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Après la crise COVID…

Revalorisation des bas salaires et des indemnités de chômage … pour relancer la consommation. 

Voilà que le capital fait appel au social, c’est pas tordu…mais dans une économie arégulée, il n’y a pas de borne. C’est donc une politique du court terme. Ainsi, plus le capital a soif, plus on l’abreuve. Et le 1 % qui détenait la richesse, qui, pour s’enrichir, fait courir les 99 %, vous et moi. est atteint par une forme nouvelle de COVID, et a perdu les sensations de satiété. 

Voilà qui nous conduit dans les bras des extrémistes. 

A moins que les 99 % pensent et mettent en actions de nouvelles formes d’appropriation de la production de biens et de pensées. La découverte essentielle de cette pandémie n’est pas la perte de goût mais celle de la satiété des 1 % … GAFA et autres producteurs de biens. Ce mot est un piège, bien, ne contient pas forcement bon. Bon est du registre des valeurs, bien n’en a que les apparences.

3000 signataires issus du monde des sciences, à propos du travail, prônent: démocratiser, démarchandiser, dépolluer.  

L’espoir d’un nouveau monde est dans cette dynamique sociale, ces groupes et réseaux sociaux qui deviennent une force d’énonciations de valeurs susceptibles de remettre l’humain à la place qui est la sienne, dans l’univers et qui accepte sa nécessaire interdépendance avec tout le vivant et l’inerte sur terre. Une force capable d’alimenter les partis. Luc Fouarge

https://democratizingwork.org  dans toutes les langues

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Pour en sortir… parlons de cette suicidarité mondiale !

L’intervention systémique nous apprend qu’il convient de contextualiser le symptôme. Comme l’émergence du COVID, sa transmission pandémique est à lire sur fond de la surexploitation de l’environnement, il convient de lire les  troubles de la santé mentale sur fond d’une suicidarité collective. Le néolibéralisme, suicidarité économique,  exploite la crainte, l’angoisse pour augmenter productions et profits. Dans ce contexte les plates formes destinées aux drames familiaux explosent. On sait que le seul traitement du symptôme entretient le malaise d’un groupe, voire même l’amplifie à terme. Les acteurs de santé mentale, les accompagnateurs de mal-être psycho-sociaux sont des observateurs privilégiés des dysfonctionnements de notre monde. Nous devons penser et agir dans la tridimensionnalité soin-éthique-politique. Sans cela, non seulement nous ratons la cible mais nous contribuons à l’expansion de cette suicidarité d’arrière fond sur laquelle murissent les symptômes. 

Vincent Cespedes décrit la « dévolution »  comme une marche des idées, une culture émergeant du peuple. Il rejoint en cela le concept de l’écologie politique qui consiste a ajouter un troisième terme à la dialectique gauche-droite, Etat-Entreprise où se déroule les combats politiques et qui participe à cette suicidarité. La sphère autonome, aux sens large, l’associatif doit y faire une entrée fracassante pour éclairer, élargir, « systémiser » ce regard sur l’organisation sociétale et mondiale parce que cette sagesse sait qu’un papillon qui bat des ailes ici peut déclencher une avalanche là-bas. 

Bill Gates  « Nous ne sommes pas prêts pour la prochaine épidémie. Le plus grand risque de catastrophe à l’échelle de la planète ressemble [à un virus]. [Le plus grand risque] ce ne sont pas les missiles, mais les microbes« , avait-t-il déclaré en 2015 D’autres, … des scientifiques, avaient déjà lancé de telles alertes. Il est établi que les modifications apportées par l’activité humaine sur l’environnement créent des perturbations dans la chaines de transmissions des virus du règne animal vers l’homme. 

Il n’est donc pas possible de se cacher derrière la surprise. La seule qui tient est celle du calendrier. Et donc la médecine comme les politiques savent depuis longtemps qu’il faudra aborder, tôt ou tard, cette crise que nous vivons aujourd’hui. Tout comme d’ailleurs la nécessité d’anticiper la réponse. Ainsi des équipements de protection, des lits en réanimation devaient être prévus dans une concertation mondiale. Anticipation que l’Allemagne a réussie.

Les détendeurs de la finance, les états ne l’ont pas entendu…et pour cause, faire des stocks, créer des lits de réa en prévision d’une  crise…   immobilisent des fonds sans return. Pas beaucoup d’amateurs…

Nous-mêmes, sans doute aveuglés par le courant d’air de la consommation, courant derrière nos revenus, sous la pression de nos endettements, de l’illusion de la nécessité d’investir plus dans la modernité, sommes pris dans cette tornade dont tirent parti les financeurs qui se déchargent des questions éthiques.

