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Société

Confession d’un confiné

L’intériorité… j’ai un peu de mal … réveil de manques, de culpabilités… alors je poste, j’écris pour les autres… ce petit bout de chemin enfonce le clou de cette question de la motivation aux métiers d’aide…. de qui…. question qui m’est toujours pertinente et que j’esquive encore par la relation d’aide…. mais ça je sais depuis longtemps, j’ exerce la-dessus une grande vigilance, pour moi… pour les autres…. il me faudrait deux vies… l’une dans un monastère tibétain, l’autre dans un Ashram, pour sans doute conclure….qu’il faut vivre avec… ce genre de questions. Et donc, une partie de mon énergie passe à éviter ces instants d’ intériorité…pas tous fort heureusement … L.F.

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Protection de l' Enfance

Et si le confinement révélait que nos interventions pétrifient, étouffent les compétences des familles ?

La Protection de l’Enfance et le secteur psycho-médico-social sont touchés de plein fouet par l’épidémie. Des enfants « protégés » sont en famille dans des conditions  plus difficiles que jamais. Résultats des inquiétudes de débuts de crises. Des enfants n’ont pu réintégrer le lieu de séjour, de placement. 

Dans les bilans que nous aurons à faire  avec ces familles et les travailleurs sociaux, ils s’en trouveront qui s’en sont fort bien débrouillés, peut-être que quelques uns de ces jeunes auront manifesté moins de troubles qu’ils n’en avaient avant le confinement.

Nous devrons avoir le courage d’examiner toutes les hypothèses, celles de décisions de maintien de placement abusif, ou devenu tel. Le placement entretenait-il  le problème ?

Il nous faudra beaucoup d’humilité pour accepter que peut-être nos interventions censées traiter le problème sont devenues avec le temps le problème. Mais alors, ne voulions nous pas voir l’évolution de la famille ? Nous prémunissions-nous excessivement de nos peurs de l’échec du retour ? Nos services et institutions sont ils, elles, parfois inducteurs des difficultés, faisons nous face à des effets iatrogènes des interventions trop vite conclues dans des cercles professionnels trop techniques, trop exigeants ?

Espérons que ces évolutions favorables soient nombreuse en qu’on en fasse une fête. L.F.

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Protection de l' Enfance

…du saucissonage schyzophrènogène des politiques en faveurs des jeunes en difficultés psychologiques.

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IMP 140 Protection de l' Enfance

débriefer pour soigner

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IMP 140 Protection de l' Enfance

Le soin à l’épreuve de l’organisation ….

Le soin à l’épreuve de l’organisation ….  dans les services résidentiels

Mondialement nous sommes appelés à faire montre de civisme et de citoyenneté.Nations, continents, le monde sont en devoir de construire des réponses dans la solidarité. Au niveau individuel nous sommes invités à cultiver l’altérité qui nous conduit à modifier nos projets en fonction des besoins de l’autre. 

Mais nous sommes de mauvais élèves dès que ces autres viennent sur notre territoire tenter de partager nos acquis, nos avoirs, nous refermons nos portes. On meurt plus en méditerranée et au-delà que de l’épidémie.

Les services (services résidentiels pour adultes et pour jeunes) dans lesquels nous travaillons dans cette entrée de crise sanitaire, sociale et économique nous conduisent à mettre en œuvre de l’engagement, de l’écoute, du don, du respect, de la solidarité, de l’humilité et de l’humanité. Une démarche dans laquelle il convient de restaurer et d’adapter le concept de « devoir ».

Hélas, dans quelques institutions, les rapports de « classes » prennent trop de place dans la vie institutionnelle pour entretenir, exercer toutes ces qualités. L’organisation prend le dessus.  Des replis « égoïstes » font obstacles aux nécessités d’exercer dans ces valeurs en raison de combats sectoriels auxquels on a donné trop de place.

Exercer ces valeurs se heurte aux pyramides hiérarchiques, aux mouvements ascendants descendants de l’exercice du pouvoir dans ces services faute d’exercer en tout temps les réflexions horizontales qui seules peuvent entretenir cette culture institutionnelle de service.

Ce déploiement d’humanité est nécessaire pour faire reculer ces virus. Une obéissance à des instructions qui demandent à changer nos comportements individuels, nos volontés de déplacements et de consommations.

