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IMP 140 Non classé Protection de l' Enfance

Passage à l’acte du personnel

Les agressions physiques et/ou sexuelles d’éducateurs.trices, sur des enfants, des personnes porteuses de handicap créent de véritables explosions volcaniques dans les lieux d’accueils. Il n’est pas rare qu’elles viennent après de longs silences au sein des équipes. Ces épisodes sont destructeurs pour l’enfant, la personne victime, mais aussi pour l’équipe, pour le service. La question de la responsabilité, des « comptes à rendre » précipitent toute l’équipe dans des émotions bouleversantes, chargées de culpabilité. 

Nous devons anticiper ces risques. Il faudra échanger sur les « invitations » des jeunes à reproduire des rencontres et immanquablement évoquer les « résonances » misent au jour chez des collaborateurs qui n’en ont pas encore la perception. « Je peux voir de toi ce que tu ne peux voir de toi, je t’en fais cadeau ».

Un échange indispensable pour sortir du trop de retenue, de l’excès de promiscuité. Il n’est pas rare que le jeune qui vécut jadis une forme d’abus, un climat incestuel « demande » une proximité physique très proche pour mieux contrôler l’adulte pourrait l’insécuriser.

Exercer une tiercité circulante au sein du service protège cette relation, le jeune et l’adulte qui l’accompagne également. Ceci suppose un travail sur la culture institutionnelle qui « autorise » cette rencontre particulière entre équipiers, proche et soutenante, dans la multidisciplinarité… dans la bonneveillance… alors, se construit la thérapie institutionnelle et le service passe de l’action éducative à la clinique éducative. Acceptant ainsi, que c’est à partir de là que l’on peut commencer à parler de la « clinique ».

En l’absence de cette culture, la relation éducative est livrée à la « sauvagerie » du jeune                    et de l’adulte, et parfois même de toute l’institution.


Ces questions, si elles ne se parlent en équipe pluridisciplinaire, risque de mettre tant d’énergie à se calibrer sur celle de la « bonne distance », préoccupation qui pourrait bien nous mettre au travail avec des « retenues » dans l’amour qui seront perceptibles. « Je pue, ou quoi ? »

C’est donc bien cette qualité d’échanges dans l’équipe qui nous préserve d’éduquer avec une économie exagérée de gestes, et de proximités « sauvages » qui tenterait ainsi de gérer la question de l’amour.

Luc F.

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Protection de l' Enfance

Désembourber la Protection de l’Enfance

 

(Préférons SPFE, Soutien à la Parentalité, à la Famille, à l’Enfant)

Témoignages, actions de grèves, exercice du droit de retrait, CM…. se manifestent au sein des services de la Protection de l’Enfance.  

Les acteurs perdent la confiance dans la boussole.

Les temps de débats, de questionnements, de réflexions, de remises en question se perdent.       La machine s’emballe, les inconforts se traduisent en défections, burnout. Les embauches sont difficiles. Le malaise se répand. Le soin devient aléatoire. 

La « capacité contenante » (Tu es le bienvenu avec toutes tes émotions, et je reste),

nécessaire à l’édification des jeunes adultes, s’étiole.

Nous devons retrouver les priorités du travail social, médicosocial, de santé et d’éducation. Les priorités se placent dans l’ordre suivant  : il est nécessaire de soigner l’institution, les services. Les accompagner dans le « prendre soin » qu’elles doivent à leurs acteurs. Seulement alors il sera possible de penser le soin dont a urgemment besoin la jeunesse si tout cela se pense dans la transversalité des autorités responsables de ces secteurs, dans la pérennité. Alors, nous pourrons tabler sur l’engagement que requiert un espoir de passage de l’action éducative à une éducation soignante.

Le « prendre soin du personnel » passe par l’engagement de chacun à participer à des échanges nourris de l’exercice d’une tiercité circulante au sein de ses équipiers, premiers tiers de la relation d’aide(Résonnance, sauvetage dramatique, contre-transfert)

Il s’agit là d’une condition nécessaire à l’élaboration du « care ». 

Le développement de la « capacité contenante » des chefs de service à destination des équipiers devient prioritaire. 

