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IMP 140

“…un enfant en souffrance”

Jeune en situation complexe : L’accompagner dans la rencontre avec la souffrance.

Cet énoncé se retrouve fréquemment dans les écrits d’équipes soignantes de jeunes présentant une pathologie psychotique et des troubles du comportement. Les comportements qu’ils adoptent ont souvent l’imprimatur de la souffrance ; agitations, cris, bris d’objets, agressions et auto-agressions, fuites…
Immanquablement ces comportements touchent et renvoient aux expériences et représentations de chacun. Ces conduites nous impactent. Chez le « névrosé normal », ces conduites sont unanimement reconnues comme des signes qui manifestent de la souffrance d’origine interne comme l’angoisse ou externe telle la frustration, la perte, l’agression, la maltraitance …
L’accompagnateur psycho-social, (éducateur, psychologue…) peut se saisir de ces signes objectifs pour soutenir le jeune dans la recherche de solutions, de réflexions, de demandes d’aide et de protection, compassion, de limites… susceptibles d’apaiser le jeune. Chez le psychotique il est fort probable que ce même accompagnement, ces mêmes réponses ne soient pas efficaces et voire même qu’elles amplifient les manifestations auxquelles il est périlleux d’attribuer un sens.
« … un enfant en grande souffrance », évoquant les troubles du comportement du jeune psychotique, piège le soin qu’on aimerait lui prodiguer. Si la souffrance est un signe d’alerte de l’urgence de répondre à un besoin laissé en salle d’attente, en souffrance, est énonçable chez le névrosé, elle peut être entendue par le soignant qui aidera la personne à développer son « ressenti » et l’assistera dans la mise en œuvre de réponses. Chez le psychotique, ces manifestations font barrage à l’étape du « ressentir » depuis bien avant qu’il ne marche. Elles ne sont probablement pas en lien, dans le mode d’expression, avec les traumas du passé. Elles ont un rendement dans la relation avec le monde qui les confirment dans une forme d’étrangeté avec celui-ci. Les utiliser comme on le ferait avec le jeune névrosé renforce chez l’un comme chez l’autre ce sentiment d’étrangeté. Un mur d’incompréhension se dresse et se renforce à chaque nouvelle épreuve. Nous risquons donc de faire pire que mieux. Re-qualifier, redéfinir les troubles du comportement, cette expression rempart, en « grande souffrance » relève d’une symétrie improductive et participe d’une relation psychotique. Quelques auteurs signalent la redéfinition comme un des critères diagnostiques des états psychotiques.
Elle est donc amplificatrice de la pathologie dans ces cas. Justement, un axe de différenciation névrose/psychose est la question de la souffrance. Nous devrions donc espérer qu’il souffre. Dans ce cas, « névrotiser » consisterait à aider le jeune à accéder à la souffrance plutôt que d’adopter des comportements qui jettent de l’encre pour le faire disparaître et mobiliser l’énergie du soignant sur des attitudes désespérées. Sidéré par ces « manifestations de souffrance », s’il n’en perd pas ses moyens l’éducateur répond forcément à côté du besoin, dans une attitude illisible par le jeune qui alourdit sa collection de confirmation de cette étrangeté. Dans la réunion clinique il faudra donc soutenir l’éducateur dans une recherche de réponses différentes de celle qui conviennent bien aux névrosés de son unité de vie. Cet énoncé, «… un enfant en grande souffrance », clôt donc la relation parce qu’il méconnaît la réalité du jeune, il oriente le regard de l’éducateur sur de fausses pistes le rendant partenaire de l’édification d’un arsenal de lutte contre la réalité.
Dans les IMP 140, il n’est pas rare que quelques jeunes se situent dans des états limites. La construction psychologique est en cours. Les bascules fréquentes. Les « contagions », les émulations et escalades dans les troubles du comportement sont particulièrement difficiles à gérer dans les groupes de pré-ados. Névrosés et psychotiques cohabitent. Les équipes éducatives doivent jouer plusieurs instruments et souvent passer d’un registre à l’autre dans la gestion d’un même épisode. Ils ont besoin d’un important travail « en chambre » et dans l’interdisciplinarité pour débriefer les interventions, les événements du quotidien. Et si l’amener à la souffrance devenait l’un des buts de la mission de l’équipe soignante ? Comme l’encre de la sèche, ces troubles du comportement que nous décrivons un peu vite comme une traduction de la souffrance ont peut être pour objectif de nous tenir à distance respectable. Dans cette hypothèse, et pour ne pas répondre à cette invitation, les équipes devront parler de leurs souffrances dans un espace « contenant et bienveillant ». Ces équipes doivent connaitre le rapport qu’elles ont avec l’attachement, afin d’éviter que le jeune ne soit par ces comportements ainsi étiqueté écran des projections des travailleurs psycho-sociaux. J’évoque là l’indispensable soin à porter à ces équipes pour qu’elles ne «tentent » pas de se réparer par le travail avec ces jeunes qui cultiveraient ainsi le non-changement. Oui, si ces jeunes accèdent à la souffrance, s’ils sont aidés à penser sur cette souffrance, peut être auront-ils le désir d’aller vers de nouvelles solutions. Nous parlons souffrance alors qu’ils n’accèdent pas encore à l’étape du ressentir. Si nous plaquons nos représentations de la souffrance sur eux, ils s’éloigneront. En forçant le trait, j’irais jusqu’à dire qu’un dispositif institutionnel spécifique ne peut réussir cette ambition de les amener « au ressentir » que si le service est lui même à l’écoute de la souffrance de ses membres. Sans toute fois en faire un groupe thérapeutique. Il faudra lever des « « méconnaissances » (processus actif et non conscient de non connaissance) dans l’équipe pour qu’elle puisse « débusquer » celles des jeunes qui s’en servent pour éloigner la souffrance. Ces troubles du comportement ne sont probablement pas la partie visible de ce que nous nommons souffrance parce que nous la ressentirions si nous étions amenés à vivre ce q’ils s’imposent, ce qui s’impose à eux. Il convient d’anticiper les risques de la symétrie. Des équipes, des projets novateurs se mettent à sentir ces souffrances que ces jeunes ne peuvent exprimer. Résultat d’un processus d’exportation des sentiments. La thérapie commence par le travail de l’équipe sur elle même. Et la, par phénomène de cascade, ces jeunes pourront peut être l’accueillir et penser avec nous. Je vous propose plus qu’une relecture sémantique…. un pas de côté de plus dans le changement de posture,… et de passer de l’action éducative à la clinique éducative.
Luc Fouarge

