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IMP 140 Protection de l' Enfance

Le soin à l’épreuve de l’organisation ….

Le soin à l’épreuve de l’organisation ….  dans les services résidentiels

Mondialement nous sommes appelés à faire montre de civisme et de citoyenneté.Nations, continents, le monde sont en devoir de construire des réponses dans la solidarité. Au niveau individuel nous sommes invités à cultiver l’altérité qui nous conduit à modifier nos projets en fonction des besoins de l’autre. 

Mais nous sommes de mauvais élèves dès que ces autres viennent sur notre territoire tenter de partager nos acquis, nos avoirs, nous refermons nos portes. On meurt plus en méditerranée et au-delà que de l’épidémie.

Les services (services résidentiels pour adultes et pour jeunes) dans lesquels nous travaillons dans cette entrée de crise sanitaire, sociale et économique nous conduisent à mettre en œuvre de l’engagement, de l’écoute, du don, du respect, de la solidarité, de l’humilité et de l’humanité. Une démarche dans laquelle il convient de restaurer et d’adapter le concept de « devoir ».

Hélas, dans quelques institutions, les rapports de « classes » prennent trop de place dans la vie institutionnelle pour entretenir, exercer toutes ces qualités. L’organisation prend le dessus.  Des replis « égoïstes » font obstacles aux nécessités d’exercer dans ces valeurs en raison de combats sectoriels auxquels on a donné trop de place.

Exercer ces valeurs se heurte aux pyramides hiérarchiques, aux mouvements ascendants descendants de l’exercice du pouvoir dans ces services faute d’exercer en tout temps les réflexions horizontales qui seules peuvent entretenir cette culture institutionnelle de service.

Ce déploiement d’humanité est nécessaire pour faire reculer ces virus. Une obéissance à des instructions qui demandent à changer nos comportements individuels, nos volontés de déplacements et de consommations.

Au-delà des mesures prises par nos scientifiques et politiques nos services doivent modifier le rapport au travail. Bon nombre de nos collaborateurs peuvent exercer à distance. Les résistances des directions sont d’autant moins compréhensibles que ces solutions se justifient en termes de bon fonctionnement, d’écologie et d’économie. Mais cela demande de revisiter le rapport de l’institution aux personnes qu’elle emploie.

Ce qui est questionné ce sont les modèles d’organisation de nos services. 

Copiés sur le management de l’entreprise, en raison de leur taille bien souvent, ils génèrent des préoccupations centrées sur ce management pas toujours compatibles avec ces valeurs constitutives du soin et de l’accompagnement.

Il se peut que s’inverse le sens de la mission. L’organisation se met à vivre pour elle-même. 

Les priorités se modifient, « usagers » et personnels sont au service de l’organisation dans cette recherche d’autojustification et de performance. Un état d’esprit, caché derrière des slogans accueillants, qui par phénomène de cascade pourrait bien priver les « bénéficiaires » et les membres du personnel de déployer leur pouvoir d’agir, leur autonomie.

La crise que nous abordons est une opportunité de prendre du recul vis-à-vis des objectifs et moyens que nous mettons en œuvre en faveur des plus démunis, pour autant que nous les associons à ces réflexions chaque fois que c’est possible. 

Lorsque les logiques gestionnaires prennent le pas dans ces organismes elles utilisent ce que l’entreprise a expérimenté en termes managérial et économiques. L’évaluation de la productivité n’a pas sa place dans notre secteur. 

Luc Fouarge

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IMP 140 Protection de l' Enfance

En ITEP, en IMP 140… Le symptôme de qui ? La symbiose du second degré

A l’heure du contrat d’objectif,  nous devons nous pencher sur les projets de service des IMP140 et des ITEP…  De qui parle le symptôme ?

J’entends dans les cercles professionnels et leurs partenaires fuser des constats durs sur l’évolution de nos publics. Jusqu’à dire qu’il faut porter l’attention sur l’impact des comportements des jeunes sur les équipes. C’est évidemment  une vigilance indispensable à porter dans les diagnostics que nous formulons sur l’état de nos services, une attention bienveillante qui porte en elle les conditions du passage de l’action éducative à la clinique éducative. 

Le concept de résonnance m’éveille à la réciprocité de ces observations.

Les jeunes ne produisent-ils pas la qualité et l’intensité de troubles du comportement susceptibles de nous mobiliser sur les actions qui soutiennent la « contenance » de notre service ? 

Une mesure qu’ils prennent comme pour sonder la sécurité dans laquelle ils sont accueillis. Mais aussi comme un « appel  au père ». 

Êtes-vous capable d’entendre et accueillir les émotions désespérantes et affolantes que je m’attache à contrôler, camoufler… à mon insu. J’ai peur de ce que je peux faire, de ce que je peux dire des émotions homicidaires et suicidaires que j’écrase tant elles buttent sur la raison, la loi…et la frayeur de ceux qui pourraient les entendre.

Mais aussi je repère que circule entre vous des ressentiments et rancœurs  à l’égard du service qui vous emploie. Aussi je m’attache à développer ou intensifier des troubles qui apportent de l’eau à votre moulin… C’est le sacrifice de ma personne sur lequel je me suis construit depuis que je marche pour m’accommoder des bruits, des humeurs éclatants dans lesquels je vivais.

Et nous oublions bien souvent que c’est dans une forme de don que naissent et se spécialisent ce que nous finirons par appeler symptômes. Une réponse à la question existentielle du jeune enfant qui observe ses proches et en déduit les réponses essentielles à la question existentielle : « Comment s’y prendre pour être aimé ? »

Et donc oui, cette question sur la capacité contenante [1] de nos services quand ils abordent l’élaboration du contrat d’objectif. Ce qui pourrait paraitre du nombrilisme est nécessaire et essentiel pour élaborer la  thérapie institutionnelle. Sans cet intérêt pour ce qui fait contenance dans nos services, ces derniers ne peuvent devenir soignants.