Au-delà des mesures prises par nos scientifiques et politiques nos services doivent modifier le rapport au travail. Bon nombre de nos collaborateurs peuvent exercer à distance. Les résistances des directions sont d’autant moins compréhensibles que ces solutions se justifient en termes de bon fonctionnement, d’écologie et d’économie. Mais cela demande de revisiter le rapport de l’institution aux personnes qu’elle emploie.

Ce qui est questionné ce sont les modèles d’organisation de nos services. 

Copiés sur le management de l’entreprise, en raison de leur taille bien souvent, ils génèrent des préoccupations centrées sur ce management pas toujours compatibles avec ces valeurs constitutives du soin et de l’accompagnement.

Il se peut que s’inverse le sens de la mission. L’organisation se met à vivre pour elle-même. 

Les priorités se modifient, « usagers » et personnels sont au service de l’organisation dans cette recherche d’autojustification et de performance. Un état d’esprit, caché derrière des slogans accueillants, qui par phénomène de cascade pourrait bien priver les « bénéficiaires » et les membres du personnel de déployer leur pouvoir d’agir, leur autonomie.

La crise que nous abordons est une opportunité de prendre du recul vis-à-vis des objectifs et moyens que nous mettons en œuvre en faveur des plus démunis, pour autant que nous les associons à ces réflexions chaque fois que c’est possible. 

Lorsque les logiques gestionnaires prennent le pas dans ces organismes elles utilisent ce que l’entreprise a expérimenté en termes managérial et économiques. L’évaluation de la productivité n’a pas sa place dans notre secteur. 

Luc Fouarge

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Société

Hommage à André Stouffriat

En Grèce, 2008, photo de Marie Noelle, la compagne d’André

4/ mars 2020 Départ pour un dernier voyage.

Durant la fin de ses études secondaires une psychologue de Charleroi oriente André à l’ Ecole d’Aulne. Il y décrocha le diplôme d’éducateur spécialisé. 

Pendant sa formation à l’ADA, André est souvent sur chantier avec Aldo, grand maçon, unique homme de métier qui édifie l’école d’Aulne nouveau bâtiment qui hébergea les « régences ». André cumule donc formation de maçon et d’éducateur avec brio, particulièrement dans le bâtiment.

A sa sortie, il accepte un poste d’éducateur résident dans un foyer d’accueil pour personnes sortant de prison, L’Ilot à Charleroi. 

André, sa femme et son fils  occupaient une pièce de quelques m2 au sein de ce foyer. 

Plus tard le patron l’envoie à Kegeljan à Namur.

A cette époque, la famille Fanuel met à disposition de la LNH un terrain sur les hauteurs de Thy Le Château. Débute alors la construction de l’Institut Louis Marie que dirigea Jacques Fanuel.

André vécu le temps de cette construction avec son épouse et son fils dans une caravane résidentielle pour assurer la construction et le suivi de ce vaste chantier.

Des élèves de l’IKN, venaient à la semaine participer à cette construction. Sous la responsabilité  du Stouff, ces jeunes vivaient dans une deuxième caravane résidentielle. Mme Stouff était l’éducatrice et l’intendante de ce petit monde.

Une période de sa vie où il commence à côtoyer le monde des antiquaires. Une passion  qui l’occupa jusqu’à se faire reconnaître une expertise dans le domaine. 

A la même époque, il réalise un rêve d’enfant. Il rachète la maison du Dr de la rue où il vivait avec ses parents à Montignies sur Sambre. Une famille qui veillait sur lui.

Vient l’époque où Delano entreprend de grands travaux. Avec sa famille André devient Peruwelzien. Les jeunes sortant de Delano ont besoin d’être assistés après la majorité. Quelques-uns devront être accompagnés de longues années après la sortie. Complice de Jacques Dubus, dans le château Delano, rue de Cerfontaine,  ils installent un nouveau service. Un Foyer pour Jeunes Travailleurs. La famille Stouffriat s’y confectionne un appartement et vit au milieu des jeunes accueillis et accompagnés. 