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Société

Cours après moi que je t’attrape

Je lui donnerais 6 ans. De la sortie du sas d’entrée, portes de verre automatiques, elle indique à son frère, 4 ans peut-être, les règles du jeu. « Tu dois courir et m’attraper mais tu ne peux pas entrer ici, dans le sas ». Le petit est dans la salle des pas perdu à proximité de ses parents. Il entend « attraper » et se précipite en direction de sa sœur qui le rudoie parce qu’il est entré dans l’espace défini par elle comme zone interdite juste pour lui. Elle le pousse violement dans l’espace des pas perdus. « Tu dois essayer de m’attraper mais tu ne peux pas entrer ici… j’ai dit !». Après qu’elle ait fait un pas dans le hall, qu’à nouveau le petit bout d’homme la poursuit jusque dans le sas, il se fait à nouveau et rudement jeté de l’espace déclaré interdit. Cette fois il est auprès de ses parents accoudés à un mange debout. Ils sirotent un café. De loin, elle le réprimande d’abandonner son jeu. Il démarre à nouveau, un peu trop vite et s’étale sur le sol luisant.
Elle n’a rien vu du jeu, sa mère se retourne et l’enguirlande parce qu’il est tombé. Un air de frayeur remplace le sourire du petit. Son regard est hébété. Je saisi cet instant d’incompréhension, de tristesse, de culpabilité qui laissera place à une once de colère qui exaspère encore un peu plus sa mère. Il se reprend de nouvelles réprimandes. Le père se retourne, préoccupé par l’horaire.
Le café fini, parents et enfants traversent le sas sans commenter cet épisode. La petite est joyeuse tandis que le père, qui semble retenir son souffle, tire le petit par la main. La mère affiche un certain agacement. …
Demain…
Pour cet homme, entre mère et femme, une vie suffira-t-elle à saisir les enjeux. Est-ce la règle ainsi fixée qui est déterminante ou est-ce le processus de sa construction qu’il convient de découvrir. Devenue femme supportera-t’elle que son homme respecte les règles qu’elle fixe ? Découvrira-t’ il que la mise en test de la question du pouvoir est le véritable enjeu ? Parviendront-ils à élaborer ensemble un processus consensuel de prise de décision ?
Ici commence la psychothérapie. Dans la compréhension des croyances que nous avons ancrées dans nos existences il y a si longtemps, elles nous limitent encore aujourd’hui.
Luc F.
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Protection de l' Enfance

