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IMP 140 Non classé Protection de l' Enfance

Crises, climatique, covid…

Impact sur les jeunes endifficultés et sur les professionnels et services qui les accompagnent

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Réfléchir, débattre, penser, se questionner, se mettre en question…ce sont aujourd’hui des luxes que très peu peuvent s’offrir et certainement pas ceux qui sont en première ligne.    L’heure ne me semble plus être au débats.  Les travailleurs sociaux sont au niveau des poilus des tranchées de Verdun.    De la chair à canon! Une AS, ASE, expérimentée, en charge du suivi de placement.

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Société

Le village de la joie

C’est en prenant soin de nos enfants qu’il est possible de changer le monde

Dans ce village épargné du modernisme, les gens vivaient heureux et en bonne santé. L’observateur regardait ces gens s’offrir sans compter des « doudouces » qu’ils sortaient d’un sac qui jamais ne se vidait. 

Intriguée une féepsy tente d’y installer une consultation. Les gens l’accueillent bien comme ils le font avec tout un chacun, elle reçoit, elle aussi, profusion des doudouces… mais personne ne se présente à sa consultation.

Dépitée elle s’adresse à un homme qui contemple avec ravissement son épouse distribuant généreusement ces précieuses gentillesses. La féepsy se penche vers l’oreille du mari et lui suggère qu’il devrait craindre qu’à tant distribuer elle pourrait en manquer pour lui et ses enfants. Mais non, dit-il, nous vivons ainsi depuis toujours, et nous n’avons jamais manqué. 

Elle revint le lendemain et insidieusement relança son interrogation qui mina l’homme.

Il invita sa femme à plus de parcimonie, à une dose de retenue. D’abord surprise, elle commença à compter ces dons pour les réserver à son mari et ses enfants. Elle était moins gaie, et les enfants se mirent en compétition pour obtenir ses gestes tendres et aimants. Le bruit s’était répandu dans les rues du village. Les gens remplaçaient les doudouces par des gestes et parfois même des mots désagréables. 

La consultation ne désemplissait pas. Les enfants devenaient malades et s’échangeaient beaucoup des gestes accompagnés de mots désagréables. 

L’un d’eux dit qu’il se sentait malheureux, un mot qu’ils n’avaient jamais entendu. 

Inquiets, états qu’ils ne connaissaient pas, ils décidèrent de tenir un conseil à l’insu des parents. Le plus ancien de ses enfants se souvenait de cette époque, où jamais les mots maladies, souffrances ne se prononçaient. À l’analyse, ils se souvinrent qu’il était question d’une époque de bien avant, l’arrivée de la fée qui s’enrichissait.

Ils décidèrent de la chasser. Ils se mirent à imiter les parents de cette époque où le mot malheur ne se prononçait pas chez eux. Ils échangèrent entre eux des doudouces sans compter. Ainsi, ils « contaminèrent » les parents qui petit à petit imitèrent les enfants.

Le village retrouva sa beauté, les maladies disparurent, les enfants jouaient, le village de la joie s’échangeait à nouveau des doudouces qui jamais ne venaient à manquer.

Luc Fouarge, interprétation du conte des chaudouxdoux de Cl.Steiner revisité par Salomon Nasielski

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IMP 140 Protection de l' Enfance

Transversalités difficiles-Jeunes en difficultés


Jeunes à la croisée des secteurs

Il faut tout un village pour élever un enfant ( sagesse africaine) La capacité contenante de la société et de nos services baissent. La difficulté de penser « en village » en est à l’origine.

Ce vendredi 22/4, Cap Nord à Namur, sous l’impulsion des cabinets Affaires sociales, AViQ secteurs Handicap et Santé mentale et CFWBxl, AAJ, Marie Thonon et Virginie Belfroid , avec Sophie Vilain XIIII orchestrent la première présentation publique des travaux de 6 GT largement composés de services et d’acteurs concernés par la mise en œuvre de politiques en faveur de jeunes affectés par des problématiques sociales, familiales, de santé mentale, de handicap. Une relance de travaux déjà bien avancés par les « Jardins pour tous », freinés par des soucis politiciens.

Les jeunes dits en situation complexe sont particulièrement ciblés. Les réponses qu’ils nécessitent relèvent des champs du social et de la Justice, AAJ,  de la santé mentale et du handicap, AViQ et SPF Santé.