Un service qui s’accroit de plus en plus, occupe de nouveaux locaux dans la région… et le Centre de Cerfontaine ne cesse de s’accroître. Il faudra aussi penser à occuper tout ce monde qui ne peut espérer entrer sur le marché de l’emploi traditionnel. Il faut donc des ateliers, des objectifs économiques et sociaux qui s’allient….c’est l’achat de la Loquette qui hébergera un atelier de menuiserie. Une chaine de palettes prend place dans cet espace qui hébergera plus tard les personnes en grandes difficultés et qui ne peuvent plus participer à une production économique. Les ateliers deviennent occupationnels. Ainsi l’éducateur dit le Stouff répond tant aux jeunes, qu’aux adultes porteurs de handicaps. 

Entre temps son ami René Pondant, avec lequel il a fait les 400 coups à l’Ecole d’Aulne connait des déboires dans l’atelier protégé qu’il dirige dans la région de Vielsam. 

André a un sens de l’amitié très solide, il donnera  du boulot à René qui avec son épouse créent les sections de Liège. 

Cerfontaine, qui accueillera  des jeunes filles à TOURNAI, s’étend sur tout le territoire wallon.

De quelques jeunes de Delano, rue de Cerfontaine, André et ses collaboratrices et collaborateurs, plus de 350 accompagneront plus de 500 personnes, enfants et adultes, hommes et femmes.

Pendant ce parcours sous son impulsion, il ouvrira une section en territoire français à côté de la basilique de Bonsecours. L’équipe de travaux sous sa direction effectuera une belle restauration de ce bâtiment historique.

Cet inventaire de création, très incomplet, n’a d’autre projet que de rendre hommage à cet homme qui su obtenir de toutes ces personnes qu’elle puissent donner le maximum, avec un minimum de moyen…André, homme du voyage, fasciné par la culture rom, gitane, tsigane nous quitte pour un voyage interstellaire où il rejoindra ses patrons, l’un terrestre parti en 2002, l’Autre, Patron pour l’éternité à laquelle il croit.

A 10 ans mon père me confie à Aldo et au Stouff. Pour… faire de moi un homme.

Mon histoire débute donc ainsi. Je suis en devoir de réussir les exploits d’André. Il m’est désigné comme modèle. Me voilà avec un grand frère.

En début de carrière le patron me désigne au poste d’administrateur dans le CA des asbl Cerfontaine. Plus j’avance plus j’y découvre qu’il est plus le fils de mon père que je ne le suis. 

Et j’en suis plutôt fier. Me voilà en charge de discuter les projets d’André pour que j’y apprenne à refreiner les ambitions du Stouff que personne n’arrête. Je n’y suis pas arrivé. Mais les débats sur le qualitatif n’était pas absent mais pas à la hauteur de mes espérances. 

Je partageais sa fascination pour les gens du voyage et du rêves. 

Il devenait gitans dès qu’on s’attablait. Il sortait son couteau au manche sculpté dans la corne, le posait sur la table et le film commençait. Les bijoux en or, la petite hésitation dans le débit de parole et les mimiques qui dégageaient une grande force… après l’apéro, il sortait son tél et appelait dans une langue qui mélangeait espagnol, wallon… les Gipsyking était au bout de fil…et la fête pouvait commencé…nous étions loin de Cerfontaine…et nous programmions notre prochain voyage aux Saintes pour le grand rassemblement.

Petit fils de tsiganes hongrois marchand de chevaux, avec toi André j’ai vécu ce sentiment d’avoir un grand frère et d’être protégé. Je savais que je pouvais partir loin avec ma Mercedes d’occase, plus j’étais loin et plus j’étais sur que tu viendrais me chercher.

Ce roman t’aidait à tenir devant les charges et les défis que tu t’ajoutaient… et tu étais proche de ces jeunes hommes qui cherchaient le père, ils s’approchaient de toi, tu les prenaient par le cou et comme un chef tu leur parlais, et il grandissaient protégé par le chef.

Ils te donnaient cette grandeur qui gonflait ta carrure.  Un style qui te permettait de te passer des psy dont tu ne voulais pas qu’ils lisent dans ton jeu. 

Bon voyage André, il y en a quelques-uns qui t’attendent là-haut.

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IMP 140 Société

Lobotomisation émotionnelle en service résidentiel

Quand l’institution se débat contre …. ?      

Les équipes qui accompagnent ces personnes dénoncent des pratiques managériales quasi répressives. Au moindre malaise ils sont changés de poste, les cadres « (b)analysent » ils mettent au ban toutes tentatives du personnel d’éclairer les mal-être qui les rongent, contrôlent jusqu’à l’interdiction les moments de regroupement de leurs professionnels, agissent, font obstacle à toute velléités d’attachement de ceux-ci à l’égard des personnes accueillies… bref des conduites qui font émerger des sensations d’être mis à mal dans un système sectaire. 