Oui, de façon générale, notre culture fait vaciller la contenance de la société. L’école et la plupart des collectifs d’accueil et d’hébergement en souffrent. Les CM et les droits de retraits sont les premiers symptômes de ce déséquilibre. Les familles peinent également, parents et enseignants se renvoient fréquemment la responsabilité de cette perte de sécurité fondamentale qui ne sert plus, de moins en moins, de rampe d’accès à l’autonomie des jeunes. Comme s’il restaient à la maison de crainte de l’incapacité de leurs parents d’assumer le face à face et la peur de l’entrée dans une société qui exige tant de performances et de fric pour s’autonomiser.

J’attire donc notre attention sur le risque que nous ferions encourir à nos jeunes en tentant de les qualifier, de les diagnostiquer sans avoir préalablement scanné la capacité contenante de nos services. Mission dans laquelle tant nos administrations que nos politiques ont leur part dans le soutien 

qu’il convient de porter à cette analyse. Je rappelle que les jeunes dont questions se livrent volontiers à activer les symptômes dont ils devinnent qu’ils pourraient nous être utiles.

Je crains le risque que les jeunes s’en trouvent affligés et affublés de nouvelles catégories diagnostiques. Une analyse qui se voudrait soignante aurait questionné prioritairement les fonctionnements et dysfonctionnements du service. Je recommande que, avant toute réunion clinique, les services aient accepté que les problèmes des professionnels soient examinés dans l’interdisciplinarité,  prioritairement à ceux des jeunes… Sans quoi les jeunes trouvent échos aux dévouements qu’ils ont expérimentés dans leurs familles. Ils y prennent place et le service se met au services de la « pathologie » que décrira la réunion clinique et/ou de synthèse.

Dans ma pratique, je m’appuie sur les concepts de « résonnance » de Mony Elkaim et de symbiose de second ordre développé par les Schiff en AT.

 Le premier, artisan, artiste de la métaphore nous compare à deux instruments à cordes qui se parleraient. Les sons  prononcés par l’un font vibrer l’autre d’un son qu’il ne reconnait pas. Comme si le vécu de l’un venait faire écho chez l’autre et lui ferait émettre un son qu’il ne reconnait pas comme le sien, et pourtant cela vient de lui, de ces zones « secrètes » de la conscience. Si cet autre n’y prête pas attention voilà qu’il vibrerait d’un arrangement secret d’une construction duelle ou chacun semblerait bien se ménager. 

 Ce concept n’est pas très éloigné des théories sur le transfert et le contre-transfert des Freudiens. Une forme de mélodie résultant d’une interaction émergeant de deux inconscients. S’il n’y a pas  d’intervention d’un tiers, offrant à l’intervenant à voir de lui ce qu’il ne peut voir de lui, il y a fort à parier que le résultat devienne catastrophique pour chacun. 

 Les Schiff mettent en lumière cette bascule d’une symbiose saine, cette mère du poupon qui focalise toute son écoute sur les besoins de son enfant, méconnaissant les siens, et qui en l’absence de père, ou en présence d’un « père manquant » nous dirait  Guy Corneau, cette mère ne reprendrait pas l’écoute de ses besoins et s’effondrerait à petits feux dans la dépression. Là, il n’est pas rare que s’installe l’inversion de la symbiose et le petit se spécialiserait dans cette posture d’intérêt prioritaire des besoins de l’autre. Il développera des outils d’observation et de « diagnostic »  et développera des symptômes  dont le buts est de distraire cet autre, la mère, puis l’éducateur… de leurs tourments méconnus.

 M’appuyant sur ces concepts, je propose d’ « équiper » le TS, éducateur, AS, psychologue…  de sorte que son équipe deviennent son premier tiers. Il est donc question d’une facilitation de s’exprimer en équipe sur « je peux voir de toi ce que tu ne peux voir de toi et je te l’offre dans la bonneveillance.  Et inversement, je me dispose à m’approcher de toi pour t’offrir ce que je peux voir de toi et que tu ne peux voir toi-même, dans le respect et la bienveillance.

Cela ne fonctionne que dans une culture d’équipe qui prend cet engagement, sans renoncer à s’exprimer au nom de frilosités relationnelles, culturelles. 

 Il convient que les PO et les pouvoirs subsidiants reconnaissent ce « travail en chambre » comme un soin pour chacun et que par phénomène de cascade, ce soin rejaillisse sur les personnes accueillies et soignées. Sans ce travail constant, il est illusoire d’attendre qu’une équipe passe de l’action éducative à la clinique éducative. Cette attention constante sur l’exercice de la « tiercité » au sein des équipes prend trop peu de place dans l’organisation de travail en équipe. Il est souvent nécessaire de faire appel à une personne externe au service pour aider à l’installation de ce processus d’intervision. 


[1] Lucfouarge.com/formations/ « Equiper » le travailleur social

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Formations Protection de l' Enfance

Co-formation : « Penser les bonnes pratiques de travail avec les familles en accueil résidentiel pour jeunes ».

Co-formation : « Penser les bonnes pratiques de travail avec les familles en accueil résidentiel pour jeunes ». Une équipe d’accueil, éducateur, maitresse de maison, chef de service avec 4 parents d’enfants « placés ».

Deux journées de travail, l’une avec l’équipe pour les ouvrir à ce processus, à la seconde nous invitons les parents. Une maman, ancienne pupille de la nation, une grand-mère et un couple de parents dont les enfants séjournent dans le foyer. (MECS ou SRG)

L’objectif est,  vous le constaterez, est bien de décoincer parents et professionnels des représentations bloquantes, de permettre aux professionnels d’expérimenter « la position basse » nécessaire pour soutenir le pouvoir d’agir des familles.

Ces quatre personnes rencontrent des difficultés dans l’accompagnement du travailleur social du service mandant. Schéma fréquent face à des représentations négatives des familles à l’égard des professionnels de la protection de l’enfance[1].

Dans l’introduction de cette seconde journée je fais appel à l’expertise du vécu des familles. Une douleurs, des ressentiments que les professionnels ne peuvent qu’imaginer. Je les invite également à participer à ce travail considérant que cette démarche permettra de développer le pouvoir d’agir des familles et des membres de l’équipe. Et l’on entend dire : « Vous nous aider à prendre la mesure des douleurs que vous avez endurées. »

Le tour de table de présentation permettra déjà d’expérimenter combien je soutiens cette expertise et ce pouvoir d’agir des familles. Quand il s’achève un climat de respect, d’intérêt, de curiosité, de souci de développer le métier d’accueil fait jour. 