Les organisatrices ont réussi à créer une ambiance conviviale et de liberté d’expression.

Climat indispensable pour échapper à la langue de bois, à des bilans partiaux qui laissent les acteurs de terrains fatigués de n’être pas entendus. Cette même fatigue qui percole sur les jeunes dont nous parlons et qui fabriqueront les symptômes d’alerte d’une société qui trop souvent, met sous le tapis les problèmes de société. 

« Les jardins pour tous » issus d’accords de coopérations AAJ-AViQ-Santé Mentale, auxquels il faudrait ajouter Ecole-CPAS-Parents et représentants des jeunes-politique du logement-Hopitaux… et bien d’autres secteurs, …. ont manifestement donné le ton à la réflexion de ces 6 GT. Et pour cause, Virginie et Marie en ont été des chevilles ouvrières. 

Un dispositif juste « insuffisamment » piloté pour qu’il y règne un climat de liberté et d’audace qui permet un réel tricotage de pratiques de réseaux, ainsi qu’un processus d’intervision entre acteurs et services. C’est dans cet esprit qu’il convient de penser nos actions. Cela épargneraient les passages à l’acte dont sont trop souvent victimes ces jeunes dont nous parlons, méconnaissant trop souvent la part de responsabilité que nous avons, collectivement, dans l’émergence de ce que nous appellerons symptômes. Diagnostic qui nous permet de juguler notre sentiment d’impuissance, d’ « évacuer » notre responsabilité en « santémentalisant » des conduites « saines » dites symptômes, réponses à nos difficultés de construire ensemble. 

Il faut tout un village pour élever un enfant… tellement vrai. Ne nous laissons plus enfermer dans des politiques pensées secteur par secteur ! Pensons et agissons dans la transversalité des savoirs et des compétences. 

Il faut en passer par cette culture du soin, par cet humanisme si nous voulons éviter, par exemple, qu’une jeune femme passe la première nuit de sa majorité dans une chapelle juste en face du lieu de « vie » qui ne peut plus l’accueillir. 

Luc Fouarge

Président du CRéSaM

Administrateur de www.groupementimp140.be

Co-fondateur de www.metis-europe.eu

www.lucfouarge.com

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Protection de l' Enfance

Mise en autonomie !

« Après, je ferai mon autonomie… »  

https://youtu.be/SWN6EspwLSk

Dans une vidéo du CRéSaM, cette jeune fille, chahutée, bousculée par les services et acteurs de la Protection de l’Enfance et de la santé nous dit qu’après un séjour de rupture elle « fera son autonomie ». Ainsi elle reprend le discours des professionnels, comme pour les rassurer. Ces discours sur l’autonomie donnent aux professionnels du contenu mesurable à leurs taches, aux protocoles issus de « synthèse » ou l’on a énuméré les habilités sociales, comportementales….  Une captation de l’angoisse de l’accompagnant.

« Gérer sa vie » serait une liste d’aptitudes, de capacités à faire… seul. En prendre la mesure permet des graphiques, l’entrée dans des logiciels traitant les apprentissages à mettre en œuvre. Voilà que par la mesure, les autorités mandatées et les accompagnants, se rassurent sur leur propre autonomie, me semble-t-il. Sans doute davantage pour eux que pour le jeune qui défie sans cesse les limites des services et des membres du personnel.

Un inventaire des situations utilisables par cette jeune pour faire des accompagnants qui lui sont désignés des complices de son « sur place » grâce aux défis à la règle qu’ils sont censés tenir, mesurer.  Démarche qu’on appelle souvent abusivement « contenir ».

Il est question d’apprivoiser la solitude, la peur d’être seul, l’angoisse sans doute. Se confronter aux limites des idées et paroles que l’on est capable de se dire pour contenir et transformer l’émotion ancienne, burinée par les ruptures précoces et répétées. 

« Contenir » c’est se mettre à l’écoute et à l’accueil, « tu es le bienvenu avec toutes tes émotions, je ne m’enfuirai pas ». TENIR cette place nécessite bien souvent de l’inter-institutionnalisation, ce qui semble plus difficile encore en période dite de transition.

Voilà l’expérience à vivre, dans la relation d’abord, pour la mettre en action de soi à soi, pour devenir autonome.

Nous les soignants, les accompagnants… ou en sommes-nous de cette question ?