Nous, avec eux, participons à un vaste mouvement de méconnaissances (processus actif et non conscient de non-connaissance) que nos appétits entretenus par le marché. L’école des Schiff, avec le concept des comportements passifs éclairent le processus auquel nous sommes « invités » à participer. Est actif un comportement qui vise à réduire une tension, à résoudre une difficulté. Est passif un comportement qui les évite, les méconnait. Ainsi, dormir est un comportement actif s’il comble un besoin de sommeil, il devient passif s’il est au service de l’évitement d’une réalité désagréable…quelles qu’en soient l’intensité et la conscience qu’on en a.

Au processus de méconnaissance s’ajoutent des mécanismes psychologiques de protection. La peur est nécessaire à la vie pour générer des mesures de protection. La peur est donc utile jusqu’à un certain point, au-delà elle enclenche du déni. L’inconscient ne connait pas la mort, comme une dénégation qui permet de vivre (Cynthya Fleury). C’est cette modalité d’adaptation humaine qui permet le développement de cette suicidarité inconsciente et collective. Ici se fait cette connexion avec un système capitaliste néolibéral excessif qui à terme perturbe complètement notre rapport avec l’environnement.

Je crains que nous soyons embarqués sur la question de la gestion de notre rapport à l’environnement dans un comportement passif collectif, mondialiste. Les sirènes de la consommation, nos rapports à la finance nous conduisent à la méconnaissance de l’impact de nos choix. La fin de ce scénario catastrophique est ce que je nommerais une suicidarité mondiale.

Psychologiquement, j’y vois une forme de suicidarité collective qui en arrière fond entretient cette dose d’angoisse sourde qui participe à cet aveuglement. Les taux de suicides, les dépressions, les états limites, les violences intrafamiliales sont autant de signaux d’alertes dont nous avons coupé les fils qui alimentent les témoins d’alertes.

Cet arrière fond anxieux entretient une forme de fièvre acheteuse. C’est comme si le « marché » que nous alimentons, se portait mieux de cette tension dans laquelle nous vivons. La montée des indicateurs de destructions de notre environnement semble augmenter un besoin d’acquisition de biens et d’outils qui à notre insu atténue ce fond d’angoisse.

C’est ce même fond anxieux qui alimente l’actionnariat des usines pharmaceutiques…

Nous avons besoins de lieux d’échanges citoyens éclairés par des approches psychologiques, philosophiques. Il est également nécessaire que ces analyses soient croisées par des éclairages écologiste, systémique…environnementaliste. De ces partages d’intelligences, nous avons à élaborer des barrières contre les virus…. Mais surtout des barrières contre cette surexploitation que le « monde des affaires » fait des femmes et des hommes, créant des « besoins » qu’ils n’ont pas, en surexploitant les ressources de la nature jusqu’à épuisement.

De ces cercles de réflexions holistiques peuvent naitre des choix qui nous aiderons lors de nos rendez vous avec les scrutins électoraux. Il nous appartient d’écarter les politiques qui commercent avec les opérateurs industriels et financiers qui méconnaissent leurs impacts sur l’hôte qui nous véhicule, la terre.

Les prêts à penser comme les religions, des théories économiques comme le capitalisme tirent profit de cette suicidarité mondiale. Le soin, la bonne attention que nous nous devons, l’amour, la bienveillance sur l’environnement qui nous accueille nous rendront plus vivants et légers. 

Luc Fouarge

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Les vieux ne pleurent plus…. Pâques 2020

Au lendemain de la guerre, loin des côtes, la route longeait un village abandonné. Quelques maisons grises criblées d’impacts de gros calibres, restaient debout à attendre le retour de leurs hôtes. Une fenêtre ouverte sur un balcon à l’étage saisit mon regard inquiet sidéré… une femme en noir y était recroquevillée, immobile et sourde. Le bruit de ma moto, seul moteur qui chahuta depuis des jours dans ce village reculé, ne la distrait pas de sonattente silencieuse. 
Je pensais alors à Rosa, 98 ans, assise immobile sur le tabouret de sa cuisine, il était 10:00, toutes ses tâches, celles du potager comprises étaient finies. Elle nous dit qu’elle attendait… nous ne pouvions que comprendre que son attente était celle du silence terminal.

