Au téléphone. Il a 51 ans, 2 enfants. Il a séjourné au coga. Que je me souvienne de lui, le touche. Le passage au coga lui a permis de rompre avec l’instabilité qui l’empêchait de réussir à l’école. Tout en restant en IMP de la catégorie 140, il a pu reprendre un cycle de scolarité ordinaire. Il est employé aujourd’hui dans une société de services aux hôpitaux. Le temps écoulé lui permet de prendre la mesure de l’impact de son séjour chez nous. Il nous remercie. Il dit la nostalgie qu’il retrouve depuis peu sur cette époque qui l’a sorti d’un circuit infernal. Les grands parents qui lui « servaient » de parents à cette époque sont décédés. Il repense aux personnes auxquelles il s’est cogné pour se construire. Comment avez-vous fait pour croire en moi est une des questions qui l’occupe quand il songe à cette époque turbulente, insécurisante de sa vie. L’autre question parle de ses ressentis douloureux quand il prépare la Noel pour ses enfants. Il n’ y a plus personne pour lui dans la génération qui le précède. Il nous reconnait dans cette place qu’il nous donne comme substitut paternel. Ce regard courageux qu’il jette en arrière, sur les réalités douloureuses qu’il a traversées l’aideront à se sentir moins seul face à ces enfants au prochain Noel. Cet appel TF, les sms que je reçois au nouvel an à minuit, nourrissent les ressources dans lesquelles je construis l’empathie. Elle est possible seulement si l' »accordage » entre eux et nous éducateurs existe. Ils nous aident à la construire, si nous acceptons qu’ils ont à faire la plus grande partie du chemin. Et, si quand elle s’amorce, nous pouvons les remercier.
Catégorie : IMP 140
Une co-construction autour d’un adolescent difficile. Approche inter-institutionnelle.
Power Point p-4-x-eme-sept-2014-2
Chez le nourrisson en détresse qui semble prisonnier d’émotions répétitives, ressenties comme destructrices, toutes hypothèses organiques étant écartées, le maintient physique maternel aimant semble être apaisant. Un maintient qui contient, au cours duquel la maman ne se laisse pas avoir mal et ne se laisse pas aller à faire mal.
Chez l’enfant plus grand, cette image chaleureuse d’enveloppement pourrait bien se transformer dans un combat dont le ressort serait que l’un des deux perde, abandonne, s’enfuie, détruise.
Les soignants sont tentés de penser que cet enfant, à ce moment, est en proie à des rages destructrices dont on pourrait penser qu’elles sont de natures suicidaire et/ou homicidaire.
Les thérapies du maintient, de la contention contractuelle, de l’enveloppement, du « bonding » ne peuvent être apaisantes que si le lien est augmenté. Dans ces interventions toutes les sécurités doivent être prises pour que le lien ne cède pas. Il s’exprime par la voix, le langage, le toucher. Ce qui veut dire que personne, ni le soigné ni le soignant, ne peut en sortir que dans un sentiment où l’attachement est grandi.
« Contenir » c’est offrir le lien, l’attachement qui autorise l’expression de l’émotion de quelques natures qu’elle soit, et qui garantit qu’au bout du chemin, le soignant est là : aimant et protecteur de lui et de l’autre.
Ce temps se prémunit des risques de toutes violences. La pression exercée doit être protection, sécurité physique et psychologique. Un temps qui ne permet pas à l’enfant de « voler » des confirmations que le monde lui serait hostile. Un temps où la traversée du désespoir, de la rage est soutenu par plusieurs personnes que rien d’autre que cet instant ne peut distraire de cette mission de protection. Un temps où aucun parmi les personnes engagées dans cet instant contenant ne s’éclipse ou disparaît si faible soit sa participation active à l’intervention.
Ce temps qui encourage la traversée émotionnelle traduite dans l’action, le mouvement nécessite que personne n’abandonne et qu’à son terme, cette action soit accueillie par le lien, l’affection, l’amour.
Il est question de manifester présence et attention, là où l’émotion ne peut encore se dire. Sans aucune équivoque, il s’agit de répondre de son engagement lorsque l’on déclare : tu es le bienvenu avec toutes tes émotions.
Et surtout celles qui t’effrayent le plus et alimentent tes angoisses indicibles.
Ces interventions deviendront thérapeutiques si la parole qui accompagne le geste prend le pas sur l’agir.
Chez l’adolescent, le nombre de personnes actives dans ce processus doit augmenter se rappelant qu’aucune d’elle ne peut disparaître. Ce qui entretiendrait la peur que la puissance de l’émotion de la personne au travail est encore destructrice.
Au lieu de cela, ces accompagnants sont là, aimants et reconnaissants de la confiance qui leur est faite.
Cela réduit donc le nombre de services d’éducation et de soins susceptibles de garantir que le geste se situe dans le soin. Un soin élaboré où chacun sait la place qu’il occupe, les mots qui conviennent aux maux que les soignants contiennent, c’est à dire qu’ils accueillent dans la protection et la sécurité infaillible et aimante.