L’heure du don de soi inconditionnel de l’époque des congrégations est révolue. 

Les priorités ainsi énoncées autoriseront l’exercice indispensable d’un regard méta sur l’action éducative et de soin. Ce temps de travail en « chambre » doit recevoir la reconnaissance des pouvoirs subsidiants et des pouvoirs organisateurs. 

Ce rétablissement des priorités permettra de désembourber la Protection de l’Enfance si elle est pensée avec l’éducatif et l’enseignement, la justice, la santé et la santé mentale, la culture et le sport, l’éducation spécialisée et le psychomédicosocial…

Une réflexion à laquelle on veillera à faire participer les experts du vécu dans le respect du pouvoir d’agir des personnes concernées et des accompagnants.

Aujourd’hui, les travailleurs sociaux se sentent comme les Poilus de Verdun ! (Une référente ASE, expérimentée)

Luc Fouarge

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Société

Trop d’enfants dans les salles d’attente des psy …

La peur se déguise et conduit nos enfants dans les salles d’attentes des psy

Oui bien sûr, « La peur pervertit les perceptions humaines et asservit les esprits ». A.Pena

L’intranquillité permanente et sourde envahit les ressentiments et le comportement des parents. Les enfants, depuis toujours, épongent les émotions de leurs parents sans qu’aucune commande leur ait été faite en ce sens. Distraire les parents des émois pénibles qui les habitent est une caractéristique des relations enfants/parents.  Bon nombre d’entre eux, parmi les trucs et astuces que bien inconsciemment, ils développent à cette fin, produisent des comportements qui distraient les parents de ces inquiétudes, angoisses qu’ils transpirent. On repérera ces comportements et on pourrait bien leur donner un nom de symptôme. Et voilà, qu’en raison de l’amour qu’ils développent à l’égard de leurs parents, la « machine » les orientera chez des spécialistes… qui parfois se rue dessus sans prise de distance. 

Les milieux professionnels spécialisés du soin ont repéré que de nombreux adolescents à la suite du confinement ont « fugués » en eux-mêmes. Refuge dans l’esprit qui a pu faire penser qu’ils déraillent et les voilà dans les salles d’attentes des consultations. De trop nombreux ont flirté avec le délire et d’autres avec le suicide. Il nous faut faire parler, écouter ces peurs. Je n’observe pas que le monde d’hier meurt pour faire place à un monde nouveau, à une société, à des états plus protecteurs. Les consultations pédopsy pourraient bien déborder encore quelques années. Nous n’avons pas écouté le joueur de pipeau, il conduit nos enfants en troupeau en haut des falaises. Les acteurs de santé mentale doivent lire ces symptômes dans le contexte politique particulier des crises. Ils doivent s’ouvrir à la « politique ». 

Nous devons déplacer le focus du symptôme vers le contexte.

Les acteurs de la SM doivent se déplacer vers l’école pour conforter, soutenir la position des enseignants dans la fonction contenante de l’école  (Tu es le bienvenu avec toutes tes émotions…)

Luc Fouarge

Le Vif du 23 juin 2022

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IMP 140 Non classé Protection de l' Enfance

Crises, climatique, covid…

Impact sur les jeunes endifficultés et sur les professionnels et services qui les accompagnent

Pour ouvrir le Power Point,

clic ==> https://www.calameo.com/read/00108997295ebad3f7f58

Commentaires

Réfléchir, débattre, penser, se questionner, se mettre en question…ce sont aujourd’hui des luxes que très peu peuvent s’offrir et certainement pas ceux qui sont en première ligne.    L’heure ne me semble plus être au débats.  Les travailleurs sociaux sont au niveau des poilus des tranchées de Verdun.    De la chair à canon! Une AS, ASE, expérimentée, en charge du suivi de placement.

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Société

Le village de la joie

C’est en prenant soin de nos enfants qu’il est possible de changer le monde

Dans ce village épargné du modernisme, les gens vivaient heureux et en bonne santé. L’observateur regardait ces gens s’offrir sans compter des « doudouces » qu’ils sortaient d’un sac qui jamais ne se vidait. 