Dialogues avec une éducatrice ASE

 

 

L

A l’heure des économies..Des décisions lourdes de conséquences. … quelques poignées d’irréductibles subsistent.

Depuis plus de 15 années j’exerce mon travail avec passion. .. Avec pour mission d’accompagner mes protégés vers l’autonomie, vers le développement personnel afin qu’ils deviennent des adultes de bon sens..

Aujourd’hui, des dirigeants décident de faire table rase des dispositifs ayant pour mission d’être des tremplins d’Avenir.

C’est avec colère, tristesse et déception que je constate ce mépris envers ceux qui seront la France de demain. Plus d’accueil au delà de 17 ans!!!! Bien sur nous savons tous que nos propres ados qui ont la chance d’avoir des parents aimant sur qui ils peuvent se reposer, seront prêts à voler de leurs propres ailes à l’aube de la majorité! ! 
COMMENT dire aux jeunes qui ont le potentiel intellectuel de renoncer à la perspective d’entrée dans des études traditionnelles qu’ils ne pourront pas les achever car ils doivent gagner leur vie? COMMENT dire à ceux qui n’ont pas encore trouvé leur voie qu’ils ne peuvent panser leurs plaies car le temps ne joue pas en leur faveur? Bien d’autres questions encore. … 
Et puis il y a aussi la non reconnaissance des professionnels qui chaque jour accompagnent, rassurent, boostent, apprécient ces jeunes que la vie n’a pas épargnés…. 
Le chemin sera désormais encore plus difficile. … mais même si parfois j’ai envie de baisser les bras, je garderai bien haut l’étendard de la LIBERTÉ et de L’HUMANITÉ.

LF

Tu deviendras une spécialiste des articulations. Celles qui permettrons à quelques uns de ces jeunes de poursuivre leur route avec de nouveaux partenaires: Les Communes, les CAF, les FJT, les entreprises, les artisans…. des « impossibles » à surmonter. Cela demande de puiser des forces dans le militantisme. Tu devras t’inscrire dans une action « politique » (au sens noble) cad des analyses, des actions qui soutiennent ces jeunes. Le métier ne s’exercera pas avec des référentiels prédigérés par des politiques mais en « forçant » des rencontres avec des Institutions qui jusque là envoient ces jeunes coûter ailleurs. C’est donc du travail de liaison, d’éveil des consciences, de construction de solidarités. Tu devras démasquer les « fonctionnaires » cachés par les paravents des logiques gestionnaires. …. au final, tu deviendras actrice, comme une « libérale », une auto-entrepreneuse (j’ai pas dis entreprenante) de la jonglerie, des prêches de la solidarité. L’ « Etat providence » (providentiel pour quelques politiciens) fait place à la prise en main de ta professionnalité par toi-même. On sort du la logique gauche/droite, on fait appel à l’autonomie des acteurs et du public, une autre répartition de l’exercice « politique ». Il sera un temps ou ils viendront te chercher pour que tu les aides à retrouver ce que ces politiciens sont en train de perdre. On entre dans un nouveau monde,(Viveret) à créer, non sans drame, non sans blessure. Une néo résistance. (Cespedes) La refuser te conduirait à la souffrance.