Cela fait tant de conditions que je crains que l’usage du packing si l’on ne veut pas qu’il alimente les torpeurs, s’il s’agit bien de cela, pourrait bien être impossible à pratiquer. Elaborer sur le packing comme réponse aux autismes fut une erreur. S’il entre dans les moyens d’accueil de la personne, c’est parce qu’il permet d’apporter du soin à des enfants, des personnes en proie à des explosions émotionnelles qui alimentent, aujourd’hui, des angoisses archaïques.
La consigne au service du soin
« Enoncer la règle cadre le trop, borde le vide… » Jean Cournut
En institution, l’éducatif et le soin se développe à partir du collectif. Se pose la question du respect et de l’application des consignes élaborées dans le collectif.
D’emblée la question du sens de la consigne se pose. Nos interventions visent à ce que le jeune prenne la mesure de son importance à travers la qualité de l’environnement que nous lui offrons et de la qualité de la relation éducative. Nous nous posons en tant que prestataire d’un service auprès du jeune. Il est question d’un geste professionnel qui se situe dans le don. Notre public peu enclin à recevoir le don nous renvoi bien souvent dans les cordes de « l’impossible éducatif ». En effet le jeune caractériel décourage bien souvent ce projet pour alimenter la « répétition scénarique » tout autant qu’il lutte contre toute tentative de proximité. Ce « rejet » du don est difficile à vivre d’autant qu’il est un élément moteur de l’identité de l’éducateur. Sans la présence d’un tiers bienveillant l’éducateur sortira difficilement de cette impasse. La question du transfert s’immisce dans cette rencontre dans laquelle l’éducatif voudrait apporter à l’enfant la protection indispensable à l’intégration de nouvelles « habilités ». Face à cet « impossible » il n’est pas rare que l’éducateur méconnaisse[1] la consigne ou sa transgression.
Soutenir l’éducateur dans l’application de la consigne et dans le rappel du sens nécessite donc beaucoup de bienveillance au regard de cet «impossible ». S’il existe un espace d’accueil pour les succès et les échecs de l’éducateur dans cet instant, les conduites d’évitement de l’éducateur face à l’énergie que réclame la mise en œuvre des consignes pourraient bien diminuer. L’évaluation de la compétence éducative ne sera pas mesurée à l’aune du respect de la consigne mais bien à la capacité de l’éducateur d’en révéler le sens. Il consiste à aider le jeune à prendre la mesure de l’importance qu’il a à nos yeux. Sous cet angle, le rapport à la consigne devient un élément constitutif de la clinique éducative. La résistance consisterait à ne l’envisager que sous l’angle du contrôle.
Luc Fouarge
[1] Méconnaissance : processus actif et non conscient de non connaissance
Cet énoncé se retrouve fréquemment dans les écris d’équipes soignantes de jeunes présentant une pathologie psychotique et des troubles du comportement.
Les comportements qu’ils adoptent ont souvent l’imprimatur de la souffrance ; agitations, cris, bris d’objets, agressions et auto-agressions, fuites…
Immanquablement ces comportements touchent et renvoient aux expériences et représentations de chacun. Ces conduites nous impactent.
Chez le « névrosé normal », ces conduites sont unanimement reconnues comme des signes qui manifestent de la souffrance d’origine interne comme l’angoisse ou externe telle la frustration, la perte, l’agression, la maltraitance …
L’accompagnateur psycho-social, (éducateur, psychologue…) peut se saisir de ces signes objectifs pour soutenir le jeune dans la recherche de solutions, de réflexions, de demandes d’aide et de protection, compassion, de limites… susceptibles d’apaiser le jeune.
Chez le psychotique il est fort probable que ce même accompagnement, ces mêmes réponses ne soit pas efficace et voire même qu’elles amplifient les manifestations auxquelles il est périlleux d’attribuer un sens.
« … un enfant en grande souffrance », évoquant les troubles du comportement du jeune psychotique, piège le soin qu’on aimerait lui prodiguer.
Si la souffrance est un signe d’alerte de l’urgence de répondre à un besoin laissé en salle d’attente, en souffrance, est énonçable chez le névrosé, elle peut être entendue par le soignant qui aidera la personne à développer son « ressenti » et l’assistera dans la mise en œuvre de réponses.
Chez le psychotique, ces manifestations font barrage à l’étape du « ressentir » depuis bien avant qu’il ne marche. Elles ne sont probablement pas en lien, dans le mode d’expression, avec les traumas du passé. Elles ont un rendement dans la relation avec le monde qui les confirment dans une forme d’étrangeté avec celui-ci. Les utiliser comme on le ferait avec le jeune névrosé renforce chez l’un comme chez l’autre ce sentiment d’étrangeté. Un mur d’incompréhension se dresse et se renforce à chaque nouvelle épreuve. Nous risquons donc de faire pire que mieux.