Pâques, c’est presque en cortège que l’on conduit nos vieux en ambulance accompagnés de personnes méconnaissables dans leurs combinaisons …à la morgue, après un bref passage par les chambres de la mort… 

Les vieux ne parlent plus… disait le grand Jacques. Je crois qu’il souhaiterait réveiller cette angoisse qui semble avoir paralysé l’organisation de notre société trop occupée à consommer. L.F.

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Confession d’un confiné

L’intériorité… j’ai un peu de mal … réveil de manques, de culpabilités… alors je poste, j’écris pour les autres… ce petit bout de chemin enfonce le clou de cette question de la motivation aux métiers d’aide…. de qui…. question qui m’est toujours pertinente et que j’esquive encore par la relation d’aide…. mais ça je sais depuis longtemps, j’ exerce la-dessus une grande vigilance, pour moi… pour les autres…. il me faudrait deux vies… l’une dans un monastère tibétain, l’autre dans un Ashram, pour sans doute conclure….qu’il faut vivre avec… ce genre de questions. Et donc, une partie de mon énergie passe à éviter ces instants d’ intériorité…pas tous fort heureusement … L.F.

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Hommage à André Stouffriat

En Grèce, 2008, photo de Marie Noelle, la compagne d’André

4/ mars 2020 Départ pour un dernier voyage.

Durant la fin de ses études secondaires une psychologue de Charleroi oriente André à l’ Ecole d’Aulne. Il y décrocha le diplôme d’éducateur spécialisé. 

Pendant sa formation à l’ADA, André est souvent sur chantier avec Aldo, grand maçon, unique homme de métier qui édifie l’école d’Aulne nouveau bâtiment qui hébergea les « régences ». André cumule donc formation de maçon et d’éducateur avec brio, particulièrement dans le bâtiment.

A sa sortie, il accepte un poste d’éducateur résident dans un foyer d’accueil pour personnes sortant de prison, L’Ilot à Charleroi. 

André, sa femme et son fils  occupaient une pièce de quelques m2 au sein de ce foyer. 

Plus tard le patron l’envoie à Kegeljan à Namur.

A cette époque, la famille Fanuel met à disposition de la LNH un terrain sur les hauteurs de Thy Le Château. Débute alors la construction de l’Institut Louis Marie que dirigea Jacques Fanuel.

André vécu le temps de cette construction avec son épouse et son fils dans une caravane résidentielle pour assurer la construction et le suivi de ce vaste chantier.

Des élèves de l’IKN, venaient à la semaine participer à cette construction. Sous la responsabilité  du Stouff, ces jeunes vivaient dans une deuxième caravane résidentielle. Mme Stouff était l’éducatrice et l’intendante de ce petit monde.

Une période de sa vie où il commence à côtoyer le monde des antiquaires. Une passion  qui l’occupa jusqu’à se faire reconnaître une expertise dans le domaine. 

A la même époque, il réalise un rêve d’enfant. Il rachète la maison du Dr de la rue où il vivait avec ses parents à Montignies sur Sambre. Une famille qui veillait sur lui.

Vient l’époque où Delano entreprend de grands travaux. Avec sa famille André devient Peruwelzien. Les jeunes sortant de Delano ont besoin d’être assistés après la majorité. Quelques-uns devront être accompagnés de longues années après la sortie. Complice de Jacques Dubus, dans le château Delano, rue de Cerfontaine,  ils installent un nouveau service. Un Foyer pour Jeunes Travailleurs. La famille Stouffriat s’y confectionne un appartement et vit au milieu des jeunes accueillis et accompagnés. 

Un service qui s’accroit de plus en plus, occupe de nouveaux locaux dans la région… et le Centre de Cerfontaine ne cesse de s’accroître. Il faudra aussi penser à occuper tout ce monde qui ne peut espérer entrer sur le marché de l’emploi traditionnel. Il faut donc des ateliers, des objectifs économiques et sociaux qui s’allient….c’est l’achat de la Loquette qui hébergera un atelier de menuiserie. Une chaine de palettes prend place dans cet espace qui hébergera plus tard les personnes en grandes difficultés et qui ne peuvent plus participer à une production économique. Les ateliers deviennent occupationnels. Ainsi l’éducateur dit le Stouff répond tant aux jeunes, qu’aux adultes porteurs de handicaps. 

Entre temps son ami René Pondant, avec lequel il a fait les 400 coups à l’Ecole d’Aulne connait des déboires dans l’atelier protégé qu’il dirige dans la région de Vielsam. 