Intriguée une féepsy tente d’y installer une consultation. Les gens l’accueillent bien comme ils le font avec tout un chacun, elle reçoit, elle aussi, profusion des doudouces… mais personne ne se présente à sa consultation.

Dépitée elle s’adresse à un homme qui contemple avec ravissement son épouse distribuant généreusement ces précieuses gentillesses. La féepsy se penche vers l’oreille du mari et lui suggère qu’il devrait craindre qu’à tant distribuer elle pourrait en manquer pour lui et ses enfants. Mais non, dit-il, nous vivons ainsi depuis toujours, et nous n’avons jamais manqué. 

Elle revint le lendemain et insidieusement relança son interrogation qui mina l’homme.

Il invita sa femme à plus de parcimonie, à une dose de retenue. D’abord surprise, elle commença à compter ces dons pour les réserver à son mari et ses enfants. Elle était moins gaie, et les enfants se mirent en compétition pour obtenir ses gestes tendres et aimants. Le bruit s’était répandu dans les rues du village. Les gens remplaçaient les doudouces par des gestes et parfois même des mots désagréables. 

La consultation ne désemplissait pas. Les enfants devenaient malades et s’échangeaient beaucoup des gestes accompagnés de mots désagréables. 

L’un d’eux dit qu’il se sentait malheureux, un mot qu’ils n’avaient jamais entendu. 

Inquiets, états qu’ils ne connaissaient pas, ils décidèrent de tenir un conseil à l’insu des parents. Le plus ancien de ses enfants se souvenait de cette époque, où jamais les mots maladies, souffrances ne se prononçaient. À l’analyse, ils se souvinrent qu’il était question d’une époque de bien avant, l’arrivée de la fée qui s’enrichissait.

Ils décidèrent de la chasser. Ils se mirent à imiter les parents de cette époque où le mot malheur ne se prononçait pas chez eux. Ils échangèrent entre eux des doudouces sans compter. Ainsi, ils « contaminèrent » les parents qui petit à petit imitèrent les enfants.

Le village retrouva sa beauté, les maladies disparurent, les enfants jouaient, le village de la joie s’échangeait à nouveau des doudouces qui jamais ne venaient à manquer.

Luc Fouarge, interprétation du conte des chaudouxdoux de Cl.Steiner revisité par Salomon Nasielski

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IMP 140 Protection de l' Enfance

Transversalités difficiles-Jeunes en difficultés


Jeunes à la croisée des secteurs

Il faut tout un village pour élever un enfant ( sagesse africaine) La capacité contenante de la société et de nos services baissent. La difficulté de penser « en village » en est à l’origine.

Ce vendredi 22/4, Cap Nord à Namur, sous l’impulsion des cabinets Affaires sociales, AViQ secteurs Handicap et Santé mentale et CFWBxl, AAJ, Marie Thonon et Virginie Belfroid , avec Sophie Vilain XIIII orchestrent la première présentation publique des travaux de 6 GT largement composés de services et d’acteurs concernés par la mise en œuvre de politiques en faveur de jeunes affectés par des problématiques sociales, familiales, de santé mentale, de handicap. Une relance de travaux déjà bien avancés par les « Jardins pour tous », freinés par des soucis politiciens.

Les jeunes dits en situation complexe sont particulièrement ciblés. Les réponses qu’ils nécessitent relèvent des champs du social et de la Justice, AAJ,  de la santé mentale et du handicap, AViQ et SPF Santé.

Les organisatrices ont réussi à créer une ambiance conviviale et de liberté d’expression.

Climat indispensable pour échapper à la langue de bois, à des bilans partiaux qui laissent les acteurs de terrains fatigués de n’être pas entendus. Cette même fatigue qui percole sur les jeunes dont nous parlons et qui fabriqueront les symptômes d’alerte d’une société qui trop souvent, met sous le tapis les problèmes de société. 