Le questionnement sur les modalités d’accueil, comment, avec qui l’enfant est arrivé au service met en lumière les méconnaissances des professionnels face à la torpeur des parents dans ces moments qui dureront jusqu’à un mois avant qu’elles se sentent capables de venir rencontrer les enfants. D’autant plus fort pour cette famille ou le départ prit la forme d’un enlèvement sauvage, brutal. 

Le sentiment de colère cache mal les sentiments de honte des parents. Une barrière énorme dont  les professionnels découvrent la densité, d’autant que cette charge émotionnelle est tue. Les travailleurs sociaux se montrent absents durant cette période de détresse. L’empathie est au maximum à l’égard des enfants tandis que dans ce moment les parents auraient plutôt l’air de confirmer leur « incapacité » d’empathie. Nous découvrirons que ce jugement rapide freinent la collaboration familles/éducateurs et confirme les sentiments d’inaptitude, de carence. 

Les représentations négatives s’évanouissent dans les échanges. Ce temps de collaborations sera repéré comme un des axes de travail d’autant plus essentiel que dans ce grand chambardement familial personne n’est désigné pour accompagner les familles.

Une entrée en matière qui génère un grand sentiment de plaisir de penser ensemble sur ces partages qui questionnent les places des uns et des autres. Le repas pris ensemble dans la  brasserie d’un centre commercial en devient une fête.

Rapidement nous découvrirons que les familles compensent la légèreté, l’absence d’accompagnement qui leur est destiné par l’excellence des échanges des parents avec les éducateurs. Une maman met en évidence l’importance qu’elle donne à l’éducatrice de sa fille. 

Nous ne nous enliserons pas sur la question du transfert dans cette situation. Cette même maman qui annonce qu’il ne faut pas lui parler psy ni des psy, tente de minimiser l’impact de ces bouleversements sur sa fille, affirmant qu’elle ne souffre pas de la situation.

De cette rencontre la jeune fille pourra mesurer que son éducatrice peut la relayer dans certain dévouements qu’elle exerce en faveur de sa mère. 

Dans le  climat positif de recherche d’excellence dans la rencontre foyer/famille, dans l’accusé de réception des compétences que mettent en exergue les éducateurs cette maman 

accepte d’envisager que sa fille pourrait lui « cacher » sa souffrance et qu’avec l’aide de son éducatrice elle se libérerait d’évoque tout cela à trois, voire même avec l’aide d’une personne qualifiée.

Voilà que les éducateurs expérimentent que ce « prendre soin » de la famille, ce « cure » dans la rencontre pourrait bien les conduire à passer de l’action éducative à la clinique éducative. Tandis que les parents prennent eux-mêmes du soin dans cette rencontre. L’alliance se crée, le soin de l’enfant de co-construit, l’amour est autorisé. 

Dans cette rencontre le processus se met au service du contenu. Écoutées, les familles se découvrent des qualités et compétences enfouies tandis que l’équipe trouve dans cette rencontre de quoi alimenter cette nécessaire question du sens de la profession. Cet échange d’humanité a été repéré par les participants… dans l’égalité de citoyenneté.

Le chemin parcouru par les  uns et les autres pour rencontrer l’autre dans  cette co-formation est fortement ressenti et s’exprime dans le tour de table final de feed-back de la journée.

« Tu t’assieds, tu me parles, tu es une personne et tu fais de moi une personne » Erri De Luca,

Luc Fouarge


[1] Ne passerait-on pas de Protection de l’Enfance à SFPE, Soutien à la Famille, à la Parentalité et à l’Enfant.

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Protection de l' Enfance

Si tu m’aides, ne m’aime pas – Colloque ENSSYCOFA oct 2019

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Protection de l' Enfance

Intervention à domicile auprès d’une maman de 6 enfants

Radio Larsen

Rencontre avec une Maman au travail avec un service d’intervention à domicile, jeune mère de 6 enfants, battue durant 7 ans. Une personne extraordinaire capable d’intervenir dans une salle de conférence devant 200 professionnels. « Une super aide » dit cette femme qui évoquent courageusement ses difficultés. Elle est accompagnée par le service Diapason de Douai

Reportage lors d’une intervention sur l’alternative au placement par Guidance Familiale dans un colloque ENSSYCOFA, Ecole de thérapie familiale dirigée par Catherine Alfonsetti

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Les jeunes convoquent la transversalité

Particulièrement les jeunes définis en « situation complexe ».

Leurs besoins spécifiques relèvent conjointement des champs du handicap, de l’AAJ et de la Santé Mentale.

Ces secteurs peinent à travailler de façon concertée en raison de leur appartenance à des tutelles différentes. Les politiques d’accompagnement de ces jeunes doivent être pensées et opérationalisées de façon transversaleavec les parents, les écoles, les secteurs de l’AAJ, de l’AVIQ et de la santé mentale,des hôpitaux. 

Les réponses originales indispensables, nécessaires qu’exigent les jeunes en situation complexe nécessitent des mises en commun de moyens, de réglementations[1]. Desprotocoles co-construitsavec ces secteurs devraient permettre d’organiser le TENIR pour « contenir ».

Mais la transversalité a un coût. La pratique de réseau est aussi chronophage qu’elle n’est incontournable. Les attentes nouvelles, adressées à ces services par la mise en oeuvre de pratiques systémiques n’ont pas fait l’objet d’un subventionnement qui puisse les mettre en oeuvre. Les fonctions de liaison sont exercées au détriment d’autres actions indispensables, ou négligées faute de subventions.