André a un sens de l’amitié très solide, il donnera  du boulot à René qui avec son épouse créent les sections de Liège. 

Cerfontaine, qui accueillera  des jeunes filles à TOURNAI, s’étend sur tout le territoire wallon.

De quelques jeunes de Delano, rue de Cerfontaine, André et ses collaboratrices et collaborateurs, plus de 350 accompagneront plus de 500 personnes, enfants et adultes, hommes et femmes.

Pendant ce parcours sous son impulsion, il ouvrira une section en territoire français à côté de la basilique de Bonsecours. L’équipe de travaux sous sa direction effectuera une belle restauration de ce bâtiment historique.

Cet inventaire de création, très incomplet, n’a d’autre projet que de rendre hommage à cet homme qui su obtenir de toutes ces personnes qu’elle puissent donner le maximum, avec un minimum de moyen…André, homme du voyage, fasciné par la culture rom, gitane, tsigane nous quitte pour un voyage interstellaire où il rejoindra ses patrons, l’un terrestre parti en 2002, l’Autre, Patron pour l’éternité à laquelle il croit.

A 10 ans mon père me confie à Aldo et au Stouff. Pour… faire de moi un homme.

Mon histoire débute donc ainsi. Je suis en devoir de réussir les exploits d’André. Il m’est désigné comme modèle. Me voilà avec un grand frère.

En début de carrière le patron me désigne au poste d’administrateur dans le CA des asbl Cerfontaine. Plus j’avance plus j’y découvre qu’il est plus le fils de mon père que je ne le suis. 

Et j’en suis plutôt fier. Me voilà en charge de discuter les projets d’André pour que j’y apprenne à refreiner les ambitions du Stouff que personne n’arrête. Je n’y suis pas arrivé. Mais les débats sur le qualitatif n’était pas absent mais pas à la hauteur de mes espérances. 

Je partageais sa fascination pour les gens du voyage et du rêves. 

Il devenait gitans dès qu’on s’attablait. Il sortait son couteau au manche sculpté dans la corne, le posait sur la table et le film commençait. Les bijoux en or, la petite hésitation dans le débit de parole et les mimiques qui dégageaient une grande force… après l’apéro, il sortait son tél et appelait dans une langue qui mélangeait espagnol, wallon… les Gipsyking était au bout de fil…et la fête pouvait commencé…nous étions loin de Cerfontaine…et nous programmions notre prochain voyage aux Saintes pour le grand rassemblement.

Petit fils de tsiganes hongrois marchand de chevaux, avec toi André j’ai vécu ce sentiment d’avoir un grand frère et d’être protégé. Je savais que je pouvais partir loin avec ma Mercedes d’occase, plus j’étais loin et plus j’étais sur que tu viendrais me chercher.

Ce roman t’aidait à tenir devant les charges et les défis que tu t’ajoutaient… et tu étais proche de ces jeunes hommes qui cherchaient le père, ils s’approchaient de toi, tu les prenaient par le cou et comme un chef tu leur parlais, et il grandissaient protégé par le chef.

Ils te donnaient cette grandeur qui gonflait ta carrure.  Un style qui te permettait de te passer des psy dont tu ne voulais pas qu’ils lisent dans ton jeu. 

Bon voyage André, il y en a quelques-uns qui t’attendent là-haut.

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IMP 140 Société

Lobotomisation émotionnelle en service résidentiel

Quand l’institution se débat contre …. ?      

Les équipes qui accompagnent ces personnes dénoncent des pratiques managériales quasi répressives. Au moindre malaise ils sont changés de poste, les cadres « (b)analysent » ils mettent au ban toutes tentatives du personnel d’éclairer les mal-être qui les rongent, contrôlent jusqu’à l’interdiction les moments de regroupement de leurs professionnels, agissent, font obstacle à toute velléités d’attachement de ceux-ci à l’égard des personnes accueillies… bref des conduites qui font émerger des sensations d’être mis à mal dans un système sectaire. 

L’empathie, bien qu’intellectuellement promue, n’a pas le temps de s’installer, elle est même déviée, évitée au nom de pseudo valeurs, ou de valeurs toxiques : il ne serait pas bon de s’attacher. Une projection identificatoire de la sphère hiérarchique…sans doute ?

Comme si les rênes étaient au mains de personnes à la veille de subir le principes de Peter et de se retrouver le lendemain déshabillées de leur participation à la fonction dirigeante. 