« Les jardins pour tous » issus d’accords de coopérations AAJ-AViQ-Santé Mentale, auxquels il faudrait ajouter Ecole-CPAS-Parents et représentants des jeunes-politique du logement-Hopitaux… et bien d’autres secteurs, …. ont manifestement donné le ton à la réflexion de ces 6 GT. Et pour cause, Virginie et Marie en ont été des chevilles ouvrières. 

Un dispositif juste « insuffisamment » piloté pour qu’il y règne un climat de liberté et d’audace qui permet un réel tricotage de pratiques de réseaux, ainsi qu’un processus d’intervision entre acteurs et services. C’est dans cet esprit qu’il convient de penser nos actions. Cela épargneraient les passages à l’acte dont sont trop souvent victimes ces jeunes dont nous parlons, méconnaissant trop souvent la part de responsabilité que nous avons, collectivement, dans l’émergence de ce que nous appellerons symptômes. Diagnostic qui nous permet de juguler notre sentiment d’impuissance, d’ « évacuer » notre responsabilité en « santémentalisant » des conduites « saines » dites symptômes, réponses à nos difficultés de construire ensemble. 

Il faut tout un village pour élever un enfant… tellement vrai. Ne nous laissons plus enfermer dans des politiques pensées secteur par secteur ! Pensons et agissons dans la transversalité des savoirs et des compétences. 

Il faut en passer par cette culture du soin, par cet humanisme si nous voulons éviter, par exemple, qu’une jeune femme passe la première nuit de sa majorité dans une chapelle juste en face du lieu de « vie » qui ne peut plus l’accueillir. 

Luc Fouarge

Président du CRéSaM

Administrateur de www.groupementimp140.be

Co-fondateur de www.metis-europe.eu

www.lucfouarge.com

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Protection de l' Enfance

Mise en autonomie !

« Après, je ferai mon autonomie… »  

https://youtu.be/SWN6EspwLSk

Dans une vidéo du CRéSaM, cette jeune fille, chahutée, bousculée par les services et acteurs de la Protection de l’Enfance et de la santé nous dit qu’après un séjour de rupture elle « fera son autonomie ». Ainsi elle reprend le discours des professionnels, comme pour les rassurer. Ces discours sur l’autonomie donnent aux professionnels du contenu mesurable à leurs taches, aux protocoles issus de « synthèse » ou l’on a énuméré les habilités sociales, comportementales….  Une captation de l’angoisse de l’accompagnant.

« Gérer sa vie » serait une liste d’aptitudes, de capacités à faire… seul. En prendre la mesure permet des graphiques, l’entrée dans des logiciels traitant les apprentissages à mettre en œuvre. Voilà que par la mesure, les autorités mandatées et les accompagnants, se rassurent sur leur propre autonomie, me semble-t-il. Sans doute davantage pour eux que pour le jeune qui défie sans cesse les limites des services et des membres du personnel.

Un inventaire des situations utilisables par cette jeune pour faire des accompagnants qui lui sont désignés des complices de son « sur place » grâce aux défis à la règle qu’ils sont censés tenir, mesurer.  Démarche qu’on appelle souvent abusivement « contenir ».

Il est question d’apprivoiser la solitude, la peur d’être seul, l’angoisse sans doute. Se confronter aux limites des idées et paroles que l’on est capable de se dire pour contenir et transformer l’émotion ancienne, burinée par les ruptures précoces et répétées. 

« Contenir » c’est se mettre à l’écoute et à l’accueil, « tu es le bienvenu avec toutes tes émotions, je ne m’enfuirai pas ». TENIR cette place nécessite bien souvent de l’inter-institutionnalisation, ce qui semble plus difficile encore en période dite de transition.

Voilà l’expérience à vivre, dans la relation d’abord, pour la mettre en action de soi à soi, pour devenir autonome.

Nous les soignants, les accompagnants… ou en sommes-nous de cette question ?

Si ce n’est pas le cas, sans les regards croisés à l’intérieur de notre service, de notre équipe, sans l’exercice d’une tiercité circulante et bienveillante, nous pourrions exiger de cette jeune une performance humaine que je n’ai peut-être pas. Je risquerais bien de tenter à travers elle (épi-scénario) d’accomplir cette démarche qui est celle que j’ai à faire. Ce n’est pas très rassurant. Ce temps d’intervision est-il accepté comme du travail ?