SRJ et ITEP exercent dans des modalités différentes. En résidentiel, en séquentiel, à domicile. Le subventionnement de ces modalités nécessiterait une adaptation pour une plus grande souplesse encore que l’apport de la subvention par points en Wallonie. Celle-ci, dans ses intentions, ambitionnait de répondre aux besoins de la personne plus qu’à l’application de normes. Mais cette révolution ne pris en compte que la valeur de la journée, complète ou pas, de samedi ou de dimanche, faisant fi de la lourdeur[2]de prise en compte de troubles psychiques dont les manifestations exigent de déployer des disponibilités très nettement accrues : collaboration avec un hôpital, déscolarisation, troubles du comportement nécessitant une double présence…

Pour d’évidents motifs éthiques, économiques, cliniques, le travail avec les familles nécessite des interventions qualifiées. Elles n’ont pas fait l’objet de révision de la  subvention. Les concepts récemment mis en avant en cette matière nous demandent de soutenir le « Pouvoir d’agir[3] » des familles. Ce qui limitera le temps de séjour hors des familles.

Ces nouvelles approches font sortir nos collaborateurs des murs des services. Ceci demande une actualisation permanente de leurs formations et des temps de travail d’élaborations en partenariats avec les services d’autres secteurs.

De façon générale, l’encadrement des jeunes, en famille, à l’école montre un affaiblissement quasi généralisé de la « contenance ». Les accueils résidentiels de jadis ne sont plus en soi une solution. Ils perdent en « capacité contenante ». Des jeunes de service For K[4], d’institutions pédopsychiatriques se font exclure sous prétexte qu’ils n’adhèrent pas assez au traitement. Dans d’autres services, ils sont poussés dehors au nom de « il ne prend rien ».[5]

La position d’observateur privilégié de la société que nous confère notre mission nous place en situation d’exiger des politiques, des administrations de renoncer à des réglementations qui affecteraient les services d’un secteur voisin. 

Nous n’assurons pas une  « prise en charge » de jeunes et de familles en souffrance et trop souvent en grande précarité, nous assurons  une « prise en compte » de situations de vie complexes grâce et dans un réseau de nombreux professionnels…réseau qui  lui aussi est en attente de la part des politiques d’une prise en compte de ses besoins spécifiques. 

Luc Fouarge

Concept adopté par les Jardins pour Tous cfr Travail de Virginie Bellefroid sur ce lien:

https://www.aviq.be/handicap/pdf/documentation/publications/presentations/2013-03-29/VB%2029%20mars%202013%20synthèse-ACCOK.pdf



[1]GT AWIPH Jeunes et transversalité https://lucfouarge.com/2017/02/09/jeunesse-et-transversalites-rapport-gt-awiq-2007/

[2]Etude de Pascal Minnotte, chercheur au CRéSaM

[3]Empowerment   et la convention de Fribourg qui soutient le Pouvoir d’agir des citoyens

[4]Hospitalisation pedopsychiâtrique pour jeunes qualifiés délinquants

[5]https://lucfouarge.com/2016/04/30/il-ne-prend-rien-2/

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Le devoir d’attachement à l’enfant « placé »

Le devoir d’attachement à l’enfant « placé »: Le vivre pour mieux se séparer.

Comme un objet que l’on déplace. Les éducateurs, les travailleurs sociaux peineront dans un travail de subjectivation dès lors que les représentations en cours font de ce jeune un objet que l’on place et déplace, justifié ou pas, nous travaillons avec le vécu. « Placé » renvoi à l’objet.

L’élément essentiel d’une clinique éducative est le lien. Plus l’enfant est jeune et plus il est nécessaire de lui offrir cet ancrage relationnel. S’offrir à être pole d’attachement est la condition indispensable pour que le jeune enfant puisse se construire psychiquement, pour qu’il devienne et se sente être une personne. Ce lien doit être aimant, protecteur et inscrit dans une permanence. Il sera efficace pour autant qu’il inclut les affects, en ce y compris de l’amour.

Hélas les fantômes, des rationalisations limitent encore cette reconnaissance des affects dans la relation éducative. On y dit encore qu’il convient de mesurer l’ attachement en raison d’un départ ultérieur de l’enfant. Et, attention à ne point trop les aimer. La bonne distance fait toujours paravent à l’attachement. De qui cette vision prend elle soin ?

Or les théories de l’attachement disent bien que mieux on est attaché, mieux on quitte. Lorsque l’enfant nous quitte, l’attachement ne disparait pas avec lui. Lui et nous le vivront autrement, si nous le lui avons appris. Il est étayé de cet attachement. Il est à craindre que ces rationalisations brident l’ouverture émotionnelle des adultes bien plus que nécessaire et que l’enfant le ressente. Il se sentirait en devoir de limiter sa quête, ou de combler ses besoins par des stratégies inconscientes qui, répétées, seront lues comme symptôme. La séparation est en jeu dès que nous lui disons bonjour.

Soyons ce pole d’attachement pour qu’il expérimente une autre façon d’être envisagé et mieux équipé pour nous dire au revoir.

Luc Fouarge

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Protection de l' Enfance

Ecosystémie du Soutien à la Famille, à la Parentalité et à l’Enfance (Belgique)


Réduire le nombre de placements dans les mesures de Protection de l’Enfance.

C’est l’ambition de cette analyse. 

Elle ne propose pas de nouvelles créations. Elle s’appuie sur une  mise en oeuvre différente de ce qui existe.

Les mots ont leur importance. Ainsi Protection Judiciaire de la Jeunesse est vécu par les familles concernées comme une agression.. La question serait-elle  qu’il faudrait protéger les enfants des parents ? Oui, parfois, et il est heureux que des Magistrats, des professionnels en aient le courrage. 

Dans toutes les autres occasions ce vocable mal reçu contrevient à la volonté de mobiliser le pouvoir d’agir[1]des parents, de la famille. C’est bien sur cette force qu’il convient de revisiter nos pratiques. Cela exigera de la part de nombreux acteurs une modification, parfois à 180°, de la posture professionnelle qu’ils adoptent.

Les acteurs doivent devenir champions de la position basse si l’on souhaite atteindre les objectifs de la mobilisation des parents et de la famille.