L’empathie, bien qu’intellectuellement promue, n’a pas le temps de s’installer, elle est même déviée, évitée au nom de pseudo valeurs, ou de valeurs toxiques : il ne serait pas bon de s’attacher. Une projection identificatoire de la sphère hiérarchique…sans doute ?

Comme si les rênes étaient au mains de personnes à la veille de subir le principes de Peter et de se retrouver le lendemain déshabillées de leur participation à la fonction dirigeante. 

Une institution qui manifeste les symptômes des angoisses « cachées » de ses cadres. Une interprétation de l’ « exportation » des émotions, système inconscient qui amène les équipiers à ressentir les émotions retenues, cachées.

Ils s’agit pourtant d’inquiétudes normales de ces tâches de direction mais qui sont tues et qui conduisent à l’épuisement.

Dans ces services, l’absentéisme est si important qu’il s’érige en système. Le CM devient la manifestation des inquiétudes qu’on ne peut dire, l’institution y répond en attendant le dépassement d’un mois pour faire une embauche, d’une personne qui sera par sa jeunesse dans le métier « invitée » à se mouler dans le dysfonctionnement institutionnel.

Tout cela est très, tristement, humain mais devrait être lu, entendu comme un objet de travail institutionnel bienvenu…à la place de cela, il suscite des mécanismes de défense.

On entend évoquer la division, le sentiment d’être sous conduite sectaire…bref des ressentiments qui s’accumulent et creusent le fossé entre les besoins d’efficacité des cadres et les besoins de soutien, de cohésion et de reconnaissance des personnels.

La peur est le sentiment dominant et l’autodestruction, le burnout la réponse. Cette maladie de la « chefferie » est un classique qui est trop peu questionné dans la lecture des symptômes qui s’accroissent dans ces services.

Les opérations de « qualitarisme » et de « quantophrénie » viennent au secours, l’énergie est recentrée sur les rapports administratifs qui servent de mesures aux logiques gestionnaires que les directions amplifient quand les émois se font trop sentir.

Les évaluateurs externes ne peuvent en prendre la mesure, aveuglés qu’ils sont par un sentiment, illusoire,  d’une saine productivité des professionnels. 

Héritage des communautés religieuses qui géraient auparavant ces même services. La soumission faisait partie intégrante du choix de s’en remettre à Dieu. La dévotion était la mesure de la réussite d’un diktat généreux applaudi par toute la population soulagée des personnes en souffrances physique et psychique dans de jolies zones arborisées sous le règne de la générosité des dons. 

Cette dispense, cette interdiction, d’utiliser l’émotion du personnel, comme paramètre, indicateur diagnostic pourrait faire symétrie avec la soumission des personnes qui cherchent à s’accommoder du handicap et de la vie en collectivité. La scotomisation, la mise de côté des émotions laisserait apparaitre un lieu de vie aux apparences lisses. La crise de conscience qui précède la prise de conscience et elle-même la créativité, l’acceptation de la réalité, la création de conduites qui permettent de cultiver la dignité et l’image de soi positive s’évanouit. Dans ces difficultés, la métabolisation de la crise avorte, réprimée par des escalades dites éducatives.

Construire un management qui se met au service du projet de service passe par une réflexion sur le style de leadership qui épanouit tout à la fois personnels et personnes.

Une réflexion permanente qui appartient tant aux responsables qu’aux membres du personnel. Un style autoritaire qui sauve des vies à l’armée étouffe le désir, la création dans ce type de communauté. Les exigences de performances, les modalités de subventions et d’évaluation sont utilisées pour s’abstenir de  ces nécessaires rencontres humaines. Si elles deviennent objet d’un travail collectif, elles rompront avec ce climat au service de l’homéostasie, au service du non-changement.

Réprimer n’est pas contenir. Contenir c’est accueillir l’émotion, le désir, les envies homicidaires et suicidaires sans fuir. C’est amener à la parole des instants  indicibles. Retenue, elle débouchera sur de la violence sur autrui et/ou sur soi. Des débordements que l’ «encadrement » ne suffit pas à endiguer. La parole prévient l’enfermement dans un monde irréel et la mise en acte. 