L

Mais je ne suis pas assez … forte pour réaliser une telle entreprise. .

LF

Ne crois pas ça. Tes forces s’éteignent dans un système qui cadenasse ta créativité… on pourrait s’expliquer longuement sur ce chemin de la fonctionnarisation (abêtissante), … entrer dans cette nouvelle voie qui s’impose à toi, te fera passer par des sources vitales . Il ne t’a pas été permis d’y gouter, tu découvriras la saveur de la mise en action de tes facultés de penser et d’agir.

Les interrogations qui t’occupent relèvent de la question du sens, de ta position existentielle. Les réponses ne pourraient se limiter au budgétaire, même si cela est réel. (Nombre de dossiers par référents). Aujourd’hui nous devons produire de la réflexion sur la pratique de TS. Soutenir l’intégration de jeunes fragilisés ne se résout pas par les systèmes allocataires éculés. Il est question de croiser ton autonomie au regard de celle que tu vises pour le jeune. Il convient que ton institution t’accompagne dans l’offre de tiercité dont tu as besoin pour échapper aux risques de l’auto-référencement. Cela nécessite des rencontres de services animées par des cadres équipés pour « contenir », accueillir les émotions qui émergent des peurs conjuguées des jeunes, de toi son éducatrice, de ses parents, de son école, du voisinage…. rencontres contenantes qui génèrent de la créativité si les frilosités entre membres de l’équipe tombent, que les regards se croisent, qu’on cesse de te priver des confrontations susceptibles de soutenir ton évolution. C’est par là que tu peux échapper au burnout, que tu peux maitriser la position basse qui génère de la responsabilité chez le jeune….

L

Émotion? Vous avez dit émotion? Mot radié du vocabulaire. .. qui est apparenté à un manque de professionnalisme. ..

 

LF

L’urgence est dans l’augmentation du curseur des chefs d’équipe enfance pour devenir gestionnaire de la qualité de vie des TS, celle qui permet d’accueillir l’émotion et dépolluer l’action.

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IMP 140

Il ne prend rien…

De « Il ne prend rien » à « je ne sais pas comment lui donner ».

Il ne prend rien. Cette petite phrase signe le « gain » que la pathologie caractérielle engrange sur l’attitude du soignant. Pris émotionnellement dans cette vision particulière l’éducateur1 spécialisé, le soignant… se lancera bientôt dans un plaidoyer pour que l’institution réoriente le jeune pris en charge. C’est le quotidien des IMP de la catégorie 140. Si le symptôme « choisi » par le jeune est la fugue (aux changements de saison), c’est que son rendement est maximalisé. Les questions de la responsabilité enlise encore un peu plus l’éducateur dans un sentiment d’impuissance.

Il ne prend rien prive l’éducateur, et parfois toute une équipe, des gratifications narcissisantes qui le paye. Sentiment douloureux qui arrive souvent tardivement dans la distanciation nécessaire que peut offrir l’intervision. Ce processus est humain, normal …mais nous maintient dans l’inefficacité. Il est douloureux parce qu’il flirte avec rejet et culpabilité. Il devient explosif lorsqu’il est pollué par le sentiment d’impuissance.

Tout cela participe à l’évacuation de la question que veut éviter le jeune, à le maintenir dans une distance « supportable » d’un éducateur et/ou d’une équipe qui, humainement, se voudrait proche de cet enfant qui ne laisse qu’une trop petite lucarne ouverte sur le bunker de son magma émotionnel indicible. La fuite est probablement celle d’une sourde crainte de se faire dévoiler. (N’inverser pas le « i » et « o », c’est peut être ce vécu qui, contre lui, voudrait accéder à la lumière).

