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IMP 140

Fabrique d’incasables

140 , « incasables », jeunes en situation complexe…

Ainsi les nomme -t-on ! 

En raison d’un arrêté qui définit les jeunes pris en compte pour bénéficier des SRJ (IMP140) en résidentiel ou en suivi ambulatoire à charge de l’ AVIQ, RW. Ils sont nombreux à être suivis par les SAJ, SPJ soit l’AAJ, de la CFWB. Une grande majorité sont inscrits en enseignement spécialisé de Type III.

« Caractériel » est le diagnostic retenu pour bénéficier d’un service résidentiel.

Ces troubles, voire cette pathologie n’ a rien de génétique, elle s’installe très tôt dans la vie relationnelle de ces jeunes, à la suite  d’accidents dans la vie familiale et scolaire.  Des troubles psychoaffectifs qui bien souvent s’installent pour longtemps, affectant la santé mentale de ces jeunes accompagnés dans le secteur du handicap. 

Handicap, troubles psychiques, troubles psychosociaux, retards scolaires, troubles du comportement… 

Jadis ces services pour beaucoup cumulaient sous une même direction l’ensemble des prises en compte spécialisées nécessaires dans la vie quotidienne, l’école, la distanciation « thérapeutique » de la famille dans une Belgique unitaire. Deux ministères, Santé publique et Education nationale subventionnaient ces services. S’y ajoutait le département Justice dans les situations de protections et de délinquances. 

Les inspecteurs du secteur du handicap et de l’Education se trouvaient devant un seul directeur pour l’ensemble des activités. En cas de bouleversement comme nous le connaissons aujourd’hui, les conduites à tenir étaient établies et partagées par une direction qui pouvait mettre très facilement autour de la table les personnes œuvrant en classe ou dans le lieu de vie. 

Aujourd’hui, directions, administration, niveaux de pouvoir différents saucissonnent ce public en souffrance des écartèlements, des écartements dont ils ont eu à souffrir. Les décideurs d’orientations différentes n’unifient pas la réflexion capable de penser la « contenance »[1] qu’il convient d’offrir à ces jeunes. Peu, voire pas de continuité de penser les réponses à ces jeunes par des métiers qui affichent de plus en plus leurs différences. L’enseignant enseigne, l’éducateur fait de l’éducation. Les regards portés sur le jeune s’opposent parfois. 

Dans cette période de pandémie, l’accès à l’école est en grande partie fermé à ces jeunes. Une bonne partie d’entre eux ont été confinés dans l’IMP. L’école ne considère pas qu’elle fait partie d’une approche globale d’un soin à apporter à ces enfants. Les adultes ne sont pas forcément formés à participer au curatif, au prendre soin. 

Voilà donc ces jeunes victimes de fractures institutionnelles. Double sanction, après celle de l’écartement familial !

Cette absence, ab-sens[2], de cohésion se manifeste par un « impossible éducatif soignant » co-construit, en symétrie avec l’incapacité de gérer ces secteurs dans la transversalité indispensable pour élaborer une clinique éducative et scolaire digne des besoins de ces jeunes.

Voilà que le système institutionnel, en rupture de concertation, soutient, voire renforce les mécanismes défentiels de ces jeunes et ainsi les spécialise dans une inadaptation au monde auquel nous les invitons. 

Le soin est politique d’abord ! … si l’organisation le pense dans les complémentarités nécessaires à son succès. Politiquement , aujourd’hui on peut, sans beaucoup se tromper, penser que la société renonce à investir dans les conditions de succès d’une bonne intégration de ces jeunes. Un rapport commandité par le comité de gestion de l’ AWIPH, publié en 2006, prônait déjà cette déclaration d’aborder ces questions dans la transversalité.

Plus tard, à la suite de ces conclusions des accord de coopérations AViQ – AAJ, créent les Jardins pour Tous, comme lieu d’activation de cette transversalité. Cela fait un an que sa structure faîtière ne s’est plus réunie à la suite de consignes des administrations dont question. 

On nous rétorquera que les réseaux de la nouvelle politique en pédopsy, sous tutelle du fédéral, s’en occupent. Mais nous avons montré que les missions sont différentes. 