Cette parole ne peut advenir que si le personnel apparait en capacité de l’accueillir. Cela suppose qu’il puisse régulièrement bénéficier de ce lieu et ce temps de métabolisation des ses propres inquiétudes auxquelles on attribue une valeur précieuse pour comprendre la personne, l’aisance et l’assurance que le personnel tiendra sa place face aux dires parfois insoutenables… particulièrement s’ils touchent au résonances.

La présente réflexion interroge les qualités du personnel de direction qui tend à privilégier les logiques de bonne gestion économique et de productivité. Dans la foulée il est tout autant précieux de questionner le rôle des organisations représentatives tant des personnels que des employeurs. De telles démarches constructives aboutiraient si elles étaient menées avec le personnel des services d’audit (ne dites plus inspection) des administrations qui subventionnent ces services destinés à l’épanouissement maximum des personnes qui dans la vie ont à faire à des obstacles majeurs pour participer à la vie sociale.

Bien sûr, ne généralisons pas ces dysfonctionnements. Mais ne faisons pas l’économie de cette lecture dont je peux vous assurer qu’elle n’est ni fiction, ni du siècle passé. 

Luc Fouarge

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IMP 140 Protection de l' Enfance

En ITEP, en IMP 140… Le symptôme de qui ? La symbiose du second degré

A l’heure du contrat d’objectif,  nous devons nous pencher sur les projets de service des IMP140 et des ITEP…  De qui parle le symptôme ?

J’entends dans les cercles professionnels et leurs partenaires fuser des constats durs sur l’évolution de nos publics. Jusqu’à dire qu’il faut porter l’attention sur l’impact des comportements des jeunes sur les équipes. C’est évidemment  une vigilance indispensable à porter dans les diagnostics que nous formulons sur l’état de nos services, une attention bienveillante qui porte en elle les conditions du passage de l’action éducative à la clinique éducative. 

Le concept de résonnance m’éveille à la réciprocité de ces observations.

Les jeunes ne produisent-ils pas la qualité et l’intensité de troubles du comportement susceptibles de nous mobiliser sur les actions qui soutiennent la « contenance » de notre service ? 

Une mesure qu’ils prennent comme pour sonder la sécurité dans laquelle ils sont accueillis. Mais aussi comme un « appel  au père ». 

Êtes-vous capable d’entendre et accueillir les émotions désespérantes et affolantes que je m’attache à contrôler, camoufler… à mon insu. J’ai peur de ce que je peux faire, de ce que je peux dire des émotions homicidaires et suicidaires que j’écrase tant elles buttent sur la raison, la loi…et la frayeur de ceux qui pourraient les entendre.

Mais aussi je repère que circule entre vous des ressentiments et rancœurs  à l’égard du service qui vous emploie. Aussi je m’attache à développer ou intensifier des troubles qui apportent de l’eau à votre moulin… C’est le sacrifice de ma personne sur lequel je me suis construit depuis que je marche pour m’accommoder des bruits, des humeurs éclatants dans lesquels je vivais.

Et nous oublions bien souvent que c’est dans une forme de don que naissent et se spécialisent ce que nous finirons par appeler symptômes. Une réponse à la question existentielle du jeune enfant qui observe ses proches et en déduit les réponses essentielles à la question existentielle : « Comment s’y prendre pour être aimé ? »

Et donc oui, cette question sur la capacité contenante [1] de nos services quand ils abordent l’élaboration du contrat d’objectif. Ce qui pourrait paraitre du nombrilisme est nécessaire et essentiel pour élaborer la  thérapie institutionnelle. Sans cet intérêt pour ce qui fait contenance dans nos services, ces derniers ne peuvent devenir soignants.

Oui, de façon générale, notre culture fait vaciller la contenance de la société. L’école et la plupart des collectifs d’accueil et d’hébergement en souffrent. Les CM et les droits de retraits sont les premiers symptômes de ce déséquilibre. Les familles peinent également, parents et enseignants se renvoient fréquemment la responsabilité de cette perte de sécurité fondamentale qui ne sert plus, de moins en moins, de rampe d’accès à l’autonomie des jeunes. Comme s’il restaient à la maison de crainte de l’incapacité de leurs parents d’assumer le face à face et la peur de l’entrée dans une société qui exige tant de performances et de fric pour s’autonomiser.