Tout ne démarera qu’ à la condition que les pouvoirs de tutelle de ces acteurs, leurs ministres ( secteur de l’Education, de la Santé Mentale, du Handicap, de la Justice, de la Culture et des sports, de la jeunesse, Logement, Solidarité…) oeuvrent ensemble sur les questions qui touchent aux familles sensibles, en difficultés sociales, psychologiques, économiques…

La transversalité[2]doit être aux commandes. Un ombudsman, un secrétaire d’Etat doit se voir confier cette tâche de vérifier que les dispositions, réglementations, décrets et lois qui effleurent ce secteur ne viennent pas faire obstacle à l’intervention du champ voisin.

Un état d’esprit dont nous espérons que par phénomène de cascade il rejaillisse sur les acteurs au plus près des familles et des enfants concernés. 

Une culture qui  mette en marche à chaque niveau l’inter-institutionalitéindispensable à la réussite des familles et des des TS. (Travailleur social)

A cela doit s’ajouter l’inter-disciplinaritédans les services, dans les actions menées auprès des familles, de leur environnement. 

C’est dans cette pratique de réseau qu’il sera possible d’expérimenter que mieux mon partenaire travaille, mieux je réussis, plus la famille met en oeuvre le pouvoir d’agir dont elle est capable si le système autour d’elle lui en laisse le temps, la considération,  l’investissement, l’engagement des acteurs et le nécessaire lien, clé de voûte de la relation d’aide. 

Isolé, le TS risque fort de s’enliser avec la famille dans des  actions mues par l’autoréférencement, le jugement, la condamnation …qui conduisent, par souci de protéger ou de se protéger, vers le placement censé sécuriser. 

L’acteur le plus fragile est sans doute le Juge de la Jeunesse [3]Le magistrat oeuvre dans l’isolement et la solitude. Il n’est donc pas forcément « sécure ».  Privé de lieu de concertation, de croisement de regards, de participation à des réunions de synthèse, réunions cliniques pourrait bien à son insu  opter pour des décisions qui protègent bien plus que nécesaires. « Coincé » au Palais il lui est difficile d’ajuster ses décisions à ce que les services sont en réelle capacité de mettre en oeuvre. Il existe une distance entre le texte et la mise en oeuvre d’une mesure censée protéger. Le risque d’étouffer d’entrée de jeu le pouvoir de la famille est donc accru dans ces cas.

Comme les TS, les Magistrats se plaignent souvent de solitude. Ils perdent en reconnaissance, en co-formation et risquent de  se narcissiser professionnellement par des actions qui freinent, bloquent, retardent…

La composante temporelle est capitale. Nous savons que de nombreuses mesures édictées, souhaitées et acceptées lors de l’audience  tardent à se mettre en oeuvre. Les familles nous disent souvent que la « photo de familles » en possession du Tribunal, du SPJ est inchangée lors du repassage annuel, bisannuel en audience.

La famille, experte du vécu

Quand elle laisse entrer le TS chez elle, quand il a  accepté le café qu’elle lui offre, le TS ne peut pas encore déclarer qu’il obtient sa confiance. Or  le TS travaille trop souvent sur cette illusion. Les familles qui s’expriment au sein d’une association[4]de parents déclarent qu’elles n’ont pas confiance. Déshabiller le TS de  la représentation de bras armé du Tribunalnécessitera un revirement complet de la posture de « sachant » avec lequel est entré le TS quand il est désigné pour rendre des comptes sur l’évolution de la famille par le SPJ et le Tribunal (Dans quelques occasions par le SAJ également). Probablement à son insu, le  TS porte le  costume d’inspecteur.  

La famille se soumet. Elle est dans la suradaptation.  Elle ira jusqu’à plaindre le TS de la surcharge de travail qui transparait à travers la difficulté d’entrer en contact avec lui, une fois les présentations faites. Ce défaut de disponibilité que découvre la famille est traduit, soumis à des déformations induites par les phénomènes de « transfert ». L’objectif de la famille est de restaurer au plus vite l’image ternie qui l’identifie à la lecture du jugement. Elle est en capacité de dévoiler le contexte émotionnel dans lequel émergea un un signalement , une demande d’aide qui vient de basculer en contrainte. Mais elle évitera le risque d’ajouter aux craintes du TS ou, tout au contraire, elle retardera la rencontre en maintenant à distance le TS, par un langage gestuel hostile, un langage agressif, bref une armure défentielle. 

Ainsi installée la relation d’aide prend l’eau de toutes parts.  Si l’application de la mesure s’élabore dans un tel état d’esprit il devient un instrument d’avillissement de la famille. Si les professionnels y entre en position basse, laissant à la famille déployer ses compétences, en sécurité la mise en application de la mesure devient alors un outil précieux pour la famille plutôt qu’un outil de contrôle qu’elle s’employera à trafiquer.

Aujourd’hui, il convient de considérer les familles confrontées au systèmre protectionnel comme partie prenante des débats organisés dans la transversalité. L’entrée des associations de parents dans les conseils d’avis des administrations concernées signerait un heureux changement culturel.

Equiper le Travailleur Social [5], TS

Le succès de la relation d’aide passe par l’exercice de la tiercité. Tant au sein d’une équipe que dans l’interinstitutionnalité exposer son travail au regard de l’autre est un e nécéssité. « Tu peux voir de moi ce que je ne peux voir moi-même…et je te remercie de m’en faire cadeau » …  Le concept sous jacent qui doit présider ces rencontres professionnelles est celui de la tiercité circulante. Nous sommes tour à tour dans cette position d’offrir ou de recevoir ce cadeau. Oui, mais…voilà qui va à contre-sens de la culture ambiante du respect et de la bonne distance relationnelle. On ne va pas se froisser. Une frilosité dont la famille recevra la facture à l‘insu de chacun. Nous devons au contraire miser sur la bonneveillance et former, accompagner les équipes et les lieux d’inter-institutionnalités, telle la JPT[6]pour modifier la culture. Je compte sur ce croisement  généreux et authentique des regards de sorte que par phénomènes de cascade ce prendre soinrejaillisse sur les familles que nous rencontrerons.