La prise en considération des jeunes en situation complexe est donc reléguée, les moyens insuffisants et les quelques opérateurs des situations les plus difficiles méconnus dans la haute spécialisation que cet accompagnement exige, conduisant jeunes et professionnels à l’échec. 

Une relance de cet atelier de réflexions dans la transversalité sur cette clinique éducative spécifique, le Jardin Pour Tous Faîtier, doit pouvoir reprendre ces activités et produire des recommandations pour les politiques et administrations nombreuses qui regardent cette populations de leurs balcons en raison du fait qu’ils ont un pied dans le jardin du ministre voisin, ou d’un ministre d’un autre niveau de pouvoir. 

Les éducateurs spécialisés dans ces questions seront unanimes. Une approche qui se donne des chances répondra aux lectures systémiques des évènements, entre autre. Il convient que les regards soignants posés sur ces jeunes soient eux-mêmes nourris des regards des acteurs  de la santé mentale, de l’enseignement, de la protection de l’enfance et de la justice, du champ du handicap, de l’éducation spécialisée. A ce jour, ces points de vue sont morcelés. Cela me fit dire jadis qu’ils étaient victimes d’un saucissonnage schizophrènogène. Lisez, qu’il est question d’en faire des bombes humaines. Secouée par la covid 19, notre société ne demande à ce que nous rajoutions des causes à nos craintes. 

Je plaide pour ces jeunes, je leur souhaite de rencontrer des adultes cohérents et soutenus par leurs partenaires, de sorte que les uns et les autres puissent tenir face aux tentatives de rejets qu’initient les troubles qu’ils manifestent. J’aspire à ce qu’ils cessent d’être des patates chaudes et qu’ils puissent gonfler les rangs des acteurs de sociétés plutôt que les HP, 

les prisons, les CPAS… 

Il nous arrive de penser qu’en faire de bons utilisateurs des systèmes d’allocations est un succès.

Luc Fouarge


[1] Capacité d’accueillir et de contenir les émotions parfois suicidaires et homicidaires pour qu’elles ne se transforment pas en passage à l’acte. 

[2] Philippe Gaberan – Oser le verbe aimer en éducation spécialisée – Eres 2016

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Société

Après la crise COVID…

Revalorisation des bas salaires et des indemnités de chômage … pour relancer la consommation. 

Voilà que le capital fait appel au social, c’est pas tordu…mais dans une économie arégulée, il n’y a pas de borne. C’est donc une politique du court terme. Ainsi, plus le capital a soif, plus on l’abreuve. Et le 1 % qui détenait la richesse, qui, pour s’enrichir, fait courir les 99 %, vous et moi. est atteint par une forme nouvelle de COVID, et a perdu les sensations de satiété. 

Voilà qui nous conduit dans les bras des extrémistes. 

A moins que les 99 % pensent et mettent en actions de nouvelles formes d’appropriation de la production de biens et de pensées. La découverte essentielle de cette pandémie n’est pas la perte de goût mais celle de la satiété des 1 % … GAFA et autres producteurs de biens. Ce mot est un piège, bien, ne contient pas forcement bon. Bon est du registre des valeurs, bien n’en a que les apparences.

3000 signataires issus du monde des sciences, à propos du travail, prônent: démocratiser, démarchandiser, dépolluer.  

L’espoir d’un nouveau monde est dans cette dynamique sociale, ces groupes et réseaux sociaux qui deviennent une force d’énonciations de valeurs susceptibles de remettre l’humain à la place qui est la sienne, dans l’univers et qui accepte sa nécessaire interdépendance avec tout le vivant et l’inerte sur terre. Une force capable d’alimenter les partis. Luc Fouarge

https://democratizingwork.org  dans toutes les langues

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IMP 140

Le mythe de la transversalité en faveur des jeunes en difficultés

On n’est pas obligé …

Les IMP 140 accueillent à temps complet, en collectif, durant l’épidémie également, de nombreux jeunes pour lesquels des mesures protectionnelles des services de l’AAJ découragent ou interdisent les séjours en famille. Beaucoup sont scoalrisés dans une école d’enseignement spécialisé voisine, proche. Une coopération Ecole/IMP  qui tente de répondre à l’ensemble des besoins de ces jeunes.

« On n’est pas obligé »… entendu de la bouche d’enseignants, dans une rencontre entre un IMP140 et une école d’enseignement spécialisé, pour évoquer le déconfinement, interroge les propos des autorités de tutelle en l’amont.

