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Journée mondiale de la santé mentale 2020

Mes vœux pour la wallonie

Des lieux « contenants » et soignants répondent comme ils le peuvent aux problèmes de santé mentale des jeunes. Ils sont divers et répondent aux exigences qualitatives et quantitatives d’instances tout aussi diverses des autorités fédérales, communautaires, régionales, provinciales et communales si on accepte de prendre en considération l’école comme lieu de développement, mais aussi de dépistages, de la bonne santé.

Les « résistances » aux soins trouvent dans la difficulté de ces niveaux de penser ensemble les politiques de santé, l’inefficacité de l’aide souhaitée quand familles et jeunes tentent d’ « éviter » leurs mal êtres. 

Des acteurs de ces champs d’interventions se sont volontairement et librement mis à table pour penser ces questions dans la transversalité, l’interdisciplinarité nécessaire tant pour les comprendre que pour agir de façon concertée….ce qu’exigent les troubles que nous évoquons mondialement aujourd’hui. 

Des acteurs d’éducation, de protection et de soin, de façon informelle et librement se réunissent dans les « Jardins pour tous ». Il en existe un par territoire, une structure faitière rassemble la créativité produite, les énergies afin de les redistribuer dans les provinces et de les porter aux autorités administratives et politiques. Ces lieux sont identifiés par leurs participants comme des temps de ressourcements pour leur propre santé mentale. L’abc d’un concept de soin quand il est question de relation d’aide. 

Ces mêmes autorités prises dans des rivalités « politiques » ont sabordé cette démarche. Sans doute parce que le « processus jardin pour tous », aux allures intervisionnelles, a-t-elle eu tort d’interroger un ministre sur une révision de règles en cours dans un de ces champs « pluriels » de la manifestation des troubles de la santé mentale.

Je m’exprime en mes qualités de clinicien et de président du CRéSaM, Centre de référence en santé mentale pour la Wallonie. A l’écoute de l’ AG de cette asbl, de ses chercheurs, des acteurs qui nous sensibilisent sur les politiques et pratiques en santé mentale des enfants et des adultes je formule le vœu que  les autorités administratives et politiques soutiennent toutes actions, réflexions qui s’élaborent dans ces lieux de croisements des champs de santé, de l’amont et de l’aval, de l’école aux hôpitaux en passant par toutes les structures intermédiaires et l’indispensable apport des experts du vécu.

Luc Fouarge

Président de l’ asbl CRéSaM, 

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Le COVID en appelle à l’éthique… entre école et IMP 140

Il tousse ce matin. Son éducateur d’hébergement, après comptabilité des symptômes déclarés, le pousse dehors dans le groupe d’enfants scolarisés. La mine sombre et toussant dans le coude comme il l’a bien appris, il entre dans l’école. Repéré, sans explication, il est renvoyé à l ’« hébergement ». Le directeur l’a entendu renifler

Cet enfant fait l’objet d’une mesure de placement dans un IMP140, SRJ de l’AViQ et est renvoyé de l’école spécialisée qui accueille la majorité des enfants de ce service.

Il est baladé dans un déni complet de ce qu’il peut ressentir, si par bonheur, parce qu’il ne va pas trop mal, il ressent encore. Pour d’autres, plus précocement meurtris, dans une méconnaissance de l’impact de ce rejet qui confirme, si besoin en est, une identité d’objet relégué. Dans l’épisode si dessus la qualité de lien affirmé à cet enfant ne fait que confirmer cette déliaison contre laquelle il construisit très tôt des remparts de protections que l’on qualifiera à minima de troubles de l’attachement.

Les deux services concernés sont sous tutelle d’autorités de subventions différentes, de cultures et de qualité d’engagements. Un modus vivendi est établi depuis longtemps entre eux, une hostilité parfois, gère des contentieux, sans doute hypothétiques, de risques que l’un des partenaires prenne l’ascendant sur l’autre. Chacun se repliant sur une de ces compétences, l’instruction pour l’un, le soin pour l’autre. Dans ce cas, l’élève perd la qualité de sujet et se moule dans une identité d’objet. Il se spécialisera, aux frais des autorités, dans l’expression de cette identité que tôt, il l’avait expérimentée pour se protéger des absences douloureuses, des manques qu’il dut apprendre à maitriser, contrôler, combattre, méconnaitre…

Cette posture historique des services et des autorités bien en peine de penser les besoins spécifiques de ces enfants dans la transversalité, dans une co-construction entre le niveau Communautaire et le niveau Régional, le projet, le soin de l’enfant se pense rarement dans le lien entre services.