Donner une équipe au TS pour délivrer la rencontre des aspects transférentiels, des résonnances est bien plus que la cerise sur le gateau. Il s’agit là d’une impérieuse nécessité qui à aussi pour éffet de prévenir du burnout.

L’écoute des familles révèle la patience qu’on exige d’elles quand elles comptent jusqu’à 10 intervenants différents depuis leur première rencontre avec le service AMO, COE, SAJ, SPJ. 

Guidance Familiale [7]

Il y est question d’accompagner la relation entre les TS et la famille. On le sait, entre un idéal d’approche professionnelle et la réalité, il y a l’humain. Les prérequis exposés ici peuvent  rendre indispensable l’intervention d’un binome aux compétences thérapeutiques pour sortir familles et services de postures figées dans la prudence, dans la méfiance et parfois même dans la peur. Mais aussi la banalisation, la méconnaissance[8]. L’invitation symbiotique qui consiste à faire participer le TS au système familial. Cela le rend impuissant voire même co-participant d’un immobilisme, de résistance au changement et celà peut aller jusqu’à épouser aveuglément des fonctionnements toxiques de la famille.

Association de parents d’Enfants placés.  A mettre en place

Les approches help self ne sont pas à démontrer. Dans ces lieux construits, dirigés par des familles avec le concours de professsionnels, éducateurs, thérapeutes, TISF … les familles se mettent au services des familles. Rien de plus efficace pour déconstruire les représentations anesthésiantes que se font les uns sur les autres. Si d’aventure l’association, (comme c’est le cas depuis 1O ans à Valenciennes) , anime des groupes de co-formation familles/professionnels cette déconstruction s’accélère et le pouvoir d’agir des familles et des professionnels se libère.  On entre alors dans une co-construction sociétale qui s’appuie sur l’égalité de citoyeneté et d’humanité. Un bain bienveillant dont les uns et les autres ressortent mieux équipés.  « Ici j’ai découvert que je sais parler sans retourner la table et aujourd’hui, j’entre rassuré dans la salle d’audience sans aboyer, agresser et je m’autorise à parler devant le Juge » Performance découverte devant des professionnel qui déclare « J’apprend de vous les familles, je découvre des réalités émotionnelles auxquelles je n’avais pas accès ». Cette rencontre est devenue processus de co-formation.  Une formation permanente pour les professionnels qui déployent leurs écoutes, de l’autre et d’eux-mêmes. Un lieu d’ intégration pour les  familles qui se vivaient depuis longtemps à la marge d’un système qui les régurgitent et vice et versa.

Réseau

Ecole et SSM, SAAE, COE, SAJ, SPJ, IMP140, Pédopsy ambulatoire et hospitalière et les réseaux

 pedopsy ont des fonctionnements aussi distants que ne le sont leurs pouvoirs de tutelles les uns par rapports aux autres. De plus ils fonctionnent entre eux en sysmétrie comme dans les rapports des institutions avec les familles.  Une réorganistion de l’accueil familial, AF, à l’instar de ce qui se fait dans les PFS serait bienvenue. Leurs paroles doit se libérer, elle doivent trouver ce processus intervisionneldont ont besoin les TS. Avec les jeunes qui arrivant à la puberté escaladent dans les troubles de l’attachement [9].

Etayées par les asbl de placement familial, en partenariat avec les lieux d’hébergement, les Familles d’accueil traverseraient mieux les épisodes de crises où le jeune découvre qu’il détient le bouton du siège éjectable et que les troubles psychiques qu’il exprime l’incitent à tenter l’exclusion. En ce cas, là commence le parcours infernal de déplacements.

Face à ces troubles, il convient d’organaiser le TENIR qui est le fondement de la guérison des troubles de l’attachement. Cet accompagnement devrait se faire entre plusieurs partenaires qui ensemble signent l’engagement sur la durée de sorte que l’on évite de donner à ces jeunes la prime aux symptômes qui le conduiront à la marginalité , au shopping de l’accueil, à la rue , à la psychiatrie et parfois à la prison.

De même, les aides familiales , première ligne, ont besoin d’être équipés et de participer à un travail de métabolisation des émotions, des troubles du comportement dont elles sont témoins. 

Contenance

Cette capacité d’accueillir l’autre avec toutes ses émotions en est la condition. Elle s’édifie sur la mise en marche de la tiercité et de la co-formation.  Ces dernières participent à l’équipement du travailleur social qui élargit sa capacité contenante à l‘expérience et à l’équipement de l’autre champ sans que l’enfant ne devienne l’objet déplacé.  Cequisoit dit en passant, conforte et spécialise l’enfant dans l’expression et le rendement de ses troubles de l’attachement. Et nous voilà devenus partenaire. Mais je le rappelle, la pratique de réseau ne se décrète pas, elle se tricote à partir et avec la famille et elle a un coût. Ces nouvelles stratégies s’opérationnalisent trop peu. Et la contenance doit aussi être celle des services à l’égard de leurs acteurs professionnels ainsi que des services entre eux.

Luc Fouarge


[1]Concept développé par http://www.reseauculture21.fr

[2]Cfr GT AWIPH « Jeunesse et transversalités » 2006

[3]Juge des Enfants

[4] Association de parents faisant l’objet d’une mesure judiciaire ou administrative à l’égard de leur(s) enfant(s)… à créer.

[5] https://lucfouarge.com/formations

[6]Jardin Pour Tous, locaux et faitier

[7]http://guidancefamiliale.com

[8]Processus actif et non conscient de non-connaissance.

[9]NP RYGAARD, L’enfant abandonné : Guide des troubles de l’attachement – De Boeck

Catégories
Protection de l' Enfance

Ecosystémie du Soutien à la Famille, à la Parentalité et à l’Enfance (France)

Réduire de 2/3 le nombre de placements dans les mesures de Protection de l’Enfance.

C’est l’ambition de cette analyse. 

Elle ne propose pas de nouvelles créations. Elle s’appuie sur une  mise en oeuvre différente de ce qui existe.

Les mots ont leur importance. Ainsi Protection de l’Enfance est vécu par les familles concernées comme une agression.. La question serait-elle  qu’il faudrait protéger les enfants des parents ? Oui, parfois, et il est heureux que des Magistrats, des professionnels en aient le courrage. 