J’y lis une rupture de coopération autour de la prise en compte des besoins spécifiques de ces jeunes. Un repli stratégique des uns et des autres, au final un saucissonnage des besoins de ces jeunes dont l’évolution est particulière.

J’y lis également l’incapacité des autorités politiques de penser de concert les questions relatives aux besoins particuliers de ces jeunes tellement «en  déliaison ». J’y lis donc une cause supplémentaire pour ceux-ci de se défendre contre les tiraillements, les déchirures, les ruptures accompagnés souvent de violences. J’y lis aussi que le système est symétrique à cet éclatement qui spécialise ces jeunes dans les mécanismes de défenses contre une société incohérente quant à son discours sur une « société inclusive ».

A cette incohérence AViQ/Enseignement, s’ajoutent les difficultés récurrentes avec le secteur de l’AAJ. Un comble quand on se réfère à la dimension protectionnelle de ce secteur. Les tentatives de mettre ces trois secteurs au travail, dans la collégialité, la mise en commun des moyens, dans une unicité qui compenserait les ruptures vécues dans l’environnement de ces jeunes. 

Je ne serais pas complet si je n’évoquais les carences de coopérations avec le secteur de la santé mentale qu’introduisaient jadis les dispositions sur l’évaluation et la ré-évaluation, positionnant ainsi l’ambulatoire comme tiers dans la construction psychique déjà si fragile de ces jeunes. 

Je persiste, ces carences de coopérations sur le terrain sont induites par l’incapacité de ces secteurs de penser et d’agir d’une seule voix dans les rencontres avec ces jeunes et leurs familles. Un saucissonnage qui a des conséquences schyzophrènogènes.

Ces secteurs dépendent des gouvernements fédéraux, CFWBxl, RW et des administrations SPFS, Enseignement, AAJ, AViQ.  Conclure sur un échec de l’indispensable transversalité dans la gestion de ce public à besoins spécifiques est redondant. Le Jardin Pour Tous faîtier s’est donné cette ambition d’être le caillou dans la chaussure des autorités qui semblent vouloir s’en débarrasser  pour taire la douleur plutôt que de se mettre à son écoute.

Aujourd’hui, tout se passe comme si ce public était condamné d’avance. Comme si l’entrée dans ces secteurs spécialisé destinait ce public à devenir bénéficiaire des CPAS ultérieurement. Cette immobilité politique dans cette dimension transversale, cette passivité signerait-elle une croyance « morbide » sur les compétences des services et des agents désignés, subventionnés pour  conduire ces jeunes vers une réelle intégration dans la participation à l’action sociale.

Luc Fouarge

PS :

Les urgences de cette crise ne se traitent pas dans la transversalité plus nécessaire que jamais.
En temps qu’acteur de santé mentale, de protection de la jeunesse, du handicap
je prends la mesure de la nécessité de traiter les questions que posent l’accompagnement des jeunes qui prennent appui sur ces secteurs appartenant à au moins trois niveaux de pouvoirs. 

La question de fond est celle de la place que la société souhaite donner à ces jeunes à besoins particuliers
qui prennent la porte de l’ES, de l’AAJ et TJ, des IMP 140, des SSM et hôpitaux pédo-psy… et régulièrement
il les franchissent toutes… sont-ils destinés à emprunter plus tard celle des CPAS, HP, Prisons,… 
Il ne peut y avoir de réponses efficaces hors de cette transversalité tant attendue…

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IMP 140 Protection de l' Enfance

LE NÉCESSAIRE BAVARDAGE DANS NOS EQUIPES

Durant cette période de confinement-déconfinement, plus d’un mois maintenant, J’entendais des directeurs signaler l’inquiétude croissante dans les équipes. 

Inquiétudes pour les jeunes qu’elles accompagnent, crainte de les infecter, crainte d’être infectées à leur tour et d’infecter leurs familles. Une charge émotionnelle cachée derrière l’urgence du don de sa personne dans cette caisse de résonnance de l’abandon qu’engendre le confinement.

L’organisation du temps de travail shunte les temps de réunion d’équipe, les circulaires affichées, venant des autorités, ne permettent pas d’être opérationnalisées dans un temps de travail d’équipe dans lequel un effet de réassurance pourrait être distillé.