On comprend là, l’impossible éducatif 5 le trop empathique se transforme en « il ne prend rien ».
Et puisque la gratification ne peut dans ce cas être donnée par le jeune, il convient que l’institution en soit en charge. A condition que la culture institutionnelle devienne soignante des intervenants elle sera soignante du jeune. Une culture construite et pensée, cultivée par le processus d’intervision dans lequel chacun est en devoir, sans hiérarchie, sans prééminence d’un statut sur l’autre. Et avec la « bénédiction » d’une subvention qui permette l’important travail en chambre que cela nécessite.

Ainsi réunies quelques conditions indispensables de la relation thérapeutique avec un jeune qui fait souffrir par ses graves troubles du comportement, l’éducateur passera à « je ne sais pas comment lui donner ».
Cette position basse, soutenue par le travail institutionnel, est la seule qui donne espoir de créer un lien réparateur avec le jeune qui prend la fuite pour survivre. Cette fuite perpétuelle qui l’épargne d’un travail d’élaboration insoutenable pour lui, pourra alors s’évanouir dans une contenance apaisante qui nous autorisera à évoquer le trauma… et seulement maintenant. Se précipiter sur LA solution de ce trauma provoque la fuite. La fascination du symptôme également.

Luc Fouarge

1 Toute personne qui participe à la construction de la relation thérapeutique et éducative. Ces deux qualificatifs sont 2 Cette appellation courante enferme le traitement de cette question dans une atmosphère signifiant au jeune, à sa

famille, au mandant que l’éducateur prend sur lui la responsabilité de la réussite du changement. Position qui pèse lourdement sur les épaules du soignant, de son institution.
3 Grand enfant, jeune ado.
4 Une façon particulière de s’écouter , de dire et de se dire, avec respect et sans frilosité en réunion clinique, en débriefing, en papotte dans les couloirs.

5 Rouzel, Educateur-psychanalyste.

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Société

L’épi-scénario

Un autre compréhension du fonctionnement psychologique des personnalités dites « pervers narcissique ».

En lutte contre un système qu’elle perçoit comme hostile, elle entre dans une complicité avec une employée. Celle-ci, honorée ne perçoit pas qu’elle est sous emprise. Elle est invitée à mettre en œuvre des conduites vindicatives à l’égard dudit système.

Encouragée dans cette voie par la première, nourrie par cette reconnaissance elle pourrait bien commettre des actes qui lui seront défavorables. Elle agit « à la place » de la première. Elle en serait le bras armé.

 

Cet épisode d’épi-scénario est bien décrit par l’analyse transactionnelle d’Eric Berne.

Le scénario est ce plan de vie que nous construisons très tôt dans la vie de façon inconsciente sur base de ce que nous entendons, percevons, interprêtons. Cette construction est inconsciente. Elle nous limite dans notre rapport au monde. Ce scénario filtre les éléments de la réalité qui ne contribuent pas à sa réalisation. Il nous conduit à « préférer » la construction de liens avec des personnes qui contribueront à nous faire progresser dans ce scénario limitant.

L’épi-scénario est la mise en œuvre de ces conduites par personne interposée. Celle-ci accomplira la démarche scénarique de la première et en subit les conséquences.

Il m’apparaît que cette mécanique relationnelle inconsciente dans le chef des personnes qui en sont partenaires entre bien dans la compréhension de certaines personnalités dite « pervers narcissique ». « Repérée » cette personne lachera la seconde. Les effets sur cette dernière peuvent se limiter à des désagréments émotionnels … mais peuvent conduire jusqu’à la décompensation qui la conduira jusqu’à des soins psychiatriques.

 

Dans l’actualité je ne peux m’empêcher d’associer cette réflexion à ces jeunes « radicalisés » qui, pour partie, sont peut être passés à l’acte, conduis par cette mécanique infernale. Parallèlement à la sanction indispensable, un travail sur leur scénario sera indispensable si l’on veut qu’ils touchent l’empathie, l’altérité et une construction d’une morale personnelle qui puisse peut-être les réintégrer.