Une institution qui manifeste les symptômes des angoisses « cachées » de ses cadres. Une interprétation de l’ « exportation » des émotions, système inconscient qui amène les équipiers à ressentir les émotions retenues, cachées.

Ils s’agit pourtant d’inquiétudes normales de ces tâches de direction mais qui sont tues et qui conduisent à l’épuisement.

Dans ces services, l’absentéisme est si important qu’il s’érige en système. Le CM devient la manifestation des inquiétudes qu’on ne peut dire, l’institution y répond en attendant le dépassement d’un mois pour faire une embauche, d’une personne qui sera par sa jeunesse dans le métier « invitée » à se mouler dans le dysfonctionnement institutionnel.

Tout cela est très, tristement, humain mais devrait être lu, entendu comme un objet de travail institutionnel bienvenu…à la place de cela, il suscite des mécanismes de défense.

On entend évoquer la division, le sentiment d’être sous conduite sectaire…bref des ressentiments qui s’accumulent et creusent le fossé entre les besoins d’efficacité des cadres et les besoins de soutien, de cohésion et de reconnaissance des personnels.

La peur est le sentiment dominant et l’autodestruction, le burnout la réponse. Cette maladie de la « chefferie » est un classique qui est trop peu questionné dans la lecture des symptômes qui s’accroissent dans ces services.

Les opérations de « qualitarisme » et de « quantophrénie » viennent au secours, l’énergie est recentrée sur les rapports administratifs qui servent de mesures aux logiques gestionnaires que les directions amplifient quand les émois se font trop sentir.

Les évaluateurs externes ne peuvent en prendre la mesure, aveuglés qu’ils sont par un sentiment, illusoire,  d’une saine productivité des professionnels. 

Héritage des communautés religieuses qui géraient auparavant ces même services. La soumission faisait partie intégrante du choix de s’en remettre à Dieu. La dévotion était la mesure de la réussite d’un diktat généreux applaudi par toute la population soulagée des personnes en souffrances physique et psychique dans de jolies zones arborisées sous le règne de la générosité des dons. 

Cette dispense, cette interdiction, d’utiliser l’émotion du personnel, comme paramètre, indicateur diagnostic pourrait faire symétrie avec la soumission des personnes qui cherchent à s’accommoder du handicap et de la vie en collectivité. La scotomisation, la mise de côté des émotions laisserait apparaitre un lieu de vie aux apparences lisses. La crise de conscience qui précède la prise de conscience et elle-même la créativité, l’acceptation de la réalité, la création de conduites qui permettent de cultiver la dignité et l’image de soi positive s’évanouit. Dans ces difficultés, la métabolisation de la crise avorte, réprimée par des escalades dites éducatives.

Construire un management qui se met au service du projet de service passe par une réflexion sur le style de leadership qui épanouit tout à la fois personnels et personnes.

Une réflexion permanente qui appartient tant aux responsables qu’aux membres du personnel. Un style autoritaire qui sauve des vies à l’armée étouffe le désir, la création dans ce type de communauté. Les exigences de performances, les modalités de subventions et d’évaluation sont utilisées pour s’abstenir de  ces nécessaires rencontres humaines. Si elles deviennent objet d’un travail collectif, elles rompront avec ce climat au service de l’homéostasie, au service du non-changement.

Réprimer n’est pas contenir. Contenir c’est accueillir l’émotion, le désir, les envies homicidaires et suicidaires sans fuir. C’est amener à la parole des instants  indicibles. Retenue, elle débouchera sur de la violence sur autrui et/ou sur soi. Des débordements que l’ «encadrement » ne suffit pas à endiguer. La parole prévient l’enfermement dans un monde irréel et la mise en acte. 

Cette parole ne peut advenir que si le personnel apparait en capacité de l’accueillir. Cela suppose qu’il puisse régulièrement bénéficier de ce lieu et ce temps de métabolisation des ses propres inquiétudes auxquelles on attribue une valeur précieuse pour comprendre la personne, l’aisance et l’assurance que le personnel tiendra sa place face aux dires parfois insoutenables… particulièrement s’ils touchent au résonances.

La présente réflexion interroge les qualités du personnel de direction qui tend à privilégier les logiques de bonne gestion économique et de productivité. Dans la foulée il est tout autant précieux de questionner le rôle des organisations représentatives tant des personnels que des employeurs. De telles démarches constructives aboutiraient si elles étaient menées avec le personnel des services d’audit (ne dites plus inspection) des administrations qui subventionnent ces services destinés à l’épanouissement maximum des personnes qui dans la vie ont à faire à des obstacles majeurs pour participer à la vie sociale.