Dans toutes les autres occasions ce vocable mal reçu contrevient à la volonté de mobiliser le pouvoir d’agir[1]des parents, de la famille. C’est bien sur cette force qu’il convient de revisiter nos pratiques. Cela exigera de la part de nombreux acteurs une modification, parfois à 180°, de la posture professionnelle qu’ils adoptent.

Les acteurs doivent devenir champions de la position basse si l’on souhaite atteindre les objectifs de la mobilisation des parents et de la famille.

Tout ne démarera qu’ à la condition que les pouvoirs de tutelle de ces acteurs, leurs ministres ( secteur de l’Education, de la Santé Mentale, du Handicap, de la Justice, de la Culture et des sports, de la jeunesse, Logement, Solidarité…) oeuvrent ensemble sur les questions qui touchent aux familles sensibles, en difficultés sociales, psychologiques, économiques…

La transversalité doit être aux commandes. Un ombudsman, un secrétaire d’Etat doit se voir confier cette tâche de vérifier que les dispositions, réglementations, décrets et lois qui effleurent ce secteur ne viennent pas faire obstacle à l’intervention du champ voisin.

Un état d’esprit dont nous espérons que par phénomène de cascade il rejaillisse sur les acteurs au plus près des familles et des enfants concernés. 

Une culture qui  mette en marche à chaque niveau l’inter-institutionalité indispensable à la réussite des familles et des des TS.

A cela doit s’ajouter l’inter-disciplinaritédans les services, dans les actions menées auprès des familles, de leur environnement.

C’est dans cette pratique de réseau qu’il sera possible d’expérimenter que mieux mon partenaire travaille, mieux je réussis, plus la famille met en oeuvre le pouvoir d’agir dont elle est capable si le système autour d’elle lui en laisse le temps, la considération,  l’investissement, l’engagement des acteurs et le nécessaire lien, clé de voûte de la relation d’aide. 

Isolé, le TS risque fort de s’enliser avec la famille dans des  actions mues par l’autoréférencement, le jugement, la condamnation …qui conduisent, par souci de protéger ou de se protéger, vers le placement censé sécuriser. 

L’acteur le plus fragile est sans doute le JE [2]Le magistrat oeuvre dans l’isolement et la solitude. Il n’est donc pas forcément « sécure ».  Privé de lieu de concertation, de croisement de regards, de participation à des réunions de synthèse, réunions cliniques pourrait bien à son insu  opter pour des décisions qui protègent bien plus que nécesaires. « Coincé » au Palais il lui est difficile d’ajuster ses décisions à ce que les services sont en réelle capacité de mettre en oeuvre. Il existe une distance entre le texte et la mise en oeuvre d’une mesure censée protéger. Le risque d’étouffer d’entrée de jeu le pouvoir de la famille est donc accru dans ces cas.

Comme les TS, les JE  se plaignent souvent de solitude. Ils perdent en reconnaissance, en co-formation et risquent de  se narcissiser professionnellement par des actions qui freinent, bloquent, retardent…

La composante temporelle est capitale. Nous savons que de nombreuses mesures édictées, souhaitées et acceptées lors de l’audience  tardent à se mettre en oeuvre. Les familles nous disent souvent que la « photo de familles » en possession du JE est inchangée lors du repassage annuel, bisannuel en audience.

La famille, experte du vécu

Quand elle laisse entrer le TS chez elle, quand il a  accepté le café qu’elle lui offre, le TS ne peut pas encore déclarer qu’il obtient sa confiance. Or  le TS travaille trop souvent sur cette illusion. Les familles qui s’expriment au sein d’une association[3]de parents déclarent qu’elles n’ont pas confiance. Déshabiller le TS de  la représentation de bras armé du TEnécessitera un revirement complet de la posture de « sachant » avec lequel est entré le TS quand il est désigné pour rendre des comptes sur l’évolution de la famille par le Tribunal. Probablement à son insu, le  TS porte le  costume d’inspecteur.  

La famille se soumet. Elle est dans la suradaptation.  Elle ira jusqu’à plaindre le TS de la surcharge de travail qui transparait à travers la difficulté d’entrer en contact avec lui, une fois les présentations faites. Ce défaut de disponibilité que découvre la famille est traduit, soumis à des déformations induites par les phénomènes de « transfert ». L’objectif de la famille est de restaurer au plus vite l’image ternie qui l’identifie à la lecture du jugement. Elle est en capacité de dévoiler le contexte émotionnel dans lequel émergea une IP, une demande d’aide qui vient de basculer en contrainte. Mais elle évitera le risque d’ajouter aux craintes du TS ou, tout au contraire, elle retardera la rencontre en maintenant à distance le TS, par un langage gestuel hostile, un langage agressif, bref une armure défentielle. 

Ainsi installée la relation d’aide prend l’eau de toutes parts.  Si le PPE[4]s’élabore dans un tel état d’esprit il devient un instrument d’avillissement de la famille. Si les professionnels y entre en position basse, laissant à la famille déployer ses compétences, en sécurité le PPE devient alors un outil précieux pour la famille plutôt qu’un outil de contrôle qu’elle s’employera à trafiquer.

Aujourd’hui, il convient de considérer les familles confrontées à la Protection de l’Enfance  comme partie prenante des débats organisés dans la transversalité. L’entrée des associations de parents au CNPE [5]  indique positivement la direction à prendre.

Equiper le Travailleur Social [6], TS

Le succès de la relation d’aide passe par l’exercice de la tiercité. Tant au sein d’une équipe que dans l’interinstitutionnalité exposer son travail au regard de l’autre est un e nécéssité. « Tu peux voir de moi ce que je ne peux voir moi-même…et je te remercie de m’en faire cadeau » …  Le concept sous jacent qui doit présider ces rencontres professionnelles est celui de la tiercité circulante. Nous sommes tour à tour dans cette position d’offrir ou de recevoir ce cadeau. Oui, mais…voilà qui va à contre-sens de la culture ambiante du respect et de la bonne distance relationnelle. On ne va pas se froisser. Une frilosité dont la famille recevra la facture à l‘insu de chacun. Nous devons au contraire miser sur la bonneveillance et former, accompagner les équipes et les lieux d’inter-institutionnalités, telle la CTT [7]pour modifier la culture. Je compte sur ce croisement généreux et authentique des regards de sorte que par phénomènes de cascade ce prendre soinrejaillisse sur les familles que nous rencontrerons.

