accepter de l’amour, sans renoncer à sa mission de sauver ses parents, fut difficile à trouver. Il s’en sort pas si mal, il a envie de retourner les aimer, même s’il n’a pas fini de les craindre, ce qui sera le secret avec lequel il s’endort quand la Tata, patiemment, vient le border en lui offrant son amour à doses homéopathiques. Plus, il vomirait.

Les enfants de mêmes parents, si différents. Ils ne se comprennent pas, l’ainé insupporte les manifestations du petit qui agit comme s’il ne les aimait pas. De l’AF du petit (Mère N° 2) il est dit qu’elle s’y est trop attachée, qu’elle télécommande le refus de cette perspective de retour en famille… La voilà donc désignée, et AF fragile. Recommencera-t-on l’expérience de lui confier un tout petit. Posture dont il lui est difficile de se justifier.

Le « bon de commande » de la guidance familiale est de préparer le retour en famille. La famille a fait du chemin, gagné en maturité et cessé de se battre avec les addictions du passé qui furent la cause des dérapages conduisant à une mesure protectionnelle. Les premiers mois d’accompagnement se sont faits avec eux sans les enfants. Nous élaborons ensemble comment tenir compte des besoins de sécurité des enfants et comment développer l’empathie des parents afin qu’ils puissent accueillir de façon aimante ce qui ressemble à des refus du petit « d’entrer en famille » et comment assurer au grand que les causes des « fautes » commises ne sont plus d’actualité, qu’ils sont pris en charge en CMP et qu’il est dispensé d’exercer l’art infirmier[15] psy à la maison.

Mais une autre dimension est à prendre en considération conjointement. Le petit et sa nounou doivent entrer dans un processus de deuil. Il aura besoin d’entendre, d’expérimenter qu’il a bien fait de s’attacher à celle-ci, que se faisant il n’est pas le renégat de la famille, que ses parents biologiques « autorisent » l’amour qu’il a pour Tata, et même qu’ils la remercient…pour du vrai. Un authentique apprentissage du deuil qui lui fait découvrir que le lien ne disparait pas mais qu’il lui est demandé de découvrir un nouveau lien qui le structure. Etape dont vous conviendrez avec moi qu’elle est souvent escamotée. Cette immense tristesse est bien venue et AF et parents ensemble l’accueillent, et la nomment comme un cadeau d’amour de la vie[16]. Il est indispensable que l’AF participe et soit ainsi progressivement en mesure de soutenir le départ sans perte d’amour. Et si tout cela n’est pas authentique, le transfert échouera. Bien sûr, il faut beaucoup d’amour là où les adultes étaient des rivaux, et il faut beaucoup de « contenance » dans l’accompagnement du TS pour qu’il puisse orchestrer ces changements. Force qu’il puise dans l’accompagnement de la guidance familiale où se sont joints AF et enfants.

Quand introduire les enfants

L’exemple ci-dessus laisse bien entendre que nous aurons à faire face à de multiples scénari. L’âge des enfants, l’âge auquel ils furent placés, le vécu des enfants avant placement, l’importance des carences et traumas vécus par les enfants, le travail personnel et les soins que les parents acceptent pour eux-mêmes…. sont autant de composantes qui ne permettent pas d’établir un référentiel de la bonne pratique de la guidance familiale. L’entrée des enfants dans le processus sera envisagée par une évaluation faite avec parents/TS/guidance familiale. L’empressement n’est pas conseillé.

Dans l’exemple ci-dessus, il convient d’ajouter les enfants ainés. Dans la recomposition familiale, chacun dans le couple est arrivé avec ses enfants. Presque une autre génération, parfois parents eux mêmes. Il arrive que certains de ces ainés aient pu être à l’origine du signalement qui a engendré le placement. Ils sont ressources, ils comptent parmi les personnes « extérieures » à la cellule familiale actuelle. Les mettre en lien, soutenir les rencontres, au besoin les inviter participera à la consolidation de la sécurité dont ont besoin les petits. Découvrir qu’il leur est permis de raconter leurs déboires auprès de ces proches sans courir le risque de la colère des parents est réconfortant. Les mots ne suffisent pas, l’expérience et l’observation que la famille prend un autre chemin doit pouvoir se vivre aussi dans ces rencontres.