Bien sûr, ne généralisons pas ces dysfonctionnements. Mais ne faisons pas l’économie de cette lecture dont je peux vous assurer qu’elle n’est ni fiction, ni du siècle passé. 

Luc Fouarge

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La copie qu’on forme

L’école impose aux enfants penseurs en images, en films à utiliser les processus d’idéations des penseurs en mots qui sont majoritaires dans les classes (R. Davis). Enseignants, parents, politiques, PO, méconnaissent l’apport de cet auteur du « don de dyslexie ». Une ignorance qui envoie des enfants dans l’incompréhension de ce qui se passe à l’école vers l’enseignement spécial, les logopèdes ignorants cette approche, vers les comportements que l’on diagnostiquera rebelles, caractériels… ceux qui sans comprendre eux mêmes leur différence souffrent sans identifier la nature de ce qui les conduit à l’exclusion. Ils vont ainsi se heurter aux murs pensant à tort que c’est leur nature, leur être qui est mis au banc, qu’ils ne sont pas bons, qu’ils sont irrémédiablement impropres à la scolarité, à l’intelligence, à la relation. Ils seront nombreux dans les salles d’attentes des orthophonistes, des psy… quelques uns seront apaisés par des médications, des drogues…d’autres encore s’essayent dans les établissements spécialisés et parfois, se feront enfermer dans des hôpitaux ou en prison. Il n’ont jamais pu, obtenir le sourire du professeur qui échoue à en faire des copies conformes.La dyslexie n’est pas vue comme processus de pensée efficace, rapide qui ont conduit des personnes à une productivité intellectuelle brillante….Einstein, Michelange… mais comme un handicap qui rend la participation à l’école difficile parce que l’école ne les connait pas, ne les reconnait pas. A ce processus d’exclusion ces enfants répondent par des stratégies de compensation parfois heureuses, trop souvent pas. La pédagogie porte en elle le facteur exclusif contre lequel elle est censée lutter pour donner à chacun une chance égale de participer avec bonheur à la vie en société. A un ami pédiatre qui me disait que la différence est un cadeau… l’école doit être un révélateur… et ouvrir le cadeau nécessite pour quelques uns d’apprendre que l’école s’adresse à eux dans des formes incompréhensibles pour ces enfants. L’apprentissage de la lecture est pensé pour les penseurs en mots…pas pour les « brillants » penseurs en image, en films…. sans quoi, de cadeau, bien malgré eux, ils deviennent encombrant, cailloux dans la chaussure, virus, pétards et hélas de trop nombreux…bombes. En cela je suis démineur, et j’aimerais tant qu’une prise de conscience de l’école l’amène à voir les mines qu’elle pose sur la route de ces enfants qui ont un fonctionnement neuro-psy différent et non détecté. Luc Fouarge

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… des CEO dans le secteur psycho-médico-social

Le non-marchand s’aligne sur le monde des entreprises poussé en cela par les administrations de subventions. 

L’économie est aux commandes. Les associations sans but lucratif se fondent et se confondent par des fusions absorptions dans une volonté de mutualisation des moyens. 

En même temps qu’augmente le nombre de sites qui œuvrent désormais  sous la même gouvernance, l’équipe gestionnaire se « spécialise » dans les techniques gestionnaires autour d’un pôle de direction qui se trouve à distance des membres. Le siège dit-on, comme dans les holding.

Des moyens techniques 2.0 communiquent les éléments de gestions confiés à des chefs de services dans les sièges. Le temps de rencontres humaines de ces cadres avec les prestataires d’accueil et de soins, avec les cliniciens et éducateurs, le personnel d’entretien, les maitresses de maisons…est grignoté par les exigences d’encodage, rédactionnel dans le serveur tenu par le siège qui pourra satisfaire ses « besoins » de contrôle, de mesure de la rentabilité, de la productivité. 

L’équipe du siège devenue technocratique, est au service d’une organisation dont le but est passé à la performance gestionnaire. Des algorithmes mesurent les ratios personnel/usagers bénéficiaires, alimentant le fantasmes d’un CEO qui remplace les directeurs bricoleurs et braconniers remerciés, pensionnés.