Si ce n’est pas le cas, sans les regards croisés à l’intérieur de notre service, de notre équipe, sans l’exercice d’une tiercité circulante et bienveillante, nous pourrions exiger de cette jeune une performance humaine que je n’ai peut-être pas. Je risquerais bien de tenter à travers elle (épi-scénario) d’accomplir cette démarche qui est celle que j’ai à faire. Ce n’est pas très rassurant. Ce temps d’intervision est-il accepté comme du travail ?

Nous n’en demandons pas tant à nos enfants qui ont expérimenté un attachement sécure, la permanence et la protection.

Si nous même n’en n’avons pas tout à fait terminé de cette compétence à être rassurant pour nous-même… nous pourrions précipiter cette jeune à devenir « autonome » pressé par l’arrivée de la limite de l’âge, par les compétences et réglementations des administrations peu enclines à co-construire dans la temporalité du jeune.

Luc Fouarge

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Société

Crises climat et covid==>Jeunesse

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Société

Saturation des salles d’attente pédopsy d’ados suicidaires

Carte blanche pédopsy – Les salles d’attente débordent de la suicidarité ambiante

Bien sûr, sans réserve, je remercie l’initiative des pédopsy sur cette carte blanche à propos des soins qu’il convient d’apporter aux trop nombreux ados qui manifestent des envies suicidaires. 

La saturation des services pédopsy pose les questions de l’orientation vers des aides et soins ad hoc, le recours à la pédopsychiatrie, la médicalisation de problèmes psychosociaux, l’éveil tardif des intervenants psychomédicosociaux sur la dimension politique du soin et de l’éducation. J’apprécie que la carte blanche questionne les mises en œuvre de politiques qui relève du psychomédicosocial, de la protection de la jeunesse et de l’école. Des secteurs qui opèrent sous l’égide de 3 niveaux de pouvoirs. Un découpage politique qui contribue à la difficulté d’ériger des projets pensés et co-construits de façon transversale. Un accord entre les administrations de l’Aide à la Jeunesse (CFWBxl) et de l’AVIQ (RW) débouchait sur les « Jardins pour Tous », enterrés en même temps que l’arrivée de la pandémie. Un par province et une structure faîtière. Localement des rencontres mensuelles inter-sectorielles, multidisciplinaires et interinstitutionnelles apprenaient aux acteurs participants à tricoter du réseau. Des réflexions et pratiques sécurisantes pour les professionnels qui deviennent plus courageux et qui par phénomènes de cascades rejaillissaient sur les publics fragiles. Plus courageux et donc plus « contenants ».

L’insécurité des personnels accrue par la crise sanitaire conduit un peu rapidement les jeunes vers les hôpitaux à la suite de manifestations anxieuses aux allures de dépression.

Solution qui pourrait bien, inconsciemment, avoir pour intention de faire porter par d’autres les inquiétudes qui nous envahissent. Cela correspond, sans doute pas par hasard, au phénomène adolescentaire d’externalisation des responsabilités de ses actes.

Du soin bien sûr est nécessaire MAIS à plusieurs et plus anticipés. C’est là aussi que s’inscrit la dimension politique du soin. 

La tentation de faire porter sur la crise sanitaire cette explosion de l’orientation d’ados vers la pédopsy pourrait nous faire passer à côté des réponses urgentes dont ils ont besoin. La carte blanche nomme l’impact de dysfonctionnements sociétaux. Là elle dit qu’il serait rapide et dangereux d’attribuer la cause de l’explosion de ces orientations à la seule crise sanitaire. La crise agit en montrant les fragilités de l’organisation du vivre ensemble. Ici s’inscrit la dimension politique et éthique du soin. Cette carte blanche, si elle n’est pas relayée, commentée dans l’ensemble des lieux concernés par la construction psychique des jeunes, y compris l’école, augmentera l’effrayant constat de saturations des consultations psychiâtriques. Si l’école n’est pas et ne doit pas devenir un lieu de soin elle a cependant grand besoin de soutien des professionnels spécialisés pour accueillir les jeunes qui manifestent des signes de souffrances, de carences en famille. L’école est le lieu de la première expérience des jeunes avec l’extérieur de la famille. Attention qu’ils n’apprennent à l’école ce qu’ils ont déjà découvert à la maison que les adultes ne peuvent les entendre et qu’il faut les ménager.