J’attire donc notre attention sur le risque que nous ferions encourir à nos jeunes en tentant de les qualifier, de les diagnostiquer sans avoir préalablement scanné la capacité contenante de nos services. Mission dans laquelle tant nos administrations que nos politiques ont leur part dans le soutien 

qu’il convient de porter à cette analyse. Je rappelle que les jeunes dont questions se livrent volontiers à activer les symptômes dont ils devinnent qu’ils pourraient nous être utiles.

Je crains le risque que les jeunes s’en trouvent affligés et affublés de nouvelles catégories diagnostiques. Une analyse qui se voudrait soignante aurait questionné prioritairement les fonctionnements et dysfonctionnements du service. Je recommande que, avant toute réunion clinique, les services aient accepté que les problèmes des professionnels soient examinés dans l’interdisciplinarité,  prioritairement à ceux des jeunes… Sans quoi les jeunes trouvent échos aux dévouements qu’ils ont expérimentés dans leurs familles. Ils y prennent place et le service se met au services de la « pathologie » que décrira la réunion clinique et/ou de synthèse.

Dans ma pratique, je m’appuie sur les concepts de « résonnance » de Mony Elkaim et de symbiose de second ordre développé par les Schiff en AT.

 Le premier, artisan, artiste de la métaphore nous compare à deux instruments à cordes qui se parleraient. Les sons  prononcés par l’un font vibrer l’autre d’un son qu’il ne reconnait pas. Comme si le vécu de l’un venait faire écho chez l’autre et lui ferait émettre un son qu’il ne reconnait pas comme le sien, et pourtant cela vient de lui, de ces zones « secrètes » de la conscience. Si cet autre n’y prête pas attention voilà qu’il vibrerait d’un arrangement secret d’une construction duelle ou chacun semblerait bien se ménager. 

 Ce concept n’est pas très éloigné des théories sur le transfert et le contre-transfert des Freudiens. Une forme de mélodie résultant d’une interaction émergeant de deux inconscients. S’il n’y a pas  d’intervention d’un tiers, offrant à l’intervenant à voir de lui ce qu’il ne peut voir de lui, il y a fort à parier que le résultat devienne catastrophique pour chacun. 

 Les Schiff mettent en lumière cette bascule d’une symbiose saine, cette mère du poupon qui focalise toute son écoute sur les besoins de son enfant, méconnaissant les siens, et qui en l’absence de père, ou en présence d’un « père manquant » nous dirait  Guy Corneau, cette mère ne reprendrait pas l’écoute de ses besoins et s’effondrerait à petits feux dans la dépression. Là, il n’est pas rare que s’installe l’inversion de la symbiose et le petit se spécialiserait dans cette posture d’intérêt prioritaire des besoins de l’autre. Il développera des outils d’observation et de « diagnostic »  et développera des symptômes  dont le buts est de distraire cet autre, la mère, puis l’éducateur… de leurs tourments méconnus.

 M’appuyant sur ces concepts, je propose d’ « équiper » le TS, éducateur, AS, psychologue…  de sorte que son équipe deviennent son premier tiers. Il est donc question d’une facilitation de s’exprimer en équipe sur « je peux voir de toi ce que tu ne peux voir de toi et je te l’offre dans la bonneveillance.  Et inversement, je me dispose à m’approcher de toi pour t’offrir ce que je peux voir de toi et que tu ne peux voir toi-même, dans le respect et la bienveillance.

Cela ne fonctionne que dans une culture d’équipe qui prend cet engagement, sans renoncer à s’exprimer au nom de frilosités relationnelles, culturelles. 

 Il convient que les PO et les pouvoirs subsidiants reconnaissent ce « travail en chambre » comme un soin pour chacun et que par phénomène de cascade, ce soin rejaillisse sur les personnes accueillies et soignées. Sans ce travail constant, il est illusoire d’attendre qu’une équipe passe de l’action éducative à la clinique éducative. Cette attention constante sur l’exercice de la « tiercité » au sein des équipes prend trop peu de place dans l’organisation de travail en équipe. Il est souvent nécessaire de faire appel à une personne externe au service pour aider à l’installation de ce processus d’intervision. 