Ces techniciens qui ne  rencontrent plus les « clients », sont mobilisés par la cause des diagrammes, graphiques et fromages  qui alimenteront un directoire ne connait des buts de la nouvelles Entreprise Sociale que les chiffres, bilans comptables sophistiqués, empruntés aux « sciences financières »

Ils ne reconnaitraient les personnes dites bénéficiaires qu’à la condition qu’elles descendent d’un véhicule de transport à la marque de l’Entreprise.

Les prestataires ne les connaissent pas mais ceux-ci sont en capacité de commenter leur productivité. Encodés, les bénéficiaires sont devenus des chiffres et des lettres qui remplissent les colonnes « client » des tableaux. 

Une certification ISO viendra donner des points au CEO. Sa soumission au qualitarisme et à la quantophrénie l’apaise tandis qu’il  angoisse les équipes dites de terrain au sein desquelles s’insinuent des mécanisme de défense, des CM sous forme de « burnout ». Si l’algorithme lance une alerte on pourra toujours changer le cadre de service sur le site « malade ».

Le CEO s’encostume dans la figure d’un homme respectable, stressé qui prodigieusement satisfait à l’air du temps. Il navigue désormais de sa cabine, se montre de moins en moins sur le pont. De cette place il ne peut lui-même prendre la mesure de la cascade de « maltraitance » que ce  style de leadership occulte. Comment peut-il désormais mesurer le niveau de « méconnaissance » des cadres à l’égard des écarts de conduites du personnel nourrit au stress insidieux résultant d’ une culture d’entreprise dominée par la productivité. 

Individuellement, le personnel s’essaye à la résistance. Les carences en capacité de remplacement des CM le rattraperont.

Cette logique gestionnaire s’insinue dans le social avec les modifications des modalités de subvention. Il fut un temps ou la subvention se calculait sur des normes d’encadrements négociées sur base des besoins des personnes. La subvention prenait en compte l’ancienneté du personnel.

Aujourd’hui la subvention est devenue forfaitaire (au nom d’une facilité pour les services). Les normes d’encadrement remplacées par des minima de compétences et l’ancienneté module trop faiblement les variations de dépenses réelles. 

Qu’il puisse exister quelques avantages à ces modèles gestionnaires ne fait pas de doutes. La balance doit nécessairement être faite entre ceux-ci et l’apport qualitatif, humain dont les normes ISO  disent trop peu. Les dommages causés sur la « contenance » des affects des personnels et le rejaillissement sur les personnes méritent qu’on s’y attarde. L’engagement émotionnel, le don finiront bien par se dissoudre insidieusement. Cela ne pourra qu’intensifier la production de symptômes des personnes et enfants accueillis qui devront « crier » un peu plus fort pour que leurs besoins trouvent réponses chez les accompagnateurs en proie aux « menaces » de cette culture moderne.

Cela pose la question de savoir si il n’y a pas des modalités de subvention qui seraient « mieux » éthiques que d’autres. Un travail à commander par le politique. Il viserait entre autre à montrer les liens entre la bientraitance appelées des vœux de tous et le type de subvention. Derrière cette question, celle de la cascade de bientraitance entre prestataires de soins et d’accompagnements et la personne qui en bénéficie. 

En cette matière nous ne pouvons tabler  que sur les seules valeurs véhiculées par ces nouveaux CEO de social. L’encadrement réglementaire doit prendre la mesure de ce qu’il véhicule de façon sous-jacente.

Luc Fouarge

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Qui est incasable ?

Déclaration de politique FWB . Politique AAJ, Aide à la Jeunesse. 

« Le Gouvernement veillera particulièrement aux jeunes dits « incasables » en renforçant les capacités des services d’accompagnement …. »