Il s’est installé dans cet entre-deux une symétrie entre le dysfonctionnement des institutions et les mécanismes de défenses, la pathologie de ces enfants qui manifestent des troubles du lien. Il ne sera jamais possible de soulager des enfants et des familles des souffrances de ces troubles de l’attachement « soutenus » par les difficultés d’élaborer des plans de soins soutenus par chacun des partenaires.

C’est cette absence d’éthique qui permet que l’enfant, puissamment, conforte ses remparts, alimentant et s’alimentant des carences de ces institutions. La pandémie, par les directives multiples et variées qu’elle produit, fait caisse de résonnances des carences, de ces aveuglements de nos institutions, écoles et services. 

Avec vous je reconnaitrai que cette photo ne montre à voir qu’une fraction de la réalité. Elle n’est de toute façon pas supportable. Elle nous oblige à prendre la mesure du degré d’éthique dans les rapports entre nos services et le politique, et dans le cas présent, dans les instances entre elles. Elles doivent prendre en compte ces carences qui, « victimisant » davantage ces enfants, les spécialisent dans leurs difficultés.

Luc Fouarge

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Le covid nourrit le « machinement » des institutions

« Le machinement est un néologisme qui vient signifier la façon dont un ensemble d’éléments constitutifs de l’environnement d’une personne ou d’une institution viennent déposséder celles-ci du sens à être ; il désigne une fabrique des orientations dont le mode d’emploi est pensé par d’autres que les acteurs concernés. Cette forme de modelage de la présence de l’être au monde conduit au renoncement de soi et à une capitulation face au devenir du sujet » Ph. Gaberan 

Renoncement et capitulation sont constitutifs de « méconnaissance », processus actif et non-conscient de non-connaissance. Symétriquement, complémentairement « clients » et soignants, intervenants, infirmiers, éducateurs… la relation de soin s’installe alors, insidieusement dans une tache aveugle commune. On évoquera les résistances chez l’un, les projections chez l’autre, on tournera dans le rond-point sans possibilité d’en sortir comme dans le sketch de Raymond Devos. 

Les recommandations consécutives à la pandémie appuient de toutes leurs forces sur cette mise en machine, ce machinement dans les institutions. La diminution des temps de travail commun, de réunion en présentiel diminue et/ou fait disparaître le processus « intervisonnel » qui n’exerce plus, ou moins, la vigilance sur la machine qui réduit le potentiel de pensée. On finirait par glisser vers le passage à l’acte.

Dans les services résidentiels, hospitaliers… cet épisode pourrait être dévastateur, la nécessité de communiquer sur la pente où nous entraine le machinement, s’affaiblissant. Les logiciels de type Osiris … , gestion des fiches patients, pourraient bien mordre du terrain sur l’émotion et la pensée dans le soin et ainsi disqualifier la fonction essentielle, nécessaire du lien ou se façonne le prendre soin. 

Oui il y a des managements qui étêtent les compétences des collaborateurs alignés sagement sur des référentiels numérisables. Cela ne diminue pas que la réflexion, cela prend en partie le contrôle des émotions de l’intervenant. Et voilà que l’émotion dans le travail social perd sa valeur d’indicateur, voilà qu’elle n’est plus de mise dans le « diagnostic » d’une situation vécue, voilà encore que les instruments du lien s’éteignent, les « résonances » ne sont pas de mises. Et, …qui facilite le contrôle par des concepts d’évaluations, du mesurable, du quantifiable… et nous entrons dans la quantophrénie, cancer des approches soignantes, d’accompagnement dans les approches psycho-sociales… et demain, comme cela existe déjà, l’éducateur, l’infirmier, le soignant devront encoder les actes commis en cours de journées….qui seront analysés, mis en fromages, et qui définiront les bonnes pratiques avec une « justesse » froide qui déniera les individualités chez le soignant, l’accompagnateur. Entrer dans ce métier nécessite que nous entrions en résistance.

Luc Fouarge

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COVID et santé mentale

« … Il se manifeste aujourd’hui par une mise sous silence de la mort, une façon de la cacher, de ne pas y penser, avec pour conséquence une immense angoisse collective face à notre condition d’être humain vulnérable et mortel. »  Marie de Hennezel, « le Monde » du 04 mai 2020. 