Luc Fouarge

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IMP 140 Protection de l' Enfance

Que fait-on des émotions dans l’institution – Intro Colloque Lille 2015

Les états d’âme se mêlent à la conversation dans le travail psycho-médico-social. L’émotion prend place qu’on le veuille ou non. La relation d’aide et de soins psycho-sociaux s’exerce le plus souvent dans des services institués, en équipe. L’émotion pourrait bien devenir gênante dès lors qu’elle s’immisce dans la réunion clinique où les rationalisations règnent et mettent de la distance entre les participants, entre eux et le client.

Une bonne distance se mesurerait par la maîtrise émotionnelle du participant. Si cette maîtrise fait défaut on vous dira que vous êtes trop impliqué. L’émotion serait cécité.

 

Dire son émotion serait donc une forme de faiblesse, de fusion avec la personne aidée, de confusion donc.

Il faut donc taire son émotion. C’est en tout cas ce que semble véhiculer la professionnalisation de la relation d’aide. Il serait donc question d’aider la personne en souffrance « sans peine ».

 

L’état d’âme ne serait donc pas un signe pertinent d’une lecture clinique. Le travailleur social serait donc un eunuque émotionnel aux fins de ne pas contaminer la personne.

Le succès reposerait-il sur une forme d’hypocrisie imposée au nom de la défense du client ?

 

Cette croyance ne s’est elle pas installée dans les équipes en difficultés dans l’exercice de la tiercité qu’elle doit à son équipier ?

 

Une saine tiercité circulante dans l’équipe de travail exige de ses membres de se départir de la frilosité émotionnelle qui régit les rapports humains dans les équipes de travail. Elle accède à l’intime du travailleur psychosocial.

 

 

Il nous faut mesurer cette question à l’aune du concept de résonance. Cela s’impose à la profession comme la question du transfert. Cela va de soi, cela se déroule qu’on le veuille ou non. Et c’est bon signe pour autant que l’institution l’accepte et se donne du temps pour en faire la lecture.

 

Cette fonction soignante de l’institution sera déterminante dans le succès du service rendu. Un temps de travail aussi nécessaire que les gestes de désinfection auquel se livre les chirurgiens avant d’entrer en salle d’opération.

 

Il serait donc question de l’accueil réservé par l’institution à l’émotion de son employé qui porte en soi le soin qu’elle destine à son client par phénomène de cascade. Cette rencontre du travailleur social avec son équipe est donc un temps de travail comme le temps passé par le chirurgien dans le sas de désinfection.

 

Mais il ne suffit pas qu’il y ait réunion pour que ce processus de soin qui engage à se dire et à recevoir, qui engage à donner… il faut qu’il y ait une réelle rencontre menée par une équipe contenante où les concepts de don et de contre-don ont cours. Un accueil qui nécessite une formation ad hoc pour la personne qui en est en charge.

 

Une professionnalisation qui se heurte aux logiques gestionnaires qui menacent les institutions. « Plus, avec moins »… avec moins de réunions, avec moins de temps pour permettre à l’émotion d’apparaître dans l’exposé d’un cas.

 

Le contrôle émotionnel, pente naturelle sur laquelle dérape les professions du psycho-social trouve là un allié pour justifier qu’il faut laisser l’émotion au vestiaire. Et la logique gestionnaire rencontre et soutient la résistance à laisser voir ses émotions.

Luc Fouarge

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Société

Colloque sur le Burnout dans le travail social Tournai

https://www.youtube.com/playlist?list=FLa20jikuHUFuu5eoM2Ibw2A

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Protection de l' Enfance

Parents d’enfants placés: Intervention auprès de Mme Rossignol en charge des affaires sociales.

PDF  SOS Petits Princes Asso Rencontre avec Mme Rossignol V 6

SOS Petits Princes, association de parents d’enfants placés a répondu à l’invitation de Mme Rossignol, en charge des Affaires Sociales, dans le cadre d’une consultation préparatoire à une réforme de la Protection de l’Enfance. Le texte ci-dessus a été proposé à Mme Rossignol à l’issue de cette rencontre.