Arrêtons avec ce vocabulaire « incasable ». Les guillemets n’empêchent pas de les (dis)qualifier. Cela fausse le regard porté sur eux. Incasable ne les désigne pas, n’est pas un diagnostic. Incasable parle des réponses inexistantes, inefficaces dans lesquelles on veut les caser ce qu’ils n’aiment pas, mais qui les galonnent. Incasable parle des professionnels et des institutions et services qui n’ont pas pu à temps, se mettre à table avec eux, avec leurs familles, éducateurs, enseignants,…pour organiser une prise en compte aidante. Difficiles, ils ont été poussés vers la sortie, processus qu’ils ont répétés ? Nous les avons ainsi  spécialisés dans des conduites qui mettent en échec les réponses existantes fautes de construction de solutions particulières construites à temps avec le soutien, la bienveillance de ces services. Ces services et institutions sont réglementées par des niveaux de pouvoirs, des administrations qui peinent à penser et organiser ensemble des réponses originales. Une quasi absence de transversalité….chacun poussant ces jeunes difficiles dans les bras d’un autre opérateur, d’un autre budget. Écoles, politique familiale, droits des jeunes, services de santé mentale, services résidentiels de la protection de l’enfance, du secteur du handicap, de la justice, des sports et de la cultures,  hôpitaux, CPAS appartiennent à des niveaux de pouvoirs différents qui écrivent chacun dans leur cercle les décrets d’encadrement et de subvention. La récente révision des réglementations, décrets dans un code wallon en matière de la jeunesse a mis au jour des obstacles à des acteurs de secteurs voisins, découvertes faites à la veille de l’entrée en application du code. C’est exactement là que s’origine l’incasabilité…ces jeunes produisent vainement des problèmes qui devraient nous faire élaborer les politiques d’aide, de soins de façon concertées… ils n’y trouvent que de l’errance, des renvois d’un secteur à l’autre. Leurs sacrifices ne sont pas encore suffisant. Alors oui, incasable parle des responsables politiques et administratifs ! Les opérateurs en panne de pratiques de réseaux demandent que ces réflexions soient élaborées dans  l’inter-institutionnalité, l’intersectorialité,  l’interdisciplinarité…ces jeunes convoquent d’urgence la transversalité !

Luc Fouarge

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Protection de l' Enfance Société

Parler d’amour en Protection de l’ Enfance

Et si nous parlions d’ amour…

 

Ouille, où va-t-il avec cette question ?                                                                                             La clinique éducative s’élaborait-elle sans cet ingrédient ?

Ne pas en parler, évacuerait la question, le problème, les craintes, les raccourcis… et on se souvient des « risques du métier » !

Ca existe, à notre insu, à notre déni, à notre méconnaissance[1] ?

Bref, que se passe-t-il si on l’évite ?

 

Nous travaillons avec des enfants, des jeunes en construction en demande. L’amour fait partie des besoins fondamentaux qui participent à la construction psychique. Et donc, probablement hors de leur conscience, ou pas, il nous en font la demande, implicite, cachée, secrète. Peut-être même en « réclamant » ce dont ils ont besoin, tout en édifiant des remparts de protection contre toute tentative que nous aurions de l’aimer. N’est-ce pas le PPCD[2] des jeunes dits « caractériels », abandonniques, souffrant de troubles de l’attachement que de renoncer à ce qu’ils ont besoin et ainsi confirmer la « décision[3] » précoce, inconsciente qui fut l’accommodement à la rencontre avec les premières personnes en charge de leurs soins. Ils confirment ainsi leurs croyances sur eux-mêmes et sur le monde.

La bonne distance ! L’une des premières oppositions à reconnaitre l’amour comme composant de la relation que nous établissons avec ces enfants ! (Ou ces adultes, atteints d’handicap mental, toujours en quête de reconnaissance, d’amour…)

Un professionnel ne s’attache pas ! Autre « croyance » des milieux professionnels qui se protègent. De qui, de quoi ? On sait pas. Un consensus mou, un compromis vient au secours des professionnels convaincus que l’éducateur, coupé de la pensée, est incapable de gérer les questions du transfert. Ce monstre du Lockness qui nécessiterait un diplôme universitaire, une formation académique pour échapper aux pièges qu’il contient. Mais oui, bien sur, l’éducateur, comme tout professionnel de la relation d’aide, doit être « équipé » pour recevoir la tiercité indispensable qui permet que cette relation inhérente à la profession, ne sombre dans les méandres affectifs qui le noyeraient avec l’enfant. Et c’est là, c’est bien là que se construit l’ « art de la clinique éducative ». Il ne s’agirait donc pas d’une maitrise des affects de chacun, mais du potentiel du service de faire le meilleur et l’indispensable usage de la saine « confrontation[4] » . Elle balise, elle contient, là, se construit la force thérapeutique de l’institution soucieuse d’élever ces membres de l’action éducative à la clinique éducative.

L’amour que nous évoquons plus haut existe, bien malgré nous. « Contenu » par la thérapie institutionnelle, il est essentiel, constitutif de la relation d’aide que viennent chercher familles et jeunes de nos services.

[1] Processus actif et non-conscient de non connaissance.

[2] Petit rappel de nos connaissances en mathématique.

[3] Au sens de la construction scénarique en AT

[4] Ce cadeau que fait l’équipier, l’institution pour voir de moi ce que je ne peux voir de moi.