[1] Lucfouarge.com/formations/ « Equiper » le travailleur social

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IMP 140 Société

La copie qu’on forme

L’école impose aux enfants penseurs en images, en films à utiliser les processus d’idéations des penseurs en mots qui sont majoritaires dans les classes (R. Davis). Enseignants, parents, politiques, PO, méconnaissent l’apport de cet auteur du « don de dyslexie ». Une ignorance qui envoie des enfants dans l’incompréhension de ce qui se passe à l’école vers l’enseignement spécial, les logopèdes ignorants cette approche, vers les comportements que l’on diagnostiquera rebelles, caractériels… ceux qui sans comprendre eux mêmes leur différence souffrent sans identifier la nature de ce qui les conduit à l’exclusion. Ils vont ainsi se heurter aux murs pensant à tort que c’est leur nature, leur être qui est mis au banc, qu’ils ne sont pas bons, qu’ils sont irrémédiablement impropres à la scolarité, à l’intelligence, à la relation. Ils seront nombreux dans les salles d’attentes des orthophonistes, des psy… quelques uns seront apaisés par des médications, des drogues…d’autres encore s’essayent dans les établissements spécialisés et parfois, se feront enfermer dans des hôpitaux ou en prison. Il n’ont jamais pu, obtenir le sourire du professeur qui échoue à en faire des copies conformes.La dyslexie n’est pas vue comme processus de pensée efficace, rapide qui ont conduit des personnes à une productivité intellectuelle brillante….Einstein, Michelange… mais comme un handicap qui rend la participation à l’école difficile parce que l’école ne les connait pas, ne les reconnait pas. A ce processus d’exclusion ces enfants répondent par des stratégies de compensation parfois heureuses, trop souvent pas. La pédagogie porte en elle le facteur exclusif contre lequel elle est censée lutter pour donner à chacun une chance égale de participer avec bonheur à la vie en société. A un ami pédiatre qui me disait que la différence est un cadeau… l’école doit être un révélateur… et ouvrir le cadeau nécessite pour quelques uns d’apprendre que l’école s’adresse à eux dans des formes incompréhensibles pour ces enfants. L’apprentissage de la lecture est pensé pour les penseurs en mots…pas pour les « brillants » penseurs en image, en films…. sans quoi, de cadeau, bien malgré eux, ils deviennent encombrant, cailloux dans la chaussure, virus, pétards et hélas de trop nombreux…bombes. En cela je suis démineur, et j’aimerais tant qu’une prise de conscience de l’école l’amène à voir les mines qu’elle pose sur la route de ces enfants qui ont un fonctionnement neuro-psy différent et non détecté. Luc Fouarge

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Ecole, des copies conformes

L’école impose aux enfants penseurs en images, en films à utiliser les processus d’idéations des penseurs en mots qui sont majoritaires dans les classes (R. Davis). Enseignants, parents, politiques, PO, méconnaissent l’apport de cet auteur du « don de dyslexie ». Une ignorance qui envoie des enfants dans l’incompréhension de ce qui se passe à l’école vers l’enseignement spécial, les logopèdes ignorants cette approche, vers les comportements que l’on diagnostiquera rebelles, caractériels… ceux qui sans comprendre eux mêmes leur différence souffrent sans identifier la nature de ce qui les conduit à l’exclusion. Ils vont ainsi se heurter aux murs pensant à tort que c’est leur nature, leur être qui est mis au banc, qu’ils ne sont pas bons, qu’ils sont irrémédiablement impropres à la scolarité, à l’intelligence, à la relation. Ils seront nombreux dans les salles d’attentes des orthophonistes, des psy… quelques uns seront apaisés par des médications, des drogues…d’autres encore s’essayent dans les établissements spécialisés et parfois, se feront enfermer dans des hôpitaux ou en prison. Il n’ont jamais pu, obtenir le sourire du professeur qui échoue à en faire des copies conformes.

La #dyslexie n’est pas vue comme processus de pensée efficace, rapide qui ont conduit des personnes à une productivité intellectuelle brillante….Einstein, Michelange… mais comme un handicap qui rend la participation à l’école difficile parce que l’école ne les connait pas, ne les reconnait pas. A ce processus d’exclusion ces enfants répondent par des stratégies de compensation parfois heureuses, trop souvent pas. La pédagogie porte en elle le facteur exclusif contre lequel elle est censée lutter pour donner à chacun une chance égale de participer avec bonheur à la vie en société. Luc F.