Nous n’en demandons pas tant à nos enfants qui ont expérimenté un attachement sécure, la permanence et la protection.

Si nous même n’en n’avons pas tout à fait terminé de cette compétence à être rassurant pour nous-même… nous pourrions précipiter cette jeune à devenir « autonome » pressé par l’arrivée de la limite de l’âge, par les compétences et réglementations des administrations peu enclines à co-construire dans la temporalité du jeune.

Luc Fouarge

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Crises climat et covid==>Jeunesse

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Société

Saturation des salles d’attente pédopsy d’ados suicidaires

Carte blanche pédopsy – Les salles d’attente débordent de la suicidarité ambiante

Bien sûr, sans réserve, je remercie l’initiative des pédopsy sur cette carte blanche à propos des soins qu’il convient d’apporter aux trop nombreux ados qui manifestent des envies suicidaires. 

La saturation des services pédopsy pose les questions de l’orientation vers des aides et soins ad hoc, le recours à la pédopsychiatrie, la médicalisation de problèmes psychosociaux, l’éveil tardif des intervenants psychomédicosociaux sur la dimension politique du soin et de l’éducation. J’apprécie que la carte blanche questionne les mises en œuvre de politiques qui relève du psychomédicosocial, de la protection de la jeunesse et de l’école. Des secteurs qui opèrent sous l’égide de 3 niveaux de pouvoirs. Un découpage politique qui contribue à la difficulté d’ériger des projets pensés et co-construits de façon transversale. Un accord entre les administrations de l’Aide à la Jeunesse (CFWBxl) et de l’AVIQ (RW) débouchait sur les « Jardins pour Tous », enterrés en même temps que l’arrivée de la pandémie. Un par province et une structure faîtière. Localement des rencontres mensuelles inter-sectorielles, multidisciplinaires et interinstitutionnelles apprenaient aux acteurs participants à tricoter du réseau. Des réflexions et pratiques sécurisantes pour les professionnels qui deviennent plus courageux et qui par phénomènes de cascades rejaillissaient sur les publics fragiles. Plus courageux et donc plus « contenants ».

L’insécurité des personnels accrue par la crise sanitaire conduit un peu rapidement les jeunes vers les hôpitaux à la suite de manifestations anxieuses aux allures de dépression.

Solution qui pourrait bien, inconsciemment, avoir pour intention de faire porter par d’autres les inquiétudes qui nous envahissent. Cela correspond, sans doute pas par hasard, au phénomène adolescentaire d’externalisation des responsabilités de ses actes.

Du soin bien sûr est nécessaire MAIS à plusieurs et plus anticipés. C’est là aussi que s’inscrit la dimension politique du soin. 

La tentation de faire porter sur la crise sanitaire cette explosion de l’orientation d’ados vers la pédopsy pourrait nous faire passer à côté des réponses urgentes dont ils ont besoin. La carte blanche nomme l’impact de dysfonctionnements sociétaux. Là elle dit qu’il serait rapide et dangereux d’attribuer la cause de l’explosion de ces orientations à la seule crise sanitaire. La crise agit en montrant les fragilités de l’organisation du vivre ensemble. Ici s’inscrit la dimension politique et éthique du soin. Cette carte blanche, si elle n’est pas relayée, commentée dans l’ensemble des lieux concernés par la construction psychique des jeunes, y compris l’école, augmentera l’effrayant constat de saturations des consultations psychiâtriques. Si l’école n’est pas et ne doit pas devenir un lieu de soin elle a cependant grand besoin de soutien des professionnels spécialisés pour accueillir les jeunes qui manifestent des signes de souffrances, de carences en famille. L’école est le lieu de la première expérience des jeunes avec l’extérieur de la famille. Attention qu’ils n’apprennent à l’école ce qu’ils ont déjà découvert à la maison que les adultes ne peuvent les entendre et qu’il faut les ménager.