Dans un climat de peur et de méfiance, s’immisce un sentiment d’être piloté dans l’opérationnalisation des directives par les cadres. Un processus qui met à mal l’exercice de la démocratie du service que nous connaissons habituellement et que nous savons correspondre à une réorganisation qui répond à la crise. Nous y entrons bien volontiers comme toute la population est entrée dans le confinement sous bonne garde des autorités.

La peur atténue l’esprit critique, les devoirs de préserver l’autre, de nous préserver, nous poussent à entrer dans un nouveau système. La rapidité de la dispersion du virus fait le reste.

Tout cela pour mettre en évidence la perte de ce travail « en chambre » auquel participent nos équipes de façon hebdomadaire quand elles vont bien. Des lieux, des temps de bavardages qui permettent souvent informellement de se départir des craintes, inquiétudes et questions liées à l’accompagnement des jeunes. 

On le sait, cette urgence que l’on espérait brève, quelques semaines tout au plus, nous conduira à septembre et même plus sans doute. Seuls, traitements et vaccins pourraient modifier le cours des évènements.

Notre créativité doit se mettre au service de ce nécessaire bavardage dans l’interdisciplinarité et dans la hiérarchie des rôles et fonctions pour que cette fonction de métabolisation des émotions, souvent non dites, puisse à nouveau répondre à cette nécessaire recherche de réassurance des bruits de couloirs et des temps de réunions institutionnelles et de synthèses.

Les cadres s’en sortent par des réunions zoom, teams… mais d’autres moyens doivent s’instituer pour permettre l’exercice du bavardage. 

Dans débriefer pour soigner https://lucfouarge.com/2020/03/25/debriefer-pour-soigner/

J’abordais cette urgence à compenser cette diminution des rencontres dont la fonction « soignante », tant pour les professionnels que pour les jeunes, est indispensable.

Cette préoccupation étayera nos équipes en leurs apportant la reconnaissance à la sur-sollicitation émotionnelle qu’elles endurent aujourd’hui.  Luc Fouarge

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IMP 140 Protection de l' Enfance

COVID 19… éthique(s)

Les circulaires en disent peu. Elles opérationnalisent. Elles sont attendues. Qu’attend-t-on d’elles ?

Dans les espaces vides, une liberté d’apprécier les bonnes mesures qu’un service doit prendre. Deux niveaux de pensées, l’un répondant aux besoins supposés des résidents, l’autre en direction des équipes professionnelles, avec des interactions. 

Venant au travail sans savoir ce qu’il en est de ma charge virale, est-ce que je risque d’infecter un résident, rentrant chez moi est ce que je mets en danger ma famille ?

Des jeunes qui ont abordé le confinement en famille, ou leur famille, sollicitent le retour au service en raison du climat familiale insupportable. Faut-il les faire passer par le testing ? Dans les situations douteuses quant à l’observation des mesures barrières en famille, faut-il organiser un isolement sur le lieu de confinement…

Nos services ne sont-ils pas en train de se transformer en lieux de réclusion si au nom du « collectifs » on empêche visites, promenade, usage des lieux de loisirs de la ville comme les autres enfants ? Le testing est-il traumatisant pour les enfants ? Peut-on y renoncer ? Si oui sur quels arguments ? Au nom de quelle délégation de pouvoir ? 

Le masque « fortement recommandé » est-il obligatoire chez nous ? Pour qui ?

Quand le testing-screening donnera les premiers résultats, qu’en fera-t-on ?

Une partie des questions qui font le quotidien des équipes, au mieux avec les cadres, ou rien qu’entre cadres ? deux façons diamétralement opposées ? Quelles transversalités et quelles cohérences entre les tutelles, Affaires Sociales et Santé d’une part, Emploi et Travail de l’autre, organisations représentatives des travailleurs, protection du travail et médecine du travail. Un carrefour ou se font des politesses politique et éthique. 

Est-il possible de tenir un discours éthique partagé, dicté ?

Tout cela sur fond de peur. Des émotions que l’action, la créativité, la suractivité mettent en sourdine et qui risquent de se réveiller dans des formes dramatiques. Préoccupations qui ne tiennent pas devant l’urgence et le devoir. Diminution, voire disparition des temps de travail d’équipe. 