Re-qualifier, redéfinir les troubles du comportement, cette expression rempart, en « grande souffrance » relève d’une symétrie improductive et participe d’une relation psychotique. Quelques auteurs signalent la redéfinition comme un des critères diagnostiques des états psychotiques.
Elle est donc amplificatrice de la pathologie dans ces cas.
Justement, un axe de différenciation névrose/psychose est la question de la souffrance. Nous devrions donc espérer qu’il souffre. Dans ce cas, « névrotiser » consisterait à aider le jeune à accéder à la souffrance plutôt que d’adopter des comportements qui jettent de l’encre pour le faire disparaître et mobiliser l’énergie du soignant sur des attitudes désespérées. Sidéré par ces « manifestations de souffrance », s’il n’en perd pas ses moyens l’éducateur répond forcément à côté du besoin, dans une attitude illisible par le jeune qui alourdit sa collection de confirmation de cette étrangeté.
Dans la réunion clinique il faudra donc soutenir l’éducateur dans une recherche de réponses différentes de celle qui conviennent bien aux névrosés de son unité de vie.
Cet énoncé, «… un enfant en grande souffrance », clôt donc la relation parce qu’il méconnaît la réalité du jeune, il oriente le regard de l’éducateur sur de fausses pistes le rendant partenaire de l’édification d’un arsenal de lutte contre la réalité.
Dans les IMP 140, il n’est pas rare que quelques jeunes se situent dans des états limites. La construction psychologique est en cours. Les bascules fréquentes. Les « contagions », les émulations et escalades dans les troubles du comportement sont particulièrement difficiles à gérer dans les groupes de pré-ados. Névrosés et psychotiques cohabitent.
Les équipes éducatives doivent jouer plusieurs instruments et souvent passer d’un registre à l’autre dans la gestion d’un même épisode. Ils ont besoin d’un important travail « en chambre » et dans l’interdisciplinarité pour débriefer les interventions, les événements du quotidien.
Et si l’amener à la souffrance devenait l’un des buts de la mission de l’équipe soignante ?
Comme l’encre de la sèche, ces troubles du comportement que nous décrivons un peu vite comme une traduction de la souffrance
ont peut être pour objectif de nous tenir à distance respectable.
Dans cette hypothèse, et pour ne pas répondre à cette invitation, les équipes devront parler de leurs souffrances dans un espace « contenant et bienveillant ». Ces équipes doivent connaitre le rapport qu’elles ont avec l’attachement, afin d’éviter que le jeune ne soit par ces comportements ainsi étiqueté écran des projections des travailleurs psycho-sociaux.
J’évoque là l’indispensable soin à porter à ces équipes pour qu’elles ne «tentent » pas de se réparer par le travail avec ces jeunes qui cultiveraient ainsi le non-changement.
Oui, si ces jeunes accèdent à la souffrance, s’ils sont aidés à penser sur cette souffrance, peut être auront-ils le désir d’aller vers de nouvelles solutions.
Nous parlons souffrance alors qu’ils n’accèdent pas encore à l’étape du ressentir.
Si nous plaquons nos représentations de la souffrance sur eux, ils s’éloigneront.
En forçant le trait, j’irais jusqu’à dire qu’un dispositif institutionnel spécifique ne peut réussir cette ambition de les amener « au ressentir » que si le service est lui même à l’écoute de
la souffrance de ses membres. Sans toute fois en faire un groupe thérapeutique.
Il faudra lever des « « méconnaissances » (processus actif et non conscient de non connaissance) dans l’équipe pour qu’elle puisse « débusquer » celles des jeunes
qui s’en servent pour éloigner la souffrance.
Ces troubles du comportement ne sont probablement pas la partie visible de ce que nous nommons souffrance parce que nous la ressentirions si nous étions amenés à vivre ce q’ils s’imposent, ce qui s’impose à eux.
Il convient d’anticiper les risques de la symétrie. Des équipes, des projets novateurs se mettent à sentir ces souffrances que ces jeunes ne peuvent exprimer. Résultat d’un processus d’exportation des sentiments.
La thérapie commence par le travail de l’équipe sur elle même. Et la, par phénomène de cascade, ces jeunes pourront peut être l’accueillir et penser avec nous.
Je vous propose plus qu’une relecture sémantique…. un pas de côté de plus dans le changement de posture,… et de passer de l’action éducative à la clinique éducative.
« Il ne prend rien »
IMP 140 (ITEP en France) Quel avenir
Une institution qui s’intègre dans le changements sociétaux.
PDF CIS CARTE
Les jeunes dont les difficultés psychologiques et/ou l’handicap hypothèquent l’intégration scolaire et sociale nécessitent des prises en charges inter-disciplinaires. Ce tableau montre la complexité accrue par le nombre d’acteurs et de niveaux de pouvoirs à assoir autour d’une seule table. Quels services, quelles administrations…quels politiques assembler pour mieux soutenir leur intégration .