Le réseau

D’autres acteurs psycho-sociaux sont peut être mobilisé, CMP, AEMO, IME, ITEP, Ecoles, SSD et bien entendu le Magistrat du TE. S’il n’est évidemment pas nécessaire de rencontrer chaque fois tous ces acteurs, il peut parfois être précieux de réunir tout le monde dans l’objectif de mettre en lumière les inter-dépendances. « Mieux tu réussis, mieux j’accompagne la famille ». La présence du Magistrat est parfois pertinente pour co-construire des stratégies qui sortent la famille du gouffre de représentations qui font obstacle à la relation d’aide. De ces rencontres, nous n’attendons pas qu’elles mettent ce réseau au même diapason, dans une pensée unique, ni même que les décisions se prennent dans une telle rencontre. Cette pratique ne peut être une « instance décisionnelle », chacun retourne dans son service et y prend les décisions qui lui appartiennent. Une démarche mobilisatrice qui apparait chronophage mais qui fait gagner beaucoup de temps et d’énergie. Y associer la famille augmente la puissance d’intervention de l’ensemble. La famille peut y abandonner de la méfiance et progresser vers de l’alliance. Dans le but de préserver le débat contradictoire, une bonne prise de notes signée par les participants pourra être mise au dossier du TE, ce qui permet à une éventuelle partie absente de prendre en compte la teneur des échanges. Une façon d’exercer la protection de l’enfance inspirée par la clinique de concertation qui augmente le pouvoir d’agir[17] des familles. (Empowerment)

Place et rôle de l’AEMO

L’AEMO n’est jamais loin. Un rapprochement de cette équipe avec les services de placement et de soin (via les CTT) permettra de soutenir la continuité et la permanence dont ont besoin familles et enfants. Cela participe à la construction d’un contenant plus important, ce qui est indispensable chaque fois que les situations se complexifient et que les difficultés de l’enfant convoquent ensemble les champs de la Protection de l’Enfance, de la santé mentale, de l’école, des équipements psycho-médico-sociaux.

L’AEMO est intervenue en amont. Elle a peut-être tenté le maintien en famille avec un soutien éducatif. Plus sa « capacité contenante » est importante, mieux le succès de l’accompagnement en famille réussira, et plus l’équipe éducative sera encline à demander la poursuite de la mission AEMO plutôt que de suggérer le placement qui tranquillise tout le monde, sauf ces personnes que nous nommons bénéficiaires ou usagers.

L’inter-institutionnalité n’est pas un luxe, pas plus qu’une solution de facilité. L’authentique travail de réseau est chronophage et demande que les autorités travaillent à un changement de culture sous-tendu par les réflexions que mènent « les droits culturels » sur le pouvoir d’agir des familles.

Déjà en 1995 le CSTS[18], faisait la promotion d’une approche novatrice du travail social qui suggère que le TS accompagne la famille dans la rédaction du bilan de ses compétences, du relevé de ses dysfonctionnements et des ressources existantes dans son environnement pour soutenir les changements qu’elle « se prescrit ». La recherche action qui en fit la mesure nota que 65 % des « dossiers »ainsi présentés au TE permettait la fermeture du dossier par le JE.

La pratique de la guidance familiale active ou soutient de telles démarches qui rencontrent mieux les compétences des familles en participant à l’augmentation de la capacité contenante du TS, de l’ambulatoire ou agent de suivi de placement. La réussite de ce processus est directement en lien avec la capacité de l’accompagnant de cultiver la position basse[19].

 

Construire les conditions de rencontre qui puissent amener au sentiment d’exister est la base du travail de cette pratique. Il appartient aux professionnels de créer les conditions matérielles, émotionnelles, humaines donc, qui engendreront sécurité et confiance, là ou se nourrit cette conscience que j’existe. Conscience sur laquelle se construiront la conscience de l’autre, l’altérité et cette empathie pour l’enfant qui, dès lors, pourra modifier le regard qu’il porte sur le monde et sur lui-même.