Ici aussi s’ouvre la compétence des psy, observateurs privilégiés de la société, dans cette question politique au cœur du soin. Il appartient à l’ensemble des acteurs psychomédicosociaux de parler, commenter et peut-être agir au niveau politique pour augmenter l’accueil de paroles libératrices. Les enseignants, dans cette dimension éducative de leurs pratiques doivent être épaulés pour voir, entre les lignes, ce que les enfants se sont interdit de dire chez eux.

Attention, la leçon que tireront les enfants et les jeunes, de la saturation des services psy sera sans doute de ne pas en rajouter à la détresse des professionnels desquels ils attendent d’être aimé, c’est sans doute ce qu’ils ont appris à la maison. Si non…ils nous faudra apprendre à décoder les comportements passifs qu’ils déploient, il nous faudra apprendre à lire entre les lignes du comportement…mais quand on est là, il est souvent tard.

  • Médicaliser la suicidarité ou l’éclairer d’un regard reconnaissant pour la fonction qu’exerce le jeune qui se débat ?
  • Ne nous donne-t-elle à voir la cécité de la société qui se dirige vers le haut de la falaise ?
  • La réponse ne serait-elle pas d’activer les ressorts politiques d’un avenir sociétal plus (en)viable ?
  • Ne serait-il pas plus juste de soutenir les fonctions « contenantes[1]» de la société plutôt que de « pathologiser » le mal-être de la jeunesse ?

Nous coupons les fils des témoins lumineux du tableau de bord plutôt que de porter secours à la famille, l’école, les mouvements de jeunesse, la culture et le sport pour qu’ils exercent mieux la « contenance » à laquelle font appel les jeunes ?

  • N’est-ce pas de toute cette insécurité, imprévisibilité que nous alerte les jeunes ?

Luc Fouarge

Président du CRéSaM

Janvier 2022


[1] Contenance, « tu es le bienvenu avec toutes tes émotions, je t’écoute, je reste avec toi… »

https://www-lalibre-be.cdn.ampproject.org/c/s/www.lalibre.be/debats/opinions/2022/01/25/des-soignants-seront-ils-obliges-de-choisir-quels-jeunes-sauver-du-suicide-3Q7TE3OWKVEIJOWXHSIBEBDWNE/?outputType=amp

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IMP 140 Protection de l' Enfance

…de l’accueil d’un enfant 

… en milieur résidentiel pour jeunes

Je sors de la voiture de cette dame que j’ai déjà vue une fois auparavant, elle est la septième qui se déclare être mon assistante sociale. Elle est gentille. Elle semble mal avec cette idée de me déposer dans cette institution qui grouille de monde, en même temps elle parait pressée d’en repartir, elle a encore de la route, elle doit encore aller chercher ses enfants déjà sortis de l’école à cette heure.

J’ai 12 ans et demi, je ne pleure plus quand j’ai peur. Je suis triste de la voir partir. Pas parce qu’elle me laisse là. Je suis triste de l’ennui que je lui cause d’être en retard pour ces enfants. 

Elle non plus ne connait pas l’institution où elle me dépose et pourtant elle me dit que j’y serai bien. Sur le dernier km elle a dit que c’était une belle région… comme des vacances, ai-je cru entendre. Ma mère n’a pas pu venir, elle est sortie de la maternité avant-hier. 

Un homme bizarre me propose de déposer mon sac…j’hésite, ils vont l’ouvrir…ils vont voir que je n’ai rien…juste quelques vêtements trop petits que je ne mettais déjà plus dans l’institution que j’ai quittée. Il veut me faire visiter son service et me présenter au groupe, à mon groupe. Je n’ai ni larme ni appréhension, cette scène de la première rencontre je l’ai vécue…quelques fois.

Quel air faut-il prendre ? Triste, apeuré …. Qu’est-ce qui est le mieux pour eux, pour le groupe d’yeux qui me déshabille du regard quand l’éducateur ouvre la porte qui cache une ambiance faussement joyeuse … le groupe sait déjà mon nom et mon âge. Le groupe, excité…ne sait pas que j’ai l’habitude et que je ne sens rien, que je suis disposé à faire l’effrayé, le « j’en ai rien à faire », que ma seule peur monte en moi quand je suis sous les couvertures et que s’éteint la lumière juste avant que l’éducateur qui ne sera pas là à mon réveil ne ferme la porte. Demain, quelqu’un que je n’ai jamais vu me découvrira à ma descente de lit avant que je ne passe à la salle de douche. Je n’aime pas faire les présentations, les cheveux en bataille, en pyjama. On me précipite dans l’intimité, me faisant découvrir pour la millième fois que je n’ai pas de privé, que je suis du groupe. 