Janv 2015

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IMP 140

….Jeunes, handicapés, seniors….en boite !

Lieux de vie, lieux d’accueil et d’hébergement… dans ces services, lieux de travail du non-marchand, on entend souvent ; « dans ma boîte »… Boîte évoque ce lieu où travaillent infirmiers, éducateurs, paramédicaux… et où vivent des personnes. Le mot boîte véhicule une dépersonnalisation des rapports humains orientés sur des objectifs de production, de rendement.
Lorsque l’objet de la tâche est production, compétition, concurrence les concepts habituellement portés par le vocabulaire commun lié à la « boîte » n’affectent éventuellement que les personnes embauchées et les objets ou services produits. Que la qualité de production soit enrobée dans un langage peu édifiant des personnes qui y travaillent ne gène généralement pas clients et actionnaires.
Mais les personnes qui vivent et séjournent dans ces lieux de vie, qui justifient la prestation de service qu’elles méritent pourraient bien mal vivre que les prestataires qui les accompagnent se distancient d’elles, que de Sujet elles deviennent l’objet d’une organisation de travail récupérée dans un langage de production.
Ces travailleurs qui participent par la qualité humaine qu’ils mettent dans les gestes techniques qu’ils posent en faveur des personnes… je les invite à résister. Le langage module nos postures, attitudes, ouvertures. Je les invite donc à refuser le langage qui « chosifie » les personnes que nous prenons en compte (et pas en charge).

Quand l’hôpital,le home, la maison d’enfants sera une « boîte », les concepts de production, mesurés, minutés dans des référentiels ne nous permettrons plus de nous attarder à écouter les états d’âmes des personnes qui y séjournent pendant que nous accomplissons un geste technique encodé, minuté. Dans cette période de compressions budgétaires ces outils pourraient affecter la disponibilité que demande la relation soignante. Elle ne sort pas d’une boite et ne se distribue pas dans une temporalité chronométrée.

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Société

… Jeunes, handicapés, seniors…. en boîte !

Lieux de vie, lieux d’accueil et d’hébergement… dans ces services, lieux de travail du non-marchand, on entend souvent ; « dans ma boîte »… Boîte évoque ce lieu où travaillent infirmiers, éducateurs, paramédicaux… et où vivent des personnes. Le mot boîte véhicule une dépersonnalisation des rapports humains orientés sur des objectifs de production, de rendement.
Lorsque l’objet de la tâche est production, compétition, concurrence les concepts habituellement portés par le vocabulaire commun lié à la « boîte » n’affectent éventuellement que les personnes embauchées et les objets ou services produits. Que la qualité de production soit enrobée dans un langage peu édifiant des personnes qui y travaillent ne gène généralement pas clients et actionnaires.
Mais les personnes qui vivent et séjournent dans ces lieux de vie, qui justifient la prestation de service qu’elles méritent pourraient bien mal vivre que les prestataires qui les accompagnent se distancient d’elles, que de Sujet elles deviennent l’objet d’une organisation de travail récupérée dans un langage de production.
Ces travailleurs qui participent par la qualité humaine qu’ils mettent dans les gestes techniques qu’ils posent en faveur des personnes… je les invite à résister. Le langage module nos postures, attitudes, ouvertures. Je les invite donc à refuser le langage qui « chosifie » les personnes que nous prenons en compte (et pas en charge).

Quand l’hôpital,le home, la maison d’enfants sera une « boîte », les concepts de production, mesurés, minutés dans des référentiels ne nous permettrons plus de nous attarder à écouter les états d’âmes des personnes qui y séjournent pendant que nous accomplissons un geste technique encodé, minuté. Dans cette période de compressions budgétaires ces outils pourraient affecter la disponibilité que demande la relation soignante. Elle ne sort pas d’une boite et ne se distribue pas dans une temporalité chronométrée.