L’enfant a besoin de découvrir, d’expérimenter que de nouvelles modalités relationnelles et émotionnelles se mettent en place dans la famille plus sécurisantes et qui le dispensent de cette vigilance qu’il exerçait et le privait de la découverte de ses besoins, de ses désirs. AF, TS, éducateurs… participent à cette alchimie affective et émotionnelle qui permettra la construction plus vraie de l’identité d’un enfant qui se libère des tentatives de sur-adaptations qui s’imposaient à lui dans le milieu insécurisant que partageaient parents et enfants.

Nos rencontres se libéreront d’une communication scolaire, académique et linéaire.

Enfin, la finalité de tout ceci n’est-elle pas d’amener l’enfant à la conscience qu’il se construit pour lui et pour sa descendance, qu’après lui, personne n’aura à souffrir ce par quoi il est passé. N’est-ce pas le moteur du changement auquel nous aspirons tous ?

Luc Fouarge

 

 

[1] Guidance Familiale : Cette appellation, pour de nombreuses familles dont la méfiance reste importante, malgré l’impression qu’a le TS d’avoir construit une relation de confiance, est moins récalcitrante que l’offre des services généraux dont elles franchissent difficilement la porte ou y rentrent avec des pieds de plomb.

[2] Le processus de deuil se complique des problèmes de loyauté.

 

[3 Dr Mony Elkaim, avec Borris Cyrulnick – Entre résonnance et résilience – Fabert

[4] G. Ausloos – La compétence des familles – Eres

[5] Pierre Michard –La thérapie contextuelle de Boszormenyi-Nagy –de Boeck

[6] Sur http://lucfouarge.com

[7] Idem « Je peux voir de toi ce que toi même tu ne peux voir et je t’en fais cadeau, de même je suis en attente que tu me prêtes tes yeux et ton coeur pour voir de moi ce que je renonce à regarder » Dans le canal de l’amour, ce partage peut donner des occasions à la famille de faire « grandir » le TS, ce qui est très réparateur pour tous.

[8] Capacité d’accueillir et d’écouter « l’indicible » dans une empathie structurante, non menaçante, ni pour la famille, ni pour l’intervenant.

[9] Ces questions sont proches des débats sur le secret partagé. J’invite à se référer aux propos du Dr Jean Marie Lemaire disponibles sur www.concertation.net

[10] Conflit de loyauté

[11] L’accordage, concept brillamment présenté par Dr Daniel Marcelli – la surprise, chatouille de l’âme. – Albin Michel

[12] Peter Niels Rygaard – L’enfant abandonné : Guide des troubles de l’attachement – De Boeck. On y trouve un précieux chapitre sur l’accueil familial.

[13] Idem

[14] Le « driver » please me, développé en AT évoque utilement ce concept utilisable dans une démarche éducative.

[15] Attitude apprise très tôt à cet age ou l’enfant explore cette question cruciale : comment se faire aimer ? Plan de vie en AT.

[16] Sans une « capacité contenante » expérimentée, ce cadeau ne pourra pas s’échanger.

[17] Droits culturel cfr http://www.culture21.fr

[18] Conseil Supérieur du Travail Social

[19] Une des clés des systémiciens

 

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Le quotidien méconnu – Lanceur d’alerte ou délation

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Impliquer les jeunes en psychothérapie

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Le désamour:de la maltraitance à la résilience. Leila Zaoui

https://www.facebook.com/Le-Désamour-De-la-maltraitance-à-la-résilience-106099850161942/

Un récit tres émouvant, un témoignage personnel, un voile levé sur les retenues, les pudeurs, des résignations de cette quête désespérante de se faire aimer par ses parents quand ceux-ci ne peuvent pas, quand ils vomissent leurs enfants.

C’est à peine compréhensible, mais c’est bien de cette force résiliente que témoigne délicatement Leila Zaoui.

En filigrane, les sacrifices que s’imposent ces enfants, en recherche d’accommodements, quand ils sont nés de parents qui régurgitent l’amour et que les enfants apprivoisent souffrances et indignités quotidiennement.

Leila s’en sort, ses intuitions d’enfant l’ont guidée vers des tuteurs de résiliences, ces personnes qui à leurs insus, deviennent appui quand l’enfant est à deux doigts de toucher le fond.