Donner une équipe au TS pour délivrer la rencontre des aspects transférentiels, des résonnances est bien plus que la cerise sur le gateau. Il s’agit là d’une impérieuse nécessité qui à aussi pour éffet de prévenir du burnout.

L’écoute des familles révèle la patience qu’on exige d’elles quand elles comptent jusqu’à 10 intervenants différents depuis leur première rencontre avec le service AEMO ou ASE.

Guidance Familiale [8]

Il y est question d’accompagner la relation entre les TS et la famille. On le sait, entre un idéal d’approche professionnelle et la réalité, il y a l’humain. Les prérequis exposés ici peuvent  rendre indispensable l’intervention d’un binome aux compétences thérapeutiques pour sortir familles et services de postures figées dans la prudence, dans la méfiance et parfois même dans la peur. Mais aussi la banalisation, la méconnaissance[9]. L’invitation symbiotique qui consiste à faire participer le TS au système familial. Cela le rend impuissant voire même co-participant d’un immobilisme, de résistance au changement et celà peut aller jusqu’à épouser aveuglément des fonctionnements toxiques de la famille.

Association de parents d’Enfants placés.  SOS PP déjà cité.

Les approches help self ne sont pas à démontrer. Dans ces lieux construits, dirigés par des familles avec le concours de professsionnels, éducateurs, thérapeutes, TISF … les familles se mettent au services des familles. Rien de plus efficace pour déconstruire les représentations anesthésiantes que se font les uns sur les autres. Si d’aventure l’association, comme c’est le cas depuis 1O ans , anime des groupes de co-formation familles/professionnels cette déconstruction s’accélère et le pouvoir d’agir des familles et des professionnels se libère.  On entre alors dans une co-construction sociétale qui s’appuie sur l’égalité de citoyeneté et d’humanité. Un bain bienveillant dont les uns et les autres ressortent mieux équipés.  « Ici j’ai découvert que je sais parler sans retourner la table et aujourd’hui, j’entre rassuré dans la salle d’audience sans aboyer, agresser et je m’autorise à parler devant le Juge » Performance découverte devant des professionnel qui déclare « J’apprend de vous les familles,  je découvre des réalités émotionnelles auxquelles je n’avais pas accès ». Cette rencontre est devenue processus de co-formation. Une formation permanente pour les professionnels qui déployent leurs écoutes, de l’autre et d’eux-mêmes. Un lieu d’ intégration pour les  familles qui se vivaient depuis longtemps à la marge d’un système qui les régurgitent et vice et versa.

Réseau

TISF-AF-MECS-ITEP-PJJ-Pédopsy ambulatoire et hospitalière ont des fonctionnements aussi distants que ne le sont leurs pouvoirs de tutelles les uns par rapports aux autres. De plus ils fonctionnent entre eux en sysmétrie comme dans les rapports des institutions avec les familles.  Une réorganistion de l’accueil familial, AF, à l’instar de ce qui se fait dans les PFS serait bienvenue. Leurs paroles doit se libérer, elle doivent trouver ce processus intervisionneldont ont besoin les TS. Avec les jeunes qui arrivant à la puberté escaladent dans les troubles de l’attachement [10].

Etayées, soutenues comme le pratiquent les Villages SOS, les AF traverseraient mieux les épisodes de crises où le jeune découvre qu’il détient le bouton du siège éjectable et que les troubles psychiques qu’il exprime l’incitent à tenter l’exclusion. En ce cas, là commence le parcours infernal de déplacements.

Face à ces troubles, il convient d’organaiser le TENIR qui est le fondement de la guérison des troubles de l’attachement. Cet accompagnement devrait se faire entre plusieurs partenaires qui ensemble signent l’engagement sur la durée de sorte que l’on évite de donner à ces jeunes la prime aux symptômes qui le conduiront à la marginalité , au shopping de l’accueil, à la rue , à la psychiatrie et parfois à la prison.

De même, les TISF , première ligne, ont besoin d’être équipé et de participer à un travail de métabolisation des émotions, des troubles du comportement dont elles sont témoins. 

Contenance

Cette capacité d’accueillir l’autre avec toutes ses émotions en est la condition. Elle s’édifie sur la mise en marche de la tiercité et de la co-formation.  Ces dernières participent à l’équipement du travailleur social qui élargit sa capacité contenante à l‘expérience et à l’équipement de l’autre champ sans que l’enfant ne devienne l’objet déplacé.  Ce quisoit dit en passant, conforte et spécialise l’enfant dans l’expression et le rendement de ses troubles de l’attachement. Et nous voilà devenus partenaires. Mais je le rappelle, la pratique de réseau ne se décrète pas, elle se tricote à partir et avec la famille et elle a un coût. Ces nouvelles stratégies s’opérationnalisent trop peu. Et la contenance doit aussi être celle des services à l’égard de leurs acteurs professionnels ainsi que des services entre eux.

Luc Fouarge


[1]Concept développé par http://www.reseauculture21.fr

[2]Juge des Enfants

[3]www.sospetitsprinces.fr

[4]Projet Pour l’Enfant

[5]CNPE ConseilNational de la Protection de l’Enfance

[6] https://lucfouarge.com/formations

[7]CTT Commission Technique Territoriale, composées d’acteurs des différents champs concernés. Organes libres et non décisionnels ou se tricote la pratique de réseau

[8]http://guidancefamiliale.com

[9]Processus actif et non conscient de non-connaissance.

[10]NP RYGAARD, L’enfant abandonné : Guide des troubles de l’attachement – De Boeck

Catégories
IMP 140 Protection de l' Enfance

L’effilochée – Du théatre pour parler du placement