Ils sont souvent gentils, mais prennent des airs fâchés quand le groupe est mal levé. 

Je suis aussi le groupe et je subi l’air grognon de l’éducateur qui ne m’a pas encore dit bonjour, il est préoccupé. Il est occupé par toute l’attention qu’il porte à la tension matinale du groupe dont je découvrirai que c’est chaque fois avec cet adulte là…mais ça je ne le savais pas. Quand je ne serai plus le nouveau du groupe, cela ne me touchera plus, déjà maintenant, avec toutes mes expériences passées je sais ce qu’il en coûte d’être du groupe, de m’y confondre, de me diluer, de disparaitre derrière un nom de groupe. Le noir au couché m’a fait moins peur qu’à la fois précédente. J’apprends, j’ai douze ans et j’apprends à ne plus être moi-même, j’apprends à être du groupe parce que c’est ainsi, je l’ai éprouvé qu’il est plus facile de ne plus sentir…je ne sais d’ailleurs presque plus ce que je ne sais plus sentir. C’est plus facile ainsi. Puis j’ai souvent entendu que la vie est dure et j’en ai conclu que ne pas le sentir me rendait plus calme.  Parce que quand je ne suis pas calme, il me change d’institution et ça m’énerve.

Prendre soin de l’accueil

Les réflexions de cet enfant interrogent. 

Ce scénario banal nous dit que peut-être l’enfant n’est pas autant au centre du projet de service que ne le prétendent les écrits des services « envoyeurs » et d’ « accueil ». 

Le service social mandaté y a consacré peu d’énergie. Les accueillants également très probablement en raison des charges de travail augmentées par la crise que nous vivons. Elle impacte le temps consacré à une présence physique et émotionnelle auprès de ce jeune enfant.

Pas de tuilage entre l’institution (sans doute limité à un échange d’éléments de dossier) qu’il quitte et celle qui le reçoit pour donner à ce passage l’importance de l’évènement. Il est perceptible que l’enfant s’y adapte bien. Ce « transfert » démontre bien le manque de messages existentielles que la société lui adresse à la suite des messages, sans doute carencés de la famille, dont on a accepté l’absence. Lui-même et les professionnels, avec toute la gentillesse qui convient, sont passé à côté de la richesse d’un tel moment qui renseigne sur l’importance accordée aux émotions, ressenties ou pas, de cet enfant mais aussi des adultes en « charge » de lui. Ainsi se signe un accord secret au nom de la paix : les émotions n’ont pas trop de place dans cette rencontre. Une banalisation qui renforcera la carapace de ce jeune et des adultes. Cet agrément agréable installe la retenue comme gage d’une bonne entente. Le prix est ainsi annoncé d’entrée de jeux. Nous cheminerons en taisant cette part de nous même qui pourrait nous gêner. 

Il sera désormais difficile à l’éducateur, qui est au plus près de l’enfant, d’accomplir une mission, de porter le message soignant de l’institution. Le jeune vient de réussir son examen d’entrée dans ce monde qui ressemble déjà à celui qu’il à quitté hier. Expérience qui contribue à le blinder et confirme l’idée qu’il convient de s’armer pour entrer dans le monde des grands.

Vous verrez, cet enfant sera défini lors d’une réunion dite de synthèse comme un enfant blindé de résistances, mécanismes de défense et à distance de ces émotions…tout un vocabulaire « étiquette » pourtant si peu éthique puisqu’il est le résultat d’un dysfonctionnement institutionnel et culturel qui préférera remettre en question le jeune plutôt que cette discontinuité entre services, mandants et familles qui soutiennent voire induisent cette « confortable » mise à distance des émotions.

Luc Fouarge

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IMP 140 Protection de l' Enfance

IMP 140, SRG, ITEP,MECS… #covid…et après ?

« …soigner le malade sans soigner l’institution relève relève purement et simplement de l’imposture… » Jean Oury cité par Cynthia Fleury

La crise sanitaire révèle des fragilités déjà existantes. 