Les circulaires ne donnent que ce qu’elles peuvent donner d’autant qu’elles sont pensées sans la participation des personnes concernées. C’est donc là que le service est en devoir de produire des décisions et de s’inspirer de principes éthiques qui devraient faire l’objet de débats dans l’institution…oui, mais avec qui, quand ? C’est la que s’entrechoqueront les statuts…et que se cultivent les différences, les inquiétudes, le stress et ses conséquences.

C’est dans la caisse de résonnances des attentes des jeunes et des familles, de la peur des conjoints et des enfants du personnel que s’installe ou pas ce difficile dialogue. 

C’est une question de tout temps, mais nous nous étions peut-être accommodés, dispensés d’y songer et d’y travailler…et le COVID nous précipite dans ces zones que nous découvrons à tâtons. Aller au-delà du déclaratif : « Au nom de mon éthique je décide que… ». Il est question maintenant de décliner, d’argumenter… de sorte que notre décision, pensée ensemble, soit portée par l’équipe. C’est à ce prix qu’elle peut trouver de l’apaisement dans le collectif. 

Dans le soin, dans la clinique éducative nous savons que le lien est essentiel. La question des affects en jeu, confère à nos interventions des questions de grandes valeurs éthiques.          Ne serait-ce que pour nous éclairer sur la question de l’amour attendu par le jeune, de l’amour éprouvé par le professionnel, et bien évidement celle de l’absence d’affects, mais est-ce possible ? Une rencontre que nous devons gérer dans la bonneveillance dans notre équipe interdisciplinaire. Le confinement, les infos terrifiantes sur la maladie et la mort intensifient les questionnements, les évitements. C’est donc là que le service, l’équipe doit s’engager vis-à-vis de chacun de ses collaborateurs. Une réflexion qui associe éthique, clinique et politique. « Je t’aime, je te protège, je me masque »

Luc Fouarge

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IMP 140

Jeunesse et transversalités à l’heure du COVID

Ecoles d’enseignement spécialisé et IMP140 vivent régulièrement sur un même site et encadrent pour une grande majorité les mêmes jeunes. D’autres sont à distance de plusieurs écoles avec lesquelles ils établissent des collaborations. Historiquement bon nombre de ces services furent créés simultanément, par la même asbl et sous la même direction. A cette époque un seul gouvernement gérait le secteur de l’Education Nationale et celui de la Santé publique et de la Famille tutelle du Fds 81, aïeul de l’AViQ et de PHARE. 

Avec les années les PO et directions se sont autonomisés et les tutelles se sont trouvées dans différents niveaux de gouvernement. Ce bref rappel historique pour mettre en lumière mon étonnement et mon regret de voir qu’au cours de l’actuelle crise les questions de luttes contre l’épidémie, de confinement-déconfinement se traitent sectoriellement, avec peu de transversalité.

Cette absence se retrouve dans les circulaires adressées aux secteurs. Il convient d’élargir cette réflexion aux jeunes accueillis en SRG, sous tutelle de l’AAJ. Les solutions apportées aux questions de retours après confinement en famille et nouvelles admissions sont traitées par secteur. Actuellement 70 jeunes sont accueillis provisoirement, avec l’aide de l’ONE dans des services créés pour la circonstance. Des sas, qui prennent en compte le besoin d’observation avant l’intégration dans un groupe de vie. 

On le sent, dans ces approches, des questions éthiques et peut être idéologiques trouvent des réponses différentes. Il nous manque une étape de travail. Elle doit être transversale, éthique et ensuite politique. il y a urgence à inverser le processus… idéalement. Tentons d’y répondre aujourd’hui et gageons que cela puisse servir pour le futur.

S’il y a bien un concept qui rassemble à propos des troubles du comportement, de l’attachement… c’est la nécessité de leurs offrir de la contenance. Je la définis comme une capacité d’accueillir la personne avec toutes émotions, surtout si elles sont suicidaires ou homicidaires. La recevoir pour soutenir l’émergence de la pensée là où il y a de l’acte. La contenance se construit en équipe dans l’interdisciplinarité. 