J’ajoute que nous vivons dans un climat ambiant suicidaire. https://lucfouarge.com/2020/04/26/pour-en-sortir-parlons-de-cette-suicidarite-mondiale

Sur ces fonds à peine discrets que nous vivons au quotidien. Les infos quotidiennes enfoncent ces clous chaque demi-heure dans les « infos en continu » qui font échos des infos gouvernementales. Les désaccords, bienvenus par ailleurs, entre experts, entre ceux-ci et les autorités, les nuances dans les applications entre niveaux de pouvoirs cultivent le doute. Le citoyen trouvera dans ce fatras de contradictions toutes les occasions d’alimenter ce climat de peurs qui nait dans un productivisme sans égard pour notre environnement. Cela entraine une conscience de notre participation, via le consumérisme,  à une dangereuse évolution du climat. Dans cette lutte, le politique est dépassé. La puissance publique n’assure plus la protection de la population qui participe à sa propre destruction.

Les malaises, les inconforts et les déstabilisations de la santé mentale trouvent là un terreau fertile. Les pharmaciens, les psy, les HP devront faire face à des flambées de plaintes somatiques et mentales. 

Les professionnels de la santé mentale ne se retrouvent pas dans la rue comme l’ont fait le personnel soignant des hôpitaux, ils n’invitent pas la Première pour lui présenter leurs dos et signifier ainsi aux politiques l’urgente nécessité de faire face au climat ambiant délétère. 

Les réponses devront être interdisciplinaires et interinstitutionnelles, la transversalité devra être la règle pour qu’ensemble, spécialistes, population, politiques, ONG et secteurs associatifs et public développent dans la  société une capacité de « contenir », càd accueillir dans la bienveillance les angoisses dites et surtout « non-dites ».

Le traitement de la pandémie par le politique s’est construit dans une « opposition entre eux et nous » Olivia Venet, présidente de la Ligue des droits humains.

Les acteurs de santé mentale, dans une perspective systémique, peuvent contribuer à lire ces évènements sociétaux et sensibiliser les acteurs politiques de l’urgence d’opérer le pas de côté dans la façon d’exercer la gouvernance. 

Les tergiversations des partis depuis quelques législatures jettent le doute sur la capacité des politiques d’assurer la protection de la population et dans la capacité de réguler le marché qui laisse sur le banc une bonne partie de la population. Nous le savons, la précarité est accélératrice des processus de déliaisons et de perturbations psychologiques. 

L’exercice démocratique n’est certes pas l’apanage des seuls politiques. Mais nous devons collectivement penser le passage du PNB au BNB. 

Le soin s’appuie sur un triangle de trois forces, l’éthique, la clinique et le politique. Les secteurs de la santé mentale se doivent de renforcer ce troisième axe. J’ai la conviction qu’une affirmation plus forte de l’axe politique augmenterait la capacité contenante des soignants. Les personnes en besoins d’aide y verraient un rapprochement des soignants vers elles. Le chemin à parcourir semblerait ainsi un peu plus court. Et les soignants n’ignorent pas que la construction du lien dans la relation de soin est parfois ardue, mais nécessaire. 

Sauf à occuper cette fonction dans une posture de gourou. 

Luc Fouarge

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Politique… et nous ?

Plus besoin de proclamer les raisons de créer ce nouveau monde.  Nous attendons qu’il soit respirable et qu’il réponde à des espoirs de justice, de solidarités, de paix, d’amour. 

Nous sommes déjà dans le train infernal. Seules des décisions politiques qui reprendraient le pouvoir abandonné aux financiers, à l’économie, pourraient ralentir sa course.

Nos politiques battent des records d’irresponsabilités dans la cour de récré. 

Il n’y a que nous, vous et moi, qui puissions sonner la cloche. 

De la sphère État, de celle de l’entreprise et de la sphère autonome (nous et le secteur associatif) seule cette dernière est en mesure de faire craindre aux partis de perdre leur électorat. 

Nos silences, nos résignations sont pour eux l’autorisation de poursuivre leurs jeux entre eux. 

La même peur, qui à l’entrée dans l’épidémie les ont mobilisés pour un engagement de quelques mois. 

Le royaume, la république… c’est nous, vous et moi. Ce n’est pas ce corpus de valeurs entretenus par les partis et les élus qui l’entretiennent pour justifier la place qu’ils occupent sur une scène où ils ont abandonné le pouvoir à l’économie néo-capitaliste, aux lobbys…

Ce qui se passe aujourd’hui dans nos nations EU n’est possible que parce que nous avons démissionné de nos devoirs à l’égard de la démocratie. Attendre le changement de société par l’action des partis est illusoire.