La pandémie porterait au jour les méconnaissances (processus actif et non conscient de non-connaissance) des fatigues déjà décrites mais enfouies. 

Alain Ehrenberg décrivait ce processus il a plus de 10 ans, dans « La fatigue d’être soi »

« Nous savions tout cela. Et pourtant paresseusement, lâchement, nous avons laissé faire.  Nous avons craint le heurt avec la foule, les sarcasmes de nos amis, l’incompréhensif mépris de nos maîtres. …Nous avons préféré nous confiner dans la craintive quiétude de nos ateliers. » Marc BLOCH, L’étrange défaite, écrit en 1940 Publié en 1990 chez Gallimard

« Si nous ne changeons pas de modèle économique, social et politique, si nous continuons à traiter le virus comme un évènement biologique dont il faudrait se borner à « bloquer la circulation », les accidents sanitaires ne vont pas cesser de se multiplier » revue Lancet, repris par Barbara STIEGLER[1]  

Ces méconnaissances sourdent dans notre existence… nous le « savons ». Comme un arrière-fond culturel suicidaire que nous traversons en détournant le regard, ce qui ne l’empêche pas d’être actif. De la passivité qui plombe notre société, jaillissent les fragilités que nous taisions, les jeunes ne sont pas dupes.

La crise désembue notre vision mais nous continuons la marche.

C’est avec cette insécurité que nous escaladons l’imprévisibilité, sans assurance.

Et nous le savons, les enfants pas encore « pervertis » se branchent inconsciemment sur nos inquiétudes tues, leurs symptômes nous en distraient. 

Aujourd’hui la crise sanitaire nous autorise à montrer nos fragilités. La mise à l’épreuve soignants hospitaliers est devenue un indicateur, l’instrument de mesure d’un mal-être que nous serions autorisé désormais à regarder dans les yeux.

Toutes les corporations se sont ainsi exprimées à la suite des soignants qui sont le dernier mur rempart contre nos angoisses de mort. A 20 :00 nous descendions dans la rue pour leur dire qu’ils doivent tenir. Ils sont essentiels quand nous sommes… et nous ?

Dans les services résidentiels pour jeunes le personnel se serre les coudes, les directions le soutient comme jamais particulièrement dans ces services qui doivent accueillir 24/24 et 365 jours/an.

Mais la fatigue était déjà là. Celle dont parle Ehrenberg, celle d’un manque de prise en compte de la force d’impact sur le psychisme du personnel des détresses, des souffrances, des pathologies des jeunes accueillis. Le temps de métabolisation en équipe se réduit, l’organisation de réunions en présence s’espacent pour préserver les prestations en « présentiel » auprès des jeunes.

Les directions évoquent des défections ainsi que des difficultés de recrutement. Les mêmes propos se tiennent dans les services ambulatoires d’aide à l’enfance, à la jeunesse, aux familles. Des études universitaires le confirment.

Et portant il faut tenir. 

TENIR, est justement la réponse qu’il convient de donner aux jeunes que nous accueillons atteints pour une grande partie de troubles de l’attachement. Ces troubles particuliers qui conduisent au rejet, aux réorientations, aux abandons…aux qualifications pathologiques que nous leurs faisons endosser. Ainsi chargés ceux-ci augmentent la puissance d’emprise, mécanismes de défenses souvent repérés chez les jeunes qui évitent la proximité psychologique authentique dans laquelle ils se sentent très vulnérables.

Mais comment organiser le « tenir » quand les fragilités révélées nous fragilisent.

« Plongés dans ce continent mental de la pandémie…nos esprits sont comme occupés » B.Stiegler.  Comme ils l’ont appris avec des parents qui dysfonctionnent, ils s’« occuperont » de nous », prendront soins de nous, par les symptômes.

Cela n’a pas privé toutes les équipes de leurs créativités, lors de cette journée de partage d’expériences à Turin, avec MèTIS Europe nous les évoquerons en présence de personnalités politiques européennes qui pourraient relayer nos projets, nos objectifs. Postés comme observateurs privilégiés de la société grâce à l’enseignement de ces jeunes et de leurs familles, si nous optons pour l’humilité qui nous permet de les écouter, nous pouvons contribuer aux modifications culturelles qui nous libèrent. 