Mais dans l’amont elle se construit dans la transversalité des pouvoirs de subventions, administrations et politiques. Il appartient à ces derniers à penser avec les acteurs les besoins d’une population. Les IMP140, si par le passé ont parfois fauté en tentant l’ambition d’être totale, doivent penser les besoins de leurs publics dans la coopération avec d’autres acteurs…scolaires, culturels, AMO, SSM…

Il convient pour cela, que la transversalité souhaitée débute dans les cabinets et les administrations. C’est en tous cas l’ambition des Jardins Pour Tous, des nouvelles politiques en matière de santé mentale. Leurs efficacités seront augmentées par un travail interministériel, intergouvernemental. 

Luc F

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Société

Pour en sortir… parlons de cette suicidarité mondiale !

L’intervention systémique nous apprend qu’il convient de contextualiser le symptôme. Comme l’émergence du COVID, sa transmission pandémique est à lire sur fond de la surexploitation de l’environnement, il convient de lire les  troubles de la santé mentale sur fond d’une suicidarité collective. Le néolibéralisme, suicidarité économique,  exploite la crainte, l’angoisse pour augmenter productions et profits. Dans ce contexte les plates formes destinées aux drames familiaux explosent. On sait que le seul traitement du symptôme entretient le malaise d’un groupe, voire même l’amplifie à terme. Les acteurs de santé mentale, les accompagnateurs de mal-être psycho-sociaux sont des observateurs privilégiés des dysfonctionnements de notre monde. Nous devons penser et agir dans la tridimensionnalité soin-éthique-politique. Sans cela, non seulement nous ratons la cible mais nous contribuons à l’expansion de cette suicidarité d’arrière fond sur laquelle murissent les symptômes. 

Vincent Cespedes décrit la « dévolution »  comme une marche des idées, une culture émergeant du peuple. Il rejoint en cela le concept de l’écologie politique qui consiste a ajouter un troisième terme à la dialectique gauche-droite, Etat-Entreprise où se déroule les combats politiques et qui participe à cette suicidarité. La sphère autonome, aux sens large, l’associatif doit y faire une entrée fracassante pour éclairer, élargir, « systémiser » ce regard sur l’organisation sociétale et mondiale parce que cette sagesse sait qu’un papillon qui bat des ailes ici peut déclencher une avalanche là-bas. 

Bill Gates  « Nous ne sommes pas prêts pour la prochaine épidémie. Le plus grand risque de catastrophe à l’échelle de la planète ressemble [à un virus]. [Le plus grand risque] ce ne sont pas les missiles, mais les microbes« , avait-t-il déclaré en 2015 D’autres, … des scientifiques, avaient déjà lancé de telles alertes. Il est établi que les modifications apportées par l’activité humaine sur l’environnement créent des perturbations dans la chaines de transmissions des virus du règne animal vers l’homme. 

Il n’est donc pas possible de se cacher derrière la surprise. La seule qui tient est celle du calendrier. Et donc la médecine comme les politiques savent depuis longtemps qu’il faudra aborder, tôt ou tard, cette crise que nous vivons aujourd’hui. Tout comme d’ailleurs la nécessité d’anticiper la réponse. Ainsi des équipements de protection, des lits en réanimation devaient être prévus dans une concertation mondiale. Anticipation que l’Allemagne a réussie.

Les détendeurs de la finance, les états ne l’ont pas entendu…et pour cause, faire des stocks, créer des lits de réa en prévision d’une  crise…   immobilisent des fonds sans return. Pas beaucoup d’amateurs…

Nous-mêmes, sans doute aveuglés par le courant d’air de la consommation, courant derrière nos revenus, sous la pression de nos endettements, de l’illusion de la nécessité d’investir plus dans la modernité, sommes pris dans cette tornade dont tirent parti les financeurs qui se déchargent des questions éthiques.

Nous, avec eux, participons à un vaste mouvement de méconnaissances (processus actif et non conscient de non-connaissance) que nos appétits entretenus par le marché. L’école des Schiff, avec le concept des comportements passifs éclairent le processus auquel nous sommes « invités » à participer. Est actif un comportement qui vise à réduire une tension, à résoudre une difficulté. Est passif un comportement qui les évite, les méconnait. Ainsi, dormir est un comportement actif s’il comble un besoin de sommeil, il devient passif s’il est au service de l’évitement d’une réalité désagréable…quelles qu’en soient l’intensité et la conscience qu’on en a.