Repérons dans les associations, les asbl, les ONG… celles avec lesquelles nous sommes capables d’intimider, les partis, les syndicats…

Nous savons que le temps presse, les modèles dictatoriaux reviennent en force.

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La jeunesse s’époumone dans la rue… on l’ étouffe

On est tous d’accord, le rapport qu’entretiennent les humains avec la nature est à l’origine de ces désastres qui nous menacent; climat, virus, économie, politique, guerres, rapports Nord-Sud…

Des cris des jeunes dans la rue … aux masques qui les font taire…tout cela est allé si vite.

Cette image de ces personnes qui se font refouler sur les quais d’Ostende, celle des jeunes qui se réunissent en masse à Flagey à la fermeture des bistrots, ces familles qui attendent les leurs coincés en Afrique du nord, les politiques qui se querellent avec les experts, les experts qui se contredisent, les politiques qui instrumentalisent la crise sanitaire, les réfugiés s’étouffent en avalant  la méditerranée et ceux qu’on chasse des quais de Paris et de Calais, les glaciers qui menacent les familles qui habitent à leur pied ….tout cela est devenu une réalité misérable et anxiogène, mondiale, dont je ne vois pas venir la fin. Et la peur couve, parfois explose et les « Grands » semblent en refuser la mesure. 

Nous suivons le joueur de flûte….nous sommes à quelques pas de la falaise dont nous n’ignorons pas l’existence. Mais nous y allons… feignant d’ignorer, ou ignorant que nous sommes embarqués dans une suicidarité mondiale, on y va… malgré les printemps arabes, malgré les défilés des collégiens durant les heures d’école. 

Ceci est aussi un objet de la santé mentale…trop individualiste. Elle ne contextualise pas suffisamment, elle n’est pas assez systémique. Et surtout, le monde de la santé mentale n’est pas politisé à la hauteur des enjeux qu’elle affronte. 

L’organisation sociétale, l’emprise de l’économie, la légèreté des politiques sur les questions environnementales et sanitaires, l’accès aux loisirs et à la culture, les démissions sur les questions du long terme, les inégalités et injustices… cette atmosphère lourde qui remplit nos poumons, notre coeur, notre esprit sont de nature à pousser les plus fragiles dans les couloirs de la souffrance mentale. Les actions sur les quartiers, la qualité des liens, le vivre ensemble…sont trop peu reconnues et soutenues par les autorités, si peu secouées, éclairées sur ces questions par les intervenants psy. Centré sur une clinique individuelle, avec des risques de médicalisation la santé mentale fait du replis stratégique sur des missions trop étroitement définies. Et, paradoxe, l’éducation et la culture pousse vers la santémentalisation des  » mal-être » du quotidien ? Notre culture vire du côté de la déliaison, du désengagement, du dédouanement. On refait régulièrement les débats sur l’éthique, mais on ne les marche pas suffisamment.

Toutes ces analyses sont connues. B ientôt centenaire, E. Morin nous fait des propositions. Elles sont écologiques, politiques, économiques, philosophiques, démocratiques…

Il serait bon que les élus, les candidats, les militants, ceux qui croient encore que c’est possible, ceux qui vacillent au bord de la falaise, lisent et s’approprient les directions que ce sage nous propose dans « Changeons de voie, les leçons du coronavirus » sorti en juin 20 chez Denoel.  

Luc Fouarge

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#Intégration #inclusion

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Avortement. Dépénaliser et parler.

De la compassion, de la rencontre, sans jugement. De l’humanité d’abord pour elles, venues seules ou accompagnées, mais aussi pour l’équipe soignante. Que ces femmes et les soignants soient dégagés de la culpabilité qui ferait de l’IVG un acte caché, exécuté à la sauvette.

Fiction

Ses épaules l’empêchaient peu à peu de tenir sa tête droite, son visage ne prenait plus le soleil depuis longtemps. Le silence l’habitait, l’étouffait . Elle déambulait les yeux rivés sur le sol comme s’il avait le projet de l’engloutir comme ce… que l’infirmière avait emporté.

Le même silence dans lequel la stagiaire l’avait installée dans une aile de l’hôpital où elle seule occupait une chambre. Des plastics fermaient l’accès à ce couloir pour protéger le service des poussières des travaux en cours. On l’y avait conduite silencieusement pour éviter que le couloir du service ne s’empare du mal-être. Isolée, pour éviter que des rapaces de la presse ne viennent voler des photos pour vendre des larmes.