Luc Fouarge


[1] IN TRACTS N° 23, GALLIMARD, DE LA DÉMOCRATIE EN PANDÉMIE. SANTÉ, RECHERCHE, ÉDUCATION

Cy,nthia Fleury Tracts N°6, Le soin est humanisme…. elle y parle du patient expert

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Protection de l' Enfance

Jeunes majeurs, transition périlleuse

Jeunes majeurs

Ce propos prend en considération les jeunes devenus « clients » de la protection de l’enfance et ceux du secteur psycho-médico-social également inscrits dans la file active de la protection de l’enfance. Ils ne l’ont pas choisi. Ils y sont arrivés pour des motifs protectionnels. 

Un magistrat, une autorité administrative avec le consentement des parents, étaient à la manœuvre quand fut prise la décision de leur offrir le relais du service public dans des dispositifs destinés aux mineurs. Dès la majorité, ils basculent dans un système d’aide pensé pour les adultes. 

Administrativement ils le sont. Émotionnellement, psychologiquement, bien souvent dans la mise en œuvre de la protection, ils n’ont pas rattrapé les retards qui furent la conséquence d’une vie carencée en protection et en permanence.

Peu sont aptes à s’en sortir via les aides pour adultes, trop peu bénéficient du prolongement des aides pour mineurs. De surcroit, voyant arriver l’échéance de la majorité, ils ont été poussés dans des préparations « à l’autonomie », illusion conceptuelle qui trop fréquemment les précipite dans des conduites sourdines de leurs angoisses, de leurs méconnaissances et dans l’abus d’environnement adulte qui exploite leurs failles.

Dans ce passage, si cette transition échoue, leurs fragilités prend de l’épaisseur. Ils mettent un pied et parfois plus dans des problématiques psychiatriques, peut-être même antisociale. 

Si l’autonomie est la porte visée, elle est aussi la porte piégée. 

Les autorités, les administrations organisatrices des aides changent à cette période fragile, période où la qualité, l’ancrage du lien sont plus importante que jamais puisque c’est à distance que le soutien doit se manifester. Et c’est aussi à cette époque anxiogène qu’il se fragilise.

J’ai rencontré maintes fois des professionnels (souvent jeunes) mis à mal par leurs propres souffrances face à la destruction de ces jeunes dont ils étaient « en charge » !

La voie serait de confier aux acteurs de l’adolescence le soin de les accompagner, le temps nécessaire, pour qu’ils achèvent leur édification psychique et qu’ils soient équipés en qualité personnelle et/ou en réseau social capable d’achever avec eux cette construction. 

Quelques-uns ne pourront y parvenir, des services collectifs résidentiels ou ambulatoires seront nécessaires pour aider ces jeunes à participer à la vie sociale. Le succès augmentera si le travail de la transition se fait sous forme d’un tuilage confortable et sécurisant, tant pour le jeune que pour les acteurs d’aides et de soins concernés. 

Une fois de plus ces réflexions doivent bénéficier d’une mise en œuvre dans la transversalité, l’interdisciplinarité, l’inter-institutionnalité. 

Le saucissonnage actuel est schyzophrénogène tant pour les jeunes que pour les personnes désignées pour les accompagner. 

Luc Fouarge

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IMP 140 Protection de l' Enfance

Projet JAVA – Transition chez les jeunes (16-23) en situation complexe

Soutenus par la Coopérative CERA, la Fédération Wallonie-Bruxelles, la Fondation Roi Baudoin, la Chaire de Psychiatrie en Transition et le Délégué Général aux Droits de l’Enfant, le projet cherche à co-construire des relais plus efficaces en matière d’accompagnement pour favoriser la transition et l’autonomie des JAVA en « situation complexe » en fonction de leurs besoins spécifiques. 
Pour ce faire, un appel à projets sera réalisé par le CRéSaM, qui sélectionnera pour les soutenir et les accompagner des initiatives inspirantes qui tentent d’apporter des réponses aux difficultés rencontrées par ces jeunes à cette période cruciale de leur vie et de palier la rupture qui caractérise le passage des services dédiés à la jeunesse aux services pour adultes.
Les jeunes seront par ailleurs directement mobilisés et eux-mêmes acteurs du projet. Ils seront d’une part invités à participer aux différentes dimensions de celui-ci et, d’autre part, pour les jeunes impliqués dans les institutions lauréates, à réaliser des créations artistiques qui témoigneront de leurs parcours et de leur expérience du projet mené pour et avec eux.