Au processus de méconnaissance s’ajoutent des mécanismes psychologiques de protection. La peur est nécessaire à la vie pour générer des mesures de protection. La peur est donc utile jusqu’à un certain point, au-delà elle enclenche du déni. L’inconscient ne connait pas la mort, comme une dénégation qui permet de vivre (Cynthya Fleury). C’est cette modalité d’adaptation humaine qui permet le développement de cette suicidarité inconsciente et collective. Ici se fait cette connexion avec un système capitaliste néolibéral excessif qui à terme perturbe complètement notre rapport avec l’environnement.

Je crains que nous soyons embarqués sur la question de la gestion de notre rapport à l’environnement dans un comportement passif collectif, mondialiste. Les sirènes de la consommation, nos rapports à la finance nous conduisent à la méconnaissance de l’impact de nos choix. La fin de ce scénario catastrophique est ce que je nommerais une suicidarité mondiale.

Psychologiquement, j’y vois une forme de suicidarité collective qui en arrière fond entretient cette dose d’angoisse sourde qui participe à cet aveuglement. Les taux de suicides, les dépressions, les états limites, les violences intrafamiliales sont autant de signaux d’alertes dont nous avons coupé les fils qui alimentent les témoins d’alertes.

Cet arrière fond anxieux entretient une forme de fièvre acheteuse. C’est comme si le « marché » que nous alimentons, se portait mieux de cette tension dans laquelle nous vivons. La montée des indicateurs de destructions de notre environnement semble augmenter un besoin d’acquisition de biens et d’outils qui à notre insu atténue ce fond d’angoisse.

C’est ce même fond anxieux qui alimente l’actionnariat des usines pharmaceutiques…

Nous avons besoins de lieux d’échanges citoyens éclairés par des approches psychologiques, philosophiques. Il est également nécessaire que ces analyses soient croisées par des éclairages écologiste, systémique…environnementaliste. De ces partages d’intelligences, nous avons à élaborer des barrières contre les virus…. Mais surtout des barrières contre cette surexploitation que le « monde des affaires » fait des femmes et des hommes, créant des « besoins » qu’ils n’ont pas, en surexploitant les ressources de la nature jusqu’à épuisement.

De ces cercles de réflexions holistiques peuvent naitre des choix qui nous aiderons lors de nos rendez vous avec les scrutins électoraux. Il nous appartient d’écarter les politiques qui commercent avec les opérateurs industriels et financiers qui méconnaissent leurs impacts sur l’hôte qui nous véhicule, la terre.

Les prêts à penser comme les religions, des théories économiques comme le capitalisme tirent profit de cette suicidarité mondiale. Le soin, la bonne attention que nous nous devons, l’amour, la bienveillance sur l’environnement qui nous accueille nous rendront plus vivants et légers. 

Luc Fouarge

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IMP 140 Protection de l' Enfance

Covid ….miroir de la société

Avec Vinent Cespedes et Luc Fouarge

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IMP 140

COVID, miroir de la société…

COVID, miroir de la société… et des institutions pour jeunes en difficultés

Bill Gates  « Nous ne sommes pas prêts pour la prochaine épidémie. Le plus grand risque de catastrophe à l’échelle de la planète ressemble [à un virus]. [Le plus grand risque] ce ne sont pas les missiles, mais les microbes« , avait-t-il déclaré en 2015

D’autres, … des scientifiques, avaient déjà lancé de telles alertes. 

Il n’est donc pas possible de se cacher derrière la surprise. La seule qui tient est celle du calendrier. Et donc la médecine comme les politiques savent depuis longtemps qu’il faudra aborder, tôt ou tard, cette crise que nous vivons aujourd’hui. Tout comme d’ailleurs la nécessité d’anticiper la réponse. Ainsi des équipements de protection, des lits en réanimation devaient être prévus dans une concertation mondiale. 

Les détendeurs de la finance, les états ne l’ont pas entendu…et pour cause, faire des stocks, créer des lits de réa en prévision d’une  crise…   immobilisent des fonds sans return. Pas beaucoup d’amateurs…

Nous-mêmes, sans doute aveuglés par le courant d’air de la consommation, courant derrière nos revenus, sous la pression de nos endettements, de l’illusion de la nécessité d’investir plus dans la modernité, sommes pris dans cette tornade dont tirent parti les financeurs qui se déchargent des questions éthiques.