Devenue éducatrice spécialisée Leila en appelle à tous pour que nous regardions les enfants avec nos yeux, nos oreilles et notre coeur…et surtout, pour que nous sortions de nos réserves, de nos frilosités consensuelles qui anesthésient le devoir de parler pour protéger les enfants.

Aujourd hui elle consacre sa vie aux familles soumises à des violences, elle s’équipe pour professionaliser ses compétences d’empathie que lui confère son expérience. Prochainement, elle sera certifiée thérapeute familiale systémique.

Luc Fouarge

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JAVA, la transition des jeunes adultes et/ou vieux mineurs

PDF  clic ==>  Java, la transition

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Equiper l’intervenant psycho-médico-social

La contenance dans tous ses états : une équipe pour l’intervenant psycho-médico-social (TS)

 

La réussite de la relation d’aide, qui prend soin du « client » autant que du TS, nécessite l’exercice d’une saine  tiercité circulante. C’est une des fonctions du team que d’offrir à chacun de ses membres l’indispensable tiercité qui est techniquement nécessaire à chacun. Il est question de s’offrir des informations sur ce qui pose, souci dans l’approche d’un collègue dans sa rencontre avec la personne ou dans sa participation au travail d’équipe. Souci de nature à maintenir le client du service dans le non-changement et à conduire le collègue à s’abimer dans le travail.

La contenance d’un service nécessite que chaque membre de l’équipe contribue à l’élaboration de cette capacité d’accueillir les difficultés du public. Si ce dernier ressent la déstabilisation du professionnel il y a fort à parier qu’il s’abstienne de laisser voir ses difficultés, de peur d’un mésusage ou par souci de le ménager ou encore par crainte de se faire rejeter…

Cet instant pourrait bien s’alimenter de taches aveugles communes aux protagonistes. Dans ce cas, la relation se met au service du non changement, la capacité contenante du service s’amenuise. C’est ici que l’exercice de la tiercité, qu’« équiper » le TS est indispensable. C’est aussi ici que se construit le soin de l’équipier, de la relation qu’il entretient avec le « client ». « Equiper » c’est donc offrir à chacun de voir de lui ce qu’il ne peut voir de lui même, c’est lui faire cadeau de cette information qui le prémunit de s’abimer dans la rencontre.

 

Lorsqu’il est question d’équiper ainsi l’équipe les représentations inconscientes, celles de soi, de l’estime de soi, celle de l’autre font barrage. S’y mêlent des éléments culturels, éducationnels qui « justifient » le silence de l’équipe.

J’emprunte à l’AT le concept d’ « enclos OK » pour éclairer cette retenue, inconsciente ou pas.

OK, traduit « Je suis une bonne source de bonnes choses pour moi-même et pour les autres »

Une position existentielle qui s’appuie sur cette conviction que la valeur à laquelle je m’estime, m’autorise à penser et communiquer sur ce que je vois, j’entends, je sens, je sais, peut être précieuse pour moi-même et pour l’autre. OK n’évoque pas un état de grâce ou de perfection mais définit que même si moi et/ou l’autre commettons des erreurs, des fautes, nous sommes en capacité de penser sur l’épisode, d’en tirer les leçons, et d’adapter notre comportement en fonction de cette capacité de penser sur soi.

Cette lecture des relations convient pour situer le débat au sein de l’équipe, éclaire les relations interpersonnelles et la position dans laquelle l’équipe qualifie son service, et le client.

En fonction de nos histoires, les situations de stress nous amènent à regarder notre fonctionnement, celui de nos partenaires et/ou celui du client dans une des positions 2,3 ou 4, avec une intensité plus ou moins forte. Y rentrer ne fait pas de nous de mauvais professionnels mais exercer à partir d’une de ces positions nous rend inefficace et confirme la prudence, la méfiance de nos clients face à l’aide que nous voudrions leur apporter. Il est donc nécessaire d’être « équipé » pour voir ces glissements émotionnels qui nous conduisent à penser et à nous comporter de façon étriquée…et désagréable, voire insupportable pour nos collaborateurs et « irréparable » pour nos clients.