La nuit s’était installée peu après que le spécialiste lui avait fait cette injection à l’aide d’une seringue munie d’une grande aiguille pour atteindre ce bout de viande étrangère qui avait pris place dans son ventre. Une telle intervention au-delà des 18 semaines mettait tout le monde dans l’embarras. Sans doute est-ce pour cela qu’on l’avait faite venir à la nuit tombante, qu’elle fut conduite dans une salle d’examen dans la plus grande discrétion, sans même passer par les guichets de l’hospitalisation.

Après l’intervention à laquelle personne n’assista, l’infirmière stagiaire l’avait conduite dans sa chambre à l’étage des travaux, là où personne ne la croiserait. Mariem ne dit rien, ne demanda rien. Le masque du médecin avait retenu toutes expressions, il n’avait rien dit. Il s’était adressé à la stagiaire, mal à l’aise, pour lui dire que l’expulsion démarrerait dans quelques heures, qu’il allait se coucher et qu’elle l’appelle une fois le travail terminé pour faire un curetage. Mariem avait pris quelques pas d’avance quand la jeune femme en tablier blanc la rattrapa. Elle aurait voulu dire quelque chose. Elle ne le put.

Une fois la barrière de plastic franchie, elles étaient dans le noir. Le courant avait été coupé dans le couloir. C’est presque à tâtons que l’infirmière put ouvrir la porte de la chambre de deux lits dans laquelle il n’en restait qu’un. Seule la lumière de la salle d’eau éclairait un peu la chambre. Les tentures enlevées laissaient percevoir un léger reflet lumineux dans les vitres.

La jeune femme en blanc, effrayée, ne put rien dire. Mariem s’est allongé, tournée vers la nuit, tournant le dos à la stagiaire qui, fébrile, quitta la chambre en disant qu’elle repasserait pour vérifier si celle-ci n’avait besoin de rien. Dans cette pénombre, Mariem ne put ni s’endormir, ni penser à ce qui venait de se passe, elle oubliait déjà. Au loin, les lumières clignotantes d’un avion… sans bruit, invitent au voyage. Puis, plus rien, personne. Pas un rêve, pas un songe. Un vide sidéral, comme un bouclier, la protège.La jeune stagiaire revint, maladroitement, lui proposer de l’eau. Le silence la fit fuir, discrètement, sans un bruit. Franchissant la porte, elle invite Mariem à appuyer sur le bouton d’appel, dès que le besoin s’en fait sentir.

Une douleur dans le dos, puis dans l’abdomen font réagir Mariem. Elle se redresse, se met en position assise, les jambes pliées. Instinctivement, regardant l’écran noir de la fenêtre, ses mains repoussent un peu plus loin ce qui sort de son corps. Mariem s’essuie une main sur le drap et appuie sur le bouton d’appel.La jeune femme arrive vite, comme si elle attendait derrière la porte et découvre la chose sur le lit. Instruite par le médecin, elle pince le cordon, le coupe avec une mimique de douleur. Elle dépose l’objet mort dans le haricot préparé sur la table de nuit, elle l’emporte, sans mot dire, sans espoir de croiser les yeux de cette femme dont le regard reste figé sur l’écran noir. Elle ne saura jamais ce que Marien y projette.

Quittant la chambre, tremblotante, elle dit qu’elle téléphone de suite au médecin et qu’elle revient ensuite pour la conduire dans la salle d’intervention.

Dans les trois quarts d’heure, il rentre dans la salle cachant mal ce réveil brutal, il cherche un peu à croiser le regard de Mariem sans y parvenir. Il se limite à dire qu’il va maintenant procéder au curetage et qu’elle pourra ensuite retourner dans sa chambre, se reposer.

Rien d’autre ne s’échange, pas même une interrogation sur l’inconfort, la douleur qui semble bien absente dans cette rencontre qui ne se fait pas. Comme si elle n’avait jamais existé.L’infirmière en quittant la chambre annonce qu’elle viendra à la demande du Docteur pour vérifier que tout va bien. A chaque visite le silence devient un peu plus léger. Le sommeil s’est parfois emparé de Mariem.

Vers 6:30, une femme en blouse bleue, un plateau déjeuner dans les mains, rentre dans la chambre encore dans la pénombre, elle est vide. L.F.