Ici aussi s’ouvre la compétence des psy, observateurs privilégiés de la société, dans cette question politique au cœur du soin. Il appartient à l’ensemble des acteurs psychomédicosociaux de parler, commenter et peut-être agir au niveau politique pour augmenter l’accueil de paroles libératrices. Les enseignants, dans cette dimension éducative de leurs pratiques doivent être épaulés pour voir, entre les lignes, ce que les enfants se sont interdit de dire chez eux.

Attention, la leçon que tireront les enfants et les jeunes, de la saturation des services psy sera sans doute de ne pas en rajouter à la détresse des professionnels desquels ils attendent d’être aimé, c’est sans doute ce qu’ils ont appris à la maison. Si non…ils nous faudra apprendre à décoder les comportements passifs qu’ils déploient, il nous faudra apprendre à lire entre les lignes du comportement…mais quand on est là, il est souvent tard.

  • Médicaliser la suicidarité ou l’éclairer d’un regard reconnaissant pour la fonction qu’exerce le jeune qui se débat ?
  • Ne nous donne-t-elle à voir la cécité de la société qui se dirige vers le haut de la falaise ?
  • La réponse ne serait-elle pas d’activer les ressorts politiques d’un avenir sociétal plus (en)viable ?
  • Ne serait-il pas plus juste de soutenir les fonctions « contenantes[1]» de la société plutôt que de « pathologiser » le mal-être de la jeunesse ?

Nous coupons les fils des témoins lumineux du tableau de bord plutôt que de porter secours à la famille, l’école, les mouvements de jeunesse, la culture et le sport pour qu’ils exercent mieux la « contenance » à laquelle font appel les jeunes ?

  • N’est-ce pas de toute cette insécurité, imprévisibilité que nous alerte les jeunes ?

Luc Fouarge

Président du CRéSaM

Janvier 2022


[1] Contenance, « tu es le bienvenu avec toutes tes émotions, je t’écoute, je reste avec toi… »

https://www-lalibre-be.cdn.ampproject.org/c/s/www.lalibre.be/debats/opinions/2022/01/25/des-soignants-seront-ils-obliges-de-choisir-quels-jeunes-sauver-du-suicide-3Q7TE3OWKVEIJOWXHSIBEBDWNE/?outputType=amp

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IMP 140 Protection de l' Enfance

…de l’accueil d’un enfant 

… en milieur résidentiel pour jeunes

Je sors de la voiture de cette dame que j’ai déjà vue une fois auparavant, elle est la septième qui se déclare être mon assistante sociale. Elle est gentille. Elle semble mal avec cette idée de me déposer dans cette institution qui grouille de monde, en même temps elle parait pressée d’en repartir, elle a encore de la route, elle doit encore aller chercher ses enfants déjà sortis de l’école à cette heure.

J’ai 12 ans et demi, je ne pleure plus quand j’ai peur. Je suis triste de la voir partir. Pas parce qu’elle me laisse là. Je suis triste de l’ennui que je lui cause d’être en retard pour ces enfants. 

Elle non plus ne connait pas l’institution où elle me dépose et pourtant elle me dit que j’y serai bien. Sur le dernier km elle a dit que c’était une belle région… comme des vacances, ai-je cru entendre. Ma mère n’a pas pu venir, elle est sortie de la maternité avant-hier. 

Un homme bizarre me propose de déposer mon sac…j’hésite, ils vont l’ouvrir…ils vont voir que je n’ai rien…juste quelques vêtements trop petits que je ne mettais déjà plus dans l’institution que j’ai quittée. Il veut me faire visiter son service et me présenter au groupe, à mon groupe. Je n’ai ni larme ni appréhension, cette scène de la première rencontre je l’ai vécue…quelques fois.

Quel air faut-il prendre ? Triste, apeuré …. Qu’est-ce qui est le mieux pour eux, pour le groupe d’yeux qui me déshabille du regard quand l’éducateur ouvre la porte qui cache une ambiance faussement joyeuse … le groupe sait déjà mon nom et mon âge. Le groupe, excité…ne sait pas que j’ai l’habitude et que je ne sens rien, que je suis disposé à faire l’effrayé, le « j’en ai rien à faire », que ma seule peur monte en moi quand je suis sous les couvertures et que s’éteint la lumière juste avant que l’éducateur qui ne sera pas là à mon réveil ne ferme la porte. Demain, quelqu’un que je n’ai jamais vu me découvrira à ma descente de lit avant que je ne passe à la salle de douche. Je n’aime pas faire les présentations, les cheveux en bataille, en pyjama. On me précipite dans l’intimité, me faisant découvrir pour la millième fois que je n’ai pas de privé, que je suis du groupe. 