 

C’est l’enchainement de méconnaissances, processus actif et non conscient de non connaissance, qui nous enferme dans ces positions d’inefficacité. Seul le croisement de regard, seul l’exercice d’une saine tiercité circulaire peut nous épargner cet enfermement destructeur pour chacun, pour le service et pour le client. Cette circulation n’a pas vocation de faire joli dans l’exercice de la relation d’aide. Il s’agit d’une nécessité technique qui augmente le potentiel soignant du service, si ses collaborateurs s’engagent positivement dans ce processus et que celui ci est soutenu par l’institution employeur et par les organismes qui en assurent la subvention et l’évaluation qualitative.

 

La mise en oeuvre de ce processus demande une attention de tous sur quelques recommandations.

  • Il convient que le service « priorise » l’écoute et la résolution des difficultés rencontrées par ses collaborateurs. La construction de Projets Personnels, Individuels, de plan de traitement s’en trouvent accélérés s’ils sont dépollués des difficultés interpersonnelles, institutionnelles qui souvent instrumentalisent, conflictualisent les situations abordées pour faire passer l’expression des ressentiments, des colères qui sourdent, plombent l’efficacité à penser et construire collectivement.

 

  • Les équipiers doivent souscrire à l’engagement de « réagir » aux difficultés qu’ils constatent. Le but est de se prémunir des risques que l’un ou l’autre pratique la politique de l’autruche qui les confirmerait dans les positions existentielles inefficaces au service de croyances toxiques que le système est « foutu ». Ceci les dédouane d’analyser les éventuelles carences de l’équipe, voire d’eux-mêmes.

 

  • En équipe, les bruits de couloir permettent d’évacuer les tensions, malaises qui s’expriment difficilement en équipe. Accueillons-les mais engageons-nous à les restituer dans les réunions de travail institutionnel susceptibles d’y apporter des solutions.

 

  • Intervenir pour t’aider à voir de toi ce que toi-même tu ne peux pas voir de toi, doit devenir routinier. Mais ce geste ne peut être efficace que s’il est offert dans un canal de communication inspiré de l’amour pour autrui. Dans le cas contraire, il ne peut être entendu que comme de la persécution. Ce qui donne de bonnes raisons de disqualifier les confrontations OK-OK les plus utiles.

 

  • Ces propositions, si elles font joli dans les relations de travail, ne peuvent conduire à la réussite que si la « bonneveillance » devient le ton majeur dans les échanges au sein du service et que si le processus est soutenu par un sentiment d’égalité de valeur dans l’interdisciplinarité. L’entrée dans ce fonctionnement est fastidieuse, elle demande de la tolérance et du courage pour s’installer dans l’équipe.

 

  • Ce processus, la mise en oeuvre de ces propositions, appartiennent au processus d’intervision. Il est question que cette « culture d’entreprise », cette culture institutionnelle imprègnent dans les rencontres de l’équipe. Le leadership de ce modèle relationnel appartient à chacun des membres. Il n’est pas sous la responsabilité du chef d’équipe ou de l’animateur de la rencontre. Chacun y contribue à la hauteur de ces possibilités.

 

  • Par le bon usage de la confrontation saine, OK-OK, nous établissons dans le service un processus permanent, transversal d’intervision. Il consiste à la mise en oeuvre d’un engagement de chacun, par delà les statuts et les métiers, à s’offrir et à recevoir toute information qui aide à voir de soi ce que l’on ne peut voir soi-même en raison de nos taches aveugles, des croyances que nous avons ingérées au cour de notre éducation. Ainsi nous nettoyons les regards que nous portons sur nos interventions, épargnant nos clients des risques de l’auto-référencement de l’intervenant.

 

  • Ainsi décrit, ce processus d’intervision se limite à offrir à notre collaborateur cette information qui le protège de s’abimer dans la rencontre avec le client. Il se peut qu’il répète cette difficulté bien involontairement. Une supervision individuelle peut l’éclairer sur ces répétitions en lien avec des croyances, méconnaissances ancrées dans son passé. Dans quelques cas, un passage en psychothérapie permettra de sortir de ces répétitions dans lesquelles nous nous abimons et polluons la relation d’aide et de soin.

 

Luc Fouarge

 

 

 

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