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A déboulonner le réel ne risquons-nous pas de perdre la tête ?

Un reportage sur le drame que vivent les enfants du Yemen, décharnés jusqu’à l’horreur, guettés par les charognards. L’autre sur ces milliers de familles qui vivent dans les tombes du cimetière de Manille.

https://www.tf1.fr/tf1/sept-a-huit/videos/sept-a-huit-philippines-familles-vivent-cimetieres.html

et ce reportage du jour dans les infos RTBF.

Une consolation, ces images horribles arrivent jusqu’à nous, des ONG impuissantes connaissent l’existence de ces cauchemars.

Dans ce cimetière, des familles occupent les tombes, y dorment, y mangent, y font des enfants qui à leur tours vont y vivre. Des tombes épiceries, des tombes écoles, des découvertes des os humains qui deviennent des objets de jeux de petits. Des jeunes qui dorment au dessus d’un grand père. Il y fait, la nuit, des températures qui dépassent les 30°. Trop peu ont l’électricité et la clim. Une ville dans le cimetière.

Parfois un enfant qui a appris à lire dans une tombe-école avec un prof d’ONG, pourra peut-être se rendre dans l’école de la ville, si les parents ont économisé sur les 3 € de revenus journaliers d’un papa taxi-moto qui a presté plus de dix heures.

Sur les os des enfants du Yemen, un peu de peau, pas de muscle. ils ne peuvent se tenir debout, encore moins se déplacer. Quelques centaines de milliers d’€ permettraient  aux ONG d’apporter de l’alimentation et des médicaments  qui leur épargneraient une mort atroce.

Les réfugiés meurent en Méditerranée, chez nous. 

Comment notre mental s’organise-t-il pour entendre ou voir ces réalités sans succomber ? Quelle mécanisme psychique s’installe-t-il qui nous permette ainsi de vivre notre vie quotidienne ? Quelle déplacement de ceci sur nos relations ? Quel impact sur notre santé mentale ? Quels accommodements avec la réalité ? Quelles méconnaissances (processus actif et non-conscient) font disparaitre de notre horizon ce réel insupportable ? Comment requalifions ce à quoi assistons de loin ? A déboulonner le réel, ne risquons-nous pas de perdre la tête ?

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Trop de ministres pour les jeunes en difficultés

Des vies familiales accidentées, des repérages tardifs, des accompagnements manqués… plein d’émotions débordent de ces enfants, de ces jeunes et se manifestent par des troubles du comportement. Philippe Jeammet, pédopsychiatre, dans « Quand nos émotions nous rendent fous » nous dit bien que l’intensité de ces émotions peut donner aux comportements de ces jeunes des allures de pathologie mentale qui les fera entrer dans des classements, des structures, des institutions dont ils pourraient se passer si les parents, les enseignants, les psy, les éducateurs, les assistants sociaux, juges de la jeunesse croisaient leurs regards, partageaient leurs inquiétudes…bref si ensemble, ils organisaient autour de l’enfant, avec les familles et les professionnels de l’ordinaire, l’accompagnement d’éducateurs spécialisés, des stratégies pour TENIR face à ces troubles qui s’estomperaient si ces jeunes étaient envisagés dans une co-construction de toutes ces personnes qu’ils effrayent. Eux-mêmes ayant peur et s’enfermant dans une vision hostile du monde à leur égard. 

Mais les questions, les problèmes posés dépendent d’un trop grand nombre de pouvoirs de tutelle différents qui se renvoient la patate chaude dans le champ de compétence voisin. Et voilà que les acteurs au plus proche du jeune retournent la balle sous prétexte qu’il ne relève plus de ses compétences. 

Le TENIR soignant ne peut se construire que dans une transversalité des compétences de terrain, administratives et politiques. Pour l’organiser cette « contenance » il faut autour de la famille des acteurs de l’école, de la protection de l’enfance, de la santé mentale, des hôpitaux pédo-psy, des acteurs culturels, sportifs et de mouvements de jeunesse, du soin et de l’éducation dans un savant mélange. Il convient pour cela de penser ces politiques d’aide avec les cabinets de la Santé, de la Justice, de l’Enseignement, de l’Aide à la Jeunesse, du Handicap… cette magie de la transversalité ne s’opérera que si ce monde désigne l’un d’entre eux pour rassembler dans une énergie commune les politiques en faveur des familles en difficultés avec leur enfant.

Luc Fouarge