Ils sont souvent gentils, mais prennent des airs fâchés quand le groupe est mal levé. 

Je suis aussi le groupe et je subi l’air grognon de l’éducateur qui ne m’a pas encore dit bonjour, il est préoccupé. Il est occupé par toute l’attention qu’il porte à la tension matinale du groupe dont je découvrirai que c’est chaque fois avec cet adulte là…mais ça je ne le savais pas. Quand je ne serai plus le nouveau du groupe, cela ne me touchera plus, déjà maintenant, avec toutes mes expériences passées je sais ce qu’il en coûte d’être du groupe, de m’y confondre, de me diluer, de disparaitre derrière un nom de groupe. Le noir au couché m’a fait moins peur qu’à la fois précédente. J’apprends, j’ai douze ans et j’apprends à ne plus être moi-même, j’apprends à être du groupe parce que c’est ainsi, je l’ai éprouvé qu’il est plus facile de ne plus sentir…je ne sais d’ailleurs presque plus ce que je ne sais plus sentir. C’est plus facile ainsi. Puis j’ai souvent entendu que la vie est dure et j’en ai conclu que ne pas le sentir me rendait plus calme.  Parce que quand je ne suis pas calme, il me change d’institution et ça m’énerve.

Prendre soin de l’accueil

Les réflexions de cet enfant interrogent. 

Ce scénario banal nous dit que peut-être l’enfant n’est pas autant au centre du projet de service que ne le prétendent les écrits des services « envoyeurs » et d’ « accueil ». 

Le service social mandaté y a consacré peu d’énergie. Les accueillants également très probablement en raison des charges de travail augmentées par la crise que nous vivons. Elle impacte le temps consacré à une présence physique et émotionnelle auprès de ce jeune enfant.

Pas de tuilage entre l’institution (sans doute limité à un échange d’éléments de dossier) qu’il quitte et celle qui le reçoit pour donner à ce passage l’importance de l’évènement. Il est perceptible que l’enfant s’y adapte bien. Ce « transfert » démontre bien le manque de messages existentielles que la société lui adresse à la suite des messages, sans doute carencés de la famille, dont on a accepté l’absence. Lui-même et les professionnels, avec toute la gentillesse qui convient, sont passé à côté de la richesse d’un tel moment qui renseigne sur l’importance accordée aux émotions, ressenties ou pas, de cet enfant mais aussi des adultes en « charge » de lui. Ainsi se signe un accord secret au nom de la paix : les émotions n’ont pas trop de place dans cette rencontre. Une banalisation qui renforcera la carapace de ce jeune et des adultes. Cet agrément agréable installe la retenue comme gage d’une bonne entente. Le prix est ainsi annoncé d’entrée de jeux. Nous cheminerons en taisant cette part de nous même qui pourrait nous gêner. 

Il sera désormais difficile à l’éducateur, qui est au plus près de l’enfant, d’accomplir une mission, de porter le message soignant de l’institution. Le jeune vient de réussir son examen d’entrée dans ce monde qui ressemble déjà à celui qu’il à quitté hier. Expérience qui contribue à le blinder et confirme l’idée qu’il convient de s’armer pour entrer dans le monde des grands.

Vous verrez, cet enfant sera défini lors d’une réunion dite de synthèse comme un enfant blindé de résistances, mécanismes de défense et à distance de ces émotions…tout un vocabulaire « étiquette » pourtant si peu éthique puisqu’il est le résultat d’un dysfonctionnement institutionnel et culturel qui préférera remettre en question le jeune plutôt que cette discontinuité entre services, mandants et familles qui soutiennent voire induisent cette « confortable » mise à distance des émotions.

Luc Fouarge