Nous, avec eux, participons à un vaste mouvement de méconnaissances (processus actif et non conscient de non-connaissance) que nos appétits entretenus par le marché accentuent.

Psychologiquement, j’y vois une forme de suicidarité collective qui en arrière fond entretient cette dose d’angoisse sourde qui participe à cet aveuglement. Les taux de suicides, les dépressions, les états limites, les violences intrafamiliales sont autant de signaux d’alertes dont nous avons coupé les fils qui alimentent les témoins d’alertes.

Dans le secteur de l’accompagnement spécialisé d’enfants en difficultés psychologiques, des enfants sont placés pour les protéger . Les états d’humeur, d’inquiétudes, d’angoisses font souvent l’objet de  méconnaissances symétriques, conjointes côté jeunes, côté personnel. 

Il arrive que ce constat soit très aigu dans quelques-uns de ces services qui ont en partage avec les jeunes ce fort taux de méconnaissance. Les passages à l’acte y sont nombreux. Tant du côté des personnes qui y travaillent que du côté de celles qui y vivent. Les lieux et les temps d’élaboration sur ces manifestations de symptômes sont rares et pauvres. Un vécu de maltraitance rejaillit par phénomènes de cascade sur chacun.

Les tentatives d’y porter un regard sont dénigrées, disqualifiées, écartées. L’expression des craintes est qualifiée de parano. Ceci n’est possible que si tous participent à ce système malsain et dangereux. Les fonctions internes, direction, CA, cadres, syndicats, chacune des personnes dans son rôle et sa fonction partage  les mêmes « taches aveugles » qui ne permettent pas de voir le danger.

De l’extérieur, les inspections dites audits ne sont pas équipées pour faire une telle lecture de cette dynamique suicidaire. Il en est de même des autorités en charge des règles d’organisations du travail. Il y a donc peu d’extérieurs, peu d’exercice sde regards tiers, peu de tiércité. En effet, cette forme d’adhésion au système pourrait même être décrit positivement. 

Le propos que je vous tiens est refusé par les services de la catégorie. Ils sont sur la défensive, comme pour se protéger d’être éventuellement vus sous l’angle de cette analyse.

Ce type de service ne connait pas d’association de parents et/ou d’usagers susceptibles d’éclairer ce processus pathologisant. 

Une homéostasie, une forme d’équilibre qui s’inscrit dans un climat sociétal suicidaire. Elle va privilégier une lecture des troubles sous l’angle de la pathologie des jeunes accueillis. « Qui soigne qui ? »  pourrait être la conclusion de cette réflexion. La sortie est dans le miroir si on veut bien s’y regarder. Ce qui n’est possible que dans un climat de sécurité. Climat qui ne fait pas l’objet de soin ni de l’externe, ni de l’interne de ces institutions.

Ouf, fort heureusement, je vous précise que ce constat ne peut en aucun cas être généralisé…mais les questions qu’il pose pourront être revisitées. Et, j’en connais, qui ne tireront aucun bénéfice de la lecture de cette réflexion.

Luc Fouarge

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Société

Les vieux ne pleurent plus…. Pâques 2020

Au lendemain de la guerre, loin des côtes, la route longeait un village abandonné. Quelques maisons grises criblées d’impacts de gros calibres, restaient debout à attendre le retour de leurs hôtes. Une fenêtre ouverte sur un balcon à l’étage saisit mon regard inquiet sidéré… une femme en noir y était recroquevillée, immobile et sourde. Le bruit de ma moto, seul moteur qui chahuta depuis des jours dans ce village reculé, ne la distrait pas de sonattente silencieuse. 
Je pensais alors à Rosa, 98 ans, assise immobile sur le tabouret de sa cuisine, il était 10:00, toutes ses tâches, celles du potager comprises étaient finies. Elle nous dit qu’elle attendait… nous ne pouvions que comprendre que son attente était celle du silence terminal.

Pâques, c’est presque en cortège que l’on conduit nos vieux en ambulance accompagnés de personnes méconnaissables dans leurs combinaisons …à la morgue, après un bref passage par les chambres de la mort… 

Les vieux ne parlent plus… disait le grand Jacques. Je crois qu’il souhaiterait réveiller cette angoisse qui semble avoir paralysé l’organisation de notre société trop occupée à